vignette|Lecture des registres de la prison de Sednaya lors de la recherche de personnes victimes de disparitions forcées en 2024.Les disparitions forcées en Syrie sont des disparitions forcées, désignant des enlèvements de personnes hors de tout cadre légal par les autorités ou par des groupes armés. Ces personnes sont placées en détention arbitraire dans des lieux secrets, et privées de tout contact avec leurs proches ou le monde extérieur ou exécutées. Les disparitions forcées en Syrie ne sont pas un phénomène récent. Le pays a connu des disparitions forcées sous le régime de Hafez al-Assad (1970-2000), pendant la répression des opposants islamistes et des révoltes populaires.
C'est toutefois avec le début de la guerre civile syrienne en 2011 sous le régime de Bachar el-Assad que les disparitions forcées prennent une ampleur sans précédent. Dès les premières manifestations pacifiques contre le régime, les autorités recourent à des arrestations arbitraires, des tortures, et des disparitions forcées pour réprimer toute forme de contestation. Ce phénomène s'est intensifié après l'introduction de milices pro-régime, telles que les Shabiha, qui ont joué un rôle majeur dans l'enlèvement de personnes civiles et militantes.
Cette pratique a conduit à des violations massives des droits humains. Elle constitue l'une des formes les plus graves de répression utilisées par le régime de Bachar al-Assad et ses alliés pour écraser l'opposition politique et les manifestations populaires. Le nombre des victimes est estimé à près de par le Réseau syrien pour les droits de l'homme.
Les premières procédures internationales contre les responsables se sont heurtées au veto de la Russie dans le cadre de l'ONU, et à la déclaration d'incompétence de la Cour Internationale de justice (CPI), la Syrie n'ayant pas ratifié le statut de Rome. Des actions en justice sont alors menées en Espagne, en France et en Allemagne auprès de juridictions nationales qui appliquent la compétence universelle et utilisent les données du rapport César. En France, les responsables du renseignement Ali Mamlouk, Jamil Hassan et Abdel Salam Mahmoud ont été condamnés en 2024 à la prison à perpétuité en leur absence.
Après la chute du régime Assad en 2024, les disparitions forcées continuent avec des enlèvements de femmes alaouites.
Historique Les disparitions forcées en Syrie désignent les enlèvements de personnes, en dehors de tout cadre légal, par les autorités syriennes ou par divers groupes armés, suivis d’une détention secrète et d’un déni de reconnaissance du sort ou du lieu où se trouve la personne disparue. Ces pratiques, constitutives de crimes contre l’humanité, privent les victimes de tout contact avec leurs proches et le monde extérieur. La rétention d'information a pour objectif de rendre impossible de prouver la disparition forcée et de dissimuler l'identité des responsables des exactions. Les disparitions forcées perpétuent un climat de terreur dans la société civile, afin de briser toute opposition au régime.
Régime de Hafez Al-Assad Les disparitions forcées sont utilisées par le régime de Hafez Al-Assad dès les années 1970 en Syrie pour réprimer l'opposition politique au régime, notoirement durant le massacre de Hama en 1982. Un vaste complexe pénitencier est créé comprenant des centre de détentions dirigés par les services du renseignement, dans lesquels les personnes emprisonnées subissent viols, tortures et exécutions extrajudiciaires. Les corps des personnes exécutées ne sont pas remis aux familles, qui ignorent le sort de leurs proches détenus.
Guerre civile 2011-2024 vignette|(Manifestation à Banyas le 29 avril 2011. Avec le début de la guerre civile syrienne en 2011 sous le régime de Bachar el-Assad, les disparitions forcées prennent une ampleur sans précédent. Dès les premières manifestations pacifiques contre le régime, les autorités recourent à des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des tortures systématiques dans des centres dirigés par les services de renseignement syriens (Moukhabarat) et les milices pro-régime (Shabiha). Ce phénomène s'est intensifié après l'introduction de milices pro-régime, telles que les Shabiha, qui ont joué un rôle majeur dans l'enlèvement de personnes civiles et militantes.
Les méthodes incluent l’arrestation arbitraire de civils, le transfert vers des centres de détention secrets, la torture et parfois les exécutions extrajudiciaires, comme en 2013 lors du massacre de Tadamon. Les familles des personnes disparues sont systématiquement privées d’informations sur le sort de leurs proches, rendant l’exercice du deuil impossible.
vignette|Manifestations de 2011. vignette|Hamza Ali Al-KhateebL'existence d'une , d'une presse humaine et d'un four crématoire servant à faire disparaître les corps des victimes à la prison de Sednaya est rapportée par le journaliste Arthur Sarradin, qui qualifie le régime de Bachar El Assad de très inventif en la matière.
Les autorités syriennes (services de renseignement et forces de sécurité) sont considérées comme les principaux responsables de ces disparitions, même si d’autres groupes armés d’opposition ont également recouru aux disparitions forcées dans leurs zones de contrôle. Les investigations internationales ont documenté l’usage systématique des détentions secrètes comme outil de répression politique.
Typologie des victimes Alors qu'en 2011 Bachar al-Assad fait libérer des djihadistes salafistes des prisons du régime, renforçant la présence de l'État Islamique dans le pays, les journalistes, les membres de l'opposition politiques, les personnes militant pour les droits humains comme Razan Zaitouneh, et les personnes ayant participé aux manifestations du Printemps arabe pour un renouveau démocratique en Syrie sont ciblées par les disparitions forcées. Ainsi nombre des personnes persécutées et arrêtées sont loin de correspondre à l'image de terroristes que le régime baassiste le prétend.vignette|Amani Ballour, pédiatre de Ghouta à l'ONU en 2020 apparait dans le film The Cave. Amani Ballour, pédiatre et féministe syrienne témoigne du fait que les personnes blessées lors des manifestations contre le régime n'accèdent pas aux soins qui leur sont nécessaire, par crainte de se rendre dans les hôpitaux, où les forces de sécurité recherchent les manifestants blessés, pour les faire disparaître dans le réseau de cachots du régime ou les tuer. Des centres de secours et cliniques de campagne secrètes sont mises en place dans des maisons, des mosquées et d’autres lieux.
Daraya Chabab (Jeunes de Daraya) Abdel Akram al-Saqqa théologien syrien féministe, adepte de la non-violence et de la résistance pacifique de Daraya en 1944 disparait le , arrêté par les services de la sûreté du régime syrien pour avoir refusé de faire l'éloge de Hafez Al-Assad durant son sermon du vendredi. L'institut de formation religieux pacifiste et féministe qu'il anime est ensuite interdit. Il n'a pourtant jamais critiqué ouvertement le pouvoir et aucune raison n'est donnée pour son arrestation. Après de disparition forcée, le , sa famille obtient un certificat de décès du bureau d'état civil de la ville de Daraya, indiquant une date de décès remontant au , sans aucune autre information, ni cause du décès. Amina Khoulani, une de ses élèves membre du groupe pacifiste « Daraya Chabab » (en français : Jeunes de Daraya) est une survivante des camps de détention, où elle a été torturée, battue et violée. Ses frères pacifistes sont morts en prison.
Nabil Sharbaji journaliste, membre du groupe pacifiste des « Jeunes de Daraya » est victime d'une disparition forcée à Daraya, le . Il avait créé avec les membres de son groupe un site d'information en ligne nommé Enab Baladi (en français : Les raisons de mon pays). Détenu et torturé dans plusieurs prisons, il meurt en 2015, mais ses proches ne l'apprennent qu'en 2016...
Le frère de Kholoud Waleed, une des fondatrices d'Enab Baladi est porté disparu depuis 2012 et son sort est inconnu.
Journalistes et personnes militant pour le libre partage du savoir Ali Mahmoud Othman, journaliste de Homs est arrêté et porté disparu jusqu'en 2019, date à laquelle sa famille apprend sa mort en détention en 2013. Les raisons officielles de son décès sont des causes naturelles, comme tous les décès survenus en prison, mais des témoignages affirment qu'il a été victime de tortures sévères dans différentes prisons.
Bassel Khartabil, développeur open-source palestino-syrien est également arrêté en 2012 pour avoir contribué à Wikipédia et détenu à Damas dans la branche 215 de la sécurité militaire, puis dans la prison d'Adra, puis dans la prison d'Adra. Le il est transféré dans un lieu inconnu et disparait. Son exécution après ce déplacement n'est confirmée que début . Il figure sur la liste des personnes emprisonnées pour avoir contribué à Wikipédia. vignette|Prison de Sednaya en 2024 Le , Omar Alshogre est arrêté avec ses cousins Rashad et Bashir, et sa cousine Nour, et transférés au centre de Tartous pour enquête. Bashir et Rashad, emprisonnés avec Omar, meurent tour à tour en prison, et apprennent que Nour, envoyée au étage de la Branche 215, a également été tuée, tandis qu'Omar reste détenu pendant , de ses 17 à ses . Alors qu'il est en prison, son père et ses deux frères sont assassinés le , devant sa mère et ses sœurs, par des milices pro-régimes, lors du massacre d'al-Bayda et de Banias. Détenu d'abord à la Branche 215 puis à la prison de Saidnaya, Il est libéré grâce à sa mère qui soudoie les gardes pour le faire libérer. Il témoigne de son expérience carcérale ce qui lui vaut de recevoir des menaces de mort.
Rapport César de 2014
Le rapport César de 2014, établi à partir de photographies de Farid al-Madhan, documente les disparitions, tortures, meurtres et crimes contre l'humanité commis par le régime de Bachar al-Asad. Farid al-Madhan, qui s'est longtemps protégé avec l'alias , travaillait comme photographe dans une unité de documentation de la police militaire syrienne. Avant la révolution, son travail consistait à photographier les scènes de crimes et d'accidents qui impliquaient des militaires.. Après 2011, il a pris des dizaines de milliers de photos qu'il a ensuite exfiltrées en s'enfuyant de Syrie. Les photos ont permis l'identification de , et exécutés.
Les photographies contiennent aussi la photo du corps mutilé et torturé de Hamza al-Khatib, dont l'annonce de la mort relance les manifestations contre le régime de Bachar al-Assad et devient un symbole de résistance.
Après la chute du régime Assad Après la chute du régime de Bachar al-Assad, les enlèvements, notamment de femmes alaouites se perpétuent en Syrie sous la direction du nouveau président Ahmed al-Sharaa.
Chiffres En 2018, Amnesty International évalue à le nombre de personnes victimes de disparition forcée depuis 2011. En , le gouvernement syrien confirme le décès de disparues, dont Yehya Shurbaji, Islam Dabbas et Maan Shurbaji. En 2021, ce chiffre est estimé à selon
Selon le Réseau syrien pour les droits de l'homme, plus de forcées ont eu lieu sous la dictature de Bachar al-Assad, la plupart durant la guerre civile syrienne de 2011 à 2024. Après la chute du régime le , l'ONG estime que seules ont été libérées de prison. Parmi les victimes célèbres, on compte le photojournaliste Niraz Saied, dont la mort est annoncée le . Au nombre de ces disparus se trouvent des milliers de mineurs. Les familles, les journalistes enquêtent, notamment à partir des archives retrouvées.
Dénonciations Ces pratiques, considérées comme des crimes contre l’humanité au regard du droit international humanitaire, ont été dénoncées dans des rapports de l’ONU, d’Amnesty International et de Human Rights Watch, qui ont documenté les arrestations arbitraires et les disparitions forcées comme un instrument systématique de terreur et de contrôle social par le régime syrien et dans le Rapport César.