Carlos Andrés Pérez Rodríguez (né le à Rubio, Venezuela - mort le à Miami, États-Unis. .), surnommé CAP, est un homme d'État vénézuélien, président de la République pour deux mandats, de 1974 à 1979, et de 1989 à 1993.

Il est célèbre pour avoir été le premier chef d'État à être condamné par la Cour suprême de justice pour le délit de malversation de fonds publics. Durant son dernier mandat présidentiel, se produisent une série d'événements (, et ) qui mettent en évidence la « chute » d'un modèle politique dont il est lui-même un des principaux représentants.

Lors de son deuxième mandat (1989-1993) il impose un programme d’ajustement structurel néolibéral sous l’égide du FMI appelé « le grand tournant » (El Gran Viraje), comprenant une libération du taux d’échange, une dévaluation de la monnaie de 170 % et des mesures d'austérité, provoquant une baisse soudaine du niveau de vie. Des manifestations massives et des émeutes contre cette politique connues comme le Caracazo sont réprimées très durement par l'armée, faisant entre 1 000 et 3 000 morts en quelques jours.

Formation et vie familiale

Il nait à Vega de la Pipa, dans la juridiction de la ville de Rubio (Táchira), le , au sein d'une famille de paysans producteurs de café ; ses parents, de nationalité colombienne sont Antonio Pérez et Julia Rodríguez. Ils ont ensemble 12 enfants parmi lesquels Carlos Andrés est l'avant-dernier.

Il va à l'école primaire à Rubio au « Colegio María Inmaculada », jusqu'en 1935, sixième année et première année du secondaire. Il achève sa scolarité du secondaire au « liceo Andrés Bello » de Caracas, devenant bachelier en philosophie. Dès cette époque, il montre son penchant pour la politique, en remplissant la fonction de président du Centre des Étudiants de cet établissement. Il se marie en 1948 avec sa cousine Blanca Rodríguez avec qui il a 6 enfants. À la fin des années 90 il divorce d'avec Blanca Rodríguez et se remarie avec Cecilia Matos, avec qui il entretenait une relation amoureuse depuis plus de 20 ans et a deux autres filles.

Débuts en politique

En 1938, il rejoint les rangs du Parti démocratique national, qui plus tard donne naissance au parti Action démocratique en 1941. Connu en général par ses initiales, CAP, Pérez, membre du parti Action démocratique, est président de la République à deux reprises.

Il commence des études de droit à l'Université Centrale du Venezuela, mais les interrompt en raison des changements politiques qui se produisent dans le pays, conséquences des événements du , qui l'amènent à occuper d'importants postes politiques : secrétaire privé de Rómulo Betancourt, président de la junte militaire formant le gouvernement, et secrétaire du Conseil des Ministres.

En 1946, il est élu député à l'Assemblée législative de l'État de Táchira et en 1947, député au Congrès national pour la même entité fédérale. En 1948, au cours du renversement de Rómulo Gallegos, il est arrêté car il participe aux efforts pour installer à Maracay un gouvernement d'urgence qui remplacerait, selon la Constitution, le président déposé par le coup d'État du .

Il reste prisonnier pendant un an à Caracas (1949), puis est expulsé du pays. Il revient clandestinement au Venezuela pour s'engager dans la résistance que développe le parti Action démocratique contre la dictature de Marcos Pérez Jiménez, et est arrêté et enfermé à Puerto Ayacucho. À la suite d'une deuxième expulsion, il rejoint à La Havane Rómulo Betancourt.

À la suite des événements du , il retourne au Venezuela, se consacrant immédiatement à consolider le système démocratique naissant et à réorganiser Action Démocratique dans l'État de Táchira. En , il est élu député du Táchira pour le quinquennat 1959-1964. Appelé par le président Betancourt, il exerce la fonction de premier directeur général du ministère des Relations intérieures (1960) et est ensuite désigné comme titulaire de ce même poste ; il lui revint d'affronter énergiquement les soulèvements guérilleros encouragés par la gauche avec le soutien du gouvernement cubain. Le , il se charge provisoirement de la présidence, en suppléant Betancourt, en voyage à l'étranger.

Ses actions au cours de cette période, en particulier lorsqu'il vainc, par des méthodes illégales, les soulèvements militaires et les guérillas de gauche que Betancourt avait isolés politiquement au début des années 1960, lui valurent une réputation d'homme fort et incorruptible.

Durant les 5 ans du gouvernement du président Raúl Leoni (1964-1969) il revient au Congrès national en tant que chef de la fraction parlementaire du parti Action démocratique. En 1968 il figure dans cette organisation comme secrétaire national et membre du Comité exécutif national, poste qu'il conserve durant le quinquennat de la présidence de Rafael Caldera (1969-1974).

En 1966, alors qu'il dirige la commission de politique intérieure du Congrès, il défend une réforme de la loi de télécommunications de 1940, adoptée avant même l’arrivée de la télévision au Venezuela. Le texte est aussitôt qualifié de « loi bâillon » par les médias, et est rejeté.

Campagne électorale

Carlos Andrés Pérez est nommé candidat du parti Action démocratique avec le soutien de son fondateur Rómulo Betancourt. Dans le but de récupérer le pouvoir aux élections du , il lance la consigne « Démocratie avec énergie ». Il développe une campagne électorale polémique, utilisant pour la première fois dans l'histoire du Venezuela les plus grands talents du marketing et de la publicité de l'époque (Renny Ottolina, Grupo Gallup et Chelique Sarabia entre autres) pour vendre le message politique.

Cette campagne est centrée sur le pétrole qui a fait du Venezuela, grâce au choc pétrolier provoqué par l'OPEP, le pays avec le plus haut revenu par habitant d'Amérique du Sud. Toutefois, le Venezuela est également affecté par une forte récession due à l'inflation associée à la récession qui frappe les États-Unis à la suite de ce même choc pétrolier.

L'idée de Pérez est d'utiliser le pétrole comme moyen de pression politique et économique du Tiers monde pour obtenir un ordre plus juste dans les relations internationales, et de mettre en place une politique étendue de dépenses publiques en particulier dans les domaines de l'éducation et du social. Il publie ainsi une lettre ouverte au président Gerald Ford dans le New York Times, selon laquelle : La création de l'OPEP a été la conséquence directe de l'attitude des pays développés, qui ont usé d'une politique des prix des matières premières outrageusement bas comme une arme de répression économiqueAncien président du Venezuela, Carlos Andres Perez, nécrologie du Monde (éd. papier) datée du samedi 1 au lundi ..

La campagne convainc et est un succès, lui donnant la victoire avec , soit 48,7 % des votes, tandis que le candidat Lorenzo Fernández obtient 36,7 % des suffrages. Il entre en fonction le .

Premier mandat présidentiel, 1974-1979

En 1975 il nationalisa l'industrie du fer et d'aluminium et l'année suivante, l'industrie du pétrole. Il assoit ainsi le développement du pays sur les pétrodollars, mettant en place un programme de grands travaux.

À la fin de son mandat il peut parler de la normalité absolue maintenue par le pouvoir militaire durant l'ensemble son quinquennat.

Il développa dès 1974 deux initiatives en relation avec le domaine culturel : la bibliothèque Ayacucho (considérée comme une collection des chefs-d'œuvre des lettres latino-américaines) et le programme de Bourses "Gran Mariscal" d’Ayacucho, pour la formation de milliers d'étudiants vénézuéliens dans les centres universitaires les plus prestigieux du monde.

En raison de son effort constant pour la protection de la nature et en faveur du recyclage, il reçoit en 1975 la reconnaissance mondiale du prix Earth Care octroyé pour la première fois à un chef d’État d'Amérique latine. En 1976 il devient vice-président de l'Internationale Socialiste.

Politique extérieure

En politique extérieure, Pérez, comme le fait son prédécesseur Rafael Caldera, rompt partiellement avec la « doctrine Betancourt » et rétablit les relations avec Cuba. En , il s'oppose à la dictature de Somoza au Nicaragua, et soutient l’« homme fort » du Panama, Omar Torrijos, dans ses négociations avec les États-Unis pour la remise du canal de Panama. Il maintint de bonnes relations avec le reste des gouvernements de l'Amérique latine, d'Europe, ainsi que du Proche-Orient, de la Chine et de l'Union soviétique. Ceci ne trouble pas les bonnes relations qu'avait traditionnellement le Venezuela avec les États-Unis, en tant que principal fournisseur de pétrole.

Contacté par le chef de la DINA chilienne, Manuel Contreras, Pérez, malgré son anti-communisme, oppose son veto à l'intégration de la DISIP à l'opération Condor de répression illégale des opposants.

Politique économique

Pérez entreprend une politique économique interventionniste. Durant les deux premières années de son gouvernement il tente d'appliquer une politique de plein emploi qui au moyen de la « loi contre les licenciements injustifiés » de 1974, donnait davantage de pouvoir aux syndicats et travailleurs indépendants. Ceci eut pour conséquence une grande augmentation de liquidité circulante et augmente la consommation jusqu'en 1977, ce qui se reflète dans la croissance du PIB en trois ans la plus importante de l'histoire du Venezuela.

Cependant cette croissance se voit freinée par la bureaucratie et la corruption, associées à une politique de gaspillage des revenus obtenus grâce au pétrole, ainsi que l'usage d'un endettement extérieur très fort, de l'ordre des 30 milliards de dollars (en 1978), qui détruit le pouvoir d'achat de la monnaie vénézuélienne, le bolívar, semant en une génération, pour la première fois, des doutes sur les capacités de l'économie vénézuélienne de pouvoir payer ses engagements.

Fin de son premier mandat et parcours vers une nouvelle présidence

À la fin de son mandat Pérez, est accusé de corruption dans l'affaire « Sierra Nevada », mais à une voix près, il gagne un vote au congrès le laissant à l'abri légalement. Ceci n'entame que peu sa popularité, mais en tout état de cause, la Constitution lui interdit de briguer un second mandat consécutif.

Lors de la campagne électorale, l'accident d'avion suspect au cours duquel le candidat de l'opposition Renny Ottolina trouve la mort accentua la faiblesse du candidat officiel Luis Piñerúa Ordaz. De plus, une stagnation de l'économie à partir de 1977 n'arrange pas ses affaires, provoquant la défaite de l'Action démocratique aux élections de . Luis Herrera Campins, du Parti démocrate chrétien COPEI, lui succède alors en tant que chef d'État.

L'Action Démocratique récupère le pouvoir à la faveur des élections de , hissant Jaime Lusinchi à la présidence de la République. En 1988, contre l'avis de Lusinchi et à la suite d'élections primaires, le Pérez est choisi de nouveau par l'AD comme candidat présidentiel. Il bénéficie notamment de son prestige, étant alors vice-président de l'Internationale socialiste et président de l'Association latino-américaine des droits de l'homme.

Deuxième mandat présidentiel, 1989-1994 thumb|right|350px|Le Président aux côtés d'Helmut Haussmann, Raymond Barre et Michel Camdessus au Forum économique mondial de Davos en 1989. Il se retrouve élu aux élections du avec votes, 52,91 % des votants.

L'image de Pérez comme le président du miracle économique, qui s'est créée parmi les électeurs, contribue à lui attribuer de nouveau la présidence. Cependant, la situation économique va en empirant progressivement à mesure que les prix du pétrole baissaient. La monnaie est fortement dévaluée, l'inflation est très haute et la dette extérieure est une lourde charge pour la république.