Lady Tartuffe est une pièce de théâtre de Delphine de Girardin créée en 1853 et jouée pour la première fois le 10 février de la même année à la Comédie-Française.
Lady Tartuffe est une comédie en cinq actes rédigée en prose par la dramaturge Delphine de Girardin. La pièce est jouée pour la première fois à la Comédie-Française le 10 février 1853. Six ans auparavant, la dramaturge crée Cléopâtre, qui connaît un certain succès en faisant l'objet d'une quinzaine de représentations. Puis, les évènements révolutionnaires de 1848 suspendent les activités de la dramaturge. Cette pause est cependant de courte durée, puisque dès 1853, Delphine de Girardin marque son retour avec Lady Tartuffe en tant que deuxième pièce créée depuis la reprise de ses activités précédée par la comédie en un acte et en vers intitulée, C'est la faute du mari (1851). Présent d'emblée dans son titre, la pièce emprunte explicitement certains codes théâtraux au Tartuffe de Molière, dont la première représentation remonte à 1664.
Processus de création
Circonstances d'écriture Un an avant que Lady Tartuffe soit jouée pour la première fois, un autre personnage féminin occupe le devant de la scène au théâtre. Il s'agit de Marguerite Gautier, héroïne du roman d'Alexandre Dumas intitulé La Dame aux camélias. L'adaptation théâtrale de cet ouvrage connaît un franc succès et modèle la vie théâtrale du début du Second Empire. Si le personnage de Marguerite Gautier représente une courtisane noble, animée par un amour pur, celui de Lady Tartuffe lui est en tout point opposé. Madame de Blossac apparaît en femme du monde, essayant tant bien que mal de masquer les secrets de son passé. Pourtant, comme l'écrit le chercheur Sylvain Ledda, les deux œuvres offrent des points de recoupement, car elles tendent toutes deux « un miroir au public et l'invitent à s'interroger sur la condition des femmes au milieu du ».
Parmi ses inspirations pour la rédaction de la pièce, Delphine de Girardin puise directement dans son expérience de la vie mondaine parisienne. Déjà familiarisée avec les salons depuis sa jeunesse par le biais de celui tenu par sa mère, elle tiendra elle-même un salon à Paris à partir de 1842. Celui-ci représente alors « un lieu d'observation où elle enregistre l'air du temps et nourrit sa création littéraire des échanges mondains qu'elle pratique ». Le projet dramatique de Delphine de Girardin est d'emblée salué par Victor Hugo. Dans une lettre qu'il lui adresse depuis Guernesey, l'écrivain s'exprime ainsi . Victor Hugo comprend que le projet de Delphine de Girardin est moins de répliquer Tartuffe que de créer une œuvre personnelle, tout en s'inspirant de la pièce de Molière. Il poursuit sa lettre par cette invitation : « Mais venez donc à Jersey me lire cette œuvre où vous mettrez tant de choses qui ne sont qu'à vous ».
Delphine de Girardin et les acteurs Certaines informations concernant les répétitions de la pièce avec les acteurs sont accessibles dans l'ouvrage d'un des premiers biographes de Delphine de Girardin, Arthur Léon Imbert de Saint-Amand. Celui-ci évoque les circonstances des répétitions de la pièce dans lesquelles la dramaturge adapte certaines séquences en fonction du jeu des acteurs :La meilleure leçon pour les acteurs, c'était de l'entendre. Elle disait à merveille, et aucun professeur de déclamation n'aurait donné meilleurs conseils. Il y avait en elle tant de sève, tant de richesse d'imagination, tant d'abondance d'idées, qu'on disait que chacune de ses pièces en contenait toujours deux au moins. À chaque répétition de Lady Tartuffe, on coupait tantôt une scène, tantôt une tirade. « Ah ! s'écriait un homme d'esprit, combien d'auteurs seraient heureux d'avoir ces rognures-là! ».Il est aussi intéressant de constater que Delphine de Girardin a adapté la physionomie de Lady Tartuffe en pensant à son actrice, Rachel Félix. Dès le début de l'acte I, les didascalies renseignent sur la minceur de madame de Blossac et font directement écho à la finesse de Rachel Félix, souvent explicitée par les critiques de théâtre. « (Elle continue à lisser ses cheveux ; elle regarde ses ongles et dispose les plis de sa robe de manière à faire voir la finesse de sa taille (...)». Delphine de Girardin a également veillé à créer une pièce pouvant mettre à profit les talents d'actrice de Rachel Félix. Le registre n'est pas exclusivement comique, mais emprunte parfois au tragique. Rachel Félix est une actrice déjà célèbre lorsqu'elle incarne le rôle de Lady Tartuffe et Delphine de Girardin connaît les talents de Rachel. La dramaturge a alors conscience que « Le public ne vient pas seulement au Français pour assister à la première d'une pièce de Delphine de Girardin : il se déplace pour entendre Rachel, pour découvrir la manière dont elle s'approprie le genre de la comédie ».
Intrigue La scène se passe à Paris, en 1851.
Acte I Le rideau s'ouvre sur la protagoniste seule. Madame de Blossac se regarde dans la glace et se plaint de sa coiffure réalisée par madame Bethollet, sa demoiselle de chambre.
Par la bouche du baron des Tourbières, nous apprenons que Madame de Blossac cache un lourd secret du passé. Un jour, se pensant à l'abri des regards, elle avait donné rendez-vous à son amant, Arthur, dans le pavillon de Redcastle, situé en Écosse. Très vite, des chasseurs se sont fait entendre. Pris de panique, Arthur saute alors par la fenêtre, et trouve la mort en actionnant son fusil par erreur. Lady Tartuffe avoue ensuite son amour pour Hector de Renneville dans un monologue expliquant qu'Arthur ne serait pas décédé si son ami avait voulu l'entendre. De cet évènement, découle la mise en place d'un contexte hypocrite. Virginie de Blossac s'invente un statut de femme veuve, dévote et vertueuse. Il importe de préciser qu'être veuve dans ce contexte relève d'un statut tout à fait honorable par rapport à celui de demoiselle. Puis le désir de conquérir le maréchal est évoqué, car la protagoniste envie la position sociale, ainsi que la fortune de ce dernier. Enfin, une rumeur dont Madame de Blossac est à l'origine circule, par la prise de parole de madame Duvernois ainsi que de madame Courtin. Une année auparavant, Jeanne aurait donné rendez-vous à un jeune homme malgré son jeune âge. Le plan de la calomnie est mis en place.
Acte II L'action se déroule dans un salon de l'hôtel du maréchal d'Estigny le même jour que l'acte précédent. Le maréchal et Jeanne discutent d'Hector de Renneville promis à cette dernière. La jeune fille introduit involontairement, par son innocence, le plan de séduction de Madame de Blossac en affirmant qu'elle ne cesse de parler du vieux Maréchal. Celle-ci le rejoint alors et entame une discussion à ses côtés. Des Tourbières apparaît ensuite seul aux côtés de Lady Tartuffe. Il discute de la volonté de cette dernière de perdre la jeune Jeanne. Face à la protagoniste, l'homme est contraint de se plier, étant donné sa redevance de envers elle. Puis, Hector raconte qu'il a connu une certaine demoiselle de Blossac en Écosse. Aussitôt, le baron le reprend en précisant qu'il s'agit aujourd'hui de Madame de Blossac et marque ainsi l'importance de son changement de statut. Le coup de scène retentit lorsque la lettre du père d'Hector est lue par le maréchal. L'idée est de mettre un terme au mariage avec pour raison la menace de déshonneur liée à la rumeur circulant à propos de Jeanne. La comtesse de Clairmont prend alors la lettre et s'informe des accusations portées envers sa fille. L'acte se termine par un aparté d'Hector de Renneville indiquant qu'il connait désormais les deux secrets de Lady Tartuffe. Il mentionne vouloir venger sa promise ainsi que son ami.
Acte III Le rideau s'ouvre à nouveau sur le décor du premier acte. Virginie de Blossac et sa femme de chambre sont présentes. Le bruit des intrigues de la promise se répand et les personnages en discutent. Virginie entame alors un jeu de séduction adressé au maréchal. En parallèle, Des Tourbières cherche à se libérer de sa charge financière en demandant la somme de sa dette à Hector. En échange, celui-ci devra l'aider à rendre sa légitimité à Jeanne. Dans la huitième scène, Virginie de Blossac passe à des aveux méthodiquement calculés en avouant les sentiments qu'elle porte à Hector de Renneville. De cette confidence, découle un nouveau jeu sentimental où Mademoiselle de Blossac se risque à une tentative de séduction de son interlocuteur. Ensuite, la protagoniste s'attaque à écarter celle qu'elle considère comme sa rivale. Elle tente de convaincre le maréchal de jouer de sa position afin de placer Jeanne dans un couvent. L'acte se termine sur une discussion animée quant à cette décision entre le maréchal et la comtesse de Clairmont, qui finit expulsée de la scène.
Acte IV Au début de cet acte, se déroulant le lendemain du précédent, la comtesse de Clairmont pleure et prie en compagnie d'un domestique. Puis, entrent en scène Jeanne, ainsi que le baron des Tourbières désormais libéré de sa dette. Le procès, tout autant que la quête de vérité qui concernent l'innocente Jeanne, débutent alors, Hector de Renneville s'y joignant. Enfin, apparaît pour la première et unique fois Léonard, le témoin à charge. Ce dernier entame une tirade déclarant ce dont il a été l'observateur. Son dialogue avec la comtesse révèle que Jeanne s'est bel et bien présentée à un homme comme le supposait l'accusation. Plus tard réapparait la jeune promise aux airs innocents, sa mère et Hector décident pour l'instant de lui cacher la vérité lorsqu'elles aperçoivent la comtesse attristée. Mais cela ne dure pas longtemps car les personnages finissent par s'interroger, discutant des dernières révélations. La situation s'éclaire alors par les paroles de Jeanne. Cette dernière assure avoir défendu un jeune homme de César, un chien, qu'il fallait faire taire afin d'éviter de réveiller la comtesse gravement souffrante. Grâce aux paroles de Jeanne, la vérité est faite sur l'affaire.
Acte V Le rideau s'ouvre sur un boudoir dans l'Hôtel de Wagram où se trouve l'appartement d'Hector de Renneville, présent pour la première scène.
Le baron des Tourbières entre et dévoile les informations qu'il a pu récolter lors de son enquête. Il apprend que Mademoiselle de Blossac est censée rendre visite à Hector et le prévient du danger que représente la parole de Virginie. Selon le baron, elle le mènera dans son piège. Le jeune homme semble convaincu du contraire et ne change pas d'avis quant à son rendez-vous. Vient ensuite Lady Tartuffe à la rencontre de l'homme portant ses sentiments. La protagoniste dévoile sa stratégie en affirmant sa connaissance du piège qui lui est tendu et malgré cela, elle décide tout de même d'honorer sa présence. Ses paroles parviennent à confondre Hector, l'hésitation prend place, le statut de Mademoiselle de Blossac est trouble : est-elle l'hypocrite, la femme fatale ou bien la victime ? Le maréchal, la comtesse ainsi que le baron des Tourbières entrent en scène. Le baron est annonciateur d'un véritable coup de théâtre en amenant un livre du registre de l'hôtel de France. Une partie de la vérité est alors accessible à tous. Mademoiselle de Blossac se dénonce et avoue être la voyageuse à qui Charles Valleray rendait visite avant de fuir par la fenêtre et de se faire surprendre plus tard par Jeanne, qui le libère de César. Par ces aveux, Lady Tartuffe tente de garder son honneur et de partir la tête haute, résolvant l'intrigue principale. L'acte se termine sur l'annonce du mariage entre les deux jeunes promis, constituant le dénouement de la seconde intrigue.
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