upright=1.2|thumb|Henri de Toulouse-Lautrec,Salon de la rue des Moulins, 1894,musée Toulouse-Lautrec. upright=1.2|thumb|Louis Forain, Le Client, 1878. vignette|Bueckelaer, 1562.
Un bordel, également appelé lupanar, maison de tolérance, maison close ou maison de passe, est un établissement proposant des services payants de prostitution.
Étymologie
« Bordel, bordeau » (vieux) : du francique borda, « cabane de planche » ; selon une étymologie populaire, le mot serait venu du Moyen Âge lorsque Saint Louis confinait les (surnommées les bordelières) au bord de la Seine dans des maisons appelées bordeaux (bord d'eau)<ref>André Guillerme, "Le testament de la Seine", 'cRevue de géographie de Lyon, Volume 65, , 1990, </ref>.
Historique
Antiquité
Grèce antique
Parmi les premières maisons de prostitution (ou maisons closes) figurent celles d’Athènes ; le législateur Solon les inaugure sous le nom de , bordels étatiques tenus par les pornobosceions, fonctionnairesen grec ancien / surveillés par des fonctionnaires, les pornothropos, et jouissant du privilège d'inviolabilité, d'abord établis dans les ports pour une clientèle de marins.
Rome antique Dans les sociétés de la Rome antique, la sexualité est un sujet moins tabou que maintenant. La prostitution est chose courante à cette époque.
Des esclaves féminines sont destinées aux soldats. Les maisons de prostitution se trouvent à proximité des casernes et des remparts. Le relâchement des mœurs sous l'Empire favorise l'extension de la prostitution. De tous côtés, des lupanars (lupanaria) ouvrent leurs portes. Ils sont signalés par des bougies allumées pendant les heures d'ouverture.
Dans les cauponae (débits de boisson) et les popinae (tavernes de mauvaise réputation), on peut à la fois se restaurer, se divertir à des tables de jeu et louer des chambres pour se livrer à des ébats avec des prostituées.
Les filles de joie portent des vêtements jaunes, le jaune étant la couleur de la honte et de la folie, mais leurs chaussures étaient d'un rouge vif.
Après Domitien, les filles se regroupent dans des maisons : les lupanars.
Au début de l'Antiquité romaine, la prostitution a une utilité religieuse. Les prostituées, appelées « Hiérodules », sont des prêtresses de temple qui permettent aux hommes de renforcer leurs « forces génitales » et de renforcer la fertilité des bêtes et des terres cultivables en leur possession. En échange, les clients payent l'autel auquel elles sont rattachées.
Par la suite, ce phénomène s'oriente de plus en plus vers le côté commercial jusqu'à l'apparition des premiers lupanars.
Les prostitués Dans un lupanar, les prostitués sont principalement des esclaves célibataires ou mariés et non nécessairement féminins.
Vers le , on voit apparaître des lois visant à réguler la prostitution. Les prostitués doivent avoir une licence d'exercice et être inscrits à un registre spécifique.
Les prostitués sont issus des classes inférieures de la société. En effet, l'acte de prostitution pour un citoyen libre est qualifié d'infâme. Si celui-ci est pris sur le fait, il risque de perdre certains de ses droits, comme celui d'hériter ou de porter plainte pour viol ou insultes.
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Les clients Les lupanars avaient la particularité de ne laisser entrer aucune femme en tant que cliente. C'était un lieu qui vendait ses services exclusivement aux hommes.
Il n'était pas mal vu de s'y rendre, et à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de notion de pudeur. De plus, il n'était pas mal vu d'y aller lorsqu'on était marié, comme faisait même Jules César. Dans la Rome antique, l'épouse ne servait qu'à fournir une descendance à l'homme, et les lupanars n'étaient là que pour assouvir des désirs sexuels plus « intenses ». On recommandait d'ailleurs aux hommes de s'adonner aux relations les plus « bestiales » avec des prostituées pour permettre des relations plus équilibrées avec leurs épouses.
Les lupanars accueillaient aussi des clients à la recherche de relations homosexuelles (la sexualité était très ouverte dans la société romaine antique). Dans ce cas là, le client devait être le « dominant » et le prostitué, le « soumis ». Puisqu'à l'époque, dans les relations homosexuelles en général, il était par contre très mal vu d'avoir des relations passives. Sinon, l'individu concerné voyait tomber le déshonneur sur lui et sur sa classe sociale. Les relations sexuelles pouvaient ainsi être très réglementées, malgré leur relative liberté.
Dans la capitale Alors que les lupanars standards étaient caractérisés par le fait qu'ils étaient crasseux et fréquentés par les pauvres, ceux de Rome avaient, au contraire, une meilleure cote puisqu'ils étaient fréquentés par les soldats.
Pompéi
On a retrouvé dans les ruines de Pompéi un lupanar composé de cinq chambres en rez-de-chaussée, situé dans la région VII. C'est le seul bâtiment construit pour cette activité, en sachant que les étages des tavernes remplissaient aussi la fonction de lupanar. Le couloir, qui dessert les chambres et une latrine, est décoré d’un frise de tableautins érotiques et d’un Priape près d'un figuier. Cette divinité porte-bonheur présente l’originalité d’être dotée de deux phallus apportant une double protection. Sa présence rassure les clients d’éventuelles déconvenues, d’une défaillance et des maladies. Les tableautins offrent le spectacle du coït raffiné de l’aristocratie, qui ne boude pas les plaisirs de la chair.
En Espagne Au cours du Moyen Âge en Castille, la seule prostitution légale devait être obligatoirement exercée dans un espace réservé, appelé la mancebia, composée d'un nombre variable de maisons selon la localité.
Dans l'histoire de l'art, le maître Pablo Picasso peint en 1907 le chef-d'œuvre de l'histoire contemporaine Les Demoiselles d'Avignon, inspiré par la maison close de la rue d'Avinyó du quartier gothique de la vieille ville de Barcelone.
En France
Au Moyen Âge et à l'époque moderne
Après avoir décrété la prohibition de la prostitution, Louis IX fait machine arrière et proclame la tolérance. Des établissements se spécialisent dans le commerce charnel (de la maison d'abattage à la maison de luxe). Alors que leurs volets sont clos, ils sont signalés par une lanterne rouge que vient allumer la sous-maîtresse de la maison pendant les heures d'ouverture. Les prostituées n'avaient le droit d'en sortir que certains jours de la semaine, accompagnées par ces sous-maîtresses.
Pendant la régence de Philippe d'Orléans et durant le règne de Louis XV, les maisons closes connaissent un éclat particulier. À partir de 1770, la contestation publique grandissante de leur collusion avec la Lieutenance générale de Police et la multiplication des prostituées occasionnelles agissant sans intermédiaire entraînent le déclin des grandes maisons de prostitution.
La période révolutionnaire se caractérise par la dépénalisation en 1791 de la prostitution, une relative libéralisation de l'activité et la multiplication de « petits bordels du commun » tenus par des logeurs de toutes sortes (aubergistes, restaurateurs, limonadiers notamment). Le Palais-Royal s'impose alors comme le premier "marché du sexe" à ciel ouvert.
Sur ordre du consul Napoléon, le , le préfet de police de Paris Dubois prescrit l'organisation officielle des maisons dites de plaisirs. L'année 1804 voit ainsi la légalisation de la tolérance et de la maison close. Les filles et les maisons sont contrôlées par la Brigade des mœurs.
L'âge d'or Mais l'âge d'or des maisons closes en France se situe sous la République, comme en témoigne le Guide roseLe guide rose, « annuaire indicateur des maisons et salons de société, maisons de massage et de rendez-vous de Paris, province et colonies » est luxueusement édité par « l'Office général du Commerce », le syndicat des tenanciers se tenant derrière cet obscur office ., qui les recensait chaque année : l'édition 1936, vendue sous le manteau, fait état de 700 adresses avec de nombreux commentaires. Cet âge d'or concerne également la prostitution coloniale, le Sphinx d'Alger étant à cette époque . L'État profitait de ce commerce en prélevant 50 à 60 % sur les bénéfices. Tout au long du , les préfets délivrent des aux tenancières de ces maisons (les mères maquerelles, les hommes n'ayant pas le droit d'être patron de ce type d'établissements), les maisons closes prennent alors le nom de Les maisons closes émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter le 20 octobre 2010 ou « maison à gros numéros« maison à gros numéros » sur Langue française.net ». Les maisons, signalées par un numéro ou un éclairage rappelant la lanterne rouge médiévale, sont souvent des immeubles spéciaux, aux fenêtres à verre dépoli.
Charles Virmaître s'intéresse plus particulièrement à Paris, à ses mœurs sexuelles, à la prostitution, aux maisons closes, et à leurs diverses réglementations et pénalisations. Il écrit de nombreux ouvrages sur ces thèmes, dont trois plus particulièrement sur les maisons closes : Les maisons comiques ; détails intimes et inédits de la vie de célébrités artistiques (1868), Paris impur (1889), et Paris documentaire : Trottoirs et lupanars (1893).
La maison close traditionnelle, héritée de la maison de tolérance du , connaît deux évolutions majeures en France à partir des années 1920. Elle tend d'une part à se transformer en maison de rendez-vous, soumise à une réglementation différenteLa maison de tolérance devait occuper la totalité d'un immeuble et les filles étaient pensionnaires, dans le but de contenir la prostitution à l'écart. Dans les années 1920, face à la pression immobilière, la réglementation permet aux filles, qui sont de plus en plus libres, de loger à l'extérieur., et d'autre part à s'accorder aux prescriptions d'un hygiénisme de plus en plus influent.
Les placeurs Les placeurs (ou placeuses) s'occupaient du recrutement des maisons closes. Ils parcouraient les petites pensions de province et les hôpitaux (notamment le service des maladies vénériennes) et charmaient des femmes en leur promettant une bonne place et de l'argent. Les femmes ainsi placées dans des pensions parisiennes ou de grandes villes (Rouen, Bordeaux, Reims, etc.), les placeurs recevaient un dû assez important (cinquante francs) au début du Alphonse Boudard & Romi L'âge d'or des maisons closes, édition Albin Michel. D'autres femmes y entraient par besoin (notamment les filles mères) ou parce que ne sachant rien faire d'autre. En effet, à cette époque peu de femmes pouvaient occuper un réel emploi contrairement aux hommes. Les filles mères étaient de surcroît le plus souvent rejetées de la société.
Le règlement Chaque maison avait son règlement intérieur. Les clients payaient 25 en 1929. Sur cette somme étaient destinés à la maison et 50 à la femme. On payait 25 centimes pour la serviette.
Les femmes devaient aussi payer les frais de la maison (nourriture, blanchisserie, etc.) à raison de par jour, ainsi que la visite du médecin.
L'aspect sanitaire est pris en compte (peur des maladies vénériennes) comme le précise l'article 29 du Règlement des maisons closes : .
Les femmes travaillaient tous les jours. Elles dormaient le plus souvent dans un établi ou dans le grenier.
Le One-Two-Two et le Sphinx Dès 1939, les maisons closes connaissent la pénurie de clients. Pour attirer la population masculine et aisée, une nouvelle sorte de maisons fait son apparition : le One-Two-TwoOne Two Two, cabaret bordel, où de grands noms se croisent, tels que Colette, Marlène Dietrich, Jean Gabin, Sacha Guitry et d'autres. La maison est composée de dix salons, vingt-deux chambres, et abrite une soixantaine de pensionnaires.
Le One-Two-Two s'essoufflant, le Sphinx fait son apparition au boulevard Edgar-Quinet à Paris. Cette maison est même protégée par le ministre de l'Intérieur de l'époque Albert Sarraut. On peut y rencontrer Mistinguett et Marlène Dietrich.