vignette|Carte de la Roumélie en 1801 (en fait, la « Turquie d'Europe », par différence de l’Anatolie ou « Turquie d'Asie »). La Grèce ottomane est le terme utilisé pour désigner la période de domination ottomane de l'histoire de la Grèce. La majeure partie de la Grèce faisait alors partie de l’Empire ottoman, dès le , avant même la chute de Constantinople, et jusqu’à la fin de la guerre d'indépendance grecque au début des années 1830. La Grèce proclame son indépendance le , après 400 ans; d’occupation ottomane.
D'autres territoires sous contrôle ottoman peuplés d'une majorité de Grecs devinrent grecs en 1913 à la suite de la première guerre balkanique. Après la première guerre balkanique, les Grecs récupèrent la majeure partie des îles de la mer Égée qui était sous occupation turque. Enfin, à la fin de la Première Guerre mondiale, la Grèce reçoit une partie des possessions grecques d'Asie mineure, au traité de Sèvres. Ces nouvelles conquêtes acquises après la victoire pendant la Première Guerre mondiale sont perdues plus tard au profit de la Turquie kémaliste nouvellement constituée pendant la guerre gréco-turque. Ce conflit est une catastrophe pour les nationalistes grecs qui doivent renoncer aux territoires d’Anatolie occidentale qu’ils avaient longtemps contrôlés auparavant, notamment sous l'Empire byzantin.
Les conquêtes ottomanes Les étapes de la conquête
gauche|vignette|Carte de l'Empire ottoman en 1593. L’Empire byzantin, Empire romain de langue grecque pendant ans, avait été affaibli après la bataille de Manzikert en 1071 : les Turcs seldjoukides s'installèrent au centre de l'Asie mineure et la guerre civile qui suivit la défaite acheva d'affaiblir l'Empire avant que la quatrième croisade n'aboutisse au sac de Constantinople en 1204. L'Empire byzantin, fractionné en plusieurs « États grecs », n'était plus en mesure d'empêcher le pillage et le partage de la Grèce par les « États latins » et les thalassocraties italiennes de Venise et de Gênes avant que les Paléologue, dynastie de Nicée, ne le restaurent pour quelques décennies.
Les Ottomans débarquèrent en Europe pour la première fois en 1354, avec la prise, à la suite d'un tremblement de terre qui fit tomber les murailles, de Gallipoli par Orhan (fils d' qui donna son nom à l'Empire ottoman).
Ils conquirent progressivement les Balkans : Thrace, Macédoine, Thessalie et Épire tombèrent l'une après l'autre. En 1362, les Ottomans conduits par prirent Andrinople qui devint alors la capitale de leur Empire (après Brousse) Hans-Erich Stier (dir.), « Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte », 1985, , p. 55-57, 64, 66, 70, 71, 85 et 93.. Ce serait Mourad qui aurait alors mis en place le paidomazoma, enlèvement des enfants non musulmans pour les élever à la turque, (voir ci-dessous) ; ces enlèvements d’enfants ajoutés au haraç (double-capitation sur les non-musulmans, conforme à la charia), constituèrent une puissante incitation à se convertir à l'islam pour les populations chrétiennes (ma'mīnīm) ou juives (avdétis) de l'Empire.
Après avoir vaincu les Bulgares en 1371 et les Serbes en 1389, les Ottomans se heurtèrent à Manuel, fils de . Manuel, alors gouverneur de Thessalonique, agit indépendamment de Constantinople et organisa la défense autour de Thessalonique, Serrès et Veroia. Cependant, cette résistance fut éphémère : en 1391, s'empara de Thessalonique (et de Manuel). Il soumit ensuite la Thessalie et poussa des incursions jusqu'au Péloponnèse. En envahissant l'Anatolie, les Mongols de Tamerlan soulagèrent un temps la Grèce. La guerre civile qui opposa les fils de Bayezid profita aussi à Manuel, devenu empereur byzantin. Celui-ci négocia le retour de Thessalonique dans le giron grec, en échange de son aide à . L'ordre rétabli, repartit à la conquête de la Grèce.
En 1430, il s'empara de Ioannina puis de Thessalonique. Constantinople tomba en 1453 et Athènes en 1458. En visite Athènes et est très impressionné par la beauté de l’Acropole. Il ordonne à ses soldats de ne pas abîmer le monument sous peine de mort.. Les Grecs du despotat de Mistra résistèrent dans le Péloponnèse jusqu’en 1460, tandis que les Vénitiens et les Génois conservèrent encore quelques îles. Lesbos fut toutefois conquise en . En 1500, la majeure partie des plaines et des îles grecques étaient sous domination ottomane.
Chypre tomba en 1571 et les Vénitiens conservèrent la Crète jusqu’en 1670. Seules les îles Ioniennes, sous contrôle vénitien, ne furent jamais rattachées à l'Empire ottoman, si l'on excepte la brève période d'occupation de 1479.
Conséquences immédiates de la conquête L'arrivée des Ottomans en Grèce entraîna d'importants mouvements migratoires, dans les limites de l'actuel territoire grec et dans les autres territoires alors peuplés de Grecs (Asie mineure, rives de la mer Noire, Égypte…). thumb|Portrait de Jean Bessarion. Devant les envahisseurs, les populations grecques (hellénophones ou, à tout le moins, chrétiennes orthodoxes) quittent les lieux les plus exposés : les plaines principalement mais aussi les localités situées le long des voies de communication. Elles s'installent dans des endroits retirés loin des Ottomans (et surtout de leurs collecteurs d'impôts et de leurs timariotes) ou sur les côtes les plus découpées d'où il est facile de fuir en bateau et qui offrent des abris contre les invasions venues par mer. Côtes et montagnes, qui d'ordinaire déversaient leur population en surplus vers les plaines, durent accueillir, mais aussi nourrir, de plus en plus de réfugiés. Il en fut de même pour l'intérieur des îles. De nouveaux villages furent construits, souvent en hauteurs et dans des lieux qui n'avaient jamais connu d'occupation humaine auparavant. Les conditions de vie y furent difficiles et expliquent en partie le faible développement économique de la Grèce ottomane. Les klephtes se multiplièrent. De nombreux Grecs firent cependant ce choix de la précarité pour conserver leur liberté, leurs traditions et leurs modes de vie. Une chanson traditionnelle rappelle ce choix :
L'autre mouvement fut celui qu'on pourrait qualifier de fuite des cerveaux. Elle se fit en deux vagues, avant et après le répit causé par la défaite de Bajazet face à Tamerlan. Une grande partie de la bourgeoisie, des lettrés et de l'aristocratie byzantine émigra vers les principautés danubiennes, la Russie et l'Occident ; ceux qui restèrent se regroupèrent dans le quartier constantinopolitain du Phanar, d'où leur nom de phanariotes. Parmi les lettrés émigrés vers l'Occident, Manuel Chrysoloras fut un des premiers à quitter la Grèce suivi peu après par Jean Bessarion. Après 1453, partirent Jean Argyropoulos ou Constantin Lascaris. Hormis leur rôle dans la Renaissance, ils donnèrent aussi le premier élan aux sentiments philhellènes. En revanche, leurs connaissances et leur savoir-faire furent perdues pour la Grèce qui entra dans une période où l'activité intellectuelle fut réduite.
La résistance La résistance face aux Ottomans fut organisée par l'Église (en partie), les intellectuels et les derniers archontes byzantins. L'idée d'une alliance chrétienne afin de résister à l'envahisseur ottoman naquit. Les intellectuels grecs établis en Occident, dont le cardinal Jean Bessarion, militaient en faveur d'une croisade contre les Turcs. Pendant longtemps, les espoirs grecs ont été tournés vers les grandes puissances catholiques de l'Occident. La république de Venise était d'ailleurs en lutte contre les Ottomans, tentant de préserver ses territoires en Grèce. Des croisades furent également organisées par la Papauté, l'Espagne et Naples.
Au cours des premiers siècles d'occupation, les Grecs se soulevèrent plusieurs fois, mais sans résultat ; des insurrections furent aussi provoquées par des puissances étrangères.
En 1571, une coalition entre les Vénitiens, la Papauté et l'Espagne remporta la bataille de Lépante contre les Turcs, ce qui semble avoir provoqué un nouveau soulèvement en Grèce. Mais cette bataille à laquelle Grecs prirent part n'eut aucune incidence sur l'occupation ottomane en GrèceD'après Publius-historicus.com.
L'occupation ottomane Administration et féodalité Les divisions administratives
vignette|La Grèce ottomane au sein de l'empire, (1810). La Grèce et les autres pays balkaniques formaient une unité administrative, l’Eyalet de Roumélie (la Roumélie était aussi appelée la « Turquie d’Europe ») avec à sa tête le beylerbey de Roumélie dont le siège était à Sofia. Le berleybey d’Anatolie dirigeait quant à lui la partie asiatique de l’Empire. Les Ottomans divisèrent la Grèce en six sandjaks, chacun dirigé par un sandjakbey, obéissant au Sultan dont la capitale était Constantinople depuis 1453. En 1533, la Grèce péninsulaire et les îles furent rattachés au pachalik de l'Archipel placé sous l'autorité du capitan pacha, chef de la marine ottomane. Cinq autres sandjaks (dont trois en Crète) furent ajoutés au fur et à mesure que les îles grecques furent conquises. Les sandjaks dépendaient des pachaliks gouvernés par des pachas qui les déléguaient leur pouvoir aux sandjakbeys.
Les beylerbeys, les sandjakbeys et les pachas achetaient, souvent très cher, leur « office » auprès de la Porte à Constantinople. Une fois dans leur province, ils cherchaient à se rembourser de leur investissement, par des prélèvements directs sur les taxes et les impôts. Une plainte des populations locales pouvait aboutir. Elle donnait au Divan un prétexte pour remettre l'office en vente.
La justice était rendue par des cadis qui ne touchaient aucun salaire. Ils ne dépendaient que des amendes qu'ils infligeaient, d'où les nombreuses critiques à leur égard.
L'autorité pouvait localement être déléguée à des chefs chrétiens appelés archontes ou joupans, tandis que les principautés chrétiennes tributaires () s'auto-gouvernaient sous les règnes de leurs propres voïvodes ou hospodars. Les Ottomans implantèrent un système dit du millet, terme qui en turc signifie « nation », mais par lequel ils reconnaissaient en fait les communautés religieuses musulmanes sunnites, chrétiennes de différentes obédiences, ou juivesD'après Istanbulguide.net. Tous les chrétiens orthodoxes formaient une même « nation » (millet), placée sous l'autorité (et la responsabilité, en cas de révolte) du patriarche orthodoxe de Constantinople Gábor Ágoston et Bruce Masters, article Millet in Encyclopedia of the Ottoman Empire, ed. Holmes & Meier 1982, p. 383-384..
Système féodal
Les terres conquises étaient distribuées aux guerriers ottomans (ghazis qui prenaient alors le nom de spahis) et aux serviteurs de l’État qui les détenaient comme fiefs féodaux (timar ou ziamet suivant que le fief était plus ou moins grand), directement sous l’autorité du Sultan. En effet, selon la doctrine musulmane, les terres appartenaient à Dieu et donc à son représentant sur terre : le sultan. Les terres du Sultan servaient de récompenses pour les services rendus et comme rémunération aux participations dans les campagnes militaires. En revanche, elles n'étaient que des concessions avec lesquelles les bénéficiaires devaient assurer le financement de leur équipement pour la guerre (chevaux, armes…). La terre ne pouvait être vendue ou léguée, mais repassait sous contrôle du Sultan à la mort du propriétaire.
À partir du , les seigneurs féodaux d'origine militaire furent supplantés par les hauts fonctionnaires musulmans et les financiers capables d'affermer les impôts.
Les détenteurs de fiefs vivaient des revenus (taxes et impôts) qu'ils tiraient de leurs biens. Les surplus (en moyenne 60 %) allaient à l’État.
Dans certaines régions isolées, des montagnards grecs libres, les Armatoles, étaient exempts d'impôts et de réquisitions à charge de réprimer le brigandage. En fait, la limite entre Armatoles et Klephtes (brigands) était parfois poreuse.
Taxes et conscription