Wassitat al-Suluk fi Siyasat al-Muluk (en ), également connu sous les titres français Chapelet des perles, Le moyen de connaître la politique des princes, est un traité de théorie politique relevant du genre littéraire des miroirs des princes islamique. L’ouvrage est écrit par le sultan zianide Abou Hammou Moussa II, souverain du royaume de Tlemcen entre 1359 et 1389 (760-791 de l'hégire). La date exacte de la rédaction du livre n'est pas précisément connue, mais il est probable qu'il ait été composé entre 1364 et 1376 (765-777 de l'hégire). Ce souverain a réussi à reprendre la ville de Tlemcen, qui était sous le contrôle de ses rivaux, les Mérinides, et à restaurer les territoires qui étaient sous l'autorité de ses ancêtres zianides. Le livre est également l'une des rares sources primaires documentant le règne des zianides au Maghreb central.
L'ouvrage contient une série de conseils et de recommandations politiques que le sultan Abou Hammou Moussa II adresse à son fils et héritier, Abou Tashfin II, ainsi qu'à d'autres princes et rois. L'auteur aborde des thèmes essentiels tels que l'éthique du gouvernant, la justice, l'esprit, le courage, la générosité et la perspicacité. Il discute également des piliers de la gestion de l'État, comme l'armée, les ministres, les juristes, les finances, etc., considérant que son livre et les conseils qu'il contient constituent la base nécessaire à la réussite de tout règne.
Le style adopté par l'auteur dans ce livre combine sagesse politique et analyse de la réalité, évitant l'approche moralisatrice traditionnelle. Il reflète également l'influence de la pensée politique islamique de l'époque, ce qui en fait un document contribuant à retracer l'évolution de cette pensée dans le monde musulman. Le livre a également servi de référence politique pour certains dirigeants, tels que les princes et sultans alaouites et leurs héritiers au Maroc. Cependant, l'ironie réside dans le fait que son fils, Abou Tashfin II, n'a pas suivi ces conseils et s'est rebellé contre lui, s'alliant avec ses rivaux mérinides, ce qui a bouleversé la situation et conduit à la mort du sultan, orchestrée par son propre fils qui lui a succédé. Cet ouvrage est unique dans ce genre littéraire, car son auteur, Abou Hammou Moussa II, n'était pas seulement un penseur ou un philosophe de ce courant, mais un souverain qui a exercé le pouvoir. Il a tenté de concilier théorie politique et pratique, alors que la tâche d'écrire ces ouvrages politiques était généralement confiée aux écrivains de la cour, aux juristes ou aux intellectuels. Ce travail reflète une dualité rare dans le monde islamique.
Le livre a été publié pour la première fois sous forme imprimée à Tunis en 1862, mais cette édition était incomplète et manquait de rigueur scientifique dans son établissement. Par la suite, l'œuvre a été traduite en plusieurs langues, dont l'espagnol et le turc. Un groupe d'historiens et de chercheurs s'est intéressé à la recherche des manuscrits de ce livre pour en établir un nouveau texte critique et étudier son contenu ainsi que les sources utilisées par le sultan. Cet intérêt s'est accru après la publication en 1974 de l'ouvrage Abou Hammou Moussa al-Zayani : sa vie et ses œuvres par l'historien algérien Abdelhamid Hadjiat, qui a mis en lumière la vie et les réalisations du sultan, encourageant ainsi davantage de recherches et d'études sur ce dirigeant.
Le livre a également fait l'objet de critiques, certains estimant qu'il ne fait que résumer des ouvrages antérieurs dans ce domaine sans apporter d'éléments nouveaux. D'autres contestent cette affirmation, soutenant que le livre propose des idées politiques innovantes. Parmi les critiques également attribuées au livre, l'utilisation de certaines histoires, récits et hadiths sans vérification rigoureuse de leur authenticité, ce qui s'explique par l'absence d'une approche critique à cette époque, où l'objectif de ce type d'ouvrages était souvent de justifier la légitimité du sultan et de démontrer sa profonde connaissance du sujet traité.
Racines historiques
L'écriture politique chez les penseurs musulmans non-juristesCertains historiens estiment que l'origine de ce type d'écrits politiques remonte à la . est apparue très tôt, dès le siècle ( siècle de l'Hégire), avec comme l'un de ses premiers précurseurs Abd al-Hamid al-Katib. Dans sa lettre adressée au prince héritier omeyyade Marwān , il lui prodiguait des conseils éthiques et politiques, insistant sur l'importance de la science, de la sagesse, de la piété et de la détermination dans l'exercice du pouvoir. Il soulignait également la nécessité de faire preuve de prudence dans l'évaluation des informations et d'éviter de prendre des décisions sur la base de renseignements non vérifiés. Cette lettre représente ainsi l'un des premiers exemples de la pensée politique islamique, qui allie principes moraux et gestion du pouvoir.
Cependant, les Arabes ne se sont pas largement consacrés à l'écriture politique avant l'essor du mouvement de traduction à l’époque abbasside. Avant cela, le rôle du souverain était principalement défini à travers les principes islamiques, reposant sur le Coran et les hadiths pour l’application des lois religieuses. Avec l'encouragement des califes abbassides, Ibn al-Muqaffa fut l’un des premiers à traduire des ouvrages persans en arabe, tels que Kalila et Dimna, Khwaday-Namag ou encore . Cette initiative marqua le début d’un nouveau genre littéraire mêlant politique, sagesse et histoire. Toutefois, cet art resta encore largement imprégné de prédications religieuses et morales, plutôt que d’une véritable analyse politique approfondie.
Après s’être développé en Orient, ce genre littéraire se répandit également au Maghreb et en Al-Andalus au siècle ( siècle de l'Hégire), avec des auteurs tels que d’al-Andalus, qui rédigea Al-Dhahab al-Masbuk fi Wa‘dh al-Muluken arabe : الذهب المسبوك في وعظ الملوك. On pense qu’il composa son ouvrage durant son séjour en Orient, car il est quasiment inconnu au Maghreb et ne figure dans aucun catalogue de manuscrits locaux. À la même époque, sous les Almoravides, al-Hadrami fut l’un des premiers à écrire sur ce thème avec son livre Al-Siyasa aw al-Ishara fi Tadbir al-Imaraen arabe : السياسة أو الاشارة في تدبير الإمارة, adressé au souverain almoravide Abou Bakr ben Omar. Par la suite, plusieurs autres ouvrages politiques virent le jour et se diffusèrent progressivement dans cette région.
Avec le temps, deux orientations se sont dessinées dans cette littérature politique islamique : la première, un courant moraliste, comme dans Sulwan al-Mutaen arabe : سلوان المطاع في عدوان الأتباع d’Ibn Zafar et Kanz al-Muluken arabe : كنز الملوك de Sibt Ibn al-Jawzi, où la politique était avant tout envisagée sous l’angle de la modération, de la patience et du détachement des ambitions du pouvoir. L’exercice du pouvoir était ainsi subordonné à des considérations éthiques et spirituelles. Le deuxième courant, plus pragmatique, incarné par Risalat al-Sahabaen arabe : رسالة الصحابة d’Ibn al-Muqaffa et les Lettres politiques d'Ibn al-Khatib, abordait la politique de manière plus réaliste et analytique, sans recourir à l’exhortation morale ou aux récits édifiants. C’est dans ce contexte que le sultan zianide Abou Hammou Moussa II, à travers son livre Wasitat al-Suluk fi Siyasat al-Muluk, tenta de trouver un équilibre entre politique et morale. Il proposa une vision nuancée qui reflétait la réalité historique de son époque et analysa des vertus telles que la générosité, le courage et la sagesse sous un angle politique et pragmatique. Selon l’historien Abdelhamid Hadjiat,
Informations sur le livre
Auteur vignette|Tombeaux des princesses zianides de Tlemcen, par Gabriel Charles Deneux. Wasitat al-Suluk fi Siyasat al-Muluk est une livre politique écrit par le sultan zianide Abou Hammou Moussa II, qui a restauré l'État zianide (Royaume de Tlemcen) après que les terres de ses ancêtres zianides aient été temporairement sous le contrôle des Mérinides. Il a régné de 1359 (760 H) à 1389 (791 H), et durant son règne, il a réussi à reconstruire son état et à renforcer sa position dans la région. Ce livre a été rédigé comme un guide de gouvernance et d'administration, dans lequel le sultan voulait laisser à son fils et héritier, Abou Tachfin II, une série de conseils politiques pour le guider dans la gestion des affaires de l'État. Toutefois, il est ironique que ce fils n'ait pas suivi les conseils de son père, se rebellant contre lui et s'alliant avec les Mérinides, ce qui a conduit à un conflit sanglant et à la mort de son père, tué sur les ordres de son fils, qui monta sur le trône.
Ce livre inclut également une collection de poèmes du sultan, tandis que le livre Raih al-Arwah, fi ma qala al-Mawla Abu Hammu min al-Shi'r wa qal fi-hi min al-Madh, qui rassemblait les poèmes du sultan ainsi que les louanges de certains de ses contemporains poètes de Tlemcen, est encore perdu. Le titre du livre, Wasitat al-Suluk fi Siyasat al-Muluk, a été choisi personnellement par le sultan, qui explique dans l'introduction le choix du titre : Tandit que le titre dans les bulletins français était traduit par divers noms : Chapelet des perles, ou Traité de l'art de régner ou Le moyen de connaître la politique des princes ou le meilleur comportement politique des rois.
Ce livre est mentionné dans plusieurs ouvrages historiques de biographies arabes, dont :
Al-Maqaqri, qui en parle dans son célèbre ouvrage Nafh al-tib min ghousn al-Andalus al-Ratib ; Ibn al-Khatib, dans son livre ; Al-Tanasi, dans Nadm al-Durr wal-Aqiyan fi Bayan Sharaf Bani Ziyan; , dans Idah al-Maknun fi al-Dhayl ala Kashf al-Zununen arabe : إيضاح المكنون في الذيل على كشف الظنون ; , dans ; Chaouki Dayf, qui le mentionne dans son Histoire de la littérature arabe.
L'historien irakien estime que Ibn Khaldoun était au bien au courant de ce livre, mais qu'il ne l'a pas mentionné dans le Livre des exemples.
Date de rédaction Il n'existe pas de texte qui établisse de manière définitive la date exacte de la rédaction du livre, car Abou Hammou Moussa II ne l'a pas précisé clairement dans son œuvre. Cependant, certains historiens ont tenté de déterminer la période de sa rédaction. Le chercheur algérien Abdelhamid Hadjiat a précisé qu'on pouvait estimer la date de rédaction en se basant sur certains indices internes du texte. En se référant aux événements contemporains pendant le règne du sultan, à la façon dont il s'adresse à son fils Abou Tachfin II (qui semble être encore un jeune enfant), et à sa mention de son ministre Abdullah ibn MuslimAbdullah ibn Muslim al-Zardali est l'un des ministres les plus célèbres d'Abou Hamou Moussa II, et il était un allié important de la dynastie ziande, qu'il cite sans utiliser la formule (qu'il aurait utilisée pour un défunt), on peut estimer que l'œuvre a probablement été rédigée en 765 H (1363-1364).
La chercheuse libanaise a quant à elle estimé que la période de rédaction s'étendait de 1359 (760 H), date à laquelle Abou Hammou Moussa II entra à Tlemcen et reprit la ville des Mérinides, jusqu'à 1375 (777 H), la date à laquelle Yahia Ibn Khaldoun (frère de Abd al-Rahman ibn Khaldoun) acheva son livre Bughiyyat al-Ruwad fi Dhikr Muluk Abd al-Wad, qui mentionne l'ouvrage du sultan. En se basant également sur les poèmes et en estimant leur date de rédaction, la chercheuse a restreint la période de rédaction du livre entre 1370-1375 (771 H-777 H).
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