La bataille de Lierre désigne des affrontements ayant eu lieu du au autour de la ville belge de Lierre, entre les forces armées du royaume uni des Pays-Bas et les volontaires de la révolution belge, dans le cadre de la guerre belgo-néerlandaise et plus précisément de la campagne d’Anvers.
Elle a pour objectif la prise de la ville et de ses ponts sur la Nèthe, dans le but de poursuivre la progression vers Anvers afin de repousser l'armée au-delà de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.
Contexte Lierre en 1830 vignette|gauche|L' sur la carte de Ferraris, autour de 1775. En 1830, Lierre est une ville industrielle de taille moyenne, située dans la province d'Anvers, l'une des dix-sept provinces du royaume uni des Pays-Bas, créé en 1815 après la période française de l'histoire de la Belgique. Elle est bordée par la Nèthe et compte environ habitants qui parlent le dialecte local, le flamand, tandis que la bourgeoisie parle le français, comme c'est le cas partout ailleurs dans les Pays-Bas méridionaux. Elle dispose toujours de son de fortifications médiévales, percée de plusieurs portes.
Lorsque la révolution belge éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Lierre reste relativement calme par rapport aux évènements révolutionnaires, mis à part l'une ou l'autre révolte ouvrière, comme à l'usine de textile fin août. Cela conduit au rassemblement de la schutterij, à la création d'une garde bourgeoise sous les commandement de Georg Ludwig Friedrich Bergmann, fervent orangiste. Le roi Guillaume envoie ses fils, les princes Guillaume et Frédéric, tenter de reprendre le contrôle de ce qui devient rapidement une insurrection généralisée dans les provinces du Sud.
Après les échecs diplomatiques, le chef d'état major des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, le général Jean-Victor Constant de Rebecque, est chargé de préparer une riposte militaire et il forme un « corps d'armée en campagne » dans le but de déloger les révolutionnaires des villes qu'ils occupent. Dans l'attente de l'assaut, il place ainsi à Lierre hommes du régiment de cuirassiers , commandés par le colonel Célestin Juste Joseph de Posson qui logent en ville jusqu'au déclenchement des hostilités. Il passe à l'attaque le mais est sèchement battu devant Louvain le jour-même et ne parvient à occuper que la partie haute de Bruxelles pendant quatre journées avant de devoir se retirer, finissant de soulever les « Belges » dans ce que l'histoire retient comme les Journées de Septembre. Parmi les nombreux corps-francs de volontaires qui se portent à la rescousse de la capitale, l'un d'eux vient de Lierre et comporte une soixantaine de combattants qui arrivent le .
Après la débâcle militaire, le colonel Pieter Reuter tente de reconstituer la brigade à Lierre en rassemblant les restes des trois bataillons de la afdeeling dès le . Le vendredi , les élections communales ont lieu et l'on remarque un taux d'abstention relativement important : sur votants, seuls bulletins valides sont comptabilisés. Le bourgmestre est alors Frans Karel Van den Brande depuis 1829. Le , plusieurs représentants de la régence de Lierre s'en vont à Anvers, accueillir le prince héritier Guillaume d'Orange, que son père a proclamé « gouverneur général des provinces méridionales » depuis la veille.
Le début de la campagne d'Anvers
Fin , les combattants volontaires victorieux après les Journées de Septembre accourent en nombre vers la capitale et se lancent dans la guerre belgo-néerlandaise, afin de bouter l'armée royale hors de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, officialisée depuis la déclaration d'indépendance de la Belgique du . La dernière place forte majeure des provinces francophones, la citadelle de Liège, étant prise dès le , il reste à « libérer » les provinces néerlandophones. Trois grands axes de campagne militaire se profilent d'ouest en est : la campagne des Flandres avec pour objectif la conquête de la Flandre zélandaise ; la campagne d'Anvers avec pour but la ville et le port d'Anvers, puis le Moerdijk ; la campagne du Limbourg avec pour objectif Venlo et le contrôle de la Meuse.
Le , le gouvernement provisoire de Belgique décide de lancer la campagne d'Anvers en divisant les hommes engagés en deux corps d'armée, composés chacun d'environ et quatre canons de initialement, mais gonflés au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux volontaires. Le premier corps doit se porter sur Lierre sous les ordres du colonel Pierre-Joseph Parent, tandis que le second doit se diriger vers Malines sous les ordres d'Anne François Mellinet. En effet, les rapports indiquent que l'armée royale est retranchée derrière la Dyle, les deux Nèthes, le Rupel et l'Escaut. Ces différents cours d'eau bloquent la route d'Anvers et les seuls ponts permettant de se projeter vers le nord, sont alors situés à Walem, Duffel et Lierre. Le plan du commandant en chef des nouvelles forces armées belges, le général Lambert Nypels, est de faire effectuer une diversion vers Aarschot au premier corps, feignant de se diriger vers le Limbourg, avant de virer à gauche et de foncer vers Lierre par Heist-op-den-Berg. Plus au sud, le deuxième corps doit prendre Malines puis s'emparer du pont de Walem (ce qui est chose faite le ) afin de permettre d'approcher Anvers par ce côté.
Le , le colonel Parent est démis de ses fonctions à Louvain et remplacé par Charles Niellon, nommé lieutenant-colonel pour l'occasion. Ce-dernier dirige alors sa troupe vers Aarschot, franchit le Démer le et établit son quartier général à Schriek. Il se prépare à prendre Lierre et demande des renforts, notamment aux chasseurs Chasteler, venus de Bruxelles, mais aussi aux volontaires venus de la Campine, soulevée par Pierre-Égide Peeters, envoyé par le comte Frédéric de Merode qui revient avec plusieurs corps-francs issus de cette région.
Niellon estime que la ville est le seul point d'attaque qui lui offre des chances de succès. Il écrit plus tard dans ses mémoires :
Forces en présence Armée royale Les restes du corps d'armée mobile des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas qui avait lancé l'attaque des Journées de Septembre sont disséminés un peu partout autour de Bruxelles et ont les plus grandes peines à faire jonction pour se reformer. Ainsi, on trouve à Lierre environ hommes logés chez les citoyens par groupes de huit à dix, et placés sous le commandement du colonel François de Lens. On y trouve essentiellement des soldats d'origine belge ayant participé aux Quatre Jours de Bruxelles, dont au moins : trois bataillons d'infanterie de la afdeeling ; deux escadrons de hussards ; une batterie d'artillerie.
Lors de la première tentative pour reprendre la ville, le , le contingent compte environ hommes sous le commandement de Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, répartis comme suit : Infanterie : Le bataillon d'infanterie coloniale : hommes ; afddeling : hommes ; afdeeling : deux compagnie, hommes ;
Cavalerie : Régiment de hussards n°8 : hommes ; Régiment de cuirassiers n°9 : hommes ;
Artillerie : pièces, soit une demi-batterie, arrivée d'Anvers.
Ces troupes sont renforcées par une colonne arrivant par Duffel après la bataille éponyme de la veille, et composée des forces ayant quitté Malines sous le commandement du colonel Reuther, à savoir le bataillon de la afdeeling ainsi que les bataillons de flanqueurs des , et afdeeling. Une quatrième colonne, sous les ordres du général Clément de Favauge, se joint également à l'attaque.
Volontaires belges Avant la bataille, Charles Niellon estime ses forces à environ hommes, composés : du corps d'armée, mis sur pied à Louvain et fort d'environ hommes, dont de nombreux volontaires louvanistes de 1830 ; de la légion belge-parisienne, composée de hommes ; de plusieurs corps-francs de volontaires venus d'un peu partout, dont des compagnies d'Aarschot, de Diest, de Namur dirigés par Isidore Gillain, de Nivelles ou encore de Tirlemont. D'une demi-batterie d'artillerie, commandée par Herman Kessels, secondé par le lieutenant Cohen, composée de deux canons de , d'un obusier de quinze centimètres et de trois caissons de munitions, le tout traîné par des chevaux de paysans.
À cela il faut ajouter les habitants de la ville de Lierre qui se soulèvent dès le jour de l'attaque, le , dont des hommes menés par Charles Van der Wee.
Déroulement Préludes Le , Charles Niellon informe André Jolly, alors « chef du comité de la guerre du gouvernement provisoire de Belgique » de son plan d'attaque de Lierre. Ce-dernier l'accepte et fait superviser la manœuvre depuis Bruxelles par le général Lambert Nypels, qui envoie ses ordres à Niellon dans la lettre suivante, datée du :
Le , Niellon quitte Louvain et établit son quartier-général à Aarschot. Il fait traduire une publication en dialecte flamand, langue vernaculaire de la région à l'époque, contresignée par Herman Kessels, à l'attention des Campinois et des habitants de la province d'Anvers, les incitant à se révolter et à rejoindre les patriotes belge. Il y adjoint une autre publication provenant de Jean de Neef, révolutionnaire louvaniste de la première heure qui l'accompagne.
Le , le premier corps d'armée se met en mouvement et passe le Démer. Niellon envoie un détachement faire diversion sur son flanc gauche et attaquer l'armée près de la Dyle puis installe son quartier-général à Schriek, faisant mine de menacer Malines. Il est rejoint ce jour-là par les renforts de la Campine et les chasseurs Chasteler venus de Bruxelles, dont Frédéric de Merode et Jenneval, que Niellon nomme chef d'état-major. Les forces belges font jonction à Heist-op-den-Berg mais Niellon garde le secret quant à la destination finale de leur assaut dans le but de conserver l'effet de surprise.
Pendant ce temps à l'intérieur de Lierre, le moral des troupes est au plus bas. Le , le colonel François de Lens écrit une lettre au nouveau commandant en chef de l'armée, le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, dans laquelle il dit vouloir quitter la ville car il ne fait plus confiance à ses hommes qui menacent de se révolter à tout moment et envisage lui-même de démissionner.
En effet, les publications de Niellon, Kessels et de Neef sont distribuées secrètement puisque le prince héritier d'Orange, fraichement nommé « gouverneur général des Pays-Bas méridionaux » et le duc de Saxe-Weimar visitent la ville. Ils arrivent vers , sont reçus à l'hôtel de ville de Lierre, inspectent les troupes et repartent vers en direction de Duffel. Les habitants, quant à eux, s'attellent aux préparatifs la fête de Saint-Gommaire de Lierre et la grande majorité des gens ignorent alors l'arrivée des volontaires. Toutefois, des cocardes et rubans aux couleurs du nouveau drapeau de la Belgique sont préparées discrètement.
16 octobre vignette|La Grand-Place de Lierre. Le la ville de Lierre se révolte après l'appel aux armes de Ferdinand Cools. À Heist-op-den-Berg, Charles Niellon réunit ses forces vers du matin et leur dit :
Il forme sa colonne en mettant les volontaires de la Campine en avant-garde, suivi des hommes de la légion belge-parisienne et de l'artillerie d'Herman Kessels. Sur les côtés, les flanqueurs de droite sont fournis par les volontaires d'Aarschot et la gauche par ceux de Louvain. Il leur demande expressément de garder le silence dans les rangs afin de pouvoir approcher les murailles derrières les haies sans éveiller les soupçons. Il décrit :