vignette|Chimère. Dans La République IX, 588c Platon compare la partie appétitive de l'âme (épithumia) à un animal qui serait un mélange de Chimère, Scylla, Cerbère et plusieurs têtes d'animaux paisibles et d'animaux féroces. Le Gros animal (en grec ancien μέγα ζῷον /mégă zôon) est une image philosophique employée par Platon au livre VI de La République. Dans ce texte, Platon compare la foule humaine à un gros animal qui agit de façon instinctive et irrationnelle, selon son désir immédiat. L'orateur, formé à l'art rhétorique se comporte à l'instar d'un dresseur, il observe attentivement ce qui plaît et ce qui déplaît à ce gros animal afin de le manipuler selon son intérêt personnel. Cette image contribue à la critique platonicienne de la rhétorique.
Concept
Lors de rassemblement en foule, la partie rationnelle (logistikon) de l'âme serait automatiquement mise à l'écart au profit de la partie instinctive/appétitive (épithumia) qui prendrait le dessus. Ce qui implique que les actions entreprises par les foules sont le plus souvent impulsives, instinctives et violentes car l'épithumia cherche uniquement la satisfaction de désirs immédiats sans considérations éthiques au contraire du logistikon qui cherche à limiter l'epithumia. Le niveau de rationalité globale d'une foule serait donc inférieur à celui des individus qui la composent. Une capacité d'attention élevée permettrait de garder active la partie rationnelle afin d'éviter de se laisser emporter par certaines actions de la foule ; capacité d'attention qui s'acquiert notamment par la pensée philosophique qui tend à mettre le plus possible son intérêt personnel de côté afin de chercher la vérité.
À travers le gros animal, Platon critique la démocratie en même temps que la rhétorique lorsqu'elle est utilisée à des fins non philosophiques. En effet, dans la démocratie athénienne, n'importe quel citoyen pouvait parler devant l'Assemblée des citoyens sur la colline de la Pnyx, et les votes se faisaient à mains levées lors de rassemblement en foule Mogens Herman Hansen - The Athenian Democracy in the Age of Demosthenes (1991). Donc l'orateur qui maîtrisait le mieux la rhétorique et qui avait bien observé les désirs et les aversions de la foule, pouvait se calquer sur les désirs de la majorité afin de la flatter en appelant bonnes les choses qui font plaisir à la majorité et mauvaises celles qui l'irritent afin d'influencer fortement les votes. Platon reproche aux orateurs/rhéteurs/sophistes de s'appuyer uniquement sur ce type de rhétorique politique qui privilégie le vraisemblable et l'émotion/le sensationnel au lieu de s'appuyer sur une recherche de la vérité par la dialectique afin de déterminer l'utilité des décisions politiques en distinguant l'essentiel de l'accidentel (ce dont la présence ou l’absence n’altère pas l’essence de la chose ; la couleur bleue ou rouge d'une chaise n’altère pas l'essence de la chaise).
Du Gros animal émergent des normes, des jugements et des opinions collectives que les individus ont tendance à prendre pour absolus. La vérité se trouve subordonnée aux réactions affectives et aux dynamiques d’influence et les sophistes/rhéteurs/orateurs exploitent cette confusion de l'individu entre l'accidentel et l'essentiel, entre opinion et vérité, afin d'orienter le désir des individus vers leurs propres intérêts (intérêt qui est non-essentiel, accidentel). Ainsi, lorsqu’un individu prend pour absolu ce qui n’est qu’une opinion collective, il accorde à celle-ci une force normative excessive, ce qui renforce sa capacité à agir et à défendre des positions potentiellement infondées ou dangereuses.
Selon Platon une foule est donc capable d'entreprendre n'importe quelle action et de soutenir n'importe quelle idéologie (par exemple le nazisme) si elle est correctement manipulée. D'où la nécessité pour qu'une société soit stable d'instaurer un système d'éducation spécifique qui oriente le désir vers la pensée philosophique et dialectique (qui permet de distinguer l'essentiel de l'accidentel) afin que ceux qui seront allés le plus loin dans cette éducation et qui seront les dirigeants (philosophe-roi) n'aient pas le désir de manipuler les membres de la société pour leurs intérêts personnels mais que ces dirigeants aient le désir du bon fonctionnement de la société.
Selon Simone Weil "une telle théorie de la société [celle de Platon] implique que la société est essentiellement mauvaise, et que la réforme ou la transformation de la société ne peut pas avoir d’autre objet raisonnable que de la rendre la moins mauvaise possible. C’est ce qu’avait compris Platon, et sa construction d’une cité idéale dans la République est purement symbolique." Simone Weil - La source grecque
Notes et références
Catégorie:Concept platonicien Catégorie:Rhétorique