vignette|Armoiries de Reggio de Calabre.

L'histoire de Reggio de Calabre débute par la fondation de la ville au sous la forme d'une colonie grecque voire plusieurs millénaires avant si l'on tient compte de ses origines mythiques. C'est une cité florissante au temps de la Grande-Grèce et elle conserve son dynamisme tout au long de l'Antiquité par le biais de son alliance indéfectible avec Rome. Elle devient à la période médiévale l'une des métropoles chrétiennes de l'Empire byzantin avant de passer successivement aux mains des Normands, des Souabes, des Angevins et des Aragonais, sous lesquels elle suit les destinées des royaumes de Sicile puis de Naples, avant d'intégrer le royaume des Deux-Siciles qui sera unifié au reste de l'Italie en 1861. Éprouvée par de violents tremblements de terre en 1562 et 1783, elle est pratiquement rayée de la carte par un énième séisme suivi d'un tsunami en 1908 et renaît sous le signe du Liberty, courant architectural très en vogue à cette époque, mais doit subir les bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui engendrent de nouvelles destructions massives. Après-guerre, elle connaît une croissance spectaculaire qui est brusquement interrompue au tout début des années 1970, lorsqu'elle devient le théâtre de grands bouleversements régionaux dont les répercussions vont la plonger dans vingt ans de marasme économique et de troubles sociaux dont elle ne se remet pleinement qu'au tournant du nouveau millénaire. Aujourd'hui, bénéficiant de son emplacement au cœur de la Méditerranée, Reggio connaît une certaine relance économique par le tourisme mais peine à rattraper son retard sur d'autres villes italiennes.

Protohistoire Mythes fondateurs vignette|Tétradrachme du orné du lion de Némée (symbole historique de la cité) et du mythique roi Iocaste. L'historien juif Flavius Josèphe raconte que Reggio aurait été fondée à l'emplacement d'une cité plus ancienne dont il attribue la fondation à Aschenez, arrière-petit-fils de Noé, qui aurait accosté sur les côtes calabraises vers 2 000 av. J.-C. Cet épisode mythique est commémoré dans la toponymie locale, où une rue du centre-ville porte le nom de « via Aschenez ».

Les légendes grecques attribuent sa fondation à Iocaste (Ἰοκάστης), fils du maître des vents Éole, qui aurait succombé à la morsure d'un serpent et dont le mausolée monumental serait situé sur le promontoire de la punta Calamizzi (aujourd'hui disparu), connu dans l'Antiquité sous le nom de Pallantion. La figure de Iocaste, désigné oikiste de la cité dans la tradition chalcidienne, apparaît au sur les pièces de monnaie locales où il est représenté en position assise et tenant un bâton, parfois accompagné d'un serpent qui s'apprête à le mordre au bras.

Selon un autre mythe, Héraclès, revenant d'Ibérie avec les bœufs de Géryon, serait passé par là. C'est alors qu'une de ses bêtes se sépara du troupeau et, prenant la fuite, prit la mer jusqu'en Sicile. Le héros, éprouvé par ses aventures, souhaitait s'assoupir sous un arbre mais, agacé par le chant monotone des cigales, il obtint des dieux qu'ils les fassent taire afin de pouvoir se reposer convenablement avant de franchir le détroit à la nage. Cette légende devait revêtir une dimension symbolique forte à Rhêgion, dont les monnaies les plus anciennes, frappées entre 550 à 493 av. J.-C., représentent le bœuf Androposopos surmonté d'une cigale.

Occupations préhelléniques et nom d'« Italie » vignette|291x291px|Carte ancienne de l'« Italia » correspondant à la Calabre moderne. Quoi qu'il en soit, les sources historiques plus fiables évoquent la présence de différentes peuplades sur le site d'Erythra (Ερυθρα), les Ausones, les Œnôtres, les Italòi et les Morgètes, avant la fondation de la cité grecque. Diodore de Sicile et Denys d'Halicarnasse rapportent à leur sujet que les Ausones sont arrivés les premiers dès le , que les Italòi n'étaient qu'une ramification des Œnôtres régnant sur toutes les autres, et enfin que les Morgètes ne faisaient à l'origine qu'un avec les Sicules mais qu'ils s'en sont distingués en restant sur la péninsule contrairement à leurs compatriotes qui donnèrent leur nom à la Sicile.

Le noyau restreint demeuré sur la rive continentale du détroit est gouverné à une certaine époque par un roi-patriarche dont la sagesse et la générosité auraient conquis le cœur de ses sujets et qui entrerait dans la légende à titre posthume sous le nom d'Italos (son fils, Morgète, sera roi des Morgètes). Le peuple local prendra par la suite le nom d'Italòi que les Grecs appliqueront à toutes les populations de la pointe de la botte. Le toponyme se consolidant dans l'usage courant, les habitants des cités-États grecques d'Italie seront désignés collectivement comme des Italiotes par les Grecs puis des Italiques par les Romains, qui ne finiront par s'approprier le nom Italia que bien plus tard pour désigner l'ensemble de la péninsule italienne jusqu'aux Alpes à la suite de la conquête de la Gaule cisalpine par Jules César.Italos était un homme bon et sage.

Denys d'HalicarnasseSelon d'autres récits moins répandus, le nom « Italia » serait davantage lié au passage d'Héraclès et ses bœufs dérobés à Géryon ; « bœuf » se traduisant par uitlu dans la langue sabellique vraisemblablement parlée par les populations locales avant leur hellénisation progressive, à comparer avec le latin uitellus et même à l'italien moderne vitello, qui désignent le veau.

Colonie chalcidienne vignette|Plan archéologique de l'ancien centre historique de Reggio. La cité grecque de Rhêgion est fondée par des colons ioniens originaires de Chalcis, sur l'île d'Eubée, comme beaucoup d'autres colonies de la Grande-Grèce. D'après certaines sources antiques, ils sont bientôt rejoints par des exilés messéniens du Péloponnèse, mais la présence dorique n'y est pas attestée avec certitude avant le

La date de fondation de la cité est conventionnellement fixée à l'été de l'an 730 av. J.-C. par les érudits modernes en se basant sur le récit de Thucydide qui n'énonce toutefois aucune année précise.

Diodore de Sicile (XIII, 23), dans son récit de la fondation de Rhêgion, cite les paroles que les colons auraient reçu de la part de l'oracle de Delphes avant de prendre la mer:« Au point où l'Apsias, le plus saint des fleuves, verse ses eaux dans la mer, vous trouverez une femelle qui éprouve les étreintes du mâle ; là, construisez une ville, car le dieu vous accorde la contrée de l'Ausonie. »En accostant à l'embouchure de l'Apsias (actuel Calopinace), près du promontoire de la punta Calamizzi (Pallantion), les colons aperçurent un figuier sauvage entrelacé par une vigne. Reconnaissant là la divination de l'oracle, ils décident de s'y implanter et fondent la première πόλις (polis) grecque de Calabre. Le caractère sacré du fleuve est attesté par la présence sur certaines monnaies locales d'illustrations représentant un taureau à visage humain, personnification des cours d'eau par excellence dans l'iconographie classique.

Le nom de Rhêgion est renvoyé dans les sources anciennes au verbe grec « ρήγνυμι » (règhnumi), signifiant « briser, rompre », en référence à la séparation géologique entre la Sicile et la Calabre. Toutefois, cette hypothèse est amplement contredite par les chercheurs modernes qui y voient plutôt une dérivation de la racine indo-européenne « reg », au sens de « chef, roi », en raison de l'ancien promontoire dominant les eaux du détroit qui, de l'Antiquité jusqu'au , constituait le port naturel de la cité.

Antiquité grecque

vignette|300x300px|Modèle de céramique chalcidienne à figures noires trouvée à Rhêgion, exposée au musée du Louvre à Paris. L'emplacement géographique de Rhêgion ainsi que son gouvernement éclairé en firent bien assez vite une puissance régionale fondée sur le commerce. Elle devient l'une des poleis les plus influentes et culturellement florissantes de la Grande-Grèce sous la tyrannie d'Anaxilas et conteste même l'hégémonie du détroit à Syracuse en s'emparant de Zancle.

Initialement alliée de Locri Épizéphyre, les deux poleis voisines finissent par se brouiller et s'entravent mutuellement dans leur expansion territoriale au sein de la péninsule calabraise, ce qui va inciter Rhêgion à se tourner davantage vers la Sicile, et particulièrement vers les nombreuses cités chalcidiennes avec lesquelles elle partage des liens identitaires et économiques forts. Dès les premières années de son existence, l'emprise urbaine de Rhêgion s'étend sur le versant tyrrhénien jusqu'à Medma (colonie locrienne) et Metauria (fondée par les habitants de Messéné près de l'actuelle Gioia Tauro) au nord, et sur le versant ionien au sud jusqu'à l'Halex (l'actuel torrent Galati, près de Palizzi). Plus tardivement, sous Anaxilas, la polis de Rhêgion se déploie de l'autre côté du détroit par l'occupation de Zancle. Les échanges commerciaux représentant la principale source de revenus de la colonie, la maîtrise du détroit et la surveillance des navires transitant par ce bras de mer stratégique constitue l'un des atouts majeurs de la puissance de la cité.

À l'instar de beaucoup d'autres colonies grecques, Rhêgion fonde sa propre sous-colonie de Pyxous en 471 av. J.-C. à l'embouchure du Bussento, dont le site est identifié à celui de Policastro Bussentino, hameau de la commune de Santa Marina.

Période archaïque et « Conseil des Mille » Les plus anciennes informations qui nous soient parvenues quant à la structure politique de Rhêgion, postérieures de plusieurs siècles à sa fondation, révèlent que la cité prend la forme d'une république aristocratique gouvernée par un hégémon généralement élu parmi la faction messénienne tandis que le pouvoir législatif est détenu par un « Conseil des Mille » dénommé escletos où ne siègent que des aristocrates. Le pouvoir est donc concentré entre les mains d'une poignée de familles privilégiées.

La démocratie est introduite dans la ville par l'adoption des lois de Charondas, éminent législateur à l'origine d'une série de réformes dans l'ensemble des colonies chalcidiennes de Grande-Grèce qu'il dote d'un code juridique avant toutes les autres cités. C'est ce qui va permettre à Rhêgion de développer une politique étrangère forte. vignette|Statue équestre des Dioscures trouvée sur le site de Locri, exposée au musée national de Reggio de Calabre. Depuis longtemps, en effet, Rhêgion souhaitait se lier d'amitié avec la cité voisine de Locri Épizéphyre, ce qui s'est subitement concrétisé en raison de l'aide prompte et décisive qu'elle apporta aux Locriens face aux Crotoniates lors de la bataille de la Sagra. Rhêgion y envoie un important contingent de troupes sous le commandement du stratège Lysistrate qui va remporter une brillante victoire en 506 av. J.-C., année à partir de laquelle les deux cités alliées instaurent avec ferveur le culte des Dioscures (Castor et Pollux), à la protection desquels la victoire est attribuée.

Cela va sans dire, ce soutien militaire n'est pas totalement dépourvu d'intérêt et revêt une dimension préventive puisque la conquête de Locri par Crotone aurait représenté une menace directe pour Rhêgion. Elle lui permet en outre d'établir une amitié fructueuse avec les Locriens qui ne laissait encore rien entrevoir de la future inimitié qui ferait des deux cités d'implacables ennemies et des rivales éternelles.

Anaxilas et hégémonie du détroit vignette|288x288px|Buste du tyran Anaxilas de Rhêgion, exposé au musée régional de Messine. La colonie atteint un âge d'or sous la tyrannie avisée d'Anaxilas, qui fait de Rhêgion une cité de premier ordre sur les plans politique et économique au sein du monde méditerranéen.