Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty, né le à Bordeaux en Guyenne et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l'Empire.
Issu de la noblesse bourguignonne, il reçut une éducation militaire approfondie et commença sa carrière en 1785 en tant que sous-lieutenant au régiment de Bourgogne. Devenu officier de cavalerie, il fut affecté en 1792 comme aide de camp auprès du maréchal Luckner avant de guerroyer avec les armées françaises sur le Rhin et en Allemagne au sein du régiment de cavalerie, dont il fut promu colonel en 1793. Nommé général de brigade en 1799 après avoir refusé plusieurs fois cette promotion, Nansouty combattit l'année suivante en Allemagne sous les ordres du général Moreau.
Élevé au grade de général de division en 1803, Nansouty fut appelé l'année suivante au commandement de la division de grosse cavalerie de la Grande Armée. À la tête de ses cuirassiers et de ses carabiniers à cheval, il participa à plusieurs grandes batailles des guerres napoléoniennes, comme Austerlitz, Friedland, Eckmühl, Essling et Wagram. Commandant le corps de cavalerie lors de la campagne de Russie en 1812, il fut sérieusement blessé au genou en chargeant à la Moskova. Il dirigea ensuite la cavalerie de la Garde impériale, prit part aux batailles de Dresde, Leipzig et Hanau, et joua encore un rôle important dans maints engagements de la campagne de France en 1814, en particulier à La Rothière, Montmirail, Vauchamps et Craonne. Malade et en mauvais termes avec l'Empereur, Nansouty quitta son commandement au lendemain de cette dernière bataille.
Bien que couvert d'honneurs sous l'Empire — grand-aigle de la Légion d'honneur, premier écuyer et colonel-général des dragons —, Nansouty se rallia à Louis XVIII pendant la Première Restauration mais, de santé fragile, mourut moins d'un an plus tard. Réputé pour son esprit caustique et mordant, sa droiture morale et son professionnalisme, il est considéré comme l'un des meilleurs généraux de cavalerie de la Grande Armée.
Jeunesse Étienne de Nansouty naquit le à Bordeaux. Il était le fils de Jean Baptiste Pierre Charles Champion (né le à Dijon), seigneur de Nansouty, capitaine de grenadiers au régiment de Bourgogne, et d'Antoinette Hélène Harpailler ; le couple donna par la suite naissance à deux autres enfants, Catherine Suzanne Alexandrine en 1769 et Pierrette Adélaïde en 1771.. La famille Nansouty appartenait à l'ancienne noblesse de Bourgogne et était intimement liée à l'histoire de cette région, à qui elle fournit plusieurs magistrats et soldats distingués à travers les siècles. L'un de ses membres les plus illustres, le seigneur de Nansouty, joua un rôle essentiel dans l'allégeance de la Bourgogne au roi Henri IV, qui le récompensa de sa fidélité en le nommant conseiller d'État.
Le père de Nansouty, après avoir servi dans l'armée de Louis XV pendant cinquante ans et participé aux guerres de succession de Pologne et d'Autriche ainsi qu'à la guerre de Sept Ans, était devenu major de la forteresse du château Trompette à Bordeaux. Comme c'était souvent l'usage pour un membre de la petite noblesse de l'Ancien Régime, le jeune Nansouty décida de suivre l'exemple paternel en s'engageant dans l'armée. En 1779, à l'âge de 10 ans, il fut admis à l'école de Brienne où il se fit remarquer pour son bon comportement et son assiduité. Le , il fut transféré à l'École militaire de Paris et y obtint là encore d'excellents résultats. Deux ans plus tard, Nansouty devint chevalier de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel dont il reçut l'insigne des mains de Monsieur, frère du roi, le futur Louis XVIII. Nommé sous-lieutenant le , Nansouty quitta l'école le pour être incorporé le même jour dans le régiment de Bourgogne, où son père avait servi avant lui. Jean-François Massie écrit que, durant son séjour à l'École militaire, le jeune Nansouty fut pendant quelques mois le camarade de Napoléon Bonaparte, qui avait déjà été son condisciple à Brienne ; cette affirmation est cependant contredite par Arthur Chuquet qui montre que les deux hommes n'ont pu se rencontrer, Nansouty étant parti rejoindre le régiment de Bourgogne à Huningue dès le , alors que Bonaparte était encore à Brienne..
vignette|centre|upright=2|L'École militaire de nos jours. Nansouty étudia dans cet établissement de 1782 à 1785.
Dans sa jeunesse, lui et sa famille menèrent une vie paisible et modeste à Bordeaux, résidant à l'intérieur des murs du Château Trompette. Son père, qui en était le commandant, percevait une pension de et occupait toujours cette fonction lorsqu'il mourut subitement en 1785, après plus de soixante années de service. Sa veuve, qui n'avait pas les moyens d'élever son fils et ses deux filles, reçut l'appui de la duchesse de Brancas et de l'épouse du maréchal Beauvau qui interpellèrent le ministre de la Guerre, le maréchal de Ségur, sur la situation du jeune Nansouty. Cela porta ses fruits et, en 1788, Nansouty fut nommé capitaine par intérim au régiment des chasseurs de Franche-Comté, une unité de cavalerie légère qui devint plus tard le régiment de chasseurs à cheval. Il passa ensuite dans les hussards de Lauzun (futur hussards en 1791, puis hussards en 1793). En 1791, Nansouty quitta ce régiment pour servir en tant qu'adjoint auprès de l'adjudant-général Antoine François Poncet de La Cour de Maupas à l'armée du Centre le , avant de devenir aide de camp du maréchal Luckner au début de l'année 1792. Promu au grade de lieutenant-colonel, il prit le commandement d'un escadron du régiment de chasseurs à cheval le , puis d'un escadron du régiment de cavalerie le .
Parcours durant les guerres de la Révolution française Guerre de la Première Coalition Officier au régiment de cavalerie vignette|redresse|Le général Adam Philippe de Custine, sous les ordres duquel Nansouty, alors jeune lieutenant-colonel au de cavalerie, connut son baptême du feu à l'armée du Rhin. Huile sur toile de Joseph-Désiré Court. Au début des guerres de la Révolution française, Nansouty, en sa qualité de chef d'escadron le plus ancien, assuma provisoirement le commandement du de cavalerie après que son chef, le colonel Badda de Bodosalva, fût tombé malade à la fin du mois de . Affectée à l'armée du Rhin, son unité fut intégrée au corps du général Custine chargé d'opérer dans le Palatinat. Badda de Bodosalva mourut fin octobre et Nansouty fut naturellement pressenti pour lui succéder à la tête du régiment. Toutefois, Custine désigna à sa place le lieutenant-colonel Loubat de Bohan, plus ancien dans le grade que lui, et maintint sa décision en dépit des protestations de Nansouty. Mené par Loubat, le de cavalerie participa à un engagement contre les Prussiens à Ober-Flörsheim, le . Après une première charge victorieuse, le escadron commandé par Nansouty fut contre-chargé par des hussards ennemis ; les autres escadrons du régiment sous Loubat se portèrent alors au secours de leurs camarades et les cavaliers français parvinrent à mettre leurs adversaires en fuite. Le général Custine fut appelé peu après au commandement de l'armée du Nord, mais avant de quitter définitivement son poste, il mit en œuvre une dernière attaque contre l'armée des Habsbourg. Les troupes françaises entreprirent une marche de nuit, ce à quoi les troupes montées n'étaient pas habituées. La mauvaise coordination des manœuvres entre cavalerie, infanterie et artillerie conduisit le à l'échec total de l'opération. Au cours du combat, la cavalerie française, dont faisait partie le , s'empara de plusieurs canons ennemis, mais un retour offensif de la cavalerie autrichienne refoula les Français en désordre, semant la panique dans les rangs de l'infanterie qui arrivait en sens inverse.
Malgré ce revers, Loubat de Bohan fut élevé quelques jours plus tard au grade de général et Nansouty assura de nouveau l'intérim. Le général Alexandre de Beauharnais, nouveau commandant en chef de l'armée du Rhin, dirigea ses troupes sur Mayence ; quelques combats se déroulèrent dans les environs de Landau au cours desquels le chargea plusieurs fois. Juste après cet événement, le commandant du escadron du de cavalerie, invoquant les dispositions d'une nouvelle loi au contenu ambigu, réclama la direction du régiment en lieu et place de Nansouty. Sa demande fut rejetée et Nansouty fut confirmé en tant que commandant provisoire du de cavalerie.
À la tête du régiment de cavalerie Désormais à la tête du régiment de cavalerie avec le grade de chef de brigade (équivalent à celui de colonel), Nansouty prit part à plusieurs engagements de cavalerie victorieux près de Strasbourg dans les mois de novembre et . Il se trouva également à la bataille de Wissembourg dans les derniers jours de décembre. Peu après cet affrontement, le général de division Donadieu, commandant la division de cavalerie à laquelle appartenait le régiment de Nansouty, fut accusé de lâcheté en présence de l'ennemi et guillotiné à l'issue d'un procès. Nansouty ne fut cependant pas impliqué dans l'affaire et, en dépit de son appartenance à la noblesse d'Ancien Régime, ne fut jamais inquiété pour ses origines, même aux heures les plus radicales de la Révolution française.
vignette|gauche|Un soldat de cavalerie lourde de l'armée française en 1795. Nansouty commanda le régiment de cavalerie de 1793 à 1799.
Au cours de l'année 1794, la guerre se poursuivit en Rhénanie, où le général Desaix tenait en échec les troupes coalisées. Le de cavalerie de Nansouty forma, avec le régiment de dragons, une brigade commandée par le général Antoine Guillaume Delmas. Celle-ci se distingua à deux reprises face à la cavalerie autrichienne en ; le général de division Michaud, qui commandait en chef l'armée du Rhin, nota dans son rapport que les deux régiments de Delmas avaient à chaque fois fait preuve de bravoure et d'intrépidité en présence de l'ennemi. En juillet, le de cavalerie se signala encore dans plusieurs combats et Nansouty commença à se forger une réputation de disciplinaire soucieux de donner à ses hommes le meilleur entraînement possible.