Les chiites d'Arabie Saoudite sont des Saoudiens d'obédience chiite, certaines sources estiment que la population chiite en Arabie saoudite représenterait environ 10 à 15 % des quelque 20 millions d'habitants du pays, ce qui représenterait 1,75 million de personnes. Toutefois leur nombre est incertain et pourrait être plus important, le gouvernement saoudien ne réalisant pas de recensement officiel sur la religion ou l'appartenance ethnique de ses citoyens.
Les chiites d'Arabie saoudite sont regroupés en trois communautés principales : les chiites duodécimains, les chiites ismaéliens et les chiites zaydites. La communauté chiite duodécimaine se répartit entre plusieurs groupes géographiquement séparés. Les Bahranis (Arabe : بُحارنة, lit. 'Buharnah' ou اِلبحارنه, lit. 'il baharneh'), constituent le groupe duodécimain le plus important, ils sont principalement concentrés dans la province orientale du pays, en particulier dans les gouvernorats de Qatif et celui de Al-Ahsa. On retrouve également une communauté chiite duodécimaine implantée dans le Hedjaz ainsi qu'à Médine, où la communauté duodécimaine est connue sous le nom de Nakhawila et compte . Dans le reste du Hedjaz, la communauté chiite duodécimaine se répartit en trois tribus partiellement chiites : les Banu Husayn (Al Hussaini), les Harb et les Juhaynah. L'Islam chiite ismaélien est quant à lui présent dans la région méridionale du Najran, au sein de la tribu Yam traditionnellement ismaélienne soulaymanienne, ce courant regroupe environ . Enfin le chiisme zaïdite est présent dans les provinces limitrophes du nord du Yémen et regroupe environ .
Les chiites d'Arabie saoudite sont confrontés à de nombreux défis institutionnels et à des discriminations persistantes qui ouvrent parfois sur des révoltes et des conflits armés. Les adeptes du wahhabisme qui dominent les institutions religieuses, les tribunaux et l'éducation du royaume les considèrent souvent comme des hérétiques.
Histoire Les chiites du territoire actuel de l'Arabie Saoudite ont des origines variées qui dépendent de leurs régions et en partie du courant chiite qu'ils professent. L'Islam chiite est apparu pendant la première fitna (656-661). Le schisme entre duodécimains et ismaélites a eu lieu en 765 avec la mort du sixième imam Jafar as Sadiq. Selon les Ismaéliens, c'est Ismâ`il bin Jafar, son fils ainé qui fut désigné par son père pour lui succéder mais les duodécimains ne reconnaissent pas son autorité et pensent que le successeur d'as Sadiq n'est pas Isma'il mais Moussa al Kazim. Les communautés chiites se sont alors formées à partir du schisme dans diverses régions du monde musulman notamment en Arabie, où des foyers chiites majeurs ont pu se maintenir grâce au soutien de dynasties chiites historiquement implantées dans la région, et grâce au maintien d'une identité religieuse forte favorisée par le tribalisme, la présence de lieux saints du chiisme et l'isolement relatif de certaines de ces communautés.
Ismaéliens La communauté ismaélienne d'Arabie Saoudite a pu se maintenir et se développer sous le Califat fatimide lequel était également chiite ismaélien grâce à la protection du califat et des réseaux de missionnaires, cette communauté autrefois importante a disparu de la majeure partie des territoires d'Arabie historiquement contrôlés par les fatimides mais elle s'est maintenue dans la province de Najran.
Duodécimains Dans la province orientale, le chiisme a bénéficié d'une implantation précoce dès la première fitna grâce à l'implantation de tribus chiites dans la région et en raison de ses liens commerciaux et de sa proximité avec les sanctuaires chiites d'Irak, les habitants semblent avoir initialement adhéré au chiisme ismaélien sous l'état Qarmate mais après son effondrement la population a été progressivement convertie au chiisme duodécimain par plusieurs dynasties successives les Uyunides, les Usfurides et enfin les Jarwanides et elle est restée sous le contrôle de pouvoirs chiites jusqu'au favorisant le développement du chiisme. Après l'effondrement des Jarwanides en 1417 la région est contrôlée par la dynastie sunnite des Jabrides, une partie de la population s'est alors convertie à l'Islam sunnite, toutefois le chiisme duodécimain a pu se maintenir grâce au relatif isolement des sociétés oasiennes qui leur a permis de maintenir leurs institutions religieuses locales et grâce à leurs échanges commerciaux et intellectuels avec d'autres régions chiites. La conquête ottomane de la région Bahrani en 1551 ne semble pas avoir provoqué de changements majeurs, le califat ottoman sunnite continua de s'appuyer sur les élites locales comme dans la plupart des vilayets de l'empire sans bouleverser la répartition confessionnelle en dépit de politiques discriminatoires ponctuelles.
La communauté duodécimaine Hedjazi s'est maintenue autour des sanctuaires chiites comme le cimetière al baqi où sont enterrés plusieurs imams, les Nakhawila habitent la région médinoise.
Zaydites L'Islam chiite zaydite était à ses débuts fortement implanté dans la péninsule arabique en particulier dans le Hedjaz qui est considéré comme l'un des berceaux de l'Islam Chiite, quatre des imams chiites y ont passé une grande partie de leur vie : Ḥasan ben Ali , ʿAli Zayn al-ʿĀbedin , Moḥammad al-Bāqer et Jaʿfar al-Ṣādeq et ils ont été enterrés sur place dans le cimetière d'al Baqi. Cela fait du Hedjaz un lieu de pèlerinage d'importance pour les chiites. La population chiite du Hedjaz est issue de groupes indigènes qui remontent aux premiers temps du chiisme et qui ont été renforcés grâce au pèlerinage et à l'installation de chiites étrangers ainsi que d'Afro-arabes. Plusieurs dynasties du Hedjaz étaient chiites zaydites et même descendantes (alides) de l'imam Zaydite formant des communautés chiites importantes notamment à Médine. La plupart des tribus se sont converties à l'Islam sunnite à la fin de la période Mamelouke et au début de la période ottomane et parmi les chiites seules les tribus chiites duodécimaines ont partiellement résisté. Un autre foyer important était la région historique de bahrain majoritairement chiite sous les Qarmates mais le zaydisme y a rapidement disparu après l'effondrement de la dynastie. Cependant le zaydisme n'a pas totalement disparu de la péninsule arabique et s'est maintenu dans le nord du Yémen et dans les provinces limitrophes d'Arabie Saoudite qui constituent un autre centre majeur du chiisme zaydite, l'Imamat Zaydite fondé en 897 a dominé la vie religieuse de la région sous des degrés de souveraineté et d'autonomie divers jusqu'en 1962.
Conquête et annexion par l'Arabie Saoudite Les différents États saoudiens successifs qui ont existé à partir de 1744 étaient initialement centrés sur le plateau central du Nedjd lequel est entièrement musulman sunnite, à mesure que ces États se sont agrandis, ils ont très rapidement intégré des communautés chiites dans leurs frontières. Les régions frontalières chiites comme l'Irak étaient également fréquemment attaquées lors de razzias. Les États saoudiens, dès l'émirat de Diriyah, se sont rapidement heurtés aux chiites pour des raisons religieuses. En effet les wahhabites sont globalement hostiles aux chiites et Muhammad Ibn Abdul-Wahhab estimait que les chiites étaient des Rafida (réfractaires) une appellation sectaire que ses disciples ont continué d'utiliser. Des conflits théologiques existaient autour de diverses pratiques chiites comme le Tawassoul ou la pratique de construire des mosquées sur des tombes, une pratique qu'il considérait comme non islamique.
En 1801, l'alliance saoudienne-wahhabite mena un jihad (ou du moins un qital, c'est-à-dire une guerre) contre la ville sainte chiite de Karbala. Là les wahhabites mirent à sac la ville, selon le chroniqueur wahhabite ʿUthman bin ʿAbdullah bin Bishr :
La ville d' Al-Hasa, principal bastion chiite de l'actuelle Arabie saoudite, fut conquise par les forces saoudiennes en 1913. Le traitement initial infligé aux chiites fut sévère : les chefs religieux furent contraints de promettre de « cesser la célébration de leurs fêtes religieuses, de fermer leurs lieux de culte et d'interrompre les pèlerinages vers les lieux saints d'Irak ». Les oulémas wahhabites « ordonnèrent également la démolition de nombreuses mosquées chiites » et prirent en charge « l'enseignement et la prédication dans les mosquées restantes afin de convertir la population ».
Les autorités saoudiennes ont agi conformément aux souhaits wahhabites d'éliminer les « vestiges de la religiosité chiite » à Médine et dans ses environs. En 1926, le mausolée d'Al-Baqi', qui abritait les tombeaux de la famille de Mahomet et de ses compagnons, ainsi que des deuxième, quatrième, cinquième et sixième imams chiites, fut détruit par Ibn Saoud. Le contexte global de la sédentarisation des tribus et de leur installation dans des villes a également fragilisé certaines communautés chiites.
Période contemporaine La situation des chiites d'Arabie Saoudite est restée similaire après la création de l'Arabie Saoudite moderne en 1932. Les chiites n'ont pas véritablement connu d'améliorations notables et demeurent écartés des postes de pouvoirs, ils ont subi des attaques ponctuelles contre leur patrimoine comme en 1975, lorsque le tombeau d'un imam chiite (Ismaïl ibn Ja'far al-Sadiq) aurait également été détruit et un an plus tard, un palmier centenaire, dont la légende racontait qu'il avait été planté sous la direction de Mahomet et visité par des pèlerins chiites et sunnites depuis des générations, fut abattu sur ordre d'un cheikh wahhabite de haut rang. Ces destructions de patrimoine ne se limitent pas seulement aux chiites mais elles sont liées à une politique plus globale de l'État visant à purifier l'Islam dans une interprétation salafiste.
La condition des chiites d'Atabie saoudite s'est encore dégradée avec la révolution islamique iranienne de 1979 qui renversa le Shah d'Iran, remplaçant une monarchie pro-occidentale par une république islamique théocratique anti-occidentale ce qui a suscité une méfiance de l'Arabie saoudite envers sa communauté chiite en raison de ses rivalités géopolitiques avec l'Iran. En effet l'Iran est plus peuplé que l'Arabie saoudite et ses frontières sont relativement proches des champs pétrolifères de cette dernière, où vivent traditionnellement la plupart des chiites d'ethnie Bahrani ce qui peut alimenter des tensions religieuses. D'autant que les religieux iraniens sont désireux d'exporter leur Révolution et sont idéologiquement opposés à la fois aux gouvernements monarchiques ainsi qu'à tout État allié à l'Occident. Après la révolution islamique des tracts, des émissions de radio et des cassettes audio en provenance d'Iran ciblaient les Bahranis et les autres chiites et dénonçaient la corruption et l'hypocrisie du gouvernement saoudien pour inciter les chiites à la révolte. En novembre de la même année, les chiites ont commémoré l'Achoura (illégalement) pour la première fois depuis de nombreuses années. En février suivant, des manifestations ont eu lieu à l'occasion du premier anniversaire du retour de l'ayatollah Khomeini en Iran. Les autorités saoudiennes ont réagi par une politique de représsion et de séduction en arrêtant des militants mais en promettant également davantage d'écoles, d'hôpitaux et d'infrastructures pour la région chiite.