L'Association des Promoteurs des Radios Privées du Niger, couramment désignée par son sigle APRPN, est une organisation professionnelle nigérienne regroupant les propriétaires et promoteurs de stations de radio privées au Niger. Elle est l'un des acteurs institutionnels du paysage médiatique nigérien, aux côtés d'autres structures professionnelles telles que la Maison de la Presse, la Coordination Nationale des Radios Communautaires (CN-RACOM) et l'Union Nationale des Éditeurs de la Presse (UNEP). Son action vise à défendre les intérêts économiques, professionnels et juridiques des radios privées commerciales du pays dans un environnement médiatique marqué par une fragilité structurelle persistante.
Création Jusqu'à l'aube des années 1990, le paysage médiatique du Niger est exclusivement dominé par l'État. De 1960 à 1990, la presse demeure l'apanage du pouvoir public, et « le monolithisme qui la caractérisait, tant sous les régimes de parti unique que sous les régimes d'exception, n'a pratiquement pas souffert d'exception ». L'Office de Radiodiffusion et Télévision du Niger (ORTN), institution publique, détenait le monopole de toute émission radiophonique ou télévisée sur le territoire national.
Le tournant survient le 15 novembre 1990, lorsque le général Ali Saïbou, sous la pression populaire, annonce l'adoption par le Niger du multipartisme et de la démocratie. Ce basculement politique ouvre simultanément la voie à une pluralité médiatique jusqu'alors inédite. L'ordonnance n°93-031 du 30 mars 1993, portant régime de la communication audiovisuelle, consacre officiellement la libéralisation du secteur et détermine les modalités de création des entreprises de presse audiovisuelle privées.
Cette réforme constitue l'acte fondateur qui rend possible l'émergence des radios privées au Niger. La première radio privée du pays, connue sous le nom de R&M, est lancée en 1994, soit à peine un an après l'adoption du cadre juridique libéralisateur. Elle ouvre la voie à une multiplication progressive des opérateurs privés dans le secteur audiovisuel, que l'APRPN a vocation à représenter et défendre.
Missions de l'APRPN L'APRPN est une association de propriétaires de stations de radio dont l'objectif est d'améliorer les conditions d'existence des radios privées au Niger. Elle joue ainsi un rôle de vigie institutionnelle, et se positionne comme un interlocuteur collectif face aux pouvoirs publics et aux autorités de régulation.
L'APRPN est reconnue comme membre de la Maison de la Presse du Niger, structure faîtière qui fédère l'ensemble des organisations professionnelles des médias. La Maison de la Presse du Niger regroupe notamment l'APRPN, la Coordination Nationale des Radios Communautaires (CN/RACOM), le Réseau des Journalistes pour les Droits de l'Homme (RJDH), le Syndicat des Agents de l'Information (SAINFO), le Syndicat des Travailleurs de la Presse (SYNTRAPRESS), l'Union des Journalistes Privés Nigériens (UJPN) et plusieurs autres syndicats et associations.
L'association participe également à des partenariats avec des acteurs internationaux intervenant dans le soutien aux médias. Le projet Studio Kalangou, initiative de la Fondation Hirondelle qui diffuse des programmes radiophoniques dans cinq langues à travers le Niger, est notamment né d'un partenariat impliquant la Fondation Hirondelle, le Réseau des Radios Communautaires (RACOM) et l'Association des Promoteurs de Radios et Télévisions Privées du Niger (APRTPN), organisation sœur de l'APRPN dont le champ d'action s'est progressivement élargi à l'audiovisuel privé dans son ensemble.
Actions de l'APRPN et dialogue avec les pouvoirs publics Le 7 février 2023, le président de la République Mohamed Bazoum reçoit à son cabinet une délégation du Réseau des Radios et Télévisions indépendants du Niger, conduite par son président Ali Idrissa, pour échanger autour de questions qui préoccupent le monde des médias. Une telle rencontre avait permis de faire le tour des difficultés auxquelles font face les médias nigériens, dont l'accès inéquitable à la publicité, le régime fiscal insoutenable, et la gestion insuffisante du fonds d'aide à la presse.
Le 28 août 2024, le Premier ministre du Niger, M. Ali Lamine Zeine, rencontre les représentants de l'Association des Promoteurs des Radios et Télés Privées ainsi que les éditeurs de la presse indépendante. Lors de cette réunion, le président de l'association, M. Ali Idrissa, exprime les préoccupations des médias privés concernant leurs conditions de travail depuis les événements du 26 juillet 2023. Les discussions portent sur plusieurs sujets, notamment les difficultés financières des médias, les redressements fiscaux de 2018, et la détention de certains journalistes.
Le Premier ministre du Niger promet de former un comité pour examiner ces préoccupations et envisager un soutien accru, notamment par le biais du fonds d'aide à la presse et la révision du régime fiscal applicable aux médias privés.
Coup d'État de juillet 2023 Le coup d'État militaire du 26 juillet 2023, par lequel le général Abdourahamane Tchiani renverse le président Mohamed Bazoum, plonge l'ensemble du secteur des médias privés nigériens dans une crise sans précédent. Depuis le coup d'État militaire de juillet 2023, les organisations de médias et les journalistes au Niger font face à des difficultés, notamment des intimidations, des menaces de violence et une surveillance gouvernementale. Le 3 août, la junte suspend pour une durée indéfinie les chaînes d'information internationales Radio France Internationale (RFI) et France 24.
Depuis le coup d'État du 26 juillet 2023, la liberté de la presse est entravée et les journalistes pratiquent l'autocensure par crainte d'intimidations et de représailles.
Le mercredi 31 janvier 2024, le ministre de l'Intérieur du Niger décide de suspendre les activités de la Maison de la Presse, une organisation de médias indépendante. Le décret ministériel annonce également la création d'un nouveau comité de gestion de l'organisation des médias, dirigé par le secrétaire général du ministère de l'Intérieur. Cette décision, prise en janvier 2024, affecte directement l'APRPN dont la Maison de la Presse constitue le cadre faîtier de représentation collective.
Le général Abdourahamane Tiani, au pouvoir depuis le coup d'État de juillet 2023, durcit par ordonnance la loi adoptée en 2019 sur la cybercriminalité, suscitant les inquiétudes des organisations de défense de la liberté de la presse. Le chef de l'État nigérien réintroduit des peines d'emprisonnement d'un à trois ans et des amendes pouvant atteindre 5 millions de FCFA pour diffamation et insulte via les moyens de communication électronique. Ces mesures constituent des contraintes supplémentaires pour l'ensemble des médias privés, dont les radios membres de l'APRPN.
Défis des radios privées nigériennes Les membres de l'APRPN évoluent dans un environnement économique particulièrement difficile. Les médias publics bénéficient du soutien de l'État, tandis que les organes privés souffrent d'une grande précarité économique.
L'État nigérien met en place un mécanisme de soutien financier aux médias privés, le fonds d'aide à la presse, géré par le Conseil Supérieur de la Communication (CSC). Entre 2007 et 2022, l'État du Niger octroie régulièrement ce fonds, et sur 16 médias rencontrés lors d'une étude en 2025, neuf en bénéficient plusieurs fois, notamment Aïr Info, Canal 3, Canard Déchainé, Dallol, Garkuwa, Gaskiya, Niger 24, Labari et Niyya.
Toutefois, les promoteurs de médias privés jugent ce soutien insuffisant et parfois mal réparti. La perte de revenus, due au manque d'annonceurs et aux faibles ventes, ainsi que les coûts d'impression élevés et le développement des réseaux sociaux, menacent la survie des journaux. Les radios privées et les radios associatives ne disposent pas de ressources humaines et financières suffisantes pour supporter les coûts liés à la modernisation de leurs équipements de diffusion.
L'aide de l'État à la presse au Niger reste dérisoire comparée à certains pays de la sous-région. En Côte d'Ivoire, elle atteint plus d'un milliard de FCFA ; au Burkina Faso et au Sénégal, elle avoisine les 700 millions de FCFA ; au Mali, 600 millions de FCFA.
Paysage des radios privées au Niger Le paysage médiatique nigérien s'enrichit progressivement de la création de plusieurs médias de tous types et de toutes natures couvrant pratiquement tout le territoire national. Ce paysage est aujourd'hui riche d'environ 200 radios (dont 170 radios communautaires et une trentaine de radios commerciales), 17 chaînes de télévision, plus de 130 titres de journaux et plus de 20 médias en ligne.
En 2022, le Niger comptait 67 stations de radio privées, 198 radios communautaires ou associatives, 15 chaînes de télévision privées et 16 sites d'information. Les radios privées commerciales, qui constituent le public cible de l'APRPN, exercent une influence notable dans la diffusion de l'information, notamment dans les zones périurbaines et rurales.
Références
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