La Charente est un fleuve français du Bassin aquitain. Prenant sa source à Chéronnac dans la Haute-Vienne à d'altitude, elle traverse ensuite les départements de la Charente, une petite partie de la Vienne, la Charente à nouveau, la Charente-Maritime avant de se jeter dans le golfe de Gascogne entre Port-des-Barques et Fouras par un large estuaire.
Étymologie vignette|gauche|alt=Bassin La Pérouse, port de plaisance de Rochefort.|Bassin La Pérouse, port de plaisance de Rochefort. Le fleuve était connu, à l'époque gallo-romaine, sous le nom grec de (). Cet hydronyme est mentionné par le célèbre géographe grec Claude Ptolémée en 140 après Jésus-ChristJean Marie Cassagne et Mariola Korsak, Origine des noms de villes et villages de la Charente, éditions Bordessoules, 1998, . vignette|droite|upright=1.2|alt=La Charente à Fléac.|La Charente à Fléac.
La plus ancienne mention en langue latine de la Charente se trouve dans un texte d'Ausone, poète gallo-romain du , lequel l'appelle . Ensuite, on trouve les mentions médiévales Karente en 799, Karantona en 874, Carentum en 891Ernest Nègre, Toponymie générale de la France (lire en ligne). Certaines formes anciennes sont semblables à celle de la Charentonne (Eure, Carentona 1050, Karentone 1339) et la Carantona, rivière d'Espagne.
La chute du suffixe -on- est attestée dès le haut Moyen Âge dans la forme Karente de 799.
Il existe un terme onno dans le glossaire de Vienne signifiant flumen « cours d'eau », dont la celticité est douteuse et qui serait issu du thème indo-européen *ud-r/n- (grec húdōr > hydro-, gotique wato « eau »), d'où *udnā « eau » > unna > onno. Certains rapprochent l'ancien suffixe -on- de « Charente » de ce terme attesté et identifié avec davantage de certitude dans d'autres noms de rivières. Cependant, le non redoublement de -n- pose un problème. Aussi, Ernest Nègre considère qu'il s'agit simplement du suffixe gaulois -ona.
Tout comme pour la terminaison, la nature du premier élément ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes : Pierre-Yves Lambert reconstruit *Carantonā, dérivé de Carantō basé sur le thème gaulois *karant « ami, qui aime » cf. breton kar, kerant « parents »Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994.. Charente signifierait alors « cours d'eau ami » à cause de son cours lent et paisiblesite en anglais. Ernest Nègre propose un préceltique *caranto « sable ». La Charente serait donc « la sablonneuse ».
La Charente a donné son nom : au département de la Charente ; au département de la Charente-Maritime, qui portait jusqu'en 1941 le nom de Charente-Inférieure en raison de sa position sur le fleuve ; à la charentaise, pantoufle de feutre originaire de la région de la Charente.
La Charente est appelée Chérente en saintongeais, et Charanta dans le dialecte limousin de la langue occitane.
Géographie vignette|Carte de la Charente. Départements, villes et communes traversés Le département de la Haute-Vienne, trois communes. Le département de la Vienne, dix communes et les villes de Charroux et de Civray. Le département de la Charente, dont d'amont en aval les villes de Gond-Pontouvre, Angoulême, Châteauneuf-sur-Charente, Jarnac et Cognac et quelques gros villages comme Verteuil-sur-Charente, Mansle et Bourg-Charente. Le département de la Charente-Maritime, dont d'amont en aval les villes de Saintes, Tonnay-Charente et Rochefort et quelques gros villages et bourgs comme Chaniers, Port-d'Envaux, Taillebourg et Saint-Savinien.
Description géographique du cours Généralités vignette|gauche|upright|Le cours de la Charente, face à l'île d'Oléron et à l'île Madame. La longueur totale du fleuve est de , dont concernent le seul département de la Charente. Prise en ligne droite de sa source à son embouchure, sa longueur est seulement de , elle est plus que doublée par les nombreux méandres. La Charente se divise en plusieurs bras en divers endroits, formant des îlots dont la plupart sont inondables et inhabités.
La Charente se jette dans le golfe de Gascogne par une large embouchure entre Fouras et Port-des-Barques en aval et à l'ouest de Rochefort.
Son bassin versant est de Le fleuve Charente et ses affluents, carte de l'environnement, EPTB Charente, la Charente..
Comme l'a décrit le géographe Daniel Faucher : in Daniel Faucher (ouvrage collectif sous la direction de), La France - Géographie - Tourisme, Librairie Larousse, Paris, 1951, Le Bassin d'Aquitaine par Daniel Faucher, Tome 1, .
La haute vallée de la Charente vignette|upright|Lieu de la source à Chéronnac, dans la Haute-Vienne. La Charente naît dans la partie ouest du Massif central, correspondant au Limousin caractérisé par son socle de roches cristallines imperméables. Sa source se trouve à Chéronnac dans la Haute-Vienne à d'altitude, en coulant vers le nord-ouest sur douze kilomètres avant d'entrer dans le département de la Charente au lac de Lavaud. Ce dernier est un lac artificiel formé par un barrage construit en 1990. Un affluent, la Trèze, alimente aussi le lac de Lavaud.
Peu après, le fleuve reçoit sur sa rive gauche la Moulde, sur laquelle le barrage de Mas Chaban a été construit en 1989. La Moulde est une petite rivière grossie du Cluzeau, du Mas de Lépi, du Turlut et .
Cette partie de la vallée qui correspond à la haute vallée de la Charente constitue également un point de contact géologique entre le massif granitique de la Charente limousine et les terrains secondaires du calcaire jurassique inférieur des pays charentais dont la limite est Chantrezac.
Le cours du fleuve prend ensuite une direction nord-ouest et ses eaux entrent dans le département de la Vienne qu'elles traversent sur . Dans sa brève incursion en terre poitevine, la Charente reçoit sur sa rive droite le Transon, atteint Charroux, bourg situé sur son affluent de rive droite, le Merdançon, et vire à l'ouest vers Civray.
La vallée de la Charente entre Ruffec et Angoulême En quittant la petite cité de Civray, le fleuve revient dans le département de la Charente où son cours se dirige alors plein sud. Il se caractérise dès lors par une vallée plus large et par de nombreux et profonds méandres, traversant un grand nombre de villages et bourgs pittoresques dont Condac, aux portes de Ruffec, Verteuil-sur-Charente et son magnifique château, Lichères et sa belle église romane, Bayers puis Mansle.
Sa vallée, en aval de Mansle, est alors dénommée par certaines sources le Val d'AngoumoisRoger Brunet (Ouvrage collectif sous la direction de), Poitou, Vendée, Charentes, collection Découvrir la France, Libraire Larousse, Paris, 1972, Charentes, éditions MSM, 2005, Atlas et géographie du Midi atlantique, Louis Papy, éd. Flammarion, 1982, , aperçu en ligne et, ce, jusqu'aux portes d'Angoulême, où les méandres prennent une ampleur maximale et ont calibré une large vallée. Cette appellation géographique relativement récente n'est toutefois pas utilisée localement.
En amont de Mansle, le fleuve reçoit sur sa rive gauche le Son-Sonnette, petit affluent formé du Son qui passe par Saint-Claud et de la Sonnette, puis la Charente reçoit la Bonnieure qui arrose Chasseneuil. Ces deux rivières s'écoulent plein ouest depuis Roumazières-Loubert. Il en est de même pour la Tardoire, cette dernière étant grossie des eaux du Bandiat et se jetant dans la Bonnieure. La Tardoire et le Bandiat ont également leurs lieux de source dans la Haute-Vienne et leurs cours remontent selon une direction nord-ouest en passant notamment pour la Tardoire par Montbron et La Rochefoucauld, et pour le Bandiat par Nontron en Dordogne.
De la source jusqu'à Mansle (alt. ), la pente est forte avec un dénivelé de sur , ce qui rend impossible la navigation fluvialeLe fleuve Charente de la galiote au day-cruiser, Jacques Lamare, la Saintonge littéraire, 1977..
Depuis Mansle jusqu'au Port-du-Lys, en aval de Cognac (alt. ), soit , la pente devient particulièrement faible. C'est alors que le fleuve paresse dans de larges méandres mais est accessible à la navigation fluviale à partir d'Angoulême. vignette|Le moulin de Vars sur la Charente. Après un petit détour vers l'ouest où se nichent le gros village de Marcillac-Lanville dans la tête du méandre et le village de La Chapelle dans l'anse du même méandre et après avoir reçu l'Aume sur sa rive droite, le fleuve repart vers le sud et arrose des villages, des bourgs et des petites villes dont Montignac-Charente, Vars, Vindelle, Balzac, Saint-Yrieix-sur-Charente et Gond-Pontouvre avant d'arriver à Angoulême, la plus grande ville riveraine du fleuve.
En Angoumois, la Charente et ses affluents traversent des plateaux calcaires fissurés favorisant la présence de gouffres et de résurgences. Les sources de la Touvre, alimentées par des rivières souterraines provenant du karst de La Rochefoucauld, sont par leur débit la deuxième résurgence de France, après celles du Vaucluse. L'eau provient essentiellement des pertes du Bandiat et de la TardoireJean Gabilly, Élie Cariou et alii., Poitou, Vendée, Charentes, Masson, 1997 (Coll. Guides géologiques régionaux), p. 35-36. Dans une moindre mesure, des eaux de la Bonnieure et de l'Échelle y contribuent. La cause de la résurgence est la faille de l'Échelle, où une épaisseur de de marnes du Kimméridgien inférieur imperméable barre la route à l'écoulement souterrain des eaux et les oblige à remonter à la surface. vignette|La Charente à l'Houmeau, au pied de la cité d'Angoulême. La Charente passe ensuite au pied de l'ancienne cité d'Angoulême, chef-lieu du département, en faisant une large boucle.
La vallée de la Charente entre Angoulême et Cognac vignette|Jarnac, vue de la célèbre cité depuis le Pont du Parc. Après Angoulême, le cours du fleuve se dirige résolument vers l'ouest. Le reste de son bassin versant est formé de terrains imperméables et de calcaires qui, . Il reçoit notamment sur sa rive droite les eaux de la Nouère, de la Soloire et de l'Antenne et sur sa rive gauche celles de l'Anguienne, des Eaux Claires, de la Charreau, de la Boëme et du Né, ce dernier étant canalisé dans sa partie aval jusqu'à son lieu de confluence au Port-du-Lys, à la limite administrative des deux départements charentais.
Depuis Angoulême jusqu'au département de la Charente-Maritime, la Charente arrose de nombreux bourgs et villes pittoresques qui sont d'amont en aval Saint-Michel, Trois-Palis, Nersac, Sireuil, Châteauneuf-sur-Charente, Vibrac, les villages gabariers de Saint-Simeux et Saint-Simon, Bassac, Jarnac, Bourg-Charente, Cognac et Merpins. Cette partie de la vallée prend alors parfois le nom de prée de Jarnac ou Val de JarnacLouis Papy in , .
C'est à partir d'Angoulême que la navigation fluviale devient possible et, ce, jusqu'à Rochefort, c'est-à-dire sur . Du temps de la prospérité du trafic des marchandises sur le fleuve au , toutes les villes et nombre de villages étaient alors équipés d'un quai d'embarquement et d'expédition, la Charente était équipée ponctuellement d'écluses, et la voie de halage qui longe la Charente est l'illustration la plus parlante de cette activité révolue.
La vallée de la Charente entre Cognac et Saint-Savinien vignette|La Charente à Saintes avant de passer sous le Pont Bernard Palissy. vignette|Saint-Savinien, une ravissante petite cité sur la Charente.
À partir de Cognac et notamment du Port-du-Lysc'est-à-dire à la limite départementale des deux départements charentais sur la rive gauche du fleuve jusqu'à Saint-Savinien, de nombreux villages, bourgs et villes sont établis sur le fleuve dont, sur la rive droite, Dompierre-sur-Charente, Chaniers, Saintes, Taillebourg, Saint-Savinien et, sur la rive gauche, Brives-sur-Charente, Rouffiac, Port-d'Envaux, Crazannes. La vallée de la Charente prend alors parfois le nom de « Val de Saintonge »Louis Papy in , .
En Charente-Maritime, les affluents notables sont sur la rive droite, la Boutonne qui est le plus long affluent de la Charente, et sur sa rive gauche, la Seugne et l'Arnoult.