Modeste Verlinden, né Médard Modeste Gérard Egide Verlinden le à Merksplas, commune d'Anvers, et mort le à Roulers est un ébéniste, sculpteur et chef d'entreprise belgeRegistres des décès de la ville de Roulers (Roeselare) 1909, Acte 360 au nom de Medard Verlinden.
Spécialisé dans la sculpture religieuse et l'ameublement d'église., ses œuvres se rencontrent fréquemment dans le Nord de la France et dans une moindre mesure en Belgique. Il est actif dans les années 1874-1909..
Biographie Modeste Verlinden naît le à Merksplas, commune d’Anvers (Belgique). Il est le fils de Livin Urbain Verlinden, commerçant, et de Marie-Thérèse Vaes. Il est le troisième fils d’une fratrie qui comptera six enfants.
Les études artistiques qu’il a pu suivre demeurent encore inconnues. Toutefois, lors de son premier mariage célébré à Reims en 1867, à l’âge de vingt-sept ans, il réside déjà à Paris, dans le 15ᵉ arrondissement, bien loin de sa province natale.. Il y exerce la profession de sculpteur sur bois.. Son épouse, Julienne Zoé Léontine Liébaert (1843 - ?), est la fille de Charles-Louis Liébaert, sculpteur établi à Wormhout.. Le mariage est de courte durée : Julienne décède peu de temps après leur union.
Veuf, Modeste Verlinden quitte Paris et retourne probablement auprès de sa famille à Anvers. Il s’y remarie en 1870 avec Antonetta Maria Van GaubergheRegistre des mariages de la ville d'Anvers, année 1870, Acte 147. (1849-1923). De cette union naissent deux premiers enfants à Cambrai en 1871Registre de reconstitution des actes de l'état civil de la ville de Cambrai en date du 26 mars 1871.
Naissance de Léon Antoine Urbain Verlinden. et 1872, Léon et Alice, puis un troisième, Victor, à Anvers en 1874, où le couple est alors domiciliéRegistre de l'état civil de la ville d'Anvers, Acte de naissance, 30 décembre 1874, Ludovicus Victor Verlinden.. Entre 1877 et 1888, six autres enfants viendront encore agrandir la famille.
Parmi les premières œuvres connues de Verlinden, dont l'atelier est alors installé à Anvers, figurent la chaire à prêcher de l’église Saint-Piat de Roncq. (vers 1874-1880). centré|vignette|Allégorie de la Charité (entourée de la Foi et de l'Espérance), église Saint-Piat de Roncq
Dès les années 1870, ses réalisations se distinguent par leurs dimensions imposantes, la finesse de la sculpture et la richesse de leur iconographie.centré|vignette|Statue d'un évêque sur un confessional de l'église Saint-Piat de Roncq
Dans la seconde moitié du , la forte croissance démographique du Nord de la France, stimulée par le développement industriel, entraîne la construction de nombreux édifices religieux.. Ces églises, le plus souvent de style néogothique ou néoroman, requièrent un mobilier liturgique abondant et de qualité. Verlinden saisit pleinement cette opportunité : son intense production répond à la demande des paroisses et des architectes de la région. Cette dynamique est d’autant plus favorable que de riches industriels comptent parfois parmi les donateurs du mobilier.
En 1885, il participe à l'Exposition Universelle d'Anvers où il présente un autel en marbre de Carrare et en bronze doré. L'ensemble impressionne les visiteurs., d'autant plus que le retable de l'autel culmine à onze mètres de hauteur. Il remporte deux médailles d'or. et ses collaborateurs reçoivent également des récompenses.. Une fois l'exposition terminée, l'autel est acheté 60 000 francs. pour l'église Saint-Maclou de Wattrelos.. centré|vignette|Maître-autel de l'église Saint-Maclou de Wattrelos, 1885
Vers 1890, Verlinden transfère son atelier d'Anvers. à Roulers., probablement afin de se rapprocher de sa clientèle, majoritairement française. Il s’associe à plusieurs de ses fils, comme en témoigne la signature « M. Verlinden et Fils, sculpteurs à Roulers (Belgique) » figurant sur un plan de maître-autel conservé dans les archives familiales. centré|vignette|Signature M. Verlinden et Fils, Sculpteurs à Roulers, Belgique Son entreprise, désormais présente à la fois à Lille et à Roulers, prend le nom d’Institut Saint-Luc d’art chrétien, en flamand Atelier voor Christelijke Kunst Sint-Lucas...
Toujours actif dans les années 1900, Modeste Verlinden réalise notamment une série d’autels pour l’église Saint-Piat de Roncq, une chaire (1905) et des stalles (1903) pour l'église Notre-Dame de Roulers. ou encore divers éléments de mobilier pour l'église Saint-Augustin d'Harelbeke (1903-1906). centré|vignette|Chaire de l'église Notre-Dame de Roulers, signée "Verlinden en Zonen, Rousselare" Il s'éteint le à Roulers où il résidait. Ses funérailles sont célébrées le mercredi en l’église Saint-Amand, pour laquelle il avait réalisé des confessionnaux et un autel latéral. Il repose aujourd'hui aux côtés de sa femme au cimetière de Roulers centré|vignette|Tombe de Modeste Verlinden et de sa femme Antoinette Van Gauberghe au cimetière de Roulers.
Descendance vignette|Faire-part de décès de Modeste Verlinden. Les membres de sa famille y sont mentionnés. Son fils ainé, Léon Verlinden, né à Cambrai en 1871, exerce à Paris la profession de marbrier au début du ..
Sa fille, Alice Verlinden, née à Cambrai en 1872, entre chez les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul. En 1909, elle réside au couvent de Bruges.
Son deuxième fils, Victor Verlinden, né à Anvers le , est mentionné comme sculpteur en 1907. Lors du décès de son père en 1909, il exerce la profession d’architecte à Liège, où il mène ensuite une carrière brillante. En 2024, un important fonds de dessins et d'archives de son cabinet est confié au GAR-Archives d’architecture.. Ce fonds Victor Verlinden est aujourd'hui en partie accessible en ligne..
Son troisième fils, Edmond (ou Edmund) Verlinden, né à Anvers le , sculpteur et architecte, quitte Roulers pour les États-Unis en 1909.. Il s'établit dans le Wisconsin et devient un important facteur d'orgue en fondant la Verlinden Organ Company à Milwaukee... Il décède en 1961.
Son plus jeune fils, Joseph Verlinden, né le , également sculpteur, meurt prématurément en 1913 à l’âge de vingt-quatre ansBelgium, West Vlaanderen, Roeselare, Registers van de Burgerlijke Stand. Huwelijken, overlijdens, 3457, 1913. Akte 182.
Ses filles Jeanne et Isaura se marient, mais leurs parcours demeurent encore peu documentés.
Elèves, ouvriers et apprentis Les artistes Josué Dupon. et Albert Baggen. ont travaillé et développé leurs compétences dans l'atelier de Verlinden.
Collaborations artistiques Modeste Verlinden a souvent travaillé pour les grands architectes du Nord construisant des églises comme Charles Maillard et son fils Jean-Baptiste Maillard (église Saint Piat de Roncq, église Saint-Martin de Bousbecque, église de l'Immaculée Conception de Wervicq-Sud), Louis Le Blan (église Saint-Roch de Roncq), Henri Boudin (église Saint-Calixte de Lambersart, église Notre-Dame de Lourdes de Lille-Lomme), Paul Destombes (église Saint-Vaast de Bondues, église Saint-Nicolas de Cappelle-en-Pévèle, église Saint-Martin de Provin, église Saint-Martin de Templemars) et Gustave Meurant (église Saint-Amand de Dechy)
De nombreux ateliers de sculptures et d'ébénisterie concurrents de l'atelier de Verlinden sont présents dans le Nord de la France et la Belgique à cette époque.. Ainsi l'atelier de Charles Buisine-Rigot à Lille., l'atelier des Collesson à Wormhout., l'atelier de Gustave Pattein à Hazebrouck., l'atelier de Charles Debert à Bailleul., l'atelier de Léopold Lefebvre à Beuvry (Atelier Lefebvre Lenclos). ou encore l'atelier de Clément Carbon à Anvers..
Sur plusieurs chantiers, la réalisation du mobilier fut confiée conjointement à Modeste Verlinden et à Gustave Pattein : le premier pour les éléments en pierre ou en marbre, le second pour ceux en chêne. Cette collaboration est notamment attestée dans les églises de l'Immaculée Conception de Wervicq-Sud, de Saint-Calixte de Lambersart, ainsi que de Notre-Dame de Libercourt.
Œuvres
Style Les œuvres de Verlinden sont très majoritairement de style néo-roman ou de style néogothique alors en vogue à l'époque.
La physionomie des personnages n'est pas médiévale mais plutôt réaliste et naturaliste. Quand ils sont sculptés sur bois, les plis des vêtements sont particulièrement abondants et complexes. Les meubles produits sont d'une grande richesse et reflète le goût des catholiques du Nord de la France et de la Belgique pour des églises richement décorées de boiserie, de marbres divers, de statues, etc... centré|vignette|Ange en chêne dans l'église Saint-Piat de Roncq
Matériaux Une publicité diffusée en 1885 à l'occasion de l'Exposition universelle d'Anvers mentionne les matériaux travaillés par l'atelier : bois, pierre, marbre et bronze.. centré|vignette|carte publicitaire (1885)Verlinden sait s’adapter aux moyens de ses commanditaires. Si le marbre de Carrare constitue le matériau de prédilection pour la création d’un autel, il peut également proposer des alternatives plus économiques : marbres de moindre qualité, pierre blanche, ou encore chêne soigneusement travaillé.
Caractéristiques et limites Contrairement à d’autres ateliers, tels que celui de Gustave Pattein, les œuvres issues de l’atelier Verlinden ne portent habituellement pas de signature.
Cependant, certaines d’entre elles présentent une frise décorative caractéristique, véritable marque distinctive de la maison. Inspirée de l’art roman, cette frise se compose d’une succession de triangles, dont un sur deux est orné d’un feuillage trilobé. Ce motif, véritable signature visuelle de l’atelier, constitue aujourd’hui un critère d’attribution fiable pour un grand nombre d’œuvres demeurées anonymes.centré|vignette|frise décorative caractéristique de l'atelier de Modeste Verlinden D’autres motifs récurrents caractérisent également la production de l’atelier. Verlinden semble affectionner notamment les croix grecques pattées inscrites dans un cercle, dont les extrémités sont terminées par de petites boules. Le fond de certaines expositions sont ornées de draperies retenues en sept points. Les frises de faîtières, particulièrement hautes, évoquent quant à elles l’esthétique romane, même lorsque l’ensemble appartient au style néogothique ou néo-renaissance. centré|vignette|Autel de Saint Joseph (Libercourt) - frise faîtière particulièrement haute.
Malgré la qualité indéniable de ses œuvres, l’atelier Verlinden manifeste une tendance marquée à la répétition. Comme la plupart des ateliers de son époque, il recourt à des archétypes pour les figures de saints ou les scènes sculptées, mais il va plus loin en reproduisant des structures entières. Ainsi, plusieurs autels néoromans présentent une composition architecturale identique, tant dans les proportions que dans la disposition des éléments.centré|vignette|Projet pour le maître-autel de Templemars, la structure est typique de Verlinden
Les tombeaux des autels exécutés par l’atelier montrent souvent un monogramme inscrit dans un cercle, posé sur un champ de motifs ornementaux. Les retables, quant à eux, se composent fréquemment de panneaux à arcades destinés à abriter des sculptures ou des reliquaires. Les flèches néoromanes qui surmontent les tabernacles adoptent un schéma récurrent, se terminant par une croix-orbe. Enfin, le premier gradin des autels porte souvent une inscription encadrée de deux croix, placées au début et à la fin de la phrase. centré|vignette|Maître-autel de l'Église Saint-Calixte de Lambersart
Liste d'œuvres non exhaustive (par ordre alphabétique des villes) Airaines, église Saint-Denis autel de Saint-Roch (1897)., en marbre de diverses couleurs et avec retable - détruit Annœullin, église du Sacré-Cœur (vers 1901) maître-autel en marbre autel de Notre-Dame de Lourdes en marbre autel de Saint Joseph en marbre
Anvers (Deurne) cimetière de l'église Saint Frédégand (Sint-Fredegandus Kerk) Stèle funéraire d'Adrianus Van Beynen (1883).. Armentières, église Notre-Dame-du-Sacré-Coeur (vers 1879) Maître-autel - détruit Autel du Sacré-Cœur - détruit