Les élections législatives israéliennes de 2026 auront lieu le en Israël pour renouveler les de la Knesset.
Elles surviendront dans le contexte d'une extrême instabilité politique au Moyen-Orient, marquée par la guerre de Gaza mais aussi celle d'Iran. Ces bouleversements géopolitiques provoquent une profonde transformation du paysage politique israélien. De plus, ce sont les premières élections depuis le massacre du 7 octobre 2023.
La législature sortante étant appelée à aller jusqu’au terme de son mandat (une première depuis quarante ans) et les élections étant déjà fixées par la loi au 27 octobre, sans qu’il soit envisagé d’écourter le mandat de la Knesset, il n’est pas nécessaire d’adopter une « loi de dissolution » de la Knesset.
Contexte Les élections législatives de 2022 voient le Likoud arrivé en tête avec 32 sièges. Celui-ci constitue une coalition avec plusieurs partis d’extrême droite (dont Force juive d’Itamar Ben-Gvir et le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich, qui représentaient 14 sièges au total) et d’ultraorthodoxes. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou est officiellement formé en décembre 2022.
Le , le président de la Commission électorale centrale d'Israël, le juge de la Cour suprême d'Israël Noam Sohlberg fixe la date limite pour la tenue de nouvelles élections au .
Le , l'attaque du Hamas contre Israël marque le début de la guerre de Gaza, qui s'étend ensuite, en 2024, 2025 et 2026 à d'autres pays du Moyen-Orient. Israël a ainsi mené une guerre contre le Liban, occupant une partie de son territoire, deux guerres contre l'Iran (en 2025 puis en 2026), intensifié la colonisation de la Cisjordanie et occupé près de 70 % de la bande de Gaza, déclenché des campagnes de bombardements aériens sur le Yémen et la Syrie, élargissant également sa zone d'occupation en Syrie. Israël a par ailleurs mené des frappes occasionnelles sur l'Irak et le Qatar, portant à sept le nombre de pays frappés par l'armée israélienne depuis 2023.
Le conflit transforme les dynamiques politiques israéliennes, avec la radicalisation du gouvernement Netanyahou VI et d'une grande partie du paysage politique israélien vers la droite.
Le , la Knesset fixe la date des élections au ..
Mode de scrutin vignette|Bâtiment de la Knesset à Jérusalem. Israël est doté d'un parlement unicaméral, la Knesset, dont les sont pourvus tous les quatre ans, au plus tard le troisième mardi du mois hébraïque de heshvan, au scrutin proportionnel plurinominal avec listes bloquées et seuil électoral de 3,25 % dans une seule circonscription nationale. Après décompte des voix, les sièges sont répartis à la proportionnelle aux candidats de tous les partis ayant franchi ce seuil, une première fois sur la base du quotient simple, puis pour les sièges restants selon la méthode de la plus forte moyenne, connue en Israël sous le nom de ..
La loi électorale prévoit cependant la possibilité pour deux partis de signer un accord d'apparentement avant les élections, ce qui leur permet alors d'augmenter leur chance de se voir attribuer un siège lors du calcul de la répartition des sièges restants..
Forces en présence Le tableau ci-dessous présente les principaux partis ou coalitions en lice pour le scrutin. Certains partis mineurs des coalitions peuvent ne pas y être représentés. Partisou coalitionsIdéologieDirigeantsBlocRésultats en 2022LikoudDroite à extrême droiteSionisme, national-libéralisme, conservatismeBenyamin NetanyahouPro-Netanyahou 23,41 % des voixEnsembleBennett 2026 : DroiteSionisme, libéralisme économique, constitutionalisme, technocratieNaftali BennettAnti-NetanyahouNouveau Yesh Atid : CentreSionisme, libéralisme, libéralisme économique, sécularisme17,79 % des voixYashar CentreSionisme, ConstitutionnalismeGadi EisenkotAnti-NetanyahouNouveauDeux membres de Yashar, Gadi Eisenkot et Matan Kahana avaient été élus en tant qu’indépendants sur la liste du Parti de l'unité nationale en 2022.Parti sioniste religieux - ZehoutParti sioniste religieux : Extrême droiteUltranationalisme, Sionisme religieux, conservatisme religieux, conservatisme social, pro-Grand Israël Bezalel SmotrichPro-Netanyahou10,84 % des voixLa liste incluait également Otzma Yehudit et Noam, qui avait remporté respectivement 6 et 1 sièges sur les 14 de liste commune en 2022.Zehout : Extrême droite Sionisme, libertarianisme de droite, pro-solution à un ÉtatPas candidat Bleu et blancCentreSionisme, libéralisme, national-libéralisme, libéralisme économiqueBenny GantzNeutreEn coalitionShasDroite à extrême droiteDéfense des ultraorthodoxes séfarades et mizrahim, populismeAryé DeryPro-Netanyahou 8,25 % des voixLes Démocrates Centre gauche à gauche Social-démocratie, Socialisme, sionisme libéral, pro-solution à deux ÉtatsYaïr GolanAnti-Netanyahou6,85 % des voixSomme des résultats en 2022 du Parti travailliste israélien (3,69 %, 4 députés) et du Meretz (3,16 %, 0 députés), qui ont fusionné pour former Les Démocrates.Liste unifiéeHadash : extrême gaucheMarxisme-léninisme, pro-solution à deux États, non-sionismeYousef JabareenAnti-Netanyahou 6,66 % des voixSomme des résultats en 2022 des listes Hadash-Ta'al (3,75 %, 5 députés) et Balad (2,91 %, 0 députés).Balad : GaucheNationalisme arabe, sécularisme, panarabisme, antisionismeTa'al : attrape-tout Nationalisme arabe, défense des Arabes israéliens, antisionismeJudaïsme unifié de la TorahDroite à extrême droiteDéfense des ultraorthodoxes ashkénazesYa'akov AsherPro-Netanyahou 5,88 % des voixIsrael BeytenouCentre droit à extrême droiteNational-conservatisme, sionisme révisionniste, libéralisme économique, sécularismeAvigdor LibermanAnti-Netanyahou 4,48 % des voixListe arabe unieAttrape-toutDéfense des arabes israéliens, islamismeMansour AbbasAnti-Netanyahou4,07 % des voixOtzma Yehudit Extrême droiteUltranationalisme, kahanisme, sionisme religieux, conservatisme religieux et État halakhiqueItamar Ben-GvirPro-NetanyahouSur la liste du Parti sioniste religieuxNoamExtrême droiteHomophobie, anti-LGBT, sionisme religieux, conservatisme religieux, conservatisme socialAvi MaozPro-Netanyahou Sur la liste du Parti sioniste religieux
Sondages
centré|1050x1050px|Intentions de votes en vue des élections législatives israéliennes de 2026.
Campagne
Deux blocs principaux s’affrontent. La coalition sortante de Benyamin Nétanyahou, qui cumule plus de dix-huit années comme chef de gouvernement, défend une vision d'expansion territoriale, religieuse et conservatrice, sur le plan sociétal et diplomatique, et libérale sur le plan économique. Le Likoud a organisé une primaire pour désigner certains de ses candidats au Parlement, tandis que d'autres sont choisis par le premier ministre lui-même. Le Likoud a mené une campagne très offensive contre la gauche et les partis représentant les Arabes israéliens, les décrivant comme des ennemis de l'intérieur. Il a aussi réclamé la poursuite des guerres et défendu la poursuite de l’annexion de la Cisjordanie.
L’opposition rassemble des partis assez différents allant de la gauche (Les Démocrates, conduits par Yaïr Golan) jusqu’à l’extrême droite (Israël Beitenou, d’Avigdor Liberman), unis par le rejet de la personnalité et des méthodes de Nétanyahou. Naftali Bennett, ancien premier ministre issu de l’extrême droite religieuse, et Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major de l’armée, apparaissent comme les principaux chefs de file de l'opposition. En dehors de Yaïr Golan, qui ne l’exclut pas à long terme, l'opposition rejette également toute perspective d’un État palestinien. Elle soutient la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.
Début , Naftali Bennett et Yaïr Lapid annoncent fusionner leurs partis respectifs dans une nouvelle coalition, . Contrairement à 2021 où la coalition de gouvernement incluait la Liste arabe unie (Ra'am), les deux ex-Premiers ministres refusent de s'allier à des partis arabes.
Alors que le clivage politique israélien a longtemps tourné autour du processus de paix et des rapports entretenus avec les Palestiniens, ces questions sont presque complètement absentes de la campagne. Depuis la guerre de Gaza, souvent considérée comme un génocide, la question palestinienne semble ainsi être totalement dissociée de l'avenir d’Israël. Concernant les guerres menées à Gaza, contre le Liban et contre l'Iran, la plupart des partis d’opposition en soutiennent le principe, mais critiquent la manière dont elles ont été menées. Seul le Hadash s'est opposé à la guerre.
Aucune des douze principales têtes de liste n’est une femme. Dans l’assemblée sortante, elles représentaient 24 % des députés.
La campagne a été marquée par la division de la coalition gouvernementale. Les partis d'extrême droite Force juive, du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, et le Parti sioniste religieux, du ministre des Finances Bezalel Smotrich, n'ont pas formé de liste commune contrairement aux élections de 2021. En outre, un nouveau parti d'extrême droite, Amcha Yisrael (« Ton peuple, Israël »), dirigé par Ofer Winter, un ex-général souhaitant encourager l'émigration volontaire de tous les habitants de la bande de Gaza, a fait son apparition durant la campagne'. Itamar Ben-Gvir s'est distingué par ses déclarations radicales à l'égard des Palestiniens, appelant à la mi-août à tuer « 30 ou 40 » personnes chaque nuit à Gaza : « Pas seulement ceux qui représentent une menace immédiate : il y a là-bas des gens qui ne méritent pas de vivre. Ils ne devraient pas vivre. Ce ne sont même pas des êtres humains ». Il a fait des conditions de détention extrêmement sévères des Palestiniens, dont il a la responsabilité en tant que ministre de la Sécurité, un argument électoral pendant la campagne, diffusant sur ses réseaux sociaux des témoignages de détenus faisant état de traitements cruels. Bezalel Smotrich a pour sa part promis de « judaïser » la Galilée et le Néguev, deux régions d’Israël où vivent une large partie des Arabes israéliens, et d'intensifier la colonisation des territoires palestiniens occupés mais est affaibli par son refus d'abroger les privilèges dont disposent les haredim, les étudiants ultraorthodoxes, qui n'ont pas à servir dans l'armée.
Force juive progresse dans les sondages tandis que le Parti sioniste religieux se voit menacer de passer sous le seuil électoral de 3,25 % des suffrages, nécessaire pour obtenir des élus. Face à ce risque, qui pourrait précipiter la chute du gouvernement, Netanyahou a appelé les deux partis à s'unir, ce qu'a refusé Ben-Gvir. Selon des analystes israéliens, ce dernier pourrait chercher à se positionner comme le nouveau chef de file de la droite radicale dans l’hypothèse d’une défaite de la coalition pro-Nétanyahou aux élections et de l'affaiblissement de ses rivaux au sein de cette mouvance.
Benyamin Nétanyahou a principalement fait campagne sur la peur de la gauche et des partis arabes. Sur les réseaux sociaux, il a publié de nombreuses vidéos créées par intelligence artificielle mettant en scène la proximité supposée entre ses adversaires et les partis arabes. Alors que le Likoud est en recul dans les sondages, cette stratégie serait inefficace selon le politologue israélien Yossi Shain, qui souligne que plusieurs dirigeants de la coalition d'opposition comme Avigdor Liberman et Naftali Bennett sont eux-mêmes d'extrême droite et anti-arabes. Sara Nétanyahou, épouse et conseillère du Premier ministre, a par ailleurs suggéré que Yaïr Golan, dirigeant du parti d'opposition Les Démocrates, avait été informé à l'avance de l'attaque du Hamas d'octobre 2023, ce qui suscite un tollé et oblige le premier ministre à démentir lui-même cette accusation.