alt=Autoportrait du philosophe Félix Ravaisson|vignette|Portrait de l'artiste (1892), huile sur toile, Musée du Louvre vignette|Autoportrait de Félix Ravaisson (1887), huile sur bois, collection privée Félix Ravaisson, né à Namur le et mort à Paris le , est un philosophe, archéologue et artiste français. Il est l'élève de Schelling et le maître de Bergson. Sa philosophie s'inscrit dans la tradition du spiritualisme françaisJean-Louis Vieillard-Baron, Le Spiritualisme français, Paris, Éditions du Cerf, 2021. Il est influencé par Maine de Biran, réactualise la métaphysique aristotélicienne et critique l'éclectisme de Victor Cousin dans La philosophie en France au . Il n'occupe pas de chaire universitaire, mais il est conservateur du département des antiquités au musée du Louvre, président du jury de l'agrégation de philosophie et inspecteur général des bibliothèques.
Biographie vignette|Portrait de Jean Gaspard Félix Laché-Ravaisson-Mollien par Théodore Chassériau (1846), Metropolitan Museum of Art, New-York vignette|gauche|Portrait d'Aristote, philosophe commenté par Ravaisson. Copie romaine de période impériale (Ier ou ) d'un bronze perdu réalisé par Lysippe. vignette|La Vénus de Milo, que Ravaisson a étudiée. Marbre de Paros, vers 130-100 av. J.-C. ? Provenance : Mélos (moderne Milo), 1820. Jean Gaspard Félix Laché-Ravaisson-Mollien naît à Namur en 1813. Il est neveu du ministre Nicolas François Mollien, dont il s'adjoindra le nom. Il suit dans ses premières années l'enseignement de la petite Institution Lemasson, où il fait la connaissance d'Ernest Havet et d'Auguste-Marie Dondey, dit « Philothée O'Neddy ». Il entre, en 1825, au collège Rollin (rebaptisé lycée Jacques-Decour) ; il est condisciple de Charles Renouvier. Il est l'élève de Hector Poret, qui défend les principes de l'école écossaise de philosophie.
En 1834, il répond à une question mise au concours par Victor Cousin et l'Académie des sciences morales et politiques sur la Métaphysique d'Aristote et la philosophie antique. Ravaisson soumet son mémoire et obtient le prix en 1835, en même temps que Karl Ludwig Michelet.
En 1836, Ravaisson est reçu premier à l'agrégation de philosophie (le jury est présidé par Victor Cousin et la métaphysique d'Aristote est à nouveau au programme)Lettre de Victor Cousin au ministre Joseph Pelet de la Lozère, le : dix candidats ont répondu à l'appel en 1836 et Félix Ravaisson est reconnu comme le seul à s'être soutenu avec la même hauteur dans les trois épreuves de l'agrégation. Il est connu de Cousin pour avoir déjà remporté le Concours général de philosophie en 1832 et le prix de l'Académie des sciences morales et politiques l'année précédente. .
Ravaisson remanie profondément le mémoire présenté à l'Académie et le publie en 1837 sous le titre Essai sur la Métaphysique d'Aristote. Puis, il écrit un volume supplémentaire, qui paraît en 1846, où il compare la philosophie d'Aristote avec la pensée grecque en général. Il envisageait également un tome III et un tome IV qui ne seront pas publiés de son vivant.
Pour Henri Bergson, la différence entre le livre et le mémoire est considérable, car ce n'est que dans la période postérieure à 1835 et surtout entre 1837 et 1846 que Félix Ravaisson se révèle à lui-même. Il faut probablement y voir le résultat d'une émulation intellectuelle au contact du milieu académique de son temps ainsi que d'une riche vie mondaine. Il aurait fréquenté, chez la princesse Belgiojoso ou chez Juliette Récamier, des personnalités comme Alfred de Musset, Honoré de Balzac ou Chateaubriand. Dans le même temps, il approfondit considérablement ses vues esthétiques et métaphysiques, il étudie l'art italien de la Renaissance, en particulier le maniérisme, qui influence durablement son spiritualisme, et affine sa lecture d'Aristote. À cette époque il tente de produire la synthèse de sa métaphysique et de sa théorie artistique.
En outre, Ravaisson manifeste une disposition pour l'art et particulièrement pour la peinture. Dans son enfance, Jean Broc et Théodore Chassériau, les disciples de Jacques-Louis David fréquentent la maison. L'un et l'autre exercent une influence durable sur la technique picturale de Ravaisson qui se forme alors dans leurs ateliers. Ravaisson expose lui-même régulièrement au Salon, sous le patronage de Broc., des portraits au nom de Lacher ; tandis que Chassériau, qui lui tire le portrait en 1846, le considère durablement comme un ami.. Il fréquente également les ateliers d'Eugène Delacroix et Jean-Auguste-Dominique Ingres., ce dernier reconnaissant même le « charme » de ses dessins.
Selon la plupart des sources historiographiques à son propos, Ravaisson aurait été écarté de l'enseignement universitaire par son maître Victor Cousin, dont il critiqua l'éclectisme, et relégué ainsi à des fonctions plus administrativesLe Surnaturalisme français : actes du colloque organisé à l'Université Vanderbilt les 31 mars et avril 1978 [sous les auspices du] W. T. Bandy Center for Baudelaire studies [par Jean Leblon et Claude Pichois], Neuchâtel, La Baconnière, 1979, 161, .. Il est certain qu'il n'est jamais devenu « un philosophe de profession » au sens où il n'a jamais enseigné la philosophie dans le cadre académique. Il est nommé chargé de cours de philosophie à l'université de Rennes mais de façon purement formelle. Ravaisson devient chef du secrétariat du ministère de l'Instruction publique, poste qu'il quitte rapidement. À partir des années 1830, un effort est fait en faveur des bibliothèques publiques de province. C'est dans ce cadre que Félix Ravaisson est nommé inspecteur général des bibliothèques par le ministre de l'Instruction publique Salvandy en 1839. Il est alors essentiellement chargé de visiter les bibliothèques des villes qui ont bénéficié des confiscations révolutionnaires, ainsi que de missions à la Bibliothèque royale (ouverture de la salle de lecture du département des estampes).
Il part à l'automne 1839 à Munich pour aller voir Schelling et étudier la nouvelle philosophie allemande. Il a de nombreux entretiens avec lui et prend connaissance de sa Lettres à H. Poret et à Edgar Quinet, 23/10/1839, citées par J. F. Courtine, 1994, .. Il connaissait sans doute la philosophie de Schelling de façon indirecte avant d'entreprendre ce voyage, comme en témoignent ses premiers écrits.
Ravaisson est inspecteur général de 1839 à 1844 et de 1847 à 1852 et participe également de près à deux grandes entreprises éditoriales du : le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques de France (CGM) et les Documents inédits de l'Histoire de FranceCaillet, Maurice, « L'Inspection générale des bibliothèques », Bulletin des bibliothèques de France, 1970, , ..
Chef du cabinet de Salvandy en 1845-1846, il passe inspecteur général de l'enseignement supérieur en 1852 puis conservateur des antiquités au musée du Louvre en 1870« L'Inspection générale des bibliothèques », Bulletin des bibliothèques de France, 1971, , ..
Hormis le deuxième tome de l'Essai sur la Métaphysique d'Aristote, Ravaisson produit moins d'œuvres philosophiques aussi importantes et originales dans cette situation. Néanmoins, le ministre Victor Duruy, son ancien condisciple, lui demande en 1863 de rédiger un rapport sur les progrès de la philosophie. Ravaisson y expose sa critique de l'éclectisme cousinien et rend compte du plus grand nombre possible de publications philosophiques parues en France dans les décennies précédentes. Le livre est en lui-même un livre de philosophie qui oppose le matérialisme et le spiritualisme et qui a une immense influence sur les contemporains.
Ravaisson est membre de l'Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres en 1849 et de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie en 1899. Il meurt en mai 1900 en son domicile situé au n°11 quai Voltaire dans le 7 arrondissement de Paris (où une plaque lui rend hommage)Archives de Paris , acte de décès , année 1900 (vue 8/17). et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division)Registre journalier d'inhumation de Paris Père-Lachaise de 1900, en date du 21 mai (page 30/31).
Philosophie Travaux d'historien Ravaisson est un historien de la philosophie remarqué à son époque. Ses ouvrages Essai sur la « Métaphysique » d'Aristote en 1837, Rapport sur la philosophie en France au en 1867 et son étude sur Pascal en 1887 sont les jalons principaux de son œuvre historique.
Son mémoire consacré à la Métaphysique d'Aristote, paru en 1837, contribue amplement à la redécouverte en France des travaux du Stagirite, lesquels sont profondément discrédités depuis le et les réfutations de son modèle géocentrique par Newton et Galilée. La même année, il soutient sa thèse de doctorat ès lettreshttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/5368, consulté le 23/10/2023 portant sur l'habitudeFélix Ravaisson, De l’habitude, Paris, H.Fournier, 1838, (lire en ligne, consulté le 9 octobre 2023).. L’auteur s’inscrit là dans un courant récent de renouveau des études académiques, portant sur des thèmes abandonnés par la recherche philosophique depuis Maine de Biran. Sa thèse est publiée l'année suivante et devient rapidement célèbre« Les innovations académiques des années 1830 : Henri Monin et Edward Barry », "Devenir savants : thèses et doctorats ès lettres au ", exposition virtuelle sur NuBIS, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque de la Sorbonne. On lui doit aussi un Testament philosophique rassemblant ses notes en vue de la publication d'un ouvrage inachevé. Il répond, de surcroît, à la demande de Xavier Léon de rédiger l'article « Métaphysique et morale », qui inaugure, en 1893, le premier numéro de la revue éponyme.
Critique du dualisme Ravaisson critique l'idéalisme subjectif, pour lequel seules les représentations de la conscience sont réelles, et le , qui conçoit les choses en tant qu'extérieures les unes aux autres. Il écrit qu'il faut rendre les ..
Ravaisson souhaite, contre le séparatisme, retrouver , unité qui est celle de l'Esprit, contre la dualité associée à l'exil hors de la vie de l'Esprit. Ravaisson poursuit en cela les recherches métaphysiques du néoplatonisme, prisme à partir duquel il lit Aristote dans son Essai, de Leibniz, Maine de Biran et Schelling qu'il a rencontré.
Dans la métaphysique unitaire de Ravaisson, , rappelle le spécialiste Jean-Michel Le Lannou. Il ajoute que .
De l'Habitude (1837) Ravaisson soutient sa thèse de doctorat Sur l'Habitude en 1837, elle est publiée en 1838Félix Ravaisson, De l'Habitude, Paris, Allia, 2007, p. 82-83, note de Claire Marin.. Il s'agit d'une réflexion sur la question philosophique de la nature en général appréhendée à partir d'un phénomène concret : notre manière d'être quand nous contractons une habitude. L'habitude montre la nature comme une forme de ou de et le mécanisme comme Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant, Paris, P.U.F., 1938, p. 267..
Art et métaphysique