Chen Xiefen ( chinois : 陳擷芬 ; pinyin : chén xié fēn ; Wade-Giles : ch'en hsieh fen ; nom de plume : Chu'nan nūzi 1883 – 1923) est une journaliste, féministe et militante révolutionnaire chinoise de la fin de la dynastie Qing. Considérée comme l'une des pionnières du féminisme en Chine, elle a utilisé la presse comme un outil d'émancipation, appelant à la réforme sociale et la reconnaissance des droits des femmes.

À partir de 1899, elle fonde et dirige le périodique Nübao (« Journal des femmes »), rebaptisé plus tard Nüxuebao ( « Journal de l'éducation des femmes »).

Dans ses colonnes, Chen Xiefen défend l'accès des femmes à l'instruction, prône l'égalité entre les sexes et met en avant l'importance de l'automnie économique féminine.

Lorsque son journal est interdit en 1903, elle choisit de s'exiler au Japon, où elle poursuit un temps la publication sous le nouveau titre Nüxuebao.

Par la suite, elle reste impliquée dans les mouvements révolutionnaires anti-Qing, avant de disparaitre progressivement de la vie publique à partir de 1911.

Biographie

Début de la vie Chen Xiefen naît en 1883 à Hengshan, dans la province du Hunan, et passe son enfance à Yanghu ( aujourd'hui Changzhou ), dans la province du Jiangsu. Issue d'une famille de petits notables et de fonctionnaires, elle est l'aînée de sa fratrie. Son père, Chen Fan (1860-1913), ancien magistrat déchu mais intellectuel réformateur, s'installe à Shanghai à la fin du siècle. À son arrivée à Shanghai, il rachète et réorganise le Subao( Jiangsu Daily ), un journal progressiste et anti-Qing dont le rédacteur en chef est alors Zhang Shizhao (1881-1973), figure importante du radicalisme intellectuel chinois.

La publication du Nübao ( Journal des femmes ), considéré comme le premier périodique chinois destiné aux femmes, commence le 24 juillet 1898.

En 1899, alors qu'elle n'a que seize ans, Chen Xiefen a repris la direction de Nübao, soutenue et encouragée par son père.

À cette époque, elle poursuit sa scolarité à l' école et foyer McTyeire pour jeunes filles, un établissement tenu par des missionnaires américains, où elle développe un intérêt marqué pour les réformes sociales. Ses premiers articles personnels publiés dans le Nübao lui valent rapidement la reconnaissance de milieux progressistes de Shanghai.

Entre 1901 et 1902, elle collabore avec son père et plusieurs réformateurs, parmi lesquels Cai Yuanpei (1868-1940), à la fondation de l'Aiguo nǚ xuexiao (École patriotique de jeunes filles).

Cette école, qui prônait l'éducation civique et révolutionnaire des femmes, proposait un enseignement novateur et engagé pour l'époque.

Au début de 1903, Chen Xiefen fonde ensuite sa propre école de jeunes filles dans les locaux de Nübao.

Peu de temps après l'installation de Chen Xiefen, le Nübao dut interrompre sa publication à la suite de la censure imposée par le gouvernement Qing. Le périodique reprit sa parution le 8 mai 1902 mais seuls les numéros parus entre mai 1902 et octobre 1903 ont pu être conservés.

À ses débuts, le Nübao était distribué gratuitement en supplément du Subao Conçu comme complément féminin à cette publication masculine, le journal était lu aussi bien par des hommes que par des femmes. En octobre 1902, le Nübao devint proposé à la vente comme publication indépendante, une évolution liée à la Nouvelle Réforme politique menée la même année, qui mettrait l'accent sur l'instruction féminine et les réformes éducatives. La revue circulait alors dans les principales villes chinoises, dont Pékin, Shanghai et Tianjin.

En juin 1903, le Subao fut interdit par les autorités Qing pour avoir publié des articles jugés subversifs. Craignant d'être inquiétée, Chen Xiefen quitta la Chine qvec son père Chen Fan et sa jeune sœur Chen Xinfang, pour se réfugier à Tokyo, au Japon.

Elle y relança la publication du journal, désormais intitulé Nüxuebao ( Journal d'études féminines ) et commença à y écrire sous le pseudonyme de Chu'nan nūzi.

Contenu Tout au long de sa parution, le Nübao ( puis Nüxuebao ) eut pour vocation principale de promouvoir l'éducation et les droits des femmes.

À ses débuts, le journal servait avant tout de plateforme militante, défendant l'accès des femmes à l'instruction, la reconnaissance de leurs droits civiques et l'abolition du bandage des pieds. Après avoirs pris son indépendance du Cuba en octobre 1902, la revue, élargit considérablement son contenu : elle publia désormais des essais, discours, correspondances, récits historiques consacrés aux femmes, ainsi que des articles traduits et de la poésie.

Parmi les nombreux éditoriaux par Chen Xiefen, exprimant la ligne féministe et réformatrice du périodique, figurent notamment : « Lun quan zhi chanzu zhi guanxi » ( « Exhortation à mettre fin au bandage des pieds ») ; « Yao you aiguo de xin » (« Nous devons avoir un esprit patriotique ») ; « Buyao guoyu zhuangshi » (« N’exagérez pas avec les ornements ») ; « Duli pian » (« Sur l’indépendance ») ; et « Lun nüzi yi jiang tiyu » (« Les femmes doivent discuter de l’exercice physique »).

Sous son nouveau pseudonyme, Chen Xiefen continua d'exprimer des positions critique envers le régime Qing, mêlant revendications sociales et conscience patriotique.

Parmi ses écrits, « Duli pian », publié en 1903, est considéré comme l’un des premiers textes féministes chinois rédigés par une femme. Chen Xiefen y décrit le corps féminin comme un espace d’oppression, à travers des pratiques culturelles imposés et des normes patriarcales.

Elle y dénonce notamment :Des coutumes telles que le perçage des oreilles des femmes pour y insérer des boucles d'oreilles métalliques ou encore le bandage de leurs pieds, symbole de leur infirmité, sont des manifestations de la phase élémentaire de la loi sociale des châtiments corporels (chuji xingfa). Celles qui refusent ces pratiques sont forcées à se soumettre, leurs plaintes et leurs souffrances demeurant étouffées et invisibles. La seconde phase de cette loi sociale (ciji xingfa) est le mariage arrangé, qui nie toute considération pour les sentiments des femmes. Les femmes promises à des inconnues doivent, si leur fiancé meurt avant la cérémonie, rester veuves toute leur vie. Quant aux servantes, elles subissent l'asservissement le plus brutal : leur cours sont échangés ou vendus comme du bétail !Chen Xiefen analyse également le poids des hiérarchies sociales dans l'oppression des femmes au sein de la société traditionnelle chinoise. Selon elle, le corps féminin est perçu comme « le sexe mutilé », à la fois par ses déformations physiques (« pieds bandés » et « oreilles percées ») que par son état de soumission constante à l'autorité masculine. Le terme « Duli pian » exprimait sa conviction que l'indépendance véritable des femmes réside dans leur autonomie économique, c'est-à-dire dans l'absence d'ingérence et de dépendance financière envers les hommes. Une fois cet idéal atteint, écrit-elle, « il n’y n'existera plus aucun savoir inaccessible aux femmes, ni aucun droit qu'elles ne puissent reconquérir ».

"Lun nüzi yi jiang tiyu" Dans un autre article, « Lun nüzi yi jiang tiyu », publié en 1903, Chen Xiefen établit un lien novateur entre culture physique et émancipation. Ce texte, considéré comme le premier essai féministe chinois sur le sport rédigé par une femme, affirme l'importance de la conscience corporelle dans la libération des femmes.

Elle y déclare : À partir d'aujourd'hui, je souhaite que ces deux millions de femmes, accablées et ignorantes, prennent conscience de leur situation et s'encouragent mutuellement à la transformer. Que l'on comprenne enfin que sans culture physique, il ne peut exister de beauté véritable. Il faut que l'on comprenne que sans culture physique, il ne peut y avoir de beauté.Pour Chen Xiefen, le corps devient un espace de résistance et réappropriation.

Elle encourage les femmes à définir leur propre conception de la beauté, en rejetant la souffrance et la mutilation comme valeurs esthétiques. Consciente de la manière dont la société a inculqué à des générations de femmes l'acceptation de la douleur comme une norme, elle insiste sur la nécessité d'une transformation intérieure : se défaire des bandages ou retirer les bijoux ne suffit pas.

Cette approche, centrée sur l'émancipation par la conscience du corps, se distingue nettement de celle des autres réformateurs de son temps, souvent plus politiques que psychologiques.

La vie au Japon Installée au Japon, Chen Xiefen poursuivit sa formation à la Huazu Xuexiao, une école chinoise de Tokyo. Elle y prend rapidement des responsabilités, en présidant l'association féminine étudiante Gong Ai Hui. Fondée par des étudiantes chinoises exilées, Gong Ai Hui ( qui signifie «Société de l'amour public») constitue la première organisation féminine anarchiste et anti-Qing connue. Selon sa charte elle ambitionne de « transformer la condition des deux cents millions de femmes chinoises et de leur restituer leurs droits naturels, afin que, conscientes de leur rôle dans la nation, elles puissent en assumer pleinement les devoirs ». Aux côtés de ses amies et militantes Qiu Jin (1875-1907) et Lin Zongsu (1878-1944), Chen Xiefen contribue activement à diffuser et défendre le programme réformateur de l'association.

Les réseaux militants et intellectuels qu'elle a développés grâce à son engagement journalistique se révèlent décisifs dans sa vie personnelle.

À peine arrivée à Tokyo, son père tente de l'imposer dans un concubinage forcé. Soutenue par plusieurs comptriotes étudiantes et par son amie Qiu Jin, Chen Xiefen parvient à s'opposer à cette contrainte et à préserver son indépendance.

En 1905, elle rejoint le groupe révolutionnaire dirigé par Huang Xing (1874 – 1916), chargé de la fabrication d'explosifs en vue d'un soulèvement. Elle participe alors, avec d'autres militantes, aux préparatifs clandestins des mouvements insurrectionnels.

Par la suite, Chen Xiefen intègre une école publique chrétienne pour femmes à Yokohama, où elle fait la connaissance de Yang Jun, un étudiant originairenaire du Sichuan, qu'elle épouse peu après. Le couple quitte ensuite le Japonpour poursuivre des études aux États-Unis. À son retour en Chine en 1911, Chen Xiefen s'engage au sein de la Shenzhou Nüjie Xiejishe (Association des femmes chinoises), une organisation nationalistes et réformiste militant pour l'obtention du droit de vote féminin Les années suivantes de sa vie demeurent mal documentées, et ses activités politiques après 1911 restent largement inconnues.

Références

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