Cet article présente l'histoire de la culture des céréales dans les années 1860.
Années 1860 Le prix constaté du blé stagne au cours de la décennie en France, selon l'économiste Jean Fourastié. Il baisse si l'on prend en compte l'évolution parallèle du salaire horaireStatistiques de prix – La baisse des prix du blé, fait capital de l’histoire économique, par Jacqueline Fourastié, 2013 mais connait une flambée de près de 80 % entre 1868 et 1867, du fait de très mauvaises récoltes et après la crise de 1866 : Années1860186118621863186418651866186718681869Prix réel (ajusté du salaire horaire)26,932,430,525,523,621,926,334,73426,6Prix observé du quintal de blé (en francs)131158145122113102122162155121 Les cours du blé en Angleterre de 1863 à 1867 : Années186218631864186518661867Prix moyen en Angleterre, en shilling par Quart (unité) de tonne554440414964 À Chicago, le prix du blé croît au rythme de 6,5 % pour la moyenne mobile sur 13 mois. entre 1860 à 1870. Le cours sur le marché à terme atteint le boisseau en , contre un dollar en , ce qui fait monter le prix de la terre pour les céréaliers américains, même dans un comté traversé par aucune ligne de chemin de fer, puis il revient à en . Entre et , le prix du blé à Chicago était encore inférieur à un dollar. Les années 1869 et 1870 sont marqués par la baisse, mais de à , les cours sont très hauts : ils dépassent par boisseau en juillet-, en , puis d’ à , enfin de janvier à .
Du maïs américain à la boite de conserve et au wagon bétailler Entre 1858 et 1860, l'Angleterre ne tire d'Amérique du Nord que 13,6 % de ses approvisionnements en blé et en farine, contre 43 % venant des régions limitrophes de la Baltique et de la mer Noire, 31 % de la France et 8 % de l'Égypte. Elle n'absorbe que 22 % des de blé et de farine-équivalent en blé exportés par les États-Unis, dont un tiers passe par le Canada, plus tourné vers les États-Unis. Avec la guerre de Sécession, l'armée réclame d'énormes livraisons de porc et d'avoine mais les céréales américaines sont privées de leurs débouchés dans les États du Sud, qui bloquent la circulation sur le Mississippi. Il leur faut de nouveaux débouchés à l'étranger, via Montréal ou les canaux menant à l'Atlantique : entre 1860/1 et 1862/3, les exportations représentent près du quart des récoltes américaines, part qui reviendra à seulement 7 % à 8 % lors des mauvaises récoltes américaines de 1865.
Grains envoyés vers l'Est par les 8 États américains de l'Ouest et le CanadaLe Traité de réciprocité par Jean-Guy Antilope, Université de Sherbrooke : Année1859186018611862Trafic (en boisseaux)44 millions78 millions119 millions136 millions% par Buffalo et Oswego67 %69 %67 %66 % Les exportations de céréales par le canal Érié et New York bondissent à 1,5 million de tonnes dans les années 1860 puis seront divisées par cinq avant de culminer à 3 millions de tonnes en 1880 et 1898, avec un retour à un million entre les deux dates. En 1861, New-York acquiert un quasi-monopole quand le Mississippi ferme, mais n'a plus que deux tiers du trafic juste après la guerre de Sécession. Pour le blé, sa part de marché chutera de 81 % à 49 % au moment des grandes exportations américaines de 1880.
Part de marché new-yorkaise des expéditions américaines de céréales vers l'Europe, de 1861 à 1900 : Céréale18611900Blé93 %34 %Maïs90 %21 % Au début de la guerre de Sécession, les États du Nord ont lancé la campagne de Vicksburg, contre cette ville-forteresse, perchée sur une haute falaise dominant la dernière portion du Mississippi contrôlée par les sudistes, surnommée « la Gibraltar de la Confédération ». Dès , l'amiral nordiste David Farragut s'empare de La Nouvelle-Orléans et la campagne de Vicksburg donne lieu à 11 batailles entre le et le , quand le Nord contrôle du Mississippi et fait basculer la guerre. gauche|vignette|La "Texas longhorn", adaptée au climat sec du Texas et aux longs trajets vers le nord. Les abattoirs accroissent leur capital au cours de la guerre, faisant de Chicago le grand centre de ravitaillement en viande, grâce à l'abondance du maïs aux alentours. Au sud, l'Armée sudiste se nourrit aussi de bétail, mais les cow-boys texans sont mobilisés et la terrible sècheresse de 1862-1863 décime des troupeaux livrés à eux-mêmes. La reprise du Mississippi par le Nord en 1863 coupe le dernier débouché des éleveurs texans, qui bradent leurs bêtes au Mexique. La fin du siège de Vicksburg, le , puis la capitulation de Port Hudson (Louisiane) le , ont en effet donné à l'Union la maîtrise complète du Mississippi, jusqu'à la fin des hostilités, ce qui facilite le ravitaillement des troupes du Nord.
Philip Armour, qui avait créé un marché de la viande à Placerville (Californie), associé à Frederick Miles pour les approvisionnements en céréales, fonde en 1863 à Milwaukee, près de Chicago, la première usine américaine de boites de conserve de viande, associé à John Plankinton. La culture du maïs, pour nourrir le bétail, y trouve un formidable débouché. Juste à la fin de la guerre de Sécession, il gagne un à deux millions de dollars en vendant pour des barils de viande de porc, achetés à seulement . Sa fortune sera réinvestie en 1867 dans la fondation à Chicago des abattoirs Armour and Company. Entre-temps, pour lancer les abattoirs de Chicago, un consortium de neuf compagnies de chemin de fer a acheté en 1864 de terrains marécageux au sud de Chicago pour . Les "Union Stock Yards" (littéralement les « parcs à bestiaux de l'union ») y sont installés, connectés aux lignes ferroviaires principales de la ville par de voies. Bientôt, il comprend enclos pour le bétail, des hôtels, saloons, restaurants, et bureaux pour les marchands et courtiers. droite|400x400px|thumbCarte de la principale ligne du Kansas Pacific en 1869. Au sud, près de 3,5 à 5 millions de "Texas Longhorn" vivent en 1865 dans l'espace entre le Rio Grande et le Rio Nueces, sans trouver de débouchés. Le Kansas Pacific Railway, parti de Kansas City en pour relier le premier chemin de fer transcontinental, arrive en à Abilene (Kansas), où Joseph McCoy créé des parcs à bestiaux pour têtes. Le , d'immenses troupeaux arrivent par Wagon bétailler aux abattoirs de ChicagoHistoire des États-Unis depuis 1865, par Pierre Mélandri, Éditions Nathan, page 24.. La première « ville de cow-boy » livre bovins de 1867 à 1871, dont fin 1867Kansas Pacific Railway Company. Guide Map of the Best and Shortest Cattle Trail to the Kansas Pacific Railway; Kansas Pacific Railway Company; 1875.. Le , Wild Bill Hickok devient shérif d'Abilene (Kansas). En 20 ans, 40.000 cow-boys, par groupes de 10, vont convoyer 5,5 millions de bovins, par troupeaux de , sur par jour. Le brevet du barbelé le plus résistant, déposé le par Joseph Glidden, ex -shérif du comté de DeKalb (Illinois), les oblige à contourner les fermes par divers routes, de plus en plus à l'ouest"Histoire des États-Unis depuis 1865", par Pierre Mélandri, Fernand Nathan, page 26, où d'autres tissent la trame de la Corn Belt. La croissance, fulgurante, repose sur l'abondance du maïs pour nourrir les bêtes en transit : les "Union Stock Yards" traitent de têtes de bétail par an à Chicago dès 1870. Dès le , le New-York Times estimait l'Amérique capable de nourrir 200 million de personnes, grâce à sa récolte de maïs (0,9 million de boisseaux, cinq fois plus que le blé), en augmentant son cheptel bovin et les élevages porcins.
En 1864, l'industrie de la viande en conserve augmente d'un tiers, menée par Cragin & Co, A. E. Kent & Co, Culbertson, Blair & Co, et Griffin Bros. Concentrée sur ce marché émergent, Chicago ne peut plus pallier les très mauvaises récoltes céréalières européennes de 1866-1867. Médiocres aussi, les récoltes américaines du Midwest sont vendues à prix d'or, au goutte-à-goutte. En conséquence, c'est la Californie qui assure la moitié des exportations américaines de blé vers l'Angleterre en 1867Rodman Wilson Paul, « The Great California Grain War: The Grangers Challenge the Wheat King », in Pacific Historical Review, volume 27, numéro 4, novembre 1958., grâce à la croissance des surfaces cultivées lors du « boom du blé »David Vaught, After the Gold Rush: Tarnished Dreams in the Sacramento Valley, Éditions JHU Press, 2009..
Famine d'Orissa causée par une crise rizicole La famine en Inde de 1866 appelée aussi « famine d'Orissa de 1866 » a touché la côte orientale de l'Inde depuis Madras, sur une zone d'une population de . Les fortes pluies de 1866 ont provoqué des inondations qui ont détruit la riziculture dans les régions basses. L'impact de la famine, cependant fut le plus grand à Orissa, qui était alors assez isolé du reste de l'Inde, où un tiers de la population, soit au moins 1 million de personnes, est mort en raison de la famine.
Le gouvernement indien britannique a importé quelque de riz, mais les efforts pour acheminer la nourriture vers la province isolée ont été entravés par le mauvais temp. Lorsque certains envois ont effectivement atteint la côte d'Odisha, ils n'ont pas pu être transportés à l'intérieur des terres et la population touchée par la famine n'a été livrée qu'en septembre. L'année suivante, il a importé environ de riz, en les payant à quatre fois le prix habituel mais seulement la moitié de ce riz a été utilisée au moment où la mousson d'été de 1867, suivie d'une récolte abondante, a mis fin à la famine en 1868.
Les leçons tirées de cette famine par les dirigeants britanniques incluaient « l'importance de développer un réseau de communication adéquat » et « la nécessité d'anticiper les catastrophes ». La famine a eu pour conséquence d'éveiller les aspirations indépendantistes chez les Indiens, critiques des effets que la domination britannique avait sur l'Inde pendant la famine d'Orissa, l'Inde a exporté plus de 200 millions de livres de riz vers la Grande-Bretagne, comme elle avait commencé à le faire lors des trois autres années précédentes.
L'Algérie victime de la famine entre 1866 en 1868
Les années 1866-1868 sont marquées en Algérie par une série ininterrompue de catastrophes qui provoquent une mortalité considérable, quoique difficile à estimer, puis la Révolte des Mokrani, de 250 tribus. Le démographe algérien Djilali Sari, estime à le nombre de morts liés à la « famine », sur 4,2 millions d'habitants en 1866. Entre les chiffres de l’historiographie algérienne et ceux de l’administration française, un tiers à un dixième de la population algérienne disparait. André Nouschi, historien spécialiste de l'Afrique du Nord, évalue la perte démographique nette à 25 % dans le Constantinois. Autour de Ténès, celle des Béni Ména s’élèverait à 41,5 % et celle des Béni Zentis à 58,5 %. À Tébessa elle approcherait 40 %. Sur connus, 80 % ont péri dans les secteurs de Sétif et Constantine.