Jean-Baptiste Philibert Willaumez, né le à Palais (Belle-Île) et mort le à Suresnes, est un officier de marine français, contre-amiral sous le Premier Empire, puis vice-amiral.

Biographie La guerre d’Amérique

Il est volontaire au début de 1777 à bord du vaisseau le Bien-Aimé sous les ordres de Bougainville, après avoir suivi l’instruction de l’école d'hydrographie d'Auray. En 1778, il embarque sur le Flamand comme matelot-timonier. Il est rapidement nommé aide-pilote sur le brick les Amis. Sur la frégate l’Amazone, il participe avec l’escadre de Grasse aux prises de Saint-Eustache, Saint-Christophe et Saint-Barthélemy en 1781. En 1782, refusant le grade d'officier auxiliaire, il est promu premier-pilote par Vaudreuil à l'issue de la bataille des Saintes à laquelle il participe toujours sur l’Amazone. Il est blessé et fait prisonnier à la bataille du cap Henry en juillet 1782.

Voyage d’exploration

Sur La Recherche, il sillonne l’océan Pacifique avec l’expédition d'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse de fin 1791 à début 1794. L’expédition est marquée par les dissensions politiques et les conflits personnels. Elle échouera en passant très près de Vanikoro sans s’y arrêter. La campagne explorera toutefois les côtes de Nouvelle-Calédonie, une bonne partie des côtes australiennes et de la Tasmanie. Après la mort du chef de l’expédition, Willaumez rejoint l’Île-de-France (île Maurice) et rapporte les livres de bord et documents d’EntrecasteauxPierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .

Officier de la marine républicaine Lieutenant de vaisseau, il est sur la frégate la Prudente lors du 1er combat de la Rivière Noire à l'Île-de-France où la division Renaud parvient à faire lever le blocus de deux vaisseaux britanniques. Il est blessé lors de l’engagement. Il rejoint ensuite la France et est promu capitaine de vaisseau en 1795SHD BB4/226 Lettre du contre-amiral Leissègues en date du 2 octobre 1805..

Il commande la Régénérée dans la division de frégates de Sercey (Pierre César Charles de Sercey) qui quitte Rochefort en . Il participe aux différentes campagnes et combats de la division (notamment combat contre les vaisseaux et dans le détroit de Malacca).

Sercey doit renvoyer en France les frégates Régénérée et Vertu (capitaine Magon). Pour financer le voyage les deux frégates doivent escorter deux riches galions espagnols. Elles repoussent en route deux attaques : la frégate HMS Pearl sur les côtes de Guinée (), et la frégate HMS Brillant () près des côtes d’Espagne.

Mission à Saint-Domingue En il prend le commandement du vaisseau de 74 Duguay-trouin en achèvement à Rochefort, puis rejoint l'expédition pour Saint-Domingue. Le il embarque sur la frégate lourde la Poursuivante dont il prend le commandement et avec laquelle il rallie Port au Prince. Le , devant le Môle Saint-Nicolas, il combat le vaisseau HMS Hercules de 74 canons qu’il réussit à sérieusement endommager et à mettre en fuite. Ce fait d’armes attire l’attention de Napoléon qui le nomme contre-amiral peu après la proclamation de l’Empire.

La croisière de 1805-1807 Le , Napoléon ordonne que onze vaisseaux et trois frégates de l’armée navale de Brest soient armés des meilleurs marins. Cette escadre expéditionnaire sera formée de deux divisions : la première sous les ordres du contre-amiral Corentin de Leissègues, et la seconde sous les ordres du contre-amiral Jean-Baptiste Philibert Willaumez. Les ordres que reçoivent les deux amiraux sont très larges, en témoigne Leissègues : . Ces deux divisions vont mener une course d’État, c’est-à-dire : de recherche et de destruction de navires ennemis. Contrairement à la guerre de course privée, la course d’État ne recherche pas le profit et l’appât du gain, mains uniquement le harcèlement du trafic commercial.

L’objectif de Willaumez est de partir pour la colonie hollandaise du Cap pour y recharger en vivres, puis stationner au niveau de l’île britannique de Sainte-Hélène afin d’y attaquer les convois de Chine et d’Inde. Ensuite il devra regagner la Martinique et s’attaquer au commerce anglais dans les Antilles, puis remonter vers Terre-Neuve pour y attaquer la pêche anglaise jusqu’au Spitzberg. La croisière de Willaumez doit en théorie durer quatorze mois. Quant à la croisière de Leissègues, elle doit partir pour Saint-Domingue et y apporter 900 hommes de troupe et des munitions.

La division de Willaumez se compose des vaisseaux : le Foudroyant (80 canons, navire-amiral), le Cassard (74 canons), l’Éole (74 canons), l’Impétueux (74 canons), le Patriote (74 canons) et le Vétéran (74 canons), ainsi que deux frégates : la Valeureuse et la Volontaire. La division de Leissègues se compose des vaisseaux : l’Impérial (118 canons, navire-amiral), l’Alexandre (74 canons), le Jupiter (74 canons), le Brave (74 canons) et le Diomède, ainsi que des frégates Cornète, Félicité, et Diligente.. Les deux divisions sont armées pour sept mois de mer et quatre d’eau.

Dans la division de Willaumez est embarqué, à la tête du vaisseau de 74 canons le Vétéran, le plus jeune frère de l’Empereur : Jérôme Bonaparte. Les ordres de Napoléon à Decrès sont clairs : . Decrès demande à Caffarelli de surveiller les faits et gestes du Prince Jérôme, ce à quoi le Préfet maritime répond : .

Sur les conseils de Ganteaume, les deux divisions partent au début de l’hiver, car c’est à cette période que la course est la plus prolifique, parce que les tempêtes dispersent les convois.. De plus, en hiver, toujours à cause des tempêtes, les Anglais sont forcés de reculer leur blocus plus au large, de façon à éviter de se retrouver sur une roche. Avec cet éloignement, les Anglais sont plus lents à réagir en cas de sortie d’une escadre de Brest..

La flotte quitte Brest le . Conformément au plan, les deux divisions se séparent en mer le . Le , Willaumez écrit à ses commandants : .

Après avoir capturé et incendié trois petites unités anglaises, la division de Willaumez arrive en face du cap de Bonne-Espérance le . Mais les Français découvrent que la colonie du Cap a été capturée par les Anglais, le ravitaillement est donc compromis. Willaumez décide alors de se porter vers une terre neutre pour ravitailler, et arrive à San Salvador de Bahia le . Une fois le ravitaillement effectué, Willaumez entreprend un blocus au large de Cayenne, puis de la Barbade. Une tempête disperse les navires ; et Jérôme Bonaparte arrive à la Martinique avec deux semaines d’avance sur Willaumez et est pris en chasse par l’escadre de l’amiral anglais Cochrane. . Les maladies frappent les équipages, les désertions sont très nombreuses ; quand la division accoste à San Salvador, 111 marins désertent, puis 30 de plus à la Martinique. Seul le Vétéran, commandé par Jérôme Bonaparte ne connaît pas de désertion, car d’après Willaumez : « Bonaparte s’était toujours fait remarquer par la manière habile dont il commandait lui-même sa manœuvre, l’installation, la police, et l’ordre à bord du VétéranSHD BB4/249 Lettre du contre-amiral Willaumez au ministre de la Marines et des Colonies Denis Decrès, en date du 20 avril 1806. ». La division est prise en chasse par une escadre anglaise inférieure en nombre. Jérôme perd de vue Willaumez et décide de se porter vers le second point de ralliement : Terre-Neuve. Mais il n’y trouve pas Willaumez ; de plus, il est pris en chasse par une escadre anglaise et décide de rentrer en France. Sur la route du retour, il coule un brick le , puis six navires marchands le . Il arrive en vue des côtes françaises le . Jérôme est suivi par l’amiral anglais Keith et l’empêche de rallier Brest. Jérôme décide alors de rentrer dans le port de Concarneau, qui n’est pas prévu pour accueillir un vaisseau de 74 canons. Finalement, Furic. un ancien pêcheur de Concarneau, pilote le Vétéran à travers les Glénans en évitant les brisants et fait rentrer le vaisseau de de long et 15 de large dans le port.

Le reste de la division de Willaumez subit de gros dégâts, à cause d’une tempête. Toute la division est dispersée, le Foudroyant démâte et est contraint de rejoindre la Havane.

Willaumez rentre à Brest le . L’ensemble de la division est gravement touchée par de très nombreuses avaries et maladies. Le Cassard n’a plus de gouvernail et ses voiles sont déchirées ; l’Impétueux a démâté et la moitié de son équipage est touchée par le scorbut ; le Patriote a perdu plusieurs de ses mâts ; et l’Éole n’a plus aucun mât ni de gouvernail. Ces deux derniers vaisseaux sont dans l’incapacité de rentrer à Brest et gagnent le port d’Annapolis aux États-Unis.

Le bilan de la croisière Willaumez fait état de 23 navires marchands coulés, deux navires corsaire et un aviso, ainsi que 457 prisonniers. Mais Willaumez a perdu deux vaisseaux et deux frégates. Dans son Amiral Willaumez, Maurice Dupont dresse un bilan de la croisière : « La précipitation imposée par l’Empereur, et acceptée par Decrès et par Willaumez lui-même, lance dans une longue campagne des navires à l’état très médiocre. Le plan de campagne repose, dans sa partie la plus prometteuse, sur un ravitaillement douteux au Cap, alors menacé. La base de Fort-de-France n’a pas assez de matériel, enfin l’absence d’une flotte française assez importante pour retenir en Europe des forces ennemies laisse celles-ci totalement libres de courir à la recherche des deux escadres françaises lâchées en enfants perdus ».

Leissègues, quant à lui, ne fait pas mieux que Willaumez. Dès le départ, la division rate un convoi anglais au large de l’Espagne, puis subit plusieurs avaries : la Cornète et le Diomède ont des voies d’eau de « 33 à 38 cm ». La division arrive à Saint-Domingue entre le 22 et le . Mais le , la division est engagée par une escadre britannique commandée par le vice-amiral John Thomas Duckworth, forte de sept vaisseaux, deux frégates, et deux bricks. Duckworth met rapidement Liessègues en déroute, seules les trois frégates s’en sortent indemnes et quittent les Antilles. La Cornète rejoint l’Espagne le , le la Diligente arrive à Lorient, le 26 c’est au tour de la Félicité.

Le bilan de ces deux croisières est mauvais. La mission de perturber le commerce anglais est ratée. Quelques petites unités seulement ont été prises. Face aux escadres anglaises, Willaumez, pourtant plusieurs fois en supériorité numérique, n’a pas su faire le choix de combattre ou de poursuivre une guerre de course. Il n’a fait qu’échapper aux Anglais et subir de nombreuses avaries.