En 1968 et 1969, des manifestations étudiantes dans de nombreuses universités japonaises conduisent à la fermeture des campus dans l'ensemble du Japon. Connues sous le nom de ou , ces manifestations s'inscrivent dans les mouvements sociaux de 1968 dans le monde ainsi que les autres manifestations de la fin des années 1960 au Japon, notamment les manifestations contre l'Anpo ou celles contre la construction de l'aéroport de Narita. Les premières manifestations se concentrent sur des problèmes purement étudiants dans les universités mais les étudiants s'organisent à partir de mi-1968 et créent le Zenkyōtō. Le passage de la Loi de mesures provisoires concernant la gestion des universités en 1969 permet la dispersion des manifestations.
Au départ, les manifestants s'opposaient au stages non rémunérés de la faculté de médecine de l'Université de Tokyo. Profitant de leurs années d'expérience en manifestations et luttes étudiantes, les organisations de la Nouvelle Gauche commencèrent à occuper des bâtiments du campus. Le campus de l'Université Nihon est aussi le siège de nombreuses manifestations et occupations qui commencent par l'indignation des étudiants autour des soupçons de corruption de la direction. À l'université Nihon, les motivations étaient plus pragmatiques qu'idéologiques de par l'orientation plus conservatrice des étudiants. Le mouvement s'est étendu à d'autres campus, des violences éclatant autant sur les campus que dans la rue. Fin 1968, au plus fort du mouvement, des milliers d'étudiants investirent la gare de Shinjuku, plus grosse gare de Tokyo, et manifestèrent en opposition à la Guerre du Vietnam. Des étaient fréquentes entre les différentes factions du mouvement. En , la police met le siège à l'université de Tokyo et met fin à l'occupation et aux manifestations, renouvelant par la même la motivation sur les autres campus. Cependant, le public commence à se désintéresser du sujet alors que la police intensifie ses actions conduit à la disparition du mouvement. L'adoption en 1969 de la Loi de mesures provisoires concernant la gestion des universités a donné à la police la base légale pour appliquer des mesures plus énergiques, bien que des groupes dissidents des mouvements de la Nouvelle Gauche, tels que l'Armée Rouge Unifiée, aient continué leurs actes de violence jusque dans les années 1970.
Les étudiants puisaient leur idéologie dans les travaux de théoriciens marxistes comme Karl Marx ou Léon Trotsky, de philosophes existentialistes comme Jean-Paul Sartre et Albert Camus ou ceux du philosophe japonais Takaaki Yoshimoto. L'interprétation par Yoshimoto de « l'autonomie » (jiritsusei) et de la était basée sur sa critique des interprétations libérales progressistes de ces idées par d'autres intellectuels japonais tels que Masao Maruyama, qu'il dénonçait comme hypocrites. Le dévouement des étudiants au shutaisei en particulier conduira finalement à la désintégration de leur mouvement, car ils se concentraient de plus en plus sur et .
Le mouvement étudiant participa à l'émergence du mouvement féministe de Mitsu Tanaka. Bien que la plupart des conflits se soient effacés dans les années 1970 et que la plupart des étudiants aient réintégré la société japonaise, leurs idées sont entrées dans les milieux culturels, inspirant des auteurs comme Haruki Murakami ou Ryū Murakami. Les demandes des étudiants mirent l'éducation dans les priorité du gouvernement qui tenta d'y répondre par des organisations comme le . Ces manifestations continuent d'être traités par les médias actuels, comme le film United Red Army de Kōji Wakamatsu en 2007.
Origines de l'activisme étudiant TL'occupation américaine du japon de la fin de la Seconde Guerre Mondiale à 1952 apporta de grands changements dans la politique japonaise. Les autorités d'occupation ont notamment abrogé les Lois de préservation de la paix notamment celle de 1925 qui ciblait les organisations de gauche (partis politiques, syndicats, groupes etc) et permettait l'arrestation de leurs membres. Les prisoniers de gauche incarcérés en vertu de ces lois ont été libérés. Le Parti Communiste Japonais (PCJ) et le Parti Socialiste Japonais (PSJ) furent légalisés et acquirent une influence considérable sur la scène politique. Le PCJ s'attacha a accroître son influence auprès des étudiants, ce qui contribua à les associer à l'activisme de gauche.La nouvelle constitution du Japon reconnaissait le droit d'exister aux organisations politiques et le droit de se syndiquer pour les travailleurs. Les groupes de gauche soutirent la constitution et les étudiants s'efforcèrent de la protéger et de se défendre contre les actions de l'État japonais qu'ils considéraient anticonstitutionnelles.
Les autorités d'occupation ont également restructuré le système éducatif japonais, en abrogeant le Rescrit impérial sur l'éducation et en introduisant le système scolaire américain : 6 ans d'école primaire, 3 de secondaire inférieur (collège), 3 de secondaire supérieur (lycée) et d'université, rendant obligatoire au moins neuf années d'éducation. L'admission en lycée restait rare et très sélective. La loi de 1949 sur la création de l'école publique a étendu le système d'enseignement supérieur, entraînant la fusion des établissements d'enseignement supérieur locaux en universités nationales et garantissant ainsi la présence d'universités publiques dans chacune des préfectures. Cette standardisation a ensuite permis à un nombre croissant d'élèves à accèder au lycée, ce qui a conduit le ministère de l'Éducation à autoriser la création de plus de lycées privés. Dans les années 1960, 90% des élèves accédaient et terminaient des études secondaires, incitant les universités à se développer et les établissements du secondaire à proposer des formations supérieures.
vignette|Première convention du Zengakuren (1949) La montée des sympathies de gauche parmi les étudiants aboutit à la création du Zengakuren en 1948, une organisation socialiste. Le Zengakuren est né de manifestations de 1947 et 1948 contre la hausse des frais d'inscriptions des universitaires, menée par des étudiants proches du PCJ. Avec le Zengakuren, les mouvements étudiants, alors dispersés, avaient une bannière sous laquelle se regrouper. Dans les années 1950, des mouvements appelés par la suite Nouvelle Gauche, issus de Zengakuren et indépendants voire opposés au PCJ ont émergé au sein du mouvement étudiant. On peut citer par exemple, le Bund ou Ligue Communiste un groupe léniniste reprenant l'appellation allemande de Bund der Kommunisten de l'époque de Karl Marx. Les groupes suivant les théories trotskistes se sont réunis pour former la Ligue communiste révolutionnaire (Kakukyōdō) et les dirigeants du Zengakuren les moins radicaux au sein du Bund ont constitué la Ligue socialiste étudiante (Shakai gakusei dōmei ou shagakudō). Ces différentes factions ont arraché le contrôle du Zengakuren des mains du Parti Communiste au profit de la Nouvelle Gauche. vignette|Manifestation contre l'Anpo devant la Diète japonaise en 1960
En 1960, une large coalition d'organisations de gauche, dont le PCJ, le PSJ, Zengakuren et la confédération syndicale Sōhyō, organisa des manifestations massives en opposition au renouvèlement du Traité de sécurité avec les États-Unis (Anpo). Pour le Zengakuren, ces manifestations marquèrent un renouveau et un renforcement de son programme politique ainsi que le déclin de l'ancienne gauche. Lors des manifestations de 1960 contre l'Anpo, une scission apparut entre deux figures intellectuelles majeures de gauche : Masao Maruyama et Takaaki Yoshimoto. Maruyama voyait dans la protestation une illustration de la mise en œuvre du concept de shutaisei (subjectivité) ou de l'idée d'autonomie de la société vis-à-vis de l'État et de l'individu et un phare des idéaux démocratiques. Yoshimoto, de son côté, percevait la protestation comme une réaction contre l'aliénation capitaliste et non comme un acte de défense de la démocratie. Yoshimoto accusa Maruyama et ses partisans de duplicité et d'hypocrisie, les accusant de s'opposer à la shutaisei en se berçant d'illusions quant à leur opposition à la guerre et aux précurseurs de la démocratie populaire. La Nouvelle Gauche, et notamment le Bund, reprit les idées de Yoshimoto et sa critique de Maruyama et du progressisme japonais. Le Zengakuren s'attaqua au PCJ, aux progressistes et à tout ce qu'ils considéraient faisant partie de l'establishment, les qualifiant d'organisations menaçant la shutaisei par la destruction de l'autonomie individuelle et son remplacement par une avant-garde. Ce fut le tournant de la Nouvelle Gauche japonaise contre le progressisme dominant et le stalinisme orthodoxe.
À la fin des années 1960, le nombre d'étudiants et d'universités atteignit un niveau record, avec 52 universités à Tokyo accueillant les radicaux de la Nouvelle Gauche. L'absence de censure dans les publications d'après-guerre, l'impression de textes marxistes à prix abordable et l'abondance de temps libre à l'université contribuèrent à la radicalisation d'un nombre croissant d'étudiants. La génération née du baby-boom d'après-guerre avait intégré l'université et les établissements s'étaient adaptées à ce changement en ouvrant des milliers de places supplémentaires. Les tensions restaient vives mais le mouvement étudiant était resté largement en sommeil depuis les manifestations contre l'Anpo.
Premières échauffourées L'agitation étudiante a ressurgi avec des manifestations à l'université Keio en 1965 et à l'université Waseda en 1966, s'opposant à l'augmentation des frais de scolarité et dénonçant les conditions de vie des étudiants, cette dernière étant la première à utiliser le terme de pour désigner les organisations étudiantes coordonnant les manifestations. Les émeutes de Waseda ont duré , prenant fin avec le retour au calme du militantisme étudiant à l'échelle nationale. vignette|L'auditorium Yasuda, bâtiment iconique du campus principal de l'Université de Tokyo. Une réforme controversée adoptée par l'Université de Tokyo fin 1967 concernant la période d'internat en faculté de médecine et perçue comme six années de travail non rémunérées, conduit à un grève étudiante à l'université début 1968. Une altercation survenue le entre un tuteur et des étudiants, déclenchée par la controverse sur la réforme, a entraîné la sanction de et l'exclusion de quatre d'entre eux. Ces sanctions ont fortement irrités les étdiants qui les trouvaient absurdes car l'un des étudiants sanctionnés était à Kyūshū, loin du campus, le jour de l'incident. L'intervention de la police anti-émeutes pour rétablir l'ordre lors des cérémonies de remise des diplômes perturbées par les étudiants est vue comme un affront, une attaque contre l'indépendance de l'université publique. Ceux-ci décident d'occuper l'auditorium Yasuda. L'université de Tokyo a alors décidé d'intervenir pour reprendre le bâtiment et démanteler les barricades. Cette décision a encore plus enflammé les étudiants qui ont réoccupé le bâtiment et lancé un appel à la grève générale, non limitée à la faculté de médecine.
Les protestations des étudiants en médecine de l'université de Tokyo se sont étendues à d'autres universités. L'une des premières fut l'Université Nihon (aussi appelée Nichidai) où de ses manifestèrent en pour protester contre l'utilisation suspecte de par le conseil d'administration de l'université. Les étudiants accusaient le conseil d'administration de « faire du profit » dans une « université de production de masse ». Les deux universités avaient des sensibilités différentes, l'université de Tokyo était un établissement d'élite dont les étudiants avaient des sympathies de gauche alors que ceux de l'Université Nihon était plus conservateurs. Les protestations usèrent de méthodes similaires, telles que l'occupation de bâtiments universitaires important par les étudiants, ce qui permit par la suite au modèle des groupes Zenkyōtō de s'étendre à d'autres universités.