vignette|Le kalām signifie dans son premier aspect une des sciences religieuses de l'islam faisant référence à la recherche de principes théologiques à travers la dialectique et l'argumentation rationnelle Le (, , « discussion, dialectique ») signifie dans son premier aspect une des sciences religieuses de l'islam faisant référence à la recherche de principes théologiques à travers la dialectique et l'argumentation rationnelleJean-René Milot, L'islam et les musulmans, éd. Fides, 1993, , .. Elle est parfois confondue avec l'idée de théologie islamique ou théologie musulmane, c'est-à-dire l'utilisation du discours rationnel à propos des choses divines. Inspirée par la philosophie grecque, dont elle tient cependant à se distinguer, cette démarche est pratiquée par les et est reconnue par certaines écoles se réclamant du sunnisme (surtout le mutazilisme et l'acharisme).

Doctrine Le ou la théologie dans l'islam cherche à répondre à des interrogations concernant la théodicée, l'eschatologie, l'anthropologie, la théologie négative, le libre arbitre (), et de religion comparée.

Différence entre kalâm et falsafa (philosophie)

Bien qu'inspirée par les thèses et la méthode de la philosophie antique, et notamment par la philosophie d'Aristote, le s'en différencie sur plusieurs points, en particulier la nature de Dieu et celle de l'âme.

Concernant la nature de Dieu, Aristote admet l'existence de Dieu et en offre une démonstration, mais il ne considère pas que celui-ci soit créateur de l'univers puisque l'univers est pour lui éternel et incréé. En outre, la connaissance de Dieu n'est qu'une extension de la connaissance de l'univers et est le fruit de la seule raison. Elle n'a donc nul besoin d'être le fruit d'une révélation prophétique. Or cela est contraire aux enseignements du Coran, qui fait de Dieu le créateur de l'univers et insiste sur l'importance de la révélation de Dieu aux hommes.

Concernant la nature de l'âme, pour Aristote et ses disciples, l'âme est seulement une aptitude et une capacité naturelle, qui peut atteindre d'une façon passive la perfection. Cette capacité peut, à force de vertu et par la connaissance, être qualifiée pour une union avec l'intellect et ensuite être unie à Dieu. Par ailleurs, Aristote considère que l'âme est la forme du corps et semble nier la possibilité qu'elle puisse subsister en dehors de lui. Il n'affirme donc pas l'immortalité de l'âme. Ce point choque naturellement les Mutakallimins.

Différence entre kalâm et soufisme

Pour les soufis, le savoir n'est pas une fin en soi. Le , lui repose sur la raison. Le but du soufisme est de parvenir à la sainteté () et la connaissance de Dieu passe par la (), . En effet, le soufisme est une mystique dont le but est d'atteindre une connaissance de Dieu qui repose davantage sur le sentiment que la raison. Les soufis sont particulièrement sévères avec les théologiens de la , qu'ils considèrent comme une vanité et une perte de temps.

Argument cosmologique du kalām

Pour les raisons d'opposition à la falsafa, les mutakallimins acharites ont, avant toute chose, dû établir un système philosophique qui démontrait la création de la matière. Ils ont adopté à cette fin, à la suite des mutazilites, la théorie des atomes énoncée par Démocrite d'AbdèreLouis Gardet, M. M. Anawati et Georges C. Anawati, J. Vrin, 1948 (lire en ligne)Mohyddin Yahiya, La pensée classique arabe. 3, L'aurore du kalâm, Université Ouverte de Catalogne, février 2010 (lire en ligne), p. 28 et suivantes.. Les atomes ont été créés par Dieu et sont recréés à chaque instant.

En éliminant cette difficulté les mutakallimins ont étendu au temps leurs théories sur les atomes. Comme l'espace est constitué de vide et d'atomes, le temps est constitué d'une série de petits moments indivisibles.

Les arguments cosmologiques du kalam sont des arguments dialectiques tirés en faveur de l'existence de Dieu. Le kalam fait appel au principe de la cause universelle d'une façon similaire à celle issue de la théologie judaïque (par exemple dans le travail de Moïse Maïmonide) et la théologie chrétienne (par exemple avec Thomas d'Aquin), en faisant appel au principe de la cause première.

L'argument cosmologique du "kalam" a été revalorisé à partir de la fin des années 1970 par le philosophe William Lane CraigWilliam Lane Craig The Kalam Cosmological Argument. London: MacMillan. 1979..

Son argument se résume en deux prémisses amenant à une conclusion : Tout ce qui commence à exister a une cause de son existence. L'univers a commencé à exister. Si 1) et 2) sont vrais, alors 3) l'univers a une cause de son existence.

Pour tenter de démontrer la probabilité des deux premières prémisses, il utilise des principes métaphysiques généraux (prémisse 1), des arguments philosophiques (notamment l'impossibilité d'un nombre réellement infini d'événements passés)

Pour Frédéric Guillaud, avec la publication de son livre en 1979, et Frederic Guillaud, Dieu existe, arguments philosophiques, Paris, Cerf, 2013, . Selon le philosophe Quentin Smith, "un décompte des articles dans les journaux de philosophie montre que le nombre de publications portant sur la défense de l'argument du Kalam par Craig dépasse celui de n'importe quelle autre formulation d'un argument en faveur de l'existence de Dieu par un philosophe contemporain."Quentin Smith, "Kalam Cosmological Argument for Atheism", in Michael Martin (ed.), The Cambridge Companion to Atheism, Cambridge University Press, 2007, : ""

Histoire

Création En réponse au mutazilisme, un courant théologique qui s'opposait à la vue de l'islam des orthodoxes de l'époque, Abou Hassan al-Achari, initialement un mutazilite lui-même, développa la méthode dite « », fondée sur la dialectique d'origine grecque et fonda ainsi l'école de pensée acharite.

Les premiers mutakallimins ont été recrutés par le chrétien Hunayn ibn Ishaq pour la Maison de la sagesse sous les califes abbassides de Bagdad. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le génie des autres cultures (grecque, indienne, iranienne) a pu produire, avant d'entreprendre les commentaires de ces œuvres et former les bases de la philosophie musulmane au et . Elle influencera plusieurs .

Controverse sur le kalâm

Le voit l'apothéose de la philosophie pure (ou ) d'inspiration aristotélicienne, et le déclin du . Cette illustration de la philosophie se fait par contrecoup de l'œuvre du persan Al-Ghazali et du juif Juda Halevi. En critiquant les philosophes, ils ont produit par réaction un courant favorable à la philosophie par une mise en cause de leurs concepts et en rendant leurs théories plus logiques et plus claires. En ce sens, Ibn Bajjah et Averroès ont produit parmi les œuvres les plus importantes de la pensée islamique. Al-Ghazali n'est pas un fervent partisan du kalām, trop spéculatif à ses yeux. Il ne le recommande que pour convaincre ceux qui doutent, et encore, avec précaution, car l'usage de la dialectique peut selon lui insinuer dans l'esprit de nouveaux doutes.

À la fin du , les traditionalistes s'en prennent aux philosophes comme Averroès qui est exilé, et font brûler leurs livres.. Le débat se poursuivra, mais en Occident, par l'intermédiaire de penseurs juifs.

Les madhhabs considèrent donc toujours aujourd'hui, avec beaucoup de circonspection, tout ce qui vient du , sans pour autant le rejeter complètement. Ibnou Açakir a distingué au () ; Ibnou Açakir dans son livre Tabyinou kadhibi l-mouftari (L'Élucidation du Mensonge du Calomniateur) ..

Des penseurs, à partir du XIXe siècle, tenteront de faire sortir le kalām de sa « sclérose ». Ainsi, Mohamed Abduh.

Études contemporaines

Albert Nader, universitaire, est l'auteur de plusieurs ouvrages spécialisés sur le ..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie En français Michel Allard, Le Problème des attributs divins dans la doctrine d'al-Aš'ari et de ses premiers grands disciples, Beyrouth, Institut de Lettres Orientales de Beyrouth, 1965. . . . . Albert Nader, Le Système philosophique des Mu'tazila. Premiers penseurs de l'Islam, Institut de Lettres Orientales de Beyrouth, 1984 (1956). . . Josef van Ess, Prémices de la théologie musulmane, Paris, Albin Michel, 2002, 168 p., . Moïse Ventura, Le Kalâm et le Péripatétisme d’après le Kuzari, Paris, Vrin, 1987, 102 p. Le guide des égarés, Paris, Verdier, 2012, Chapitre 73, -425

Autres langues J. Bouman, The Doctrine of 'Abd al-Jabbar on the Qur'an as the Created Word of Allah, in Verbum, Utrecht, 1964. William Lane Craig, Free Will and Predestination in Early Islam, London, 1948. R. M. Frank, « The Neoplatonism of Jahm Ibn Safwan », in Le Muséon, 1965. Abu 'l-Hasan al-Ash'ari, , ed. Ritter, Istanbul 19t9-1930, ed. 'Abd al-Hamid, Cairo, 1950. Abu 'l-Husayn al-khayyat, , ed. by H.S. Nyberg with Fr. tr. by A. N. Nader, Beirut, 1957. Ibn al-Murtada, , ed. T. W. Arnold, Leipzig 1902, ed. Diwald-Wilzer, Wiesbaden 1961. Ibn Mutahhar al-Hilli, Sharh Tadhrid al-i'tiqad, ed. Tehran. R. Rubinacci, in AIUON, 1964. J. Schacht, « New sources for the history of Muhammadan theology », in Studia Islamica, I (1953).

Articles connexes Acharisme (école théologique) Atharisme (école théologique) Hanbalisme (école théologique) Fiqh (droit islamique) Madhhab (école juridique musulmane) Maturidisme (école théologique) Murjisme (école théologique) Mutazilisme (école théologico-philosophique) Philosophie islamique (ou ) Soufisme (courant mystique de l'islam) William Lane Craig (spécialiste contemporain du )

Liens externes

Jean-René Milot, L'islam et les musulmans (Google books), éd. Fides (1993), 271 pages, . Eclaircissements au sujet de la science du kalâm et sur l'importance de son existence (As Subkî) Site Living Islam The Kalam

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