vignette|alt=Dessin noir et blanc, très simple, avec doigt devant des lèvres.|Chut… une minute pour se souvenir.

Une minute de silence conforme au rite initial est un arrêt collectif de deux minutes observé pour commémorer l'Armistice du , où « travail, parole et mouvement » cessent afin que chacun, dans une immobilité absolue, se tourne vers le souvenir des morts de guerre. Ceci reprend la volonté du roi formulée le pour l'Empire britannique. Ainsi est créé un rite laïque public autonome, nommé, reproductible et codifié. Adoptée ou non par certains États, la durée initiale de deux minutes s'avère ultérieurement variable : souvent d'une minute ou deux, elle est au minimum de trente secondes et peut aller jusqu'à six minutes. En effet, l'élément central est la suspension collective et synchronisée de l'activité ordinaire.

Précédemment, des moments de silence existent. Ils sont le fait de cérémonies funéraires, d'événements politiques ou d'hommages parlementaires. En 1919, Edward George Honey propose un silence national en mémoire des morts de guerre. De son côté, James Percy FitzPatrick propose une pause silencieuse à l'échelle de l'Empire britannique. Initialement, la volonté de va , mais la date peut varier. La paternité du rite reste discutée entre Honey, associé à une formulation publique de l'idée, et FitzPatrick, lié à sa transmission politico-institutionnelle.

Paraissent concernés les espaces politiques directement liés aux du traité de Versailles, mais la diffusion est plus large. Ainsi, dans les États issus ou proches de l'Empire britannique, elle demeure notamment liée au souvenir de l'armistice ou aux cérémonies du . En France, elle est progressivement intégrée aux commémorations du , puis à des hommages nationaux ou locaux. Ailleurs, elle prend place dans des cérémonies liées aux guerres, aux catastrophes, aux attentats, aux génocides, aux deuils parlementaires ou aux hommages sportifs. Au , elle constitue ainsi un rite civique d'usage mondial, employé par des États, des organisations internationales, des assemblées nationales, des collectivités, des associations ou des institutions sportives.

La minute de silence est un rite non religieux, compatible avec des convictions diverses : les participants peuvent prier, se souvenir, réfléchir ou simplement respecter l'hommage collectif. Elle repose sur des signes visibles et peut être introduite ou conclue par un signal sonore, une sonnerie, une sirène ou un hymne. Son usage n'est pas exempt de limites : sa multiplication peut affaiblir sa portée solennelle, et son inscription dans des contextes politiques peut susciter des contestations. Une minute d'applaudissements, parfois proposée en alternative, relève d'un autre type d'hommage collectif.

Antériorité : manifestations silencieuses

Depuis l'Antiquité, lors des funérailles royales, l'ordre du cortège, la discipline du public et la solennité vont parfois de pair avec la retenue et le silence de la foule qui n'est cependant pas explicitement prescrit..

Au , certains moments sont marqués par l'idée d'une suspension collective du bruit et du mouvement qui indique la gravité de l'évènement. Ainsi, lors des fêtes révolutionnaires, les organisateurs prévoient des processions, des discours, des chants et l'immobilité collective associée à un silence momentané qui visent à transformer la foule en une communauté civique disciplinée. L'ensemble s'inscrit dans une dramaturgie politique et non pas comme un rite spécifique du silence.. De même, lors de certaines exécutions publiques, la foule devient silencieuse notamment lors des prières finales. Mais ce silence, sans durée définie, n'est pas prescrit par l'autorité comme un rite autonome. Il relève du contexte religieux et judiciaire. Il dramatise l'autorité de l'État..

Au , par exemple, le meurt l'ancien Premier ministre du Royaume-Uni William Ewart Gladstone. Ses funérailles d'État à l'abbaye de Westminster provoquent un immense rassemblement public. La presse rapporte alors une foule extrêmement silencieuse le long du cortège et parfois des spectateurs qui se découvrent et restent immobiles.. Les funérailles publiques de la fin de ce siècle sont autant de moments de discipline collective, qui contribuent à créer une culture politique de la retenue..

Au , il est classique de rappeler que le , lors des obsèques d', la foule observe un silence qualifié d'intense et révérencieux sur le trajet du cortège funèbre (Westminster Hall, Paddington puis Windsor) associé à une immobilisation minutée de la vie publique que ce soit la circulation, les tramways, les autres transports, ou les activités. Les véhicules s'arrêtent à Londres pendant deux minutes et il est observé à , dix minutes d'arrêt plus général dans le Royaume-Uni. Mais l'ensemble se fait dans un environnement sonore certain avec les soixante-huit coups de Big Ben, les salves d'honneur et les marches funéraires jouées par les fanfares. Aucune autorité commanditaire n'est rapportée que ce soit dans la presse.. ou dans le compte-rendu officiel.. Cette chorégraphie funéraire apparait comme une possibilité d'arrêt synchronisé du mouvement accompagné d'un recueillement non encore codifié...

Les parlements font également preuve de possibles recueillements. En Autriche, l' du commence peu après par une pour la mort du de l'archiduc Otto.. Le , décède à Rio de Janeiro José Maria da Silva Paranhos Júnior, baron de Rio Branco.. Sous l'influence de ce ministre des Affaires étrangères, le gouvernement brésilien, auquel il appartient, est le premier à reconnaitre la République portugaise.. Le Sénat portugais, à la demande de son président Anselmo Braamcamp Freire, suspend pendant la séance du , ses membres restant assis en silence. Un compte rendu officiel relate cet ordre de geste collectif.. Mais cet hommage diplomatique minuté est décidé par et pour le Sénat portugais sans répétition ultérieure. Il constitue un précédent parlementaire qui indique que le silence commémoratif existe en Europe avant l'après-Grande Guerre, mais il n'est pas l'origine institutionnelle de la pratique mondiale de la minute de silence.

Instauration du rite La fin de la Première Guerre mondiale est marquée par l'armistice du 11 novembre 1918, qui convient de l'arrêt des combats à .. De très nombreux foyers ont au moins un disparu parmi les leurs. La commémoration de ces morts de la Grande Guerre par un silence, promue par Honey et FitzPatrick, est instaurée par .

Proposition de Honey Edward George Honey est un journaliste australien résidant à Londres. En 1915, il s'engage dans le Middlesex Regiment de l'infanterie britannique, mais il est vite libéré en raison de sa faible constitution et il ne part pas à l'étranger. Selon son épouse, voyant les trains remplis de blessés revenant aux gares de Richmond et de Charing Cross, il souhaite réaliser quelque chose en regard des qui s'enrichissent afin de les faire réfléchir. Puis, lors du de 1918, il réprouve les manifestations bruyantes et enthousiastes, un feu d'artifice tiré à Hyde Park, la reprise de la chanson par des jeunes hommes. Ces scènes lui font soumettre un écrit qui ne parait pas dans le journal populaire The Daily Mirror à fort tirage, car son rédacteur en chef Randall Charlton est absent, mais dans le journal londonien populaire du soir à un demi-penny (1/2d.)., The Evening News, dont le tirage est un peu moindre.. Ainsi, il est possible de lire sous son nom de plume Warren Foster, le , un article titré . Dans celui-ci, rappelant le silence observé par le peuple et l'arrêt des trains lors des funérailles d', il préconise que les Anglais observent un silence de cinq minutes afin de commémorer les morts de la Grande Guerre.

Proposition de FitzPatrick vignette|alt=Carte postale. Cliché noir/blanc. Vaste carrefour. Foule immobile regard vers balcon. Militaire saluant. Véhicules stop.|.Adderley Street. .

Sir James Percy FitzPatrick est un romancier, financier et homme politique sud-africain dont le fils aîné est tué au front le alors qu'il sert dans la batterie du major Brydon. Il a présent à l'esprit les silences observés en 1916 dans son église au Cap à l'initiative d'un paroissien, John Albert Eagar. Ces silences, après les listes des tués à l'ennemi, commémorent l'hécatombe des ressortissants sud-africains lors de la bataille de la Somme. Le maire du Cap, Harry Hands, perd lui-même son fils aîné le qui appartient aussi à cette batterie. Alors Robert Rutherford Brydone, conseiller municipal, lui suggère qu'une période de silence soit instaurée en souvenir des victimes tombées en France. Après une séance du conseil municipal, Hands préconise dans le Cape Times du une période de silence de trois minutes tête baissée avec arrêt de toute activité pour honorer tous ces morts... Le , le début de cette pause est marqué par un coup du situé sur Signal Hill. Le jour même, alors qu'un lecteur s'est plaint au Cape Argus d'un manque de respect lors de la pause, pour garder l'adhésion de la population, écoulée il arrête dans The Cape Argus une durée de deux minutes... Au coup de canon s'adjoint un clairon debout sur le balcon du Fletcher and Cartwright's Building qui sonne le . Une fois les deux minutes écoulées, retentit la sonnerie . The Press, quotidien néo-zélandais, reprend le récit déjà paru dans The Cape d'Alfred Daniel Donovan, journaliste et témoin oculaire.. Du fait de la signature de l'armistice, cette commémoration de guerre quotidienne devient une commémoration mémorielle. À cet effet est organisée une cérémonie le ... Ces suspensions se renouvellent jusqu'au ....., date à laquelle le maire Thorne, en compagnie de l'ex-maire Harry Hands, met un terme au geste depuis le balcon..

FitzPatrick, venu depuis Le Cap à Londres pour ses affaires, écrit à Lord Northcliffe, patron de presse, pour lui soumettre l'idée d'une pause silencieuse à travers tout l'Empire britannique. Wickham Steed rédacteur en chef du Times lui répond que cela est .. Ceci l'incite à adresser un mémorandum intitulé . à Lord Milner, alors secrétaire d'État aux Colonies. Il le connait depuis 1898 à la suite d'une première rencontre au Cap. Ce mémorandum suggère une commémoration silencieuse des soldats morts, dans tout l'Empire britannique. Il prend pour exemple le silence de trois minutes observé au Cap et rappelle qu'aucune organisation spécifique n'est nécessaire. Après quelques semaines Lord Milner le transmet, avec un mot daté du , à Lord Stamfordham, secrétaire particulier du monarque.. Dans une missive datée du , le roi appuie fermement la proposition de FitzPatrick. Ainsi, le , Maurice Hankey, secrétaire du Cabinet, indique une présentation le lendemain par Lord Milner.. Le Cabinet l'adopte finalement le en indiquant que trois minutes sont trop longues et qu'il préconise au Roi une minute en prenant pour antécédent la pause proposée pour les funérailles de Theodore Roosevelt. (alors non réalisée). Lord Curzon, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, qui doit déjeuner le lendemain avec , est chargé de lui faire part de cette décision.

Instauration par vignette|alt=Photo pour une d'un journal noir et blanc. Foule autour d'un monument gardé par soldats têtes baissées.|. .

Selon The Argus de 1924, Lord Balfour, alors lord président du Conseil, a l'initiative de la réduction de temps.. Millie Honey, épouse de George Honey, indique en 1961 que des essais sont menés par des hauts fonctionnaires et des militaires, et plus précisément l'Armée australienne rapporte entre 2013 et 2018 que les Grenadier Guards au palais de Buckingham sont sollicités en présence d'Honey et de FitzPatrick (sans pour autant que l'on puisse affirmer que le second connaissait l'article du premier).. indique en 2009 une discussion entre le Roi et Lord Stamfordham.. La durée est ramenée à deux minutes..