Le Dassault Mirage F1 est un avion militaire conçu et construit en France par Dassault. Il se distingue des autres avions de la famille des Mirage par l'utilisation d'une aile en flèche, au lieu d'une aile delta. Décliné en version de reconnaissance et version d'attaque, il a été construit à plus de , utilisés par onze pays différents. Les Mirage F1 français ont réalisé leur dernier vol à l'occasion du défilé militaire du 2014, néanmoins à cette date, l'avion reste encore en service dans d'autres pays. La production du Mirage F1 s’arrête en 1992, après 726 appareils produits.
Conception
En 1963, l'Armée de l'air française émet une demande pour un avion multirôle, capable aussi bien de missions d'interception à vitesse supersonique que de pénétration à basse altitude par tous les temps. Elle demande également un rayon d'action supérieur à celui du Mirage III et exige que l'avion puisse utiliser des pistes courtes ou des terrains rudimentaires, avec une vitesse d'approche inférieure à (). Ces spécifications sont très proches du projet MRCA qui va donner naissance au Panavia Tornado, mais auquel la France décide finalement de ne pas participer.
De son côté, Dassault commence aussitôt à travailler sur un projet désigné Mirage III F, appareil équipé d'un réacteur américain Pratt et Whitney TF-106 et d'une aile en flèche dotée de dispositifs hypersustentateurs réduisant la vitesse de décrochage. En effet, l'aile delta utilisée jusqu'ici sur les Mirage III impose des vitesses trop élevées lors de l'atterrissage. En 1965, trois prototypes d'une version biplace désignée Mirage III F2 sont commandés.
Le premier prototype, propulsé par un Pratt & Whitney TF30, fait son vol inaugural le . À la fin de l'année, il a démontré sa capacité à atteindre et à atterrir en moins de cinq cents mètres. En parallèle, Dassault a fait réaliser une version monoplace plus petite et équipée du même réacteur que le Mirage IV : l'Atar 9 K. Désigné Mirage F1 01, l'avion fait son premier vol le , piloté par René Bigand, chef pilote de Dassault. Début , lors de son quatrième vol, il atteint . Le , au cours d’un vol à basse altitude et à grande vitesse, les empennages horizontaux du Mirage F1 01 se détachent à la suite d’un phénomène de vibration divergent appelé « flottement ». L’avion percute le sol près de Fos-sur-Mer. René Bigand décède..
Malgré les bonnes performances du Mirage III F2 et du Mirage G à géométrie variable qui en est dérivé (premier vol effectué le ), le budget de l'Armée de l'air ne permet pas de financer ces projets. Finalement, seul le programme du Mirage F1 est retenu, avec la commande de trois avions de présérie : le Mirage F1 02 équipé d'un réacteur Atar 9 K 31 (premier vol le , piloté par Jean-Marie Saget) ; le Mirage F1 03 équipé du réacteur définitif Atar 9 K 50 (premier vol le ) ; le Mirage F1 04 équipé du système d'arme définitif (premier vol le , piloté par Alain Trétout).
Le premier avion de série décolle le et est livré un an plus tard.
L'avion est alors vu par l'Armée de l'air française comme une machine de transition entre le Mirage III et le futur ACF « super mirage » biréacteur. Tant et si bien qu'aucune version biplace d'entrainement n'est réclamée dans un premier temps.
En 1973, Dassault construit un exemplaire d'une version E pour « Europe », avec projet pour : un pour le test du réacteur M53-02 et un pour le test du système de navigation et d'attaque. Ce Mirage F-1E participa au Marché OTAN de 1973. Il était équipé d'un réacteur Snecma M53.
Mise en service et évolutions
Le Mirage F1 C entre en service dans l'Armée de l'air fin 1973 au sein de l'escadron de chasse 2/30 Normandie-Niémen stationné sur la base aérienne 112 Reims-Champagne, où les premiers se posent le . Il faudra au total huit ans pour que se termine la transformation des escadrons composant la escadre de chasse (basée à Reims), la escadre de chasse (basée à Orange) et la escadre de chasse (basée à Cambrai), sans oublier l'escadron de chasse 1/10 Valois transféré à Reims en 1985 pour intégrer la escadre de chasse.
Rapidement, de nouveaux volets sont installés pour améliorer la manœuvrabilité de l'appareil en combat aérien. Un détecteur d'alerte radar de type BF matérialisé par deux capteurs, est ajouté au sommet de la dérive à partir du F1 C . Enfin, à partir du numéro de série 202, une perche de ravitaillement en vol est montée en série (le 201 étant le modifié). Cette perche est fixe.
Initialement, le seul armement disponible est le missile air-air à moyenne portée Matra R530. À la fin des années 1970, arrivent les Matra R550 Magic – missiles à courte portée alors installés sur des rails montés en bout d'aile – et le Matra Super , version nettement améliorée du Matra R530. Celui-ci, combiné au radar Cyrano IV, permet d'aller chercher une cible hostile volant à à avec un dénivelé de plus par rapport à l'intercepteur.
Plusieurs versions font peu à peu leur apparition : le Mirage F1 A, appareil monoplace d'attaque diurne destiné à l'export, équipé d'un radar Aïda II, d'une perche de ravitaillement en vol rétractable et d'un système de navigation et d'attaque par temps clair comprenant en particulier un télémètre radar. L'avion emporte plus de carburant interne que le Mirage F1 C ; le Mirage F1 B, appareil biplace d'entraînement allongé de trente centimètres pour permettre l'installation d'un second siège, avec capacité en carburant réduite et les canons de supprimés ; le Mirage F1 CR, appareil monoplace de reconnaissance tactique destiné à remplacer les Mirage III R et RD. Le canon droit est remplacé par un capteur infrarouge. L'avion dispose d'un emplacement sous le nez pour une caméra panoramique (Oméra 40) ou verticale (Oméra 33), d'un nouveau système de navigation et d'attaque, d'un radar modifié Cyrano IVMR, ainsi que toute une série de pods externes de reconnaissance (caméras, radars, etc.). Le prototype fait son premier vol le et l'avion entre en service en . Les derniers Mirage F1 CR de l'escadron 2/33 Savoie sont retirés du service le ., ce qui marque le retrait définitif du Mirage F1 de l'armée de l'air française ; le Mirage F1 CT, appareil monoplace d'assaut tactique destiné à remplacer les Mirage IIIE et Mirage 5F. Il s'agit en fait de Mirage F1 C arrivés à mi-vie (- de vol) et rendus disponibles par l'arrivée du Mirage 2000.. Les modifications ont concerné l'ajout d'un télémètre laser dans un carénage sous le nez, d'un nouveau détecteur d'alerte radar Sherloc, de lances-leurres infrarouges Corail et un nouveau siège éjectable. Le système électrique est entièrement remplacé et l'électronique de bord modernisée pour les protéger des interférences électromagnétiques, tandis que la suppression du canon gauche permet par la suite l'installation de deux petites caméras. En tout, cinquante-cinq Mirage F1 C seront convertis en F1 CT, les premiers entrant en service en 1992. Les derniers appareils rétrofités sortent de l'AIA de Clermont-Ferrand le . Les quatre derniers sont retirés du service entre le et .. Le dernier vol d'un Mirage F1 CT dans l'armée de l'air ayant lieu le par le 226..
Les Mirage F1 sont exportés en Afrique du Sud dès 1974 puis en Grèce (1975), en Espagne (1976), etc. Au total, onze pays se portent acquéreurs de cet avion et il était encore en service dans la grande majorité d'entre eux en 2006. Différents programmes de modernisation ont eu lieu de façon indépendante dans certains de ces pays. Certains Mirage F1 vendus à l'export sont capables de tirer le missile américain AIM-9 Sidewinder, équivalent au R550 Magic II français.
À la fin des années 1990, l'Espagne a lancé un programme de modernisation de ses Mirage F1 (amélioration des performances du radar et mise à niveau de l'avionique), dont la réalisation a été confiée à Thomson-CSF.. Cette opération a également permis de remettre tous les avions au même standard, ce pays disposant en effet de 2 versions différentes (F1 CE pour l'interception pure et F1 EE aux capacités air-sol améliorées) et ayant racheté quelques F1 C à la France soit un total de 93 appareils.
En 2006, le Maroc a signé un contrat avec Astrac pour la modernisation de 27 Mirage F1Astrac (Association Sagem Thales pour la Rénovation d'Avions de Combat) dans .. : mise à niveau de l'avionique et du poste de pilotage, nouveau radar, nouveaux équipements d'autoprotection, capacité d'emport de missiles MICA et de l'armement air-sol modulaire (AASM). Cette modernisation se termine en 2011, et est associée à un renommage des appareils en Mirage F1 MF2000..
La Libye a signé fin 2006 un contrat de remise en état de vol de 12 de ses avions.. Selon le quotidien français Marianne ce contrat, confirmé fin 2007 lors de la visite du colonel Kadhafi à Paris, de (et non de modernisation) des Mirage F1 libyens a été conclu. Le contrat est attribué à Dassault et d'autres entreprises et porte sur un montant d'un peu plus de d'euros. Il s'agit de permettre à ces 12 Mirage F1 de reprendre l'air, sur les 32 qui avaient été livrés par la France dans les années 1970 mais dont la plupart avaient disparu. Trois ans plus tard, seuls 4 avions ont été remis en état de vol sur les 12 prévus, et 2 d'entre eux se réfugient à Malte au début de la guerre civile libyenne..
Engagements
Prospects
Bien avant sa mise en service, le Mirage F1 bénéficia de l'aura et de la communauté de client de son prédécesseur le Mirage III et suscita l’intérêt de plusieurs pays notamment Israël (processus arrêté à la suite de l'embargo de 1967) et la Belgique (sélection du F-16 lors du "contrat du siècle").
Afrique du Sud Les appareils sud-africains ont été utilisés de 1978 à 1982 durant le conflit frontalier avec l'Angola.. Deux MiG-21 angolais ont été abattus par un F1 CZ. Un F1 CZ a été touché par un missile sol-air. angolais puis réparé en utilisant des éléments d'un avion hors-service.
Équateur Le , des Mirage F1 équatoriens ont abattu deux Su-22 péruviens, lors de la guerre du Cenepa..
France vignette|Un Mirage F1C de la Escadre de Chasse arborant le camouflage généralement utilisé pour les missions en Afrique, vu ici en juillet 1993. alt=|vignette|Un Mirage F-1CR français déployé sur l'aéroport de N'Djaména fin 2009. L'armée de l'air française a engagé ses Mirage F1 sur plusieurs théâtres d'opérations, du Tchad dans les années 1980 (le , un Mirage F1 de l'armée de l'air aurait abattu un Tupolev Tu-22 libyen à de N'Djaména..) à la guerre d’Afghanistan et l'intervention militaire en Libye de 2011, en passant par la guerre du Golfe (1990-1991) où ces avions furent cependant en retrait dans un premier temps, car l'Irak disposait des mêmes appareils et l'on risquait donc des confusions malheureuses. En revanche, avant le déclenchement de l'opération Tempête du désert, les États-Unis demandèrent à la France de pouvoir tester en conditions de combat aérien et attaque air-mer les capacités des Mirage F1 vendus à l'Irak. Deux avions de type F1 EQ, similaires aux appareils irakiens, demeurant la propriété de Dassault Aviation car ils n'avaient pas encore été livrés à l'Irak avant l'embargo, furent utilisés pour ces combats aériens simulés, contre de nombreux avions de combat de l'US Air Force ou de l'US Navy. Les pilotes américains découvrirent alors les grandes capacités de ces appareils monoréacteurs, à l'équipement de guerre électronique très sophistiqué, et apprirent à s'en méfier...
Début , des Mirages F1 basés à N'Djaména ont effectué des missions d'appui feu en République centrafricaine en soutien des troupes françaises lors de la reconquête de la ville de Birao..
Le , deux Mirage F1 français engagés dans l'intervention militaire en Libye à court de carburant ont atterri d'urgence à Malte pour se réapprovisionner. Ils sont repartis au bout de deux heures après s'être ravitaillés. Le , deux Mirage F1 (dont un ayant atterri le ) ont effectué un atterrissage d'urgence à Malte en raison d'une panne du système hydraulique de l'un d'eux..