thumb|upright=1.35|Un exemple de moniteur de la science ouverte : le World Open Access Dashboard de COKI
Un moniteur de la science ouverte ou moniteur du libre accès est une infrastructure destinée à évaluer la diffusion des pratiques ouvertes en contexte scientifique. Les moniteurs de la science ouverte sont généralement construits à l’échelle d’un pays ou d’une institution. Ils nécessitent une évaluation précise de la production scientifique totale et une véritable distinction entre contenus ouverts et fermés moyennant différentes méthodologies et sources de données. C’est ainsi que les moniteurs de la science ouverte sont également devenus des outils d’analyse bibliométrique pertinents.
Initialement conçus pour le suivi des publications au sein des revues universitaires, les moniteurs de la science ouverte ont diversifié leur champ d’application et leurs indicateurs. Depuis peu, ils sont utilisés pour cartographier d’autres productions clés de la recherche scientifique ouverte, comme les ensembles de données, les logiciels ou les essais cliniques.
Définition
Le moniteur de la science ouverte est une infrastructure scientifique permettant d’obtenir une des productions scientifiques et de leur Un tel outil politique aide à mieux évaluer l’écart entre les objectifs à long terme et les pratiques réelles : il
Les moniteurs du libre accès sont des variantes des moniteurs la science ouverte qui se concentrent sur les publications en libre accès. Il s’agit de quantifier la part de libre accès parmi les articles de revues, mais aussi dans En revanche, les moniteurs de la science ouverte génériques disposent d’un champ d’application plus large qui inclut toutes les formes d’activités et de productions scientifiques :
La plupart des moniteurs de la science ouverte ont une envergure nationale. Ils s’inscrivent dans une politique globale destinée à mieux identifier les coûts et les investissements publics de la publication scientifique. Parmi les meilleurs exemples, on peut citer le Baromètre de la science ouverte en France, l’Open Access Monitor en Allemagne, JUULI en Finlande, l’Open Access Barometer au Danemark, NARCIS puis openaccess.nl aux Pays-Bas et le Swiss Open Access Monitor en Suisse. Un prototype de moniteur de la science ouverte vit également le jour au Royaume-Uni en 2017, mais
Il existe aussi des structures internationales, comme la Curtin Open Knowledge Initiative (COKI) basée en Australie, le Moniteur de la science ouverte de l’Union européenne et OpenAIRE. Cependant, ils diffusent leurs données dans une sphère plus limitée que les moniteurs nationaux, car ils
Historique
Contexte Les moniteurs de la science ouverte font partie d’un écosystème mondial d’infrastructures scientifiques ouvertes apparu durant les premières décennies du XXIe siècle en réaction aux systèmes fermés conçus par les grands éditeurs scientifiques et les sociétés d’analyse.
Après la Seconde Guerre mondiale, la publication scientifique a subi une : les bailleurs de fonds, les institutions et les revues ne pouvaient pas suivre l’accélération de la production scientifique. En outre, il devenait nécessaire de développer un nouvel ensemble d’infrastructures et d’outils pour assurer la traçabilité des investissements scientifiques. Le succès limité des initiatives publiques comme SCITEL ou MEDLINE aux États-Unis a conduit de grandes entreprises privées à combler ce besoin. En 1963, Eugene Garfield créa l’ISI (Institute for Scientific Information) afin de rentabiliser les projets initialement esquissés avec l’administration fédérale. Le Science Citation Index et, plus tard, Web of Science ont massivement et durablement influencé la publication scientifique mondiale au cours des dernières décennies du XXe siècle, puisque son indicateur le plus important, le facteur d’impact des revues, De plus en plus, les bailleurs de fonds se sont appuyés sur les analyses du Science Citation Index et de ses principaux concurrents pour évaluer les performances des chercheurs ou des institutions.
Après 1990, les principaux éditeurs universitaires commencèrent à diversifier leurs activités au-delà de la publication et sont passés En 2019, Elsevier a acquis ou construit un vaste portefeuille de plateformes, d’outils, de bases de données et d’indicateurs couvrant la totalité des aspects et des étapes de la recherche scientifique : Les métriques et les indicateurs sont des éléments clés de cette intégration verticale : Les marchés émergents de la publication et des données scientifiques ont été comparés au modèle économique des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et d’autres formes de capitalisme de plateforme. L’accès au contenu est certes gratuit, mais il est indirectement rémunéré par l’extraction et la surveillance des données.
Premiers développements thumb|upright=1.35|Page d'accueil de NARCIS en 2007, un des premiers moniteurs de la science ouverte Les premiers moniteurs de la science ouverte furent créés dans les années 2000 et au début des années 2010. Généralement, ils constituaient un prolongement naturel des nouvelles politiques nationales et internationales en faveur du libre accès et de la science ouverte. En particulier, la Déclaration de Berlin de 2003 a introduit le concept d’une qui nécessiterait
En outre, la diversification des supports (revues, référentiels, épi-revues, etc.) et des formats (articles, conférences, jeux de données, etc.) de la publication scientifique ouverte a créé des difficultés inédites.
Le projet néerlandais NARCIS (« National Academic Research and Collaborations Information System »), lancé en , compte parmi les pionniers des moniteurs de la science ouverte. Portail scientifique avant tout national, NARCIS vise à intégrer Pour autant, il met aussi l’accent sur les « référentiels universitaires OAI » et publie des statistiques globales sur la proportion de travaux scientifiques ouverts, restreints et sous embargo depuis 2000.
En 2013, la Finlande fut la première à adopter l’influent modèle de Jyväskylä par l’intermédiaire de son portail national JUULI. Expérimentée pour la première fois à l’Open Science Centre de l’Université de Jyvskyl, cette approche vise à en vue de faciliter la collecte de données :
Du libre accès à la science ouverte
Après 2015, l’Union européenne a lancé des programmes et des objectifs ambitieux dans le cadre de son propre mécanisme de financement, Horizon 2020. Le développement d’outils et de méthodologies de monitoring à l’échelle supranationale a ainsi connu un élan sans précédent : En 2018, 81 % des organisations scientifiques de Science Europe déclaraient
Dans leur travail préparatoire sur le monitoring de la science ouverte, Smith et al. soulignaient que Outre les publications des chercheurs, ils se sont penchés sur les données de la recherche ouverte et sur un plus large éventail d’activités de communication liées à la science ouverte, notamment les prépublications, les évaluations, les commentaires et les discussions sur les réseaux sociaux.
En , la Commission européenne a publié une note méthodologique détaillée sur son projet de moniteur de la science ouverte européen. Alors que le moniteur devait reprendre les caractéristiques essentielles des projets précédents, l’éditeur universitaire Elsevier fut choisi comme sous-traitant principal pour créer la plateforme en dépit de son opposition passée à la science ouverte. De plus, il a été annoncé que les métadonnées de Scopus et d’Unpaywall serviraient de métriques pour évaluer le volume de publications en libre accès. La proposition a suscité de vives réactions, près de 1 000 chercheurs et militants de la science ouverte ayant signé une pétition auprès du médiateur européen. Dans une tribune publiée par The Guardian, Jon Tennant voyait
Le Moniteur européen de la science fut alors réorienté sur de nouvelles bases. En 2023, le site Web ne contenait que des données antérieures à l’année 2019. En 2022, le Conseil de l'Union européenne indiquait clairement que
L’initiative du Moniteur européen de la science ouverte a poussé les États membres qui avaient des projets similaires à fortement repenser leurs objectifs et leurs ambitions. En 2018, la France proposait notamment un plan détaillé d’élaboration d’indicateurs qui ne se limiteraient pas aux publications et auraient une influence directe sur le Baromètre de la science ouverte.
Sources
Les moniteurs de la science ouverte doivent néanmoins s’accommoder de la diversité des sources de données scientifiques, puisqu’à ce jour « aucune base de données n’offre une réponse facile et complète ». Ainsi,
Les principales sources disponibles pour les moniteurs de la science ouverte comprennent les infrastructures internationales de science ouverte, les sources locales et les plateformes privées. Le choix des sources est souvent dicté par des considérations d’ordre politique et des contraintes techniques. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ne disposent pas d’un provenant de sources locales. Ils ont donc décidé de s’appuyer en grande partie sur des bases de données privées telles que Dimensions, WoS ou Scopus. À l’inverse, côté français, le Baromètre de la science ouverte a opté pour un de sources ouvertes.
Infrastructures internationales
Les principales infrastructures de science ouverte utilisées par les moniteurs de la science ouverte sont Unpaywall, Crossref et le DOAJ (Directory of Open Access Journals). Crossref est la principale source d’information du Baromètre de la science ouverte, qui intègre seulement
Les années 2010 ayant apporté leur lot d’évolutions significatives, les infrastructures internationales disposent d’un plus large éventail de « publications, langues et sources » que les bases de données privées. Or, et elles peuvent manquer d’informations clés pour la création de moniteurs de la science ouverte, par exemple les affiliations des auteurs.
Infrastructures et référentiels locaux
Les infrastructures locales comprennent les systèmes d’information sur la recherche actuelle (CRIS), directement gérés par les institutions scientifiques et les universités, qui Au niveau institutionnel, ces dispositifs peuvent offrir une couverture maximale de la production scientifique, notamment en intégrant les revues publiées localement qui ne seraient pas nécessairement indexées dans les infrastructures scientifiques mondiales. En raison de leurs liens directs avec les communautés scientifiques, les infrastructures locales peuvent inciter les chercheurs à et à mettre en œuvre un plus large éventail d’indicateurs que ceux généralement disponibles dans les bases de données internationales.
La gestion des infrastructures locales est décentralisée, avec des niveaux de couverture et d’information variables selon les institutions. Dans certains cas, les référentiels locaux sont et n’offrent aucune valeur ajoutée.
L’intégration de diverses sources de données locales dans un projet commun et standardisé est un défi majeur pour les moniteurs de la science ouverte. L’existence préalable d’une politique de financement ambitieuse peut considérablement favoriser ce processus en incitant les institutions à adopter des normes et des exigences spécifiques en matière de métadonnées.
Alors que les infrastructures locales sont généralement considérées comme des fournisseurs de données pour les moniteurs de la science ouverte, la réciproque est aussi envisageable. En France, l’Université de Lorraine a créé sa propre déclinaison du Baromètre de la science ouverte.
Bases de données privées
Les bases de données privées telles que Web of Science ou Scopus sont depuis longtemps les principales pourvoyeuses d’analyses et de métadonnées des publications. Pourtant, leur intégration dans les moniteurs de la science ouverte ne fait pas l’unanimité.