La , également connue sous les noms de code Project Reality et Ultra 64 lors de sa phase de développement, est une console de jeux vidéo de salon, sortie en 1996 (1997 en Europe), du constructeur japonais Nintendo en collaboration avec Silicon Graphics. Elle fut la dernière des consoles de salon de cinquième génération à être sortie.
La Nintendo 64 a plusieurs particularités : c'est une console « 64-bits » contrairement à ses principales concurrentes dites « 32-bits » (hormis l'Atari Jaguar sortie trois ans auparavant) ; le constructeur a préféré le support cartouche, plus rentable pour Nintendo mais plus contraignant pour le développement et plus cher que le support CD proposé par ses concurrents ; elle innove en instaurant un stick analogique sur sa manette qui se révèlera indispensable pour les jeux en 3D temps réel ; elle est aussi la première console à disposer en série de quatre ports manettes pour les jeux multijoueurs.
Historique Les débuts du « Project Reality » Au début des années 1990, avec le succès des consoles NES et Super Nintendo, la société Nintendo domine le marché mondial du jeu vidéo, malgré la compétition effrénée que lui livre SegaJames V. Baker, The Video Game Industry: Nintendo Back In The Lead, Seeking Alpha, 13 juillet 2007, (page consultée le 20 février 2013).. L'émergence du CD-ROM a amené Nintendo à conclure un partenariat avec Sony pour que celui-ci développe un lecteur de CD pour la Super Nintendo, le SNES-CD, afin de concurrencer la PC-Engine de NEC et le Mega-CD de SegaDominic Arsenault, « System profile: Sony PlayStation », The Video Game Explosion: A History from PONG to PlayStation and Beyond, chap. 28, Greenwood Publishing, 2008, 177-178.. Mais un différend amène Nintendo et Sony à abandonner leur projet commun, que Sony recycle alors pour développer sa propre console, la PlayStation. Nintendo se tourne alors vers la firme néerlandaise Philips pour poursuivre son projet. L'annonce de la PlayStation en 1991, ajoutée aux échecs du Mega-CD de Sega et du CD-i de Philips, persuade alors Nintendo d'enterrer définitivement l'extension CD-ROM de la Super Nintendo et de se tourner vers le développement d'une toute nouvelle console.
Désirant court-circuiter la nouvelle génération de console 32-bits, Nintendo annonce une collaboration à long terme avec la société américaine Silicon Graphics (SGI), spécialisée dans les stations de travail pour l'imagerie de synthèse, afin de développer une console 64-bits, dont le nom de code est « Project Reality », à l'occasion du salon Shoshinkai le Dernière minute ! La console 64-bits Nintendo, Nintendo Player, , septembre 1993, .. À ce moment, Silicon Graphics venait de se bâtir une solide réputation grâce à ses machines utilisées pour les effets spéciaux des films Terminator 2 et Jurassic Park, et Nintendo promet que les performances de sa future console seront largement supérieures à celles de ses concurrentesMat Allen, The Making Of The Nintendo 64, Retro Gamer Magazine, 7 juin 2010, (page consultée le 20 février 2013).Chris McGowan, Nintendo, Silicon Graphics Team For Reality Check, Billboard, 4 septembre 1993..
À l'origine, James H. Clark, le fondateur de Silicon Graphics, avait proposé sa technologie à Tom Kalinske, le président de Sega of America. Après le refus de la technologie SGI par les dirigeants de Sega Japon, James H. Clark entra en contact avec Hiroshi Yamauchi, le président de Nintendo, début 1993 « Sega Saturn could have been Sega 64 or Sega PlayStation! » article (en anglais) sur le blog SEGAtastic du 22 avril 2009..
L'année suivante, Nintendo commence à constituer un groupe de studios de développement chargés de concevoir les premiers jeux à sortir sur Project Reality. Fin , Rare et Williams Electronics Games (avec sa filiale Midway) sont les premières sociétés à signerLaurent Roucairol, Nintendo N64, Grospixels, 2002, (page consultée le 22 février 2013).. En guise d'avant-goût, Rare et Midway sortiront deux jeux sur borne d'arcade à la fin de cette même année, Killer Instinct et Cruis'n USA, en présentant la technologie utilisée comme similaire à celle de la future console de salon. Si le public est impressionné, il se révèlera avec le recul que la console disposera d'un matériel bien moins puissant que celui de ces systèmes d'arcade. L'année 1994 est aussi marquée par le succès du jeu Donkey Kong Country sur une Super Nintendo vieillissante. Développé par Rare, le jeu est une première concrétisation de la collaboration de Nintendo avec Silicon Graphics, calculé sur les stations de travail SGI et qui repousse les limites de la console.
Révélations et retards Le , Nintendo annonce que le support des jeux de sa future console sera la cartouche alors que toutes les autres consoles en développement ont opté pour le CD-ROM dont la capacité de stockage est beaucoup plus importante. La nouvelle refroidit les développeurs et Acclaim est le seul gros développeur à rejoindre l'aventure au cours des mois suivants. Si d'autres studios entrent dans la course par la suite, tels que Paradigm, Sierra, LucasArts, ou Electronic Arts, aucun d'entre eux n'est japonais.
Le projet est renommé « Nintendo Ultra 64 » (NU64) quelque temps plus tard. Une photographie de la console accompagnée d'une cartouche de jeu (mais pas de la manette) est diffusée en mai 1995 au cours du salon Electronic Entertainment Expo (E3)Magazine Super Power , juin 1995..
thumb|left|130px|Le logotype utilisé lorsque la console était connue sous le nom de Nintendo Ultra 64. La console est finalement présentée en version jouable lors du salon Shoshinkai le . L'événement est un succès et la nouvelle manette munie d'un stick analogique est révolutionnaire. Deux jeux sont présentés en version jouable : Super Mario 64 et Kirby's Air Ride 64 (qui sortira finalement en 2003 sur Nintendo GameCube). Onze autres jeux sont présentés sous forme de vidéo : Pilotwings 64, Super Mario Kart R, Wave Race 64, Star Fox 64, Star Wars: Shadows of the Empire, Body Harvest, Goldeneye 007, Blast Dozer, Creator, Buggy Boogie et The Legend of Zelda: Ocarina of TimeMagazine Super Power, numéro 39, janvier 1996.. La version jouable de Super Mario 64, le prochain Super Mario réalisé en trois dimensions et supervisé par Shigeru Miyamoto, fait sensation. Nintendo annonce également un périphérique destiné à lire un nouveau type de disques magnétiques offrant une capacité de stockage bien plus importante que les cartouches.
Des rumeurs laissent entendre que la console pourrait être renommée « Ultra Famicom » ou « Famicom 64 » pour le marché japonais, en continuité avec les précédentes consoles de salon de la firme. Finalement le , Nintendo annonce que sa console portera le nom de « Nintendo 64 » et ce partout dans le monde. Le nom « Ultra » est abandonné afin d'éviter toute confusion avec le label « Ultra Games » de Konami.
Au cours de son développement, la Nintendo 64 connait d'importants retards et sa sortie est plusieurs fois repoussée. Initialement annoncée courant 1995, une date de sortie mondiale est ensuite fixée au David Téné, 64-bits : du nouveau ?, entretien avec Ken Weng, Nintendo Player, , juillet/août 1994, .Chris Scullion, History of Nintendo 64, The Official Nintendo Magazine, 28 octobre 2009, (page consultée le 22 février 2013).. Elle est finalement repoussée à juin car la plupart des jeux annoncés ne sont pas prêts et Miyamoto demande plus de temps pour peaufiner Super Mario 64. De plus, la sortie en Amérique du Nord n'est prévue que pour septembre.
Fin 1995, Nintendo France lança une campagne publicitaire ciblant directement la PlayStation et la Saturn. Celle-ci conseillait au joueur d'attendre la sortie de l' « Ultra 64 », prévue courant 1996, plutôt que de demander une console 32-bits pour NoëlNintendo et la publicité, sur le site Musée Nintendo..
Lancement
+ Dates de sorties détaillées 250px
La console sort finalement le au Japon., avec un catalogue de seulement trois jeux : Super Mario 64, Pilotwings 64 et Saikyō Habu Shōgi. Malgré cela, unités sont vendues au lancement grâce, essentiellement, à Super Mario 64 qui s'écoule pratiquement en autant d'exemplaires. Mais jusqu'à la sortie de la console aux États-Unis, aucun autre titre ne vient étoffer le catalogue. Lorsque la Nintendo 64 sort le . en Amérique du Nord, la PlayStation et la Sega Saturn sont déjà disponibles depuis plus d'un an. De plus, pour contrer Nintendo, Sony avait décidé de baisser le prix de sa console à moins de . Pour rester compétitif, Nintendo est contraint de baisser son prix à au lieu de .
La Nintendo 64 n'atteint pas l'Europe et l'Australie. avant le . Ce retard entre le lancement américain et européen s'explique par le fait que Nintendo of Europe venait juste de se réorganiser et que l'approvisionnement en consoles fut très mal réalisé. Dans la plupart des pays d'Europe, la Nintendo 64 est commercialisée à partir du .. avec un nombre limité de consoles selon le pays. Le distributeur britannique de Nintendo, THE Games, livre consoles le au Royaume-Uni au prix de ... L'Allemagne lance la console la même date, avec un prix fixé à .. Le , l'Italie distribue la console via où le produit est vendu à .. Le , les Pays-Bas lancent à leur tour la Nintendo 64, avec un prix proposé à ..
Nintendo España organise un évènement entre le et le où 33 consoles Nintendo 64 sont exposées parmi une centaine de machines.. L'Espagne annonce le prix de la console fixé à ainsi qu'une date de sortie pour le ... Nintendo España annonce toutefois via un article du journal espagnol El País, que la console sera retardée de cinq jours pour assurer la distribution nationale.. Le lancement officiel espagnol de la Nintendo 64 est donc daté au .
La France fait partie des derniers pays d'Europe à être livré, l'Hexagone devant patienter jusqu'au pour avoir sa date de sortie officielle... Plusieurs motifs sont évoqués dont un plan social au sein de Nintendo France« Il y a , la PlayStation sortait en France » sont évoqués, article Gamekult du 29 septembre 2015. ou un stock finalement consacré au marché américainEdito Super Power 46. Ce report n'a pas empêché plusieurs grandes surfaces d'importer des machines étrangères (allemandes, espagnoles, anglaises...) et de les commercialiser à un tarif moyen de 1490 F, pendant l'été 1997. La console et sa manette, en version officielle, sont vendues en France à .
Le manque d'éditeurs tiers
Début 1997, Square fit part de sa volonté de délaisser Nintendo et de ne développer plus que sur PlayStation. C'est un coup dur pour Nintendo qui se voit ainsi privé de l'une des franchises les plus populaires au Japon : Final Fantasy. Ce choix est certainement dû au fait que la PlayStation est devenue leader de son segment à cette date, après plus de de leadership de Nintendo dans le secteur des consoles de jeu vidéoAlain Huyghues-Lacour, La guerre des consoles continue, La guerre des consoles vol.2, Consoles Plus, hors série , août-septembre 1996.. De plus, le support cartouche de la Nintendo 64, limité en termes de stockage, ne permet pas à Square d'inclure les nombreuses scènes cinématiques que comportent ses nouveaux jeux.