La crise politique française en cours depuis 2024 est une période politique inédite sous la Cinquième République qui survient au cours du second mandat d'Emmanuel Macron sur fond de crise sociale et de forte inflation.

Au soir de la victoire du Rassemblement national (RN) aux élections européennes de , la crise politique débute par la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président de la République Emmanuel Macron., aussitôt suivie par des élections législatives anticipées. Celles-ci aboutissent à un parlement minoritaire, marquée par une tripolarisation de l'Assemblée où aucun des courants politiques n'a la majorité absolue.. À la suite de la démission du Premier ministre Gabriel Attal, qui était en fonction depuis , le gouvernement reste en place pour gérer les affaires courantes pendant une période de près de deux mois, de manière inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Au début du mois de , le président nomme Michel Barnier au poste de Premier ministre. Celui-ci forme un gouvernement minoritaire, soutenu par l'ancienne majorité macroniste et Les Républicains, mais chute au bout de trois mois après le vote d'une motion de censure sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Après la censure du gouvernement Barnier, François Bayrou est nommé Premier ministre dans un nouveau gouvernement en , lui-même renversé en à la suite du rejet d'un vote de confiance par l'Assemblée. Le , le gouvernement Lecornu I, troisième depuis le début de la crise, est annoncé, mais il démissionne dès le lendemain, devenant ainsi le gouvernement le plus éphémère de la Cinquième République et l'un des plus courts de l'histoire de France. Sébastien Lecornu est renommé Premier ministre le et doit composer un second gouvernement.

Déroulement Dissolution de l'Assemblée nationale du Au soir des élections européennes du , le président Emmanuel Macron prend la parole au cours d'une allocution pour annoncer la dissolution de l'Assemblée nationale. Cette décision intervient alors que les résultats montrent une forte progression de l'extrême-droite et un échec pour la liste présidentielle. En effet, la liste du Rassemblement national (RN) menée par Jordan Bardella arrive en tête avec 31,37 % des voix à elle seule, soit plus du double de celle de la coalition Ensemble (14,60 %) réunissant les partis soutenant Emmanuel Macron et menée par Valérie Hayer. La liste du Parti socialiste et de Place publique menée par Raphaël Glucksmann talonne la liste centriste avec 13,83 % des voix, suivie par celle de La France insoumise menée par Manon Aubry avec 9,89 % des voix. Les listes des Républicains, des Écologistes et de Reconquête parviennent également à obtenir des élus en obtenant plus de 5 % des suffrages exprimés.

Les élections anticipées sont fixées au 29 et pour le premier tour et 7 et pour le second tour, ne laissant qu'une semaine pour déposer des candidatures et deux semaines de campagne, en pleine préparation des Jeux olympiques de Paris 2024.

Dès le soir de l'annonce de la dissolution, des appels à l'unité à gauche se font entendre notamment par la voix de François Ruffin rapidement rejoint par les directions des principaux partis de gauche. Malgré les désaccords et les polémiques qui ont divisé la gauche pendant la campagne des européennes et depuis la fin de la NUPES. en 2023, La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste parviennent à s'unir en créant le Nouveau Front populaire. basé sur un socle programmatique et une répartition pour une candidature unique dans chaque circonscription. La coalition sera ensuite renforcée par Génération.s, Place publique, le Nouveau Parti anticapitaliste et d'autres petits partis de gauche..

Le surlendemain de la dissolution de l'Assemblée nationale., Éric Ciotti annonce dans un entretien au journal télévisé que les Républicains noueront une .. Ce ralliement aurait été favorisé par les médias appartenant à Vincent Bolloré., lequel aurait souhaité cette alliance depuis des mois et dont il aurait finalisé l'organisation avec Éric Ciotti.. Cette décision est toutefois contestée par une grande majorité des parlementaires et des cadres LR. et déclenche une crise sans précédent au sein du parti. Celui-ci éclate ainsi en deux tendances, l'une minoritaire menée par Éric Ciotti et l'autre, dirigée par d'autres figures du parti comme Annie Genevard, Xavier Bertrand ou Laurent Wauquiez, hostiles à cette alliance avec le Rassemblement national qui prend la direction du parti. La procédure de destitution d'Éric Ciotti du poste de président du parti est entamée et la commission d'investiture investit des candidats LR et divers droite.. Le ministère de l'Intérieur autorisera finalement l'étiquette LR pour les deux courants mais créera la nuance Union de l'extrême-droite (UXD) pour les candidats soutenus par Éric Ciotti et le Rassemblement national.

Dans le même temps, Marion Maréchal, tête de liste Reconquête pour les élections européennes, tente de négocier une alliance entre son parti et le RN, laquelle échoue en raison de l'opposition de Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy. Cette démarche est rejetée par Éric Zemmour qui annonce l'exclusion de Marion Maréchal et de trois autres eurodéputés qui soutenaient l'initiative.. Malgré l'échec des négociations, des proches de Marion Maréchal sont quand même candidats sous les couleurs du Rassemblement national..

Au sein de l'ex-majorité présidentielle, la décision d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale suscite du désarroi voire de l'incompréhension., autant chez les parlementaires que chez les militants. Les chefs de la majorité, dont le Premier ministre Gabriel Attal et la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, ne sont informés que quelques heures seulement avant la diffusion de l'allocution.. Rapidement, le Premier ministre Gabriel Attal prend la tête de la campagne pour le camp présidentiel. non sans se distancier du président de la République et en annonçant notamment que le parti Renaissance ne présentera pas de candidat face à d'autres candidats du « champ républicain »..

Élections législatives anticipées de juin-juillet 2024

Au cours de la campagne électorale, les sondages donnent en moyenne 36 à 37 % des intentions de vote pour le RN., loin devant le NFP estimé à 27 à 30 %, et lui prévoient tous une majorité relative puis absolue jusqu'à l'avant-veille du second tour de scrutin, en raison notamment du grand nombre de triangulaires.. De ce fait, le RN annonce rapidement son intention de voir Jordan Bardella nommé Premier ministre en cas de victoire.

La presse souligne notamment que « les stratèges de la majorité s’accordent à penser qu’Emmanuel Macron serait enclin » à confier le gouvernement à Jordan Bardella en cas de victoire « même en cas de majorité relative », d'autant que l'Assemblée ne pourra être dissoute avant le .. De son côté, le chef de file du RN déclare qu'il va « refuser d'être nommé Premier ministre en cas de majorité relative » pour ne pas devenir le « collaborateur d’Emmanuel Macron »., ce qui fait penser aux « menaces de démission » pratiquées par Charles de Gaulle, selon la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina..

Lors du premier tour, la participation est en progression de près de vingt points par rapport aux élections législatives de 2022 avec 32,90 millions de suffrages exprimés, traduisant l'enjeu du scrutin pour les Français.. Au soir des résultats, le Rassemblement national et ses alliés arrivent en tête avec près de 11 millions de suffrages exprimés soit 33 % des voix, suivi par le NFP avec 9 millions de suffrages et 28 % des voix. La coalition présidentielle arrive en troisième position avec 21 % des voix loin devant LR et ses alliés centristes et divers droites à 9 %.

Au total, ce sont 306 triangulaires qui sont constatées au soir du illustrant la tripolarisation de la société et marquant un nouveau record en la matière, avec trois fois plus de triangulaires qu'en 1997.. Un appel au Front républicain est lancé par plusieurs personnalités du NFP avant le puis rejoint par des personnalités du bloc central pendant l'entre-deux tours, manœuvre dénoncée comme « une alliance un peu contre-nature » par le RN. Cependant, ce Front républicain apparait d'emblée aux analystes politiques comme une vague de « consignes en ordre dispersé », sans accord formalisé, affaibli par le fait que « les Républicains ont refusé la moindre consigne ».. Des personnalités comme François Bayrou, Bruno Le Maire, Édouard Philippe ou Jean-Pierre Raffarin, ont appelé à faire barrage au RN mais aussi à « renvoyer LFI et le RN dos à dos ».. Selon Wally Bordas, correspondant parlementaire du Figaro, Emmanuel Macron aurait lui-même tenté d’empêcher le désistement de certains candidats macronistes en faveur de la gauche afin de favoriser l’émergence d’une majorité RN.

Frédéric Dabi de l'institut de sondage IFOP avertit d'une « tendance lourde » : les électeurs « ont du mal à suivre les consignes venues des états-majors », et un sondage avant le montre que 3 électeurs sur 4 assurent ne pas avoir l'intention de les suivre.

Malgré ces positions discordantes, les candidats Renaissance/Horizons arrivés troisième se désistent 78 fois sur 91 et les candidats de gauche arrivés troisième se désistent 88 fois sur 91. Ainsi, ce sont 224 candidats arrivés troisième qui se sont désistés, ne laissant au final que 89 triangulaires et deux quadrangulaires et faisant passer le nombre de duels de 190 à 408, dont 210 avec un candidat RN (147 contre le NFP, 124 face aux macronistes et 39 contre LR)AFP Factuel.

A l'avant-veille du second tour, la prudence s'installe chez les instituts de sondages et les analystes politiques « face à l'ampleur des désistements ». Les sondages évoquent désormais la probabilité d'une majorité relative de pour le RNcontre 165 à 190 pour le NFP et 120 à 140 pour le bloc central, faisant émerger la possibilité d'une grande coalition contre le RN qui « pourrait se dessiner, avec des membres d'Ensemble, du NFP ou même des Républicains (LR) ».

Au soir du second tour, le Nouveau Front populaire remporte, à la surprise générale, le plus grand nombre de députés avec un peu plus de 190 députés de gauche mais encore très loin d'une majorité absolue.. Ensemble pour la République arrive deuxième avec 163 députés et le Rassemblement national et ses alliés arrivent troisièmes avec 143 députés. LR et ses alliés divers droite parviennent à conserver 66 sièges et forment la quatrième force de l'hémicycle. Au final, le Front républicain se révèlera avoir été efficace deux fois sur trois.

L'Assemblée nationale est ainsi inhabituellement éclatée entre trois grands ensembles, le Nouveau Front populaire, la coalition Ensemble pour la République et le Rassemblement national et ses alliés ainsi que deux groupes plus petits (LR et LIOT), avec pour résultat un parlement minoritaire. Devant une telle division, les analystes politiques redoutent un blocage du pays et une incapacité de dialogue entre les différents partis..

Le gouvernement de Gabriel Attal démissionne le mais reste chargé d'assurer la gestion des affaires courantes jusqu'à la nomination d'un nouveau Premier ministre par Emmanuel Macron..

Période de transition Analyse des constitutionnalistes Dès la démission de Gabriel Attal, les constitutionnalistes soulignent d'emblée qu'aucun délai n'est imposé pour la nomination d'un nouveau Premier ministre, les forces politiques ayant besoin de temps pour s'accorder à la situation nouvelle et inédite, pourtant fréquente dans les autres démocraties européennes..

Discussions au sein du Nouveau Front populaire