vignette|droite|250px|Localisation du Qatar (en vert) et de la Syrie (en orange).
Les relations entre le Qatar et la Syrie sont les relations bilatérales entretenues entre l'État du Qatar et la République arabe syrienne. Marquées par des phases successives de coopération, de rupture et de recomposition, elles reflètent les grandes dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient contemporain, notamment le Printemps arabe, la guerre civile syrienne et la chute du régime de Bachar al-Assad en .
Établissement des relations diplomatiques (1972–2003)
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Rapprochement et coopération (2003–2011)
En 2003, la visite de Bachar al-Assad à Doha marque le début d'un nouveau chapitre dans les relations bilatérales, caractérisé par le développement des échanges économiques, commerciaux et des investissements. Depuis 2005, des visites régulières de hauts responsables des deux pays se succèdent, et le Qatar investit dans plusieurs secteurs de l'économie syrienne : immobilier, finance et tourisme.
En , le président syrien Bachar al-Assad et l'émir du Qatar cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani expriment conjointement leur soutien aux efforts turcs pour une résolution diplomatique de la question du programme nucléaire iranien.
La guerre civile syrienne et le soutien qatari à l'opposition (2011–2019)
Rupture diplomatique et soutien aux rebelles
À partir de 2011, avec le déclenchement du Printemps arabe et de la guerre civile syrienne, le Qatar rompt avec le régime de Bachar al-Assad et ferme son ambassade à Damas. L'ambassade syrienne à Doha est remise au Conseil national syrien, organe représentant l'opposition.
Le Qatar devient l'un des principaux soutiens financiers et militaires des factions rebelles cherchant à renverser le régime d'Assad. Il fournit des armes, des munitions et des financements à diverses factions, à la fois laïques et islamistes, notamment via des organisations caritatives comme la Sheikh Eid bin Mohammad Al Thani Charitable Association, Qatar Charity et Alkarama. Le Qatar est décrit comme le principal bailleur de fonds des forces rebelles syriennes durant cette période.
Coordination avec la Turquie
Le Qatar et la Turquie forment un bloc commun dans le conflit syrien et soutiennent les mêmes groupes rebelles, dont des organisations islamistes comme Hayat Tahrir al-Cham (anciennement Front al-Nosra), le Front islamique syrien, Ahrar al-Cham et Jaysh al-Islam. Les deux pays participent à l'opération couverte de la CIA dite Timber Sycamore visant à entraîner et armer des rebelles syriens. Le Qatar participe également à la formation de combattants rebelles via le centre de commandement conjoint turc MOM (Müşterek Operasyon Merkezi).
L'affaire de la rançon (2017)
En , 26 otages qatariens, dont des membres de la famille royale, retenus en Irak sont libérés dans le cadre d'un accord plus large négocié par le Qatar et l'Iran, incluant l'évacuation de localités assiégées en Syrie : Zabadani, Madaya, Foua et Kafraya. Selon le Financial Times, la rançon versée s'élèverait à environ un milliard de dollars, dont une partie versée au groupe Hayat Tahrir al-Cham, lié à Al-Qaïda, et une autre à l'Iran. Cette transaction est citée comme l'une des causes de la crise diplomatique du Qatar déclenchée en , durant laquelle l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte rompent leurs relations avec Doha (Crise diplomatique du Qatar).
La question de la Ligue arabe
En , la Syrie est réintégrée à la Ligue arabe. Le Qatar, dont le ministre des Affaires étrangères avait déclaré que les raisons de la suspension syrienne « existaient toujours », ne s'oppose pas formellement au retour de Damas mais exprime des réserves. En , Doha s'engage à verser 75 millions de dollars en aide humanitaire pour la Syrie.
Aide humanitaire et reconstruction partielle (2023–2024)
En , le Qatar Fund for Development (QFFD), en coopération avec l'agence turque AFAD, annonce un projet de construction d'une ville dans le nord de la Syrie destinée à accueillir 70 000 Syriens déplacés, à la suite du séisme de 2023 en Turquie et en Syrie. En , Qatar Charity réhabilite la station hydraulique de Bablit dans le nord de la Syrie.
Normalisation après la chute d'Assad (depuis décembre 2024)
Réouverture de l'ambassade
Le , le régime de Bachar al-Assad s'effondre sous l'offensive menée par Hayat Tahrir al-Cham (HTC) et les factions alliées. Le Qatar, dont les liens avec ces groupes remontent à la guerre civile, est l'un des premiers pays à réagir positivement au changement de régime. Le , Doha annonce la réouverture imminente de son ambassade à Damas, la décrivant comme une mesure visant à « renforcer les relations fraternelles » et à faciliter l'aide humanitaire.
Le , le Qatar rouvre officiellement son ambassade à Damas, devenant le second pays après la Turquie à le faire. Une semaine plus tard, le ministre d'État qatari aux Affaires étrangères Mohammed Al-Khulaifi rencontre à Damas Ahmed al-Charaa, nouveau dirigeant syrien de facto, marquant le premier vol qatari officiel vers la capitale syrienne depuis la chute d'Assad.
Diplomatie et reconstruction
Le , le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani se rend au Qatar pour une visite officielle. Le , l'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani se rend à Damas, devenant le premier chef d'État à effectuer une visite officielle en Syrie depuis la chute du régime Assad. Lors de cet entretien, l'émir appelle à la formation urgente d'un gouvernement « représentant toutes les composantes » de la société syrienne afin de « consolider la stabilité et avancer dans les projets de reconstruction et de développement ».
Le Qatar plaide activement pour la levée des sanctions internationales imposées à la Syrie et s'engage à soutenir le pays dans ses domaines des infrastructures et de l'électricité.
En , plusieurs sources rapportent qu'un accord a été conclu par lequel les États-Unis acceptent que le Qatar finance le secteur public syrien et prenne en charge le paiement des salaires des fonctionnaires.
Enjeux et perspectives
Le rapprochement qataro-syrien post-Assad s'inscrit dans une recomposition géopolitique régionale profonde. Pour Doha, qui avait soutenu l'opposition syrienne pendant plus d'une décennie, la normalisation avec les nouvelles autorités de Damas représente une cohérence stratégique : les groupes qu'il avait financés sont désormais au pouvoir. Le Qatar se positionne ainsi comme un acteur incontournable de la reconstruction syrienne, estimée à environ 216 milliards de dollars par la Banque mondiale.
Cette influence qatarie en Syrie s'exerce en parallèle d'une rivalité persistante avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui cherchent eux aussi à s'imposer comme partenaires privilégiés du nouveau régime syrien.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Politique étrangère du Qatar Guerre civile syrienne Crise diplomatique du Qatar Hayat Tahrir al-Cham Ahmed al-Charaa Printemps arabe Ligue arabe
Liens externes Qatar–Syria relations — Wikipedia (anglophone) Aux origines de la crise du Qatar — Les Clés du Moyen-Orient Le Qatar et la diplomatie de la résilience — CEGESMO
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