Les combats de Louvain désignent un épisode de la révolution belge à Louvain et aux alentours, dans ce qui est à l'époque la province du Brabant-Méridional du royaume uni des Pays-Bas. Ils débutent avec la révolte populaire du dans le cadre de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, puis reprennent lors des Journées de Septembre, quand l'armée tente de reprendre le contrôle de la situation et attaque la ville, en même temps qu'elle attaque Bruxelles.
Contexte
Lors de la révolution brabançonne de 1787 dirigée contre le régime autrichien, Louvain s'était déjà signalée par l'envoi de volontaires dirigés par le maitre d'escrime Paul Lorrangeois, afin de renforcer l'armée de patriotes de Jean-André van der Mersch. La ville s'illustre ensuite lors de la guerre des Paysans, quand le peuple se révolte contre l'occupation française, notamment à la suite de la suppression de l'université de Louvain. Elle est en effet le théâtre d'un premier puis d'un deuxième combat de Louvain.
Louvain en 1830 vignette|gauche|Plan de Louvain vers 1830. En 1830, Louvain compte environ habitants et est la deuxième ville la plus peuplée de la province du Brabant-méridional, derrière Bruxelles et devant Malines. Elle est le carrefour de nombreuses routes importantes dont : La route qui relie Bruxelles à Maastricht, en passant par Diest et Hasselt (aujourd'hui la route nationale 2). La route qui relie Bruxelles à Liège (aujourd'hui la route nationale 3), ce qui lui confère une importance stratégique dans le cadre de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux. En effet, celle-ci voit la participation liégeoise à la révolution belge être particulièrement importante, Liège et ses environs étant déjà un bassin industriel majeur et ses habitants livrant armes, munitions et troupes à Bruxelles, dont le célèbre corps franc liégeois de 1830 qui se met en route dès le . Une route qui la relie à Namur, par Heverlee et Hamme-Mille (aujourd'hui une partie de la route nationale 25). Une route qui la relie à Malines (aujourd'hui une partie de la ), puis qui permet de rejoindre Anvers, la deuxième grande ville des provinces du sud, ce qui accroit sa position de carrefour névralgique lors des troubles. La liaison vers le port d'Anvers s'effectue également par canal Louvain-Dyle, creusé dès 1750 et qui permet la navigation fluviale, la Dyle n'étant pas navigable à hauteur de Louvain.
Sur le plan militaire, Louvain abrite une garnison des forces armées du royaume uni des Pays-Bas, commandée par le major Louis Auguste Gaillard et dépend du commandant militaire de la province de Brabant, le lieutenant-général Guillaume Frédéric de Bylandt. En 1830, la garnison de la ville se compose du bataillon de la afdeeling, sous le commandement du major Joannes Fransiscus Battaerd. Elle dispose encore de son enceinte de murailles, ornées de portes médiévales. La ville compte un service de police communale ainsi qu'un corps de sapeurs-pompiers armé, créé en 1807 et dont l'une des missions étaient l'aide au maintien de l'ordre public.
D'un point de vue politique, le de Louvain, , est notoirement orangiste et répond du gouverneur de la province, Hyacinthe van der Fosse.
D'un point de vue culturel, Louvain abrite la plus ancienne université des Pays-Bas historiques : l'université de Louvain, qui fut supprimée en 1797 par le Directoire, lors la période française de l'histoire de la Belgique. Le roi Guillaume la fait reconstruire le avec le nom d'université d'État de Louvain. La ville est le berceau de plusieurs intellectuels belges qui prendront une part majeure dans la révolution, tels que Sylvain van de Weyer, Jean de Neeff ou encore Adolphe Roussel, directeur du Journal de Louvain, clairement pro-belge.
Révolution belge
Insurrection de début septembre La nouvelle des émeutes d'août 1830 à Bruxelles arrive à Louvain dès le lendemain, le et la population se soulève à son tour à grands coups de pamphlets distribués par Adolphe Roussel, directeur du Journal de Louvain et Pierre-François Van Meenen. Le drapeau orange, représentant la monarchie néerlandaise de la maison d'Orange-Nassau, est remplacé par le drapeau révolutionnaire brabançon et des cocardes « noir-jaune-rouge » sont distribuées par Eugène Debrouwer, qui sera arrêté et emprisonné. Les patriotes de la révolution brabançonne de 1789 exhibent leurs décorations ornées du portrait d'Henri Van der Noot. En réaction, le de Louvain, crée une garde bourgeoise et la place sous le commandement de son frère, Pascal d'Onyn de Chastre. Le , Pierre Thielens se rend à la Grand-Place de Louvain et présente le premier drapeau belge au lieutenant de la garde bourgeoise. Mais celui-ci refuse de l'accepter, ce qui entraîne Pierre Thillens à monter sur le perron de l'hôtel de ville et y plante le drapeau accompagné de Léonard Prosper D'Elhoungne.
Révolte du 2 septembre vignette|Adolphe Roussel. Début septembre, le bruit court que la garnison de la ville a reçu des armes, de la poudre et des munitions de la part de la régence et que le général marche en ce moment avec ses hommes pour venir la renforcer. En effet, le , miliciens sont incorporés à la garnison louvaniste par le commandant de la place, le major Gaillard, alors qu'ils devaient initialement rejoindre leurs régiments cantonnés hors de la province de Brabant. Le poste de garde du bataillon d'instruction commandé par l'adujdant-major Berents, avait bien reçu des cartouches en prévision de potentiels troubles, mais le major l'ignore. Lorsque des Louvanistes se présentent dans son bureau pour lui demander des armes, il leurs répond qu'il n'en possède pas et, sur l'insistance de ses interlocuteurs, il finit par dire : . Sur ses mots, le peuple se rassemble sur la Grand-Place de Louvain et se porte vers la caserne d'infanterie de Bay, rue de Tirlemont. Ils s'emparent de la guérite et enfoncent la porte, forçant les militaires à répondre à l'assaut en ouvrant le feu. La fusillade fait un mort, plusieurs blessés et conduit les insurgés à battre en retraite vers l'hôtel de ville de Louvain où ils exigent du conseil de Régence le départ immédiat de la garnison. Le secrétaire communal, seul fonctionnaire qui se trouvait en ce moment à l'hôtel de ville, écrit au major Gaillard pour le prier d'accéder au désir du peuple. Celui-ci choisit de se conformer à la demande du représentant des autorités municipales et, peu de temps après, Jean de Neeff, le commandant de la schutterij locale, se rend à la caserne escorté par la foule afin d'en prendre possession. Là, ils trouvent les munitions supplémentaires, ce qu'ils interprètent comme un mensonge une trahison de la part du major commandant la place. Une altercation éclate et de nouveaux coups de feu sont tirés par des soldats, tuant quatre bourgeois. Le peuple se jette alors sur la garnison, la désarme en partie et la contraint à quitter la ville par la porte du Parc. De nombreuses personnalités politiques en font de même alors qu'une commission de sûreté publique est mise sur pied, composée de Pierre-Joseph Beckx, d'Eugène Claes, d'Adolphe Roussel, d'Ernest de Schrynmakers de Dormael, de Pierre-François Van Meenen et de Jean de Neef. Ce-dernier en profite pour prendre la place du , . Dans la soirée, la populace saccage la demeure du major Gaillard, et libère les prisonniers politiques, notamment ceux des émeutes du .
Réaction de l'armée vignette|Jean de Neeff Le major Gaillard et ses hommes se réfugient à Vilvorde où l'armée et les deux fils du roi sont arrivés depuis plusieurs jours à la suite des émeutes d'août 1830 à Bruxelles. Ils font un rapport de la situation à leur hiérarchie et une expédition est décidée dès le lendemain pour tenter de reprendre le contrôle de la ville. le vers , le général se présente devant l'enceinte de Louvain un bataillon d'infanterie et deux escadrons de cavalerie, renforcées par quatre pièces d'artillerie de campagne. Dès l'apparition des vedettes de l'armée sur les hauteurs de la ville, le tocsin est sonné et le peuple court aux armes, construisant des barricades à la hâte, sous les ordres de Jean de Neeff. La régence décide d'envoyer une députation auprès du général Trip afin de négocier une non-intervention des troupes. Le général Trip accepte de ne pas attaquer la ville à condition que l'autorité municipale soit rétablie, que toutes les cocardes « belges » soient enlevées et que la garde bourgeoise et la schutterij arborent la couleur orange de la maison d'Orange-Nassau. Ces deux conditions semblant difficiles à réaliser, les Louvanistes décident de s'entretenir directement avec le prince Frédéric à Vilvorde. Celui-ci se laisse convaincre par les arguments des locaux et ordonne le retrait des troupes. Cependant, il était trop tard : la négociation tirant en longueur, les habitants décident de s'élancer hors des murs de la ville et d'attaquer les soldats, faisant plusieurs morts et blessés. Le général Trip se préparait à contre-attaque lorsque l'ordre arriva du prince arriva, lui enjoignant de se retirer vers le et d'éviter tout affrontement avec le peuple.
Suites du mouvement vignette|Consignes de la Commission d'Organisation de la garde bourgeoise de Louvain datant du . Le , le conseil de régence se réunit et, sous la pression du peuple armé et d'Officiers de la garde bourgeoise, il est contraint de nommer Jean de Neeff comme nouveau commandant de la celle-ci à la place de Pascal d'Onyn de Chastre. Une commission d'organisation est créée afin de mettre en place la nouvelle garde. Celle-ci décide du maintien des couleurs noir-jaune-rouge et l'abolition des drapeaux oranges. Le même jour, la commission de sûreté publique de la ville publie une pétition exigeant la séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas, à l'instar de ce que les Bruxellois avaient fait la veille auprès du prince Guillaume. Elle décide également d'octroyer une aide financière aux pauvres et divers projets sont lancés afin de favoriser l'emploi en ville et de garder le peuple au travail. Les seules institutions encore fidèles au bourgmestre étaient la police et les pompiers, alors armés et également chargés du maintien de l'ordre public. Mais au cours d'une altercation, l'un des pompiers blesse un manifestant et est arrêté par les révolutionnaires, ce qui est utilisé comme argument pour dissoudre le corps des soldats du feu. Voyant qu'il ne pouvait plus exercer son autorité, le , , envoie une lettre au prince Frédéric afin de demander une intervention militaire des forces armées du royaume uni des Pays-Bas pour reprendre le contrôle de la ville.
Corps francs louvanistes pour Bruxelles vignette|Jean-Baptiste Génie, un volontaire de Louvain.
Le un détachement de volontaires provenant de Bruxelles et voulant effectuer une reconnaissance autour de la ville, arrive à Louvain, n'ayant pas pu regagner la capitale. Leur meneur, Pierre Rodenbach, rencontre Pierre-François Van Meenen ainsi que les chefs révolutionnaires louvanistes et les informe de l'attaque imminente de l'armée. Le soir même, Adolphe Roussel et Jean-Baptiste Vandenbussche un officier de police et ancien maréchal des logis-chef dans la Grande Armée, réunissent un contingent de plusieurs centaines de volontaires qui se mettent en route pour la capitale dès le lendemain matin. On note parmi eux parmi eux de très jeunes combattants, dont Charles Jourdain qui a à peine quatorze ans et qui combat aux côtés de son père, ainsi qu'un tambour de seize ans, Joseph Depauw. Ensemble, ils participent activement aux Quatre Jours de Bruxelles, défendant notamment la porte de Schaerbeek le .
Journées de Septembre
Plan d'attaque de l'armée Le roi Guillaume confie le commandement de l'armée à son deuxième fils, le prince Frédéric. Le , celui-ci envoie le gros des troupes attaquer Bruxelles et ordonne dans le même temps au général Ghisbert Martin Cort Heyligers de faire une diversion sur Louvain. Celui-ci prévoit d'attaquer la ville par deux fronts :