L'histoire de Toulouse de l'An Mil à la croisade des Albigeois s'étend de la fin du au début du .

L'essor urbain des Le développement des campagnes dans le Toulousain La croissance urbaine de Toulouse repose d'abord sur le développement des campagnes entre les . En effet, la ville vit d'abord de sa campagne et de la collecte des produits de la terrePradalié 2002, .. Ainsi, les monastères toulousains accumulent en ville le produit des terres qu'elle possèdePradalié 2002, .. L'aristocratie laïque reçoit également le produit de ses terres, comme le font Guillaume de Bruguières et Pons de CapdenierPradalié 2002, .. Les milieux populaires entretiennent également des liens étroits avec les campagnes qui entourent la ville : nombreux sont les petits propriétaires, fermiers, laboureurs ou simples brassiers qui résident en ville. À l'est de la ville, le vignoble se développe sur les pentes de la butte du Calvinet, autour des hameaux de Guilheméry et de Montaudran.

Elle s'appuie sur la vague de défrichements, qui a probablement commencé dès le , à l'époque carolingiennePradalié 2002, .. Ainsi, le vignoble de Fronton est déjà en place au début du , quand le village est donné aux Hospitaliers. La forêt d'Agre, entre Garonne et Tarn, recule, notamment sous l'action d'ordres religieux : La Ville-Dieu-du-Temple et son vignoble sont une création d'une nouvelle commanderie templière vers 1144. Au nord-ouest de Toulouse, ce sont les cisterciens de l'abbaye de Grandselve qui font reculer la forêt. Au sud, ce sont les mêmes religieux de l'abbaye de Boulbonne.

Les défrichements sont nombreux autour du territoire de Toulouse même. Les actes de défrichements existent dans la vallée de l'Hers, au nord de Toulouse, en particulier à Gratentour, Saint-Sauveur et Castelginest. Au sud, l'abbaye Saint-Sernin fonde en 1124 une sauveté à Pins-Justaret, à charge pour les habitants de défricher les terres. Les villages ecclésiaux, où l'habitat se regroupe autour de l'église et protégés, sont nombreux autour de Toulouse, tels que Sainte-Foy-de-Peyrolières, fondée en 1050, Gémil, Deyme et RoumensPradalié 2002, .. Il existe également de nombreux castelnaux, villages groupés et fortifiés autour d'un château – généralement de simples édifices en bois construits sur des mottes de terre et entourés de fossés –, tels que Castelginest, Castelmaurou et Cornebarrieu.

La croissance démographique Entre les , la population de Toulouse s'accroît fortement : elle double, probablement, passant de à , voire en 1335. Cette forte croissance démographique est due, non seulement à l'accroissement naturel, mais surtout à une importante immigration d'origine ruralePradalié 2002, .. L'attraction de Toulouse s'exerce dans un rayon d'une quarantaine de kilomètres autour de la ville, particulièrement le long des vallées de la Garonne et de l'Hers, et dans le Lauragais jusqu'à CarcassonnePradalié 2002, .. Cette immigration n'est d'ailleurs pas uniquement d'origine populaire, mais concerne aussi les classes de marchands, voire les élites aristocratiques.

La société toulousaine Le servage semble largement répandu à Toulouse. Il existe aussi bien des serfs ruraux que des serfs urbains. On connaît deux serfs, en 1204, travaillant l'hiver à Toulouse pour fabriquer des outres et qui retournent auprès de leur maître, en été, pour travailler aux champs autour de Verfeil. Il existe donc, en ville, des serfs artisans et, surtout, des serfs domestiques.

Le développement économique L'agriculture et l'élevage fournissent également les matières premières à l'artisanat et à l'industrie. Le blé est porté dans les nombreux moulins qui s'établissent le long de la Garonne. Il existe également de nombreux tanneurs, blanchers et savetiers qui travaillent les peaux et les cuirs.

Le trafic commercial aux portes de la ville alimente est soumis aux taxes seigneuriales. Progressivement, les habitants de Toulouse obtiennent la réduction, voire la disparition de ces taxes. En 1130, lorsque le comte Alfonse Jourdain crée une sauveté au sud de la ville, autour du château Narbonnais, il renonce à toute taxe sur le blé et sur le vin. En 1141, il étend l'exemption sur le vin à l'ensemble des habitants de la ville. En 1148, plusieurs seigneurs renoncent aux droits qu'ils prélèvent sur les peaux vendues aux tanneurs toulousains.

Les transformations du paysage urbain La ville de Toulouse a l'aspect d'un gros bourg rural. L'habitat s'organise principalement autour de casaux : des parcelles constituées d'une maison et de ses dépendances, limitées par une clôture ou un fossé. Les jardins possèdent parfois des cultures, des vergers, des puitsPradalié 2002, .. Il existe également des espaces libres, voire de véritables prés, comme le pré Montardy, au nord de la cité (emplacement de l'actuelle rue Montardy). Les maisons n'ont généralement pas d'étage et sont bâties avec des matériaux sommaires : la brique crue et le bois sont largement utilisésPradalié 2002, .. Cet ensemble de maisons basses est dominée par les maisons que se font construire l'aristocratie urbaine.

L'émergence du pouvoir municipal La ville des comtes

En 1123, alors qu'il est assiégé dans la ville d'Orange par Bérenger Raimond, le comte de Provence, Alfonse Jourdain est libéré par la milice toulousaine, qui lui permet de s'échapper et l'escorte jusqu'à ToulousePradalié 2019, p. 222.. Le comte mène d'ailleurs une politique d'apaisement et de rapprochement entre la cité et le bourg, afin d'unir la population – et particulièrement les élites urbaines – face au danger aquitain. Il mène ainsi, vis-à-vis d'eux, une politique de générosités : en 1127, il restitue à l'abbaye de Saint-Sernin les biens qui avaient été confisqués par BertrandPradalié 2019, p. 223.. Il se rapproche également des familles chevaleresques du bourg : on le voir, en 1130, tenir un plaid entouré d'une vingtaine de ses vassaux, dont cinq chevaliers du bourg. C'est également vers 1125 qu'il accorde au prieuré de la Daurade l'autorisation de faire bâtir un nouveau pont sur la Garonne.

En 1141, une expédition militaire est menée par Aliénor, duchesse d'Aquitaine et reine de France, depuis qu'elle a épousé le roi capétien, Louis VII. L'opération est un échec, mais face à cette nouvelle menace, Alfonse Jourdain cherche à sécuriser le nord de ses domaines par la fondation en 1144 de Montauban, près de l'abbaye de Montauriol, sur une colline qui permet de contrôler la circulation dans la vallée du Tarn.

La naissance du consulat

La « république toulousaine »

La question religieuse La réforme grégorienne Dès le milieu du , Toulouse connaît précocement les effets de la réforme grégoriennePradalié 2002, ., vaste réforme aux implications religieuses et sociales profondes, qui affirme d'abord l'indépendance de l'Église vis-à-vis des pouvoirs laïcs – qui s'immiscaient dans la nomination des responsables du clergé et avaient la main sur les revenus des églises. Elle promeut également une réforme morale du clergé, par l'amélioration de son instruction et la répression de certains comportements, tels que la simonie et le nicolaïsme. Enfin, elle est soutenue par l'ordre de Cluny.

En 1056 se tient à Toulouse un concile, présidé par l'archevêque d'Arles, Raimbaud de Reillanne : il promulgue, pour la première fois dans le Midi de la France, des canons contre la simonie et le nicolaïsme, l'aliénation des dîmes, l'adultère et l'inceste. En 1060, un nouveau concile, présidé par Hugues de Cluny, abbé de Cluny et légat du pape, condamne également les faits de simonie. En 1075, un concile, présidé par Hugues, évêque de Die et légat du pape, excommunie et destitue pour simonie l'évêque d'Albi, Frotard.

Dans la ville, la réforme est en particulier soutenue par des évêques réformateurs car, depuis 1057, le comte de Toulouse, Guillaume IV, a renoncé à les nommer lui-même. Durand de Bredon, évêque de 1057 à 1071, puis son successeur, Isarn de Lavaur, évêque de 1071 à 1105, s'en font les promoteurs. Le premier, d'ailleurs, est également abbé de Saint-Pierre de Moissac, rattaché à Cluny depuis 1048. La réforme touche progressivement les églises toulousaines : Saint-Pierre-des-Cuisines et la Daurade sont confiées à Moissac. Saint-Étienne et Saint-Sernin, les chanoines s'organisent en chapitres réformés.

Enfin, l'Église toulousaine s'efforce de récupérer les propriétés et les dîmes usurpées par des laïcs. Le mouvement de restitution s'accélère à parti du milieu du Pradalié 2002, ..

L'encadrement religieux au L'encadrement paroissial se met véritablement en place au milieu du . La paroisse, subdivision d'un diocèse, occupe une place centrale dans la vie religieuse des fidèles, car elle est pour eux le lieu de culte et de célébration des messes, ainsi que de l'administration des sacrements. Mais la paroisse est aussi le cadre de l'action du clergé dans sa dimension charitable, dans la distribution des secours aux malades ou aux plus faibles. L'encadrement paroissial est enfin lié à la question du partage des dîmes.

À Toulouse, la cité compte deux paroisses : Saint-Étienne, à l'est, et la Daurade, tandis que le bourg est partagé entre Saint-Sernin et Saint-Pierre-des-Cuisines.

La vigueur de la vie religieuse est attestée par les constructions romanes.

Il existe également de nombreuses institutions charitables : en 1213, on compte douze hôpitaux et léproseries dans la ville ou dans ses faubourgs. La foule se presse également lors des processions religieuses.

Le catharisme Toulouse, capitale de l'hérésie ?

La question de l'origine du catharisme, hérésie ou mouvement évangélique, est discutée. Son histoire est en tout cas liée à celle de Toulouse, dès les origines semble-t-il. Ainsi, en 1163, les rédacteurs des canons du concile de Tours, rappellent que : Pradalié 2002, ..

Ce mouvement religieux se nourrit de la critique du clergé. Ce sont en particulier les reproches qui portent sur la recherche des richesses, alors que la réforme grégorienne a permis à l'Église toulousaine d'être rendue dans ses droits. Le catharisme recrute d'ailleurs principalement dans l'aristocratie. Il est remarquable, ainsi, que Pierre Maurand, , condamné en 1179, obtienne la réconciliation après avoir rendu à l'abbaye de Saint-Sernin les dîmes qu'il a usurpées.

Enfin, il existe une proximité réelle entre les cathares et les cadres de l'Église toulousaine, qui appartiennent au même milieu aristocratique.

La réaction du clergé Le clergé catholique, face au développement de mouvements qu'il considère comme hérétiques, mène d'abord une action qui repose d'abord sur l'organisation de missions de prédication, qui réunissent des prédicateurs et des intellectuels issus des clergés séculier et régulier – d'abord de l'ordre de Cluny, puis des Cisterciens. En 1138, l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, dénonce les activités d'un prédicateur hérétique, Henri, dans la ville de Toulouse et dans les campagnes voisinesPradalié 2002, .. En 1145, Bernard, abbé de Clairvaux, accompagne dans le Midi de la France Albéric d'Ostie, légat du pape Eugène III, et Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, afin de prêcher contre l'hérésie : il se rend à Poitiers, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors, Albi, Verfeil et Toulouse, mais il n'obtient que peu de succèsPradalié 2002, ..