La Chiers (prononcer ) est une rivière belgo-franco-luxembourgeoise faisant office de frontière entre ces pays à deux reprises.

Elle prend en effet sa source à Oberkorn, dans le Grand-Duché de Luxembourg, avant de border le sud d'Athus, en Belgique, puis d'entrer en France à Longlaville pour devenir un important affluent de la Meuse, où elle se jette en rive droite à hauteur de Remilly-Aillicourt, au sud de Sedan.

Géographie vignette|gauche|alt=Le confluent-écluse de la Chiers et de la Messancy à Athus.|Le confluent-écluse de la Chiers et de la Messancy à Athus. La Chiers (orthographiée Chières dans les anciens documents) prend sa source sur le territoire de la commune de Differdange dans la section d'Oberkorn au grand-duché de Luxembourg, puis passe par le coin sud-est d'Athus (Aubange) en Belgique où s'y déverse la Messancy. Le confluent fut construit en forme d'écluse afin de garantir l'alimentation permanente en eau de l'usine sidérurgique d'Athus pour refroidir ses hauts-fourneaux.

La Messancy, ruisseau qui passe par Messancy, aurait dû être appelée « Le Chiers », car au confluent avec la « petite Chiers » luxembourgeoise, son débit après Wolkrange, alimenté par plusieurs sources, est quatre fois supérieur à celui de cette petite Chiers qui n’a qu'une source. La rivière venant de Wolkrange-Messancy était appelée par les Romains Carus fluvius et le ruisseau venant d'Oberkorn Cara River.

Après avoir servi de frontière entre la Belgique et le Luxembourg, la Chiers entre en France à Longlaville, dans le département de Meurthe-et-Moselle (région Grand Est), arrose Longwy (où elle coule en centre-ville sur la place de la mairie, a été enterrée dans les années 1950, avant d’être redécouverte dans les années 2020), Longuyon, Montmédy dans le département de la Meuse, Carignan dans le département des Ardennes et rejoint la Meuse en rive droite à Remilly-Aillicourt.

À hauteur de Torgny (Rouvroy), la Chiers matérialise la frontière entre la Belgique et la France.

vignette|Piliers du barrage sur la Chiers à Montmédy, faisant partie de la Ligne Maginot.

Sa longueur totale est de , et son bassin versant s'étend sur . La longueur de la partie française est de selon le SANDRE. Le débit interannuel moyen de la rivière au niveau de son confluent avec la Meuse à Remilly-Aillicourt est de Débits caractéristiques de la Chiers.

Au niveau du confluent Chiers-Meuse, on a décrit dans la vallée de la Chiers une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), sous le nom de « Vallée de la Chiers de Remilly-Aillicourt à La Ferté-sur-Chiers » ( SPN : 210000738). Celle-ci constitue l'habitat de animales dont , et de végétales dont une espèce protégée. On y dénombre végétales et animales menacées ( d'oiseaux et 15 d'insectes). On peut considérer l'abondance d'espèces d'oiseaux comme remarquable ( citées).

Communes traversées

Grand-Duché de Luxembourg : Differdange, Sanem, Käerjeng, Pétange Province de Luxembourg belge : Athus (commune d’Aubange) Département de Meurthe-et-Moselle : Mont-Saint-Martin, Longlaville, Longwy, Réhon, Lexy, Cutry, Cons-la-Grandville, Ugny, Montigny-sur-Chiers, Viviers-sur-Chiers, Longuyon, Grand-Failly, Colmey, Villette, Charency-Vezin et Épiez-sur-Chiers. Province de Luxembourg : Torgny (commune de Rouvroy) Département de la Meuse : Velosnes, Écouviez, Verneuil-Grand, Villecloye, Montmédy, Vigneul-sous-Montmédy, Thonne-les-Près, Quincy-Landzécourt, Chauvency-le-Château, Chauvency-Saint-Hubert, Brouennes, Nepvant, Lamouilly et Olizy-sur-Chiers. Département des Ardennes : La Ferté-sur-Chiers, Margut, Fromy, Villy, Linay, Blagny, Carignan, Euilly-et-Lombut, Osnes, Tétaigne, Sachy, Pouru-Saint-Remy, Brévilly, Douzy, Remilly-Aillicourt et Bazeilles.

Hydronymie

Le nom de la rivière est attesté sous les formes Carus fluvius en 636, Carus flumen en 980, Cara fluvius au ..

La Chiers doit son nom à cara, du pré-celtique *kar et du -a féminin : « l'eau à gravier ».. Au haut Moyen Âge, le nom Carus est traité comme épithète de fluvius. Le Cher aurait la même étymologie.

Elle porte également le nom de Korn ou Koor pour sa partie coulant au Luxembourg. ; en luxembourgeois Kuer, parfois rapportée à la racine car, comme « rivière des rochers ».

Toponyme La Chiers se retrouve dans le nom de cinq communes françaises : Montigny-sur-Chiers, Viviers-sur-Chiers, Épiez-sur-Chiers, Olizy-sur-Chiers et La Ferté-sur-Chiers.

Bassin versant

Organisme gestionnaire L'organisme gestionnaire est le SIAC ou syndicat intercommunal d'Aménagement de la Chiers et de ses affluents, sis à Longuyon.

Affluents et sous-affluents

Ses principaux affluents et sous-affluents sont :

le Brüll, rive droite la Messancy, rive droite la Moulaine, rive gauche le ru de la Côte Rouge, rive droite la Crusnes, rive gauche la Pienne, rive gauche le Ton, rive droite la Vire la Chevratte le Radru, rive gauche l'Othain, rive gauche la Thonne, rive droite le Loison, rive gauche l'Azanne, rive gauche la Thinte, rive gauche la Marche, rive droite l'Aulnois, rive droite le Matton, rive gauche

Hydrologie La Chiers est une rivière abondante, à l'instar de ses voisines de la région de l'ouest de la Lorraine.

La Chiers à Carignan Son débit a été observé sur une période de 43 ans (1966–2008), à Carignan, ville du département des Ardennes située peu avant son confluent avec la Meuse . Le bassin versant de la rivière y est de (soit 88,5 % de celui-ci qui s'étend sur ).

Le module de la rivière à Carignan est de .

La Chiers présente des fluctuations saisonnières de débit assez marquées, comme souvent dans l'est de la France, mais est nettement plus régulière que la moyenne des cours d'eau de Lorraine, avec des hautes eaux d'hiver-printemps portant le débit mensuel moyen à un niveau situé entre 32 et , de décembre à avril inclus (avec un maximum en février), et des basses eaux d'été assez prolongées, de juin à octobre, avec une baisse du débit moyen mensuel jusqu'à au mois de septembre, ce qui reste relativement confortable.

Étiage ou basses eaux Aux étiages, le VCN3 peut chuter jusque , ce qui reste acceptable, voire abondant comparé aux débits d'étiage de sa voisine l'Orne par exemple.

Crues Les crues peuvent être importantes. Ainsi le débit instantané maximal enregistré a été de le , tandis que la valeur journalière maximale était de le . Les et valent respectivement 110 et . Le est de , le de et le de . D'où il résulte que les crues de mai 1983 étaient d'ordre cinquantennal, et donc presque exceptionnelles.

À titre de comparaison avec une autre rivière de Lorraine, le de sa voisine, l'Orne en fin de parcours, vaut contre 160 pour la Chiers, et que son se monte à (contre 210 pour la Chiers), et ce malgré un bassin et un module nettement moindres pour l'Orne. C'est dire que les crues de l'Orne sont plus importantes que celle de la Chiers, et que cette dernière apparaît en Lorraine comme une rivière assez régulière.

Lame d'eau et débit spécifique La Chiers est bien alimentée par les précipitations abondantes de son bassin. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant est de annuellement, ce qui est nettement supérieur à la moyenne d'ensemble de la France ( par an), mais reste un peu inférieur à la moyenne du bassin français de la Moselle ( par an à Hauconcourt), ainsi que de la Meuse à Chooz, près de sa sortie du territoire français ( par an). Le débit spécifique (ou Qsp) atteint par seconde et par kilomètre carré de bassin.

Débits des cours d'eau du bassin de la Chiers

NomLocalitéDébits en m/sCôtemax (m)Max.instant.Max.journ.Lamed'eau(mm)Surface(km)ModuleVCN3(étiage)QIX 2QIX 5QIX 10 QIX 20 QIX 50 ChiersMontigny-sur-Chiers4,560,87466780931102,4689,177,7527274CrusnesPierrepont2,300,36018263136433,5139,734,1353206TonÉcouviez5,031,80024283133363,8730,930,1517308ThonneThonne-les-Près0,83 0,19079,61113-1,7112,57,248554OthainOthe2,900,12023323843513,7044,839,3372247LoisonHan-lès-Juvigny3,830,1405374871001203,24111101348 348 ChiersChauvency-le-Château22,53,9001602302803203702,983172604191 700ChiersCarignan26,05,9001101401601902103,902172044191 967Chiersconfluence30,64342 222

Flore et faune de la vallée de la Chiers

Oiseaux

Particulièrement remarquable et diversifiée, l'avifaune de la vallée compte cent-trente-sept espèces inventoriées dans la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de la vallée de la Chiers entre Remilly-Aillicourt et La Ferté-sur-Chiers.

Parmi elles, onze sont inscrites sur la liste rouge des oiseaux menacés de Champagne-Ardenne : le râle des genêts, le courlis cendré qui est un nicheur très rare, le vanneau huppé, le cincle plongeur, le busard cendré, le phragmite des joncs, la pie-grièche grise, le rouge-queue à front blanc, en forte régression, le tarier d'Europe, le milan noir et le milan royal.

La vallée de la Chiers représente une halte migratoire importante pour de nombreux oiseaux. La variété des biotopes, englobant l'ensemble du lit majeur de la rivière et les zones adjacentes, favorise de multiples espèces, et notamment les limicoles et les anatidés (canards). Certaines espèces y stationnent lors de leur migration ; c'est le cas de la grue cendrée, du petit gravelot, de la guifette noire, du canard chipeau, du canard souchet, du canard pilet, du canard siffleur, de l'oie des moissons, du barge à queue noire, du chevalier sylvain, du chevalier cul-blanc, du chevalier aboyeur, du chevalier combattant, du chevalier gambette. D'autres espèces hivernent sur le site et s'y reproduisent, tels la foulque macroule, le canard colvert, le grèbe huppé et le grèbe castagneux.

De nombreux rapaces survolent la zone soit pour y chasser, soit à la recherche d'un site pour nidifier. C'est le cas de l'épervier d'Europe, de l'autour des palombes, de la buse variable, du faucon crécerelle, du faucon hobereau, de la bondrée apivore, du busard cendré.

Insectes Les odonates, ordre d'insectes comprenant les libellules ou anisoptères et les demoiselles ou zygoptères, sont des indicateurs de la qualité des eaux de la rivière.

On y trouve une demoiselle, l'agrion de Mercure, extrêmement rare en ces régions de même qu'en Belgique, Suisse et Europe centrale, protégé en France depuis 1993, inscrit aux annexes II de la convention de Berne et figurant dans le livre rouge de la faune menacée en France (dans la catégorie « en danger de disparition »). Il est considéré comme un puissant indicateur de la pureté de l'eau. Sa larve est en effet très sensible à la charge organique des cours d'eau.

Il est accompagné de la cordulie à corps fin, espèce de libellule également caractéristique des eaux vives peu polluées, et de la libellule orthétrum brun. Cette dernière espèce figure aussi sur la liste rouge régionale. On trouve en outre l'agrion gracieux, le gomphe vulgaire, le gomphe à pinces (espèce sensible), le gomphe semblable (en danger en Champagne-Ardenne), l'æschne printanière, la grande æschne, l'æschne isocèle, la libellule fauve, la cordulie métallique et le sympétrum jaune d'or.

Deux criquets ou orthoptères présents dans la zone sont inscrits sur la liste rouge régionale : le criquet marginé et le criquet ensanglanté.

Qualité des eaux - Pêche - Ichtyofaune

On doit en déduire que, depuis la fin de l’industrie lorraine dans les années 1990, la qualité de l'eau de la Chiers est loin d'être mauvaise. Ceci est corroboré par la qualification attribuée par le Conseil supérieur de la Pêche français. Pour celui-ci, la qualité des peuplements piscicoles de la Chiers, observée en 1999 au niveau d'Épiez-sur-Chiers, est qualifié de bonne Carte de Lorraine - Qualité des peuplements piscicoles - 1999 - Indice Poisson.

En France, la Chiers est classée comme cours d'eau de deuxième catégorie sur la totalité de son parcours. On y trouve des brochets, des perches, des sandres, des tanches, des carpes, des gardons, mais aussi des truites.