La fondation Lambert Darchis, constituée en 1699 sur la base du testament de Lambert Darchis, est une fondation qui a pour objet la distribution de bourses à des jeunes gens issus de la province de Liège et désirant parfaire leur formation artistique ou religieuse à Rome. Son siège actuel se situe dans les bâtiments de la Fondation Saint-Julien des Flamands, au de la Via del Sudario à Rome.
Historique
Le testament de Lambert Darchis Lambert Darchis rédige son testament le . Il vit alors depuis à Rome où il a en tant que à la daterie apostolique. Le document est enregistré chez l'un des trente notaires capitolins, Amico Abinante (ou Amico Abinati).. En plus du document manuscrit que la fondation possède à Rome, trois exemplaires du testament ont pu être localisés : le premier aux archives communales de Liège, le second à l'ambassade de Belgique près le Saint-Siège et le troisième aux archives de l’évêché de Liège.
Les dispositions générales du testament Outre qu'il souhaite être enterré dans l'église Santa Maria dell'Anima, Lambert Darchis veut créer une institution, appelée à ses débuts ou Hospice Darchis, pour accueillir des jeunes Liégeois venus à Rome :
En effet, comme le note le directeur de la bibliothèque du Séminaire à Liège et proviseur de la fondation Lambert Darchis Yves Charlier, de nombreux Liégeois qui tentent d'échapper aboutissent à Rome. , écrit Darchis, nombreux sont même si, le plus souvent, ils finissent par vivre dans des conditions précaires faute de ressources économiques mais aussi par manque de connaissance de la langue italienne ou du fonctionnement de la Curie.gauche|vignette|redresse|Première page du testament manuscrit de Lambert Darchis, conservé à la fondation à Rome.Il inclut des dispositions additionnelles, dont certaines et qui sont traitées dans des sous-sections séparées ci-après. Tout d'abord, si l'un des pensionnaires tombe malade, il doit être soigné convenablement si la maladie en question n'est pas provoquée par un . Il indique ensuite que l'hospice doit comporter un autel consacré à la Vierge Marie, à saint Lambert et à saint Hubert et que les pensionnaires doivent, après le souper, réciter . Après, il lègue un tableau à chacun de ses exécuteurs testamentaires sauf au premier de ceux-ci, son ami peintre Théodore Herque, à qui il offre et le privilège d’avoir un logement à vie dans la nouvelle institution.
Enfin, le testateur lègue quelque à sa sœur Marguerite et son frère Nicolas, chanoine de la collégiale Saint-Denis de Liège, et ce malgré le fait qu'ils lui aient .
ou l'exclusion des Hesbignons d'Outre-Meuse vignette|Plaque commémorative de Lambert Darchis dans l'autel Sainte-Anne de l'Église Santa Maria dell'Anima. Parmi les bénéficiaires, Cette disposition est sujette à controverse car divers auteurs, dont François-Joseph Dewandre et Antoine-Gabriel de Becdelièvre, en déduisent que .
Or, comme le remarque Alfred Micha, le testateur exclut les Hesbignons d'Outre-Meuse, et non les Liégeois d'Outre-Meuse. Et donc, si l'on rapproche . En résumé, Darchis fait référence au pays d'Outremeuse et non au quartier d'Outre-Meuse.
ou l'exclusion des artistes vignette|Marbre apposé sur la façade du palais Darchis à Rome.|gauche La phrase complète du testament dit littéralement en latin : ; ce qui peut être traduit comme : .
Selon Yves Charlier, il est donc évident que Lambert Darchis ne destine pas sa future institution aux . Les pensionnaires doivent être des . Preuve en est la requête soumise à la congrégation du Concile en 1703 par les exécuteurs testamentaires, dans laquelle ceux-ci rappellent que c'est-à-dire . Pour sa part, Alfred Micha n'est pas du même avis dans son article de 1910 sur la fondation. En effet, il estime qu'il est manifeste que Darchis .
L'hospice Darchis vignette|redresse|Chapelle Sainte-Anne dans l’église Santa Maria dell'Anima de Rome. Lambert Darchis meurt le , et il est . Les exécuteurs testamentaires sont au nombre de cinq : Théodore Herque, Barthélémy Brassinne, Nicolas Creyr, Gilles Haneux et Arnould Gampon. Ces derniers achètent en une maison Via di Monte d’Oro destinée au logement des pensionnaires et organisent la fondation .
Le Collège liégeois de Rome
Du temps de la Principauté de Liège Un peu plus de dix ans après le décès de son fondateur, le conseil d'administration de la fondation rédige un qui va servir de charte pour l'hospice Darchis qui devient Collège liégeois à Rome. À cette époque, deux des cinq membres sont toujours des exécuteurs testamentaires de 1699, Nicolas Creyr et Arnould Gampon, alors que Lambert Jamar, Guillaume Geerla et Michel Smachers ont remplacé Barthélémy Brassinne , Théodore Herque et Gilles Haneux. Bien que ce règlement soit créé , il permet d'accepter des pensionnaires .
gauche|vignette|redresse|Léonard Defrance, Autoportrait du peintre vieilli, 1789 (huile sur toile ; ), Liège, La Boverie.
Soumis à la Curie romaine, le nouveau règlement est approuvé le par la congrégation du Concile, même si cette dernière va désormais adjoindre un à la fondation, qui va de facto restreindre l'indépendance des administrateurs et supposer une curatelle du gouvernement pontifical. Le doit veiller au respect de l'acte de fondation, des dispositions et des règlements. Qui plus est, son approbation est nécessaire pour les actes qui sortent . Il en résulte un Collège administré par des proviseurs liégeois résidant à Rome mais sous la surveillance d'un prince de l'Église.
Durant le , la fondation va accueillir jusqu'à dix-huit pensionnaires en même temps, nombre qui se réduit ensuite à douze. Parmi ceux-ci, mentionnons l'architecte Laurent-Benoît Dewez, les compositeurs André Grétry, Jean-Noël Hamal et Henri Hamal, ainsi que les artistes peintres, graveurs ou sculpteurs Jan Latour, Léonard Defrance, François-Joseph Dewandre, Joseph Dreppe et deux des fils du peintre Théodore-Edmond Plumier, Jacques Théodore Louis Plumier et Philippe Joseph Clément Plumier.
vignette|redresse|François-Joseph Dewandre, Le Rêve d'Apollon, 1782 (bas-relief en terre cuite ; ), Liège, La Boverie.
Le sculpteur François-Joseph Dewandre, qui est pensionnaire de la fondation de 1780 à 1784 grâce à une lettre de recommandation du prince-évêque François-Charles de Velbrück, rédige un rapport, daté du et adressé aux États députés de la province de Liège, qui fournit des détails d'ordre pratique sur le fonctionnement de l'institution :
De la Première République au royaume uni des Pays-Bas Le Collège liégeois est fermé par suite des troubles qui se produisent à Rome durant la Révolution française, et lors de l'invasion napoléonienne de Rome, la fondation n'est pas loin de perdre tous ses biens. C'est seulement après 1815 que le pape Pie VII prend .
gauche|vignette|redresse|Gilles-François Closson, Vue de Rome : le Colisée, 1825-1829 (huile sur papier ; ), Liège, La Boverie.
De son côté, le gouvernement du royaume uni des Pays-Bas (auquel Liège est rattaché après 1815) cherche à obtenir des renseignements sur le fonctionnement de la fondation. À ce propos, l'ambassadeur à Rome, , écrit le au ministre de l'instruction publique à La Haye que . Il poursuit notant que .
Sur base de cette missive, le gouvernement du royaume uni des Pays-Bas décrète le un arrêté qui attribue désormais le droit de présentation des candidats pour la fondation Darchis à la députation des États de la province de Liège. Celle-ci .
vignette|redresse|Louis-Eugène Simonis, Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie, avant 1882 (marbre ; photographie de Jean-Luc Elias du KIK-IRPA en 2005), Bruxelles, Sénat belge.
Dans la pratique, ce nouvel arrêté donne un rôle prépondérant à la députation provinciale de Liège dans l'octroi des bourses de la fondation. Dans les années 1820, celle-ci désigne, entre autres, les pensionnaires suivants : le sculpteur Louis Jehotte et l'architecte Dieudonné Wérihus en , le peintre Gilles-François Closson et le musicien Michel-Joseph Malmedeye en , le sculpteur Louis-Eugène Simonis en et l'architecte Jean-Pierre Maréchal en .
Le fonctionnement de la fondation à partir du n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'il a été auparavant. D'une part . D'autre part, l'administration des biens (principalement l'immeuble situé Via di Monte d’Oro) .
Le royaume de Belgique Avec la révolution belge, la fondation dépend une fois de plus d'un nouveau gouvernement, même si, dans la pratique, la députation provinciale de Liège continue d'exercer sa main mise sur le choix des boursiers. Dans les années 1830, elle désigne, entre autres, les bénéficiaires suivants : le sculpteur Philippe Bernard, qui meurt à Rome durant ses études, le peintre Jean-François Corbusier et l'architecte Pierre Joseph Monami en , le peintre Edmond Duvivier en , l'élève en philosophie Simon Leroux en , les peintres Louis Denis et Joseph Crahay en , l'architecte Godefroid UméLa jouissance de la bourse lui est refusée une fois qu'il arrive à Rome car la députation du Conseil provincial, en le désignant, n'a pas tenu compte des avertissements de la Congrégation des études qui lui avait indiqué . Néanmoins, Umé finit par obtenir la bourse, avec un an de retard, grâce à l'intervention du comte Émile d'Oultremont, , auprès du pape Grégoire XVI. et le peintre Jean-Mathieu Nisen en .
À partir des années 1840, invitent . Les intentions du gouvernement pontifical au sujet de la fondation sont d'inclure des Romains dans le conseil d'administration, d'étendre la concession des bourses à de jeunes romains et de les attribuer tout d'abord à des élèves en théologie sur base de la clause du testament de Lambert Darchis. Les tensions provoquées à propos de la nomination des pensionnaires entre la députation provincial de Liège et le gouvernement pontifical sont telles que le gouvernement belge est forcé d'intervenir dans la seconde moitié des années 1840.
Après des concessions réciproques, un accord est finalement conclu en 1848 qui stipule que les administrateurs de la fondation doivent être liégeois, même si , et que les bourses doivent . L'accord est ratifié avec la création d'un nouveau règlement du Collège en 1851.
gauche|vignette|redresse|Adrien de Witte, Portrait de , 1877 (eau-forte et pointe sèche ; ), Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.
La même année, des tensions surgissent entre la députation provinciale de Liège et les administrateurs de la fondation au sujet de la nomination du pensionnaire remplaçant Charles Coumont. La première désigne le peintre verviétois résidant à Liège Gilles Grandmaison, alors que le choix des administrateurs se porte sur le sculpteur liégeois Prosper Drion. Aux plaintes de la députation, le gouvernement répond le qu'il est forcé de reconnaître . De fait, l'incident retire la possibilité pour la députation de désigner, et même de présenter, à l'avenir des candidats aux bourses de la fondation.
Parmi les artistes désignés seulement par les administrateurs de la fondation les décennies suivantes, Alfred Micha liste en 1910 : .
vignette|redresse|François Maréchal, L'Olivier, (eau-forte ; ; Inv. Kunel d'Italie ), collection privée.
À partir de 1886, les revenus locatifs de la fondation diminuent drastiquement à la suite d'une à Rome. Qui plus est, . Ces circonstances amènent la fondation à ne plus avoir que deux pensionnaires au lieu de quatre et vu que les administrateurs se chargent seuls de la collation des bourses, . La situation ne se débloque finalement qu'en lorsque la bourse de est concédée au graveur François Maréchal, premier artiste à en bénéficier depuis Hippolyte Leroy en 1886. Néanmoins, vu l'insuffisance des fonds alloués par la fondation, la ville de Liège dote d'un complément le montant de la bourse. Après le retour de Maréchal en 1905, comme , le peintre Richard Heintz et le sculpteur Georges Petit sont admis en comme pensionnaires, dans les mêmes conditions que Maréchal.
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