Alain Juppé, né le à Mont-de-Marsan (Landes), est un homme d'État français, notamment Premier ministre du au et maire de Bordeaux (successeur de Jacques Chaban-Delmas) entre 1995 et 2019.

Après son passage à l'École normale supérieure comme étudiant en lettres classiques, il est admis à l'École nationale d'administration (ENA), dont il sort en rejoignant l'Inspection générale des finances. Collaborateur de Jacques Chirac à partir de 1976, il en est adjoint à la mairie de Paris pendant douze ans. Il se présente ensuite à Bordeaux, dont il est maire à partir de 1995. Député européen et député de Paris entre 1984 et 1993, il est ministre délégué au Budget de 1986 à 1988 et ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995.

Il est nommé Premier ministre par Jacques Chirac, tout juste élu président, . Son passage à Matignon est marqué par des grèves d'ampleur contre son plan sur les retraites et la Sécurité sociale, auquel il doit en partie renoncer. Devenu très impopulaire, il quitte la tête du gouvernement après la défaite de la droite aux élections législatives de 1997. En parallèle, il préside le Rassemblement pour la République (RPR) et l'Union pour un mouvement populaire (UMP).

Alain Juppé est contraint de quitter la vie politique en 2004, la cour d'appel de Versailles l'ayant condamné à de prison avec sursis et à d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Parti enseigner au Québec, il fait son retour en politique deux ans plus tard en retrouvant son mandat de maire de Bordeaux.

En 2007, Nicolas Sarkozy le nomme ministre d'État, ministre de l'Écologie dans le premier gouvernement de François Fillon, mais il démissionne de ses fonctions un mois plus tard après son échec aux élections législatives. Il revient au gouvernement comme ministre d'État, ministre de la Défense de 2010 à 2011, puis ministre d'État, ministre des Affaires étrangères de 2011 à 2012.

Longtemps donné favori en vue de l'élection présidentielle de 2017, il perd la primaire présidentielle de la droite et du centre de 2016 face à François Fillon. Par la suite, il se rapproche d'Emmanuel Macron et quitte Les Républicains.

, nommé membre du Conseil constitutionnel sur proposition de Richard Ferrand, il quitte ses mandats électoraux.

Il est élu Président de l'Institut Georges-Pompidou le ..

Parcours personnel Origines familiales Né le à Mont-de-MarsanWho's Who in France, édition 2006., Alain Marie Juppé est le fils de Robert Juppé (1915-1998), un résistant gaulliste, membre du corps franc Pommiès, qui a tenu plusieurs maquis du Sud-Ouest et a été très actif dès .. Issu d'une famille de cheminots originaires du Béarn, Robert Juppé est devenu exploitant agricole dans les Landes.

Sa mère est Marie Darroze (1910-2004), fille d'un propriétaire terrien et forestier (160 hectares de forêts de pins) issu d'une famille de métayers landais, devenu magistrat en tant que juge de première instance. et président du tribunal de Mont-de-Marsan.

Catholique pratiquante, sa mère lui donne une éducation religieuse (il sera enfant de chœur) alors que son père n'est ni pratiquant, ni croyant. Dans ses mémoires, Une histoire française (2023), il écrit qu'à l'âge de 7 ou 8 ans, il voulait « briguer le trône de saint Pierre ».. Mais en 2015, Alain Juppé se définit comme « catholique agnostique ».

Formation Son parcours scolaire et universitaire est celui d'un très bon élève dans la France d'avant Mai 68.

Entré en sixième à l'âge de 9 ans, il fait ses études secondaires au lycée Victor-Duruy de Mont-de-Marsan. À cette époque, il écrit des poèmes, publiés dans Le Grelot sous le pseudonyme de Pierre Odalot. Passant les épreuves du concours général, il est récompensé en grec ancien et en latin, puis obtient le baccalauréat en 1962 à .

Entré en classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand à Paris, il intègre dès 1964 l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. et est reçu à l'agrégation de lettres classiques en 1967. Il est affecté comme professeur au lycée Janson-de-Sailly..

Il obtient le diplôme de l’Institut d'études politiques de Paris, section Service public, en 1968..

De 1969 à 1970, il fait son service militaire, d'abord à la caserne Balard à Paris, puis à la base aérienne d'Évreux, puis à Mont-de-Marsan.

Il est ensuite élève de l'École nationale d'administration de 1970 à 1972. Membre de la promotion « Charles-de-Gaulle », il a été l'un des principaux partisans de ce nom commémorant le général, mort deux mois auparavant, alors que nombre de ses collègues plus « soixante-huitards » menés par Jérôme Clément, voulaient la baptiser en l'honneur de la Commune de Paris à l'occasion de son centenaire... Il sort de l'ENA très bien classé : cinquième sur 72, ce qui lui permet d'entrer dans le corps prestigieux des inspecteurs des finances (comme avant lui Michel Rocard).

Famille et mariage thumb|upright|left|Isabelle Juppé, en 2008. Il épouse le Christine Leblond, professeur de lettres classiques., qui deviendra par la suite inspectrice générale de l'Éducation nationale, et avec qui il a deux enfants : Laurent, né en 1967, producteur audiovisuel, et Marion, née en 1973, médecin..

Divorcé, Alain Juppé épouse en secondes noces, le , Isabelle Legrand-Bodin, journaliste et romancière, avec qui il a une fille, Clara, née en 1995., diplômée d'HEC..

Parcours politique Débuts Alain Juppé affirme avoir manifesté une fois dans les rues de Paris en mai 68. et s’être intéressé aux mouvements marxistes, en vogue à cette période. Il déclare avoir voté pour Alain Krivine, candidat de la Ligue communiste, au premier tour de l'élection présidentielle de 1969, trouvant que Georges Pompidou manquait de « punch »« Alain Juppé, un court retour en grâce », Le Monde, 18 mai 2007...

De 1972 à 1976, il est en poste à l'Inspection générale des finances (IGF). Il est notamment chargé de la vérification et des enquêtes dans les organismes assujettis au contrôle de cette administration (services financiers, offices HLM, services culturels de la France à l’étranger, entre autres), puis est chargé de mission auprès du chef de l'IGF à partir de 1975.

L'année suivante, en , il est appelé par Jérôme Monod, directeur de cabinet de Jacques Chirac, alors Premier ministre, pour devenir chargé de mission (rédaction des discours et études économiques)., en particulier le de Jacques Chirac le à Égletons, en Corrèze, , dont il dira en le reprenant en partie 40 ans après« Le Chirac spirit » du fils préféré Alain Juppé. Le Populaire du Centre du 6 nov. 2016. qu'il toute son .. Il est ensuite, jusqu'en 1978, conseiller technique au ministère de la Coopération, dirigé alors par Robert Galley. Adhérent du Rassemblement pour la République (RPR) dès sa fondation par Jacques Chirac en , il en est délégué national aux études de 1977 à 1978.

Il se présente aux élections législatives de 1978 dans la des Landes (Mont-de-Marsan et ses environs), où il est battu par le député sortant socialiste, Roger Duroure. L'année suivante, il est à nouveau battu au second tour des cantonales, dans le canton de Mont-de-Marsan-Nord, par Philippe Labeyrie, qui l'emporte avec 54,5 % des suffrages. Cette même année 1979, il prend la présidence de la fédération départementale RPR des Landes, fonction qu'il conserve jusqu'en 1984.

Déçu par ses échecs successifs dans sa région natale, il tourne ses ambitions politiques vers la capitale. Il travaille aux côtés de Jacques Chirac à la mairie de Paris et devient l'un de ses plus proches conseillers. En 1979, il est élu au conseil national du RPR, et est nommé adjoint à la direction des finances et des affaires économiques de la ville de Paris, dont il est le directeur de 1980 à 1981. Il est directeur adjoint de la campagne de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1981. C'est à cette époque qu'il fait acte de candidature et est distingué par la French-American Foundation en devenant l'un des tout premiers lauréats du programme Young Leaders (Jeunes dirigeants à potentiel), promotion 1981....

Par la suite, il anime, avec Michel Aurillac, le Club 89, tout juste créé au sein du parti chiraquien sous la forme d'un laboratoire d'idées chargé de « préparer un projet politique applicable dans l'environnement de 1989 », mais c'est en réalité un contre-gouvernement chargé d'élaborer les programmes du parti pour les échéances à venir : les législatives de 1986 et la présidentielle de 1988. Il est secrétaire national du RPR chargé du redressement économique et social de 1984 à 1986. Dans les années 1980, il défend une stratégie d'alliance au niveau local avec le Front national, estimant que « seul l’échec de la coalition socialo-communiste peut permettre d’apaiser les passions et d’engager le redressement national »..

Conseiller de Paris puis député En suivant Jacques Chirac à Paris, il s’implante dans le de la capitale, terre de la « bande du » des figures socialistes que sont Lionel Jospin, Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë et Claude Estier. Il est tête de liste dans cet arrondissement aux élections municipales de 1983 et 1989, et l'emporte à chaque fois (lors des deux scrutins, les listes de Jacques Chirac réalisent le en remportant les vingt arrondissements). Alain Juppé laisse toutefois la mairie d'arrondissement à Roger Chinaud (UDF), prenant le poste d'adjoint au maire de Paris auprès de Jacques Chirac, chargé des Finances, qu'il occupe de 1983 à 1995.

Après avoir été élu député européen lors des élections de 1984 (en sixième position sur la liste RPR-UDF conduite par Simone Veil), il devient député de Paris lors des élections législatives de 1986 au scrutin proportionnel. Il ne siège cependant pas à l’Assemblée nationale, étant nommé ministre dans le gouvernement de Jacques Chirac. Il est par la suite réélu député au vote majoritaire dans la de Paris (quartier de Clignancourt et une partie de celui des Grandes-Carrières dans le ), en 1988, face à Bertrand Delanoë, puis en 1993.

Ministre délégué au Budget Il est ministre délégué au Budget auprès du ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation, Édouard Balladur, ainsi que porte-parole du gouvernement, durant la première cohabitation, du au .. À ce poste, il supervise une baisse généralisée de la fiscalité avec surtout la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes par la loi de finance rectificative pour 1986 du de cette année, suivie dans les budgets 1987 et 1988 par le relèvement du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu, l'abaissement des différents taux de TVA, la réduction du taux de l'impôt sur les sociétés de 50 à 42 %, l'abolition de la taxe sur les frais généraux et la mise au point d’une fiscalité de groupe pour les entreprises. Le but de cette politique est de favoriser l'investissement des ménages et du secteur privé. Cet allègement souhaité de la pression fiscale sur les particuliers et les sociétés se traduit également dans la loi du , dite « loi Aicardi », qui adoucit les sanctions fiscales en offrant aux contribuables de nouvelles garanties juridiques dans le cadre des procédures de contrôle et de contentieux fiscal ou douanier : une charte des droits et obligations du contribuable vérifié est rédigée, le délai de reprise de l’administration est réduit, la charge de la preuve n’incombe plus au contribuable, la durée des vérifications sur place est limitée. En outre, Alain Juppé mène à bien la suppression du service des alcools, qui dépendait de son ministère, par le décret du , mettant fin à l'un des derniers grands monopoles industriels d'ÉtatFiche biographique d'Alain Juppé, site du ministère de l'Économie.. Il cumule ses fonctions ministérielles avec celle de porte-parole du candidat Jacques Chirac et de secrétaire général de son comité de soutien lors de la campagne de l'élection présidentielle de 1988.

Numéro deux du RPR thumb|Alain Juppé aux côtés de Jacques Chirac en 1988.