Aux États-Unis, le (aussi appelé Standards and Practices ou pour faire court BS&P) désigne traditionnellement le service d'un distributeur de programmes télévisés chargé de contrôler la conformité des programmes diffusés par la chaîne sur les plans moral, éthique et juridique des programmes diffusés. Ce même service veille également à ce que les jeux télévisés se déroulent dans des conditions équitables, en épaulant les juges au niveau de la société de production. BS&P a aussi le pouvoir de réprimander et de recommander le licenciement des vedettes et salariés du réseau de télévision en cas de violation des normes et pratiques en matière de télédiffusion, jouant ainsi un rôle similaire à celui d'un médiateur dans d'autres branches du média. En tant que médiateur, le service Standards and Practices cherche à concilier les besoins et les exigences du télédiffuseur, des créateurs, du public et des administrations fédérales étatsuniennes.
Dans le milieu des créatifs étatsuniens, le service BS&P est souvent perçu comme de la « censure interne ».
Exemples d'intervention
Le service Standards and Practices de NBC a censuré une des blagues de Jack Paar lors de l'épisode du 10 février 1960 du The Jack Paar Tonight Show. Jack Paar disait :
Paar fut tellement pris de court par la décision de la chaîne de censurer cette blague qu'il quitta l'émission en direct dès le lendemain. Paar réapparut dans l'émission le 7 mars 1960 et monta sur scène d'un pas nonchalant. Avant le tournage du double épisode de 2007 « La bande se fait refroidir » de la série télévisée Philadelphia, la chaîne FX a interdit aux acteurs de mimer le fait de sniffer de la cocaïne ou une autre substance, mais leur a plutôt permis de placer la drogue contre leurs gencives.
Animation
La série animée X-Men a été fortement influencée par le BS&P de Fox Kids, les personnages n'étant pas autorisés à se trouver en danger de mort (à l'exception de la mort présumée de Morph) ni à s'engager dans un combat au corps à corps. La série en images de synthèse Mégabogues a été fortement censurée par ABC durant ses deux saisons de diffusion. Lors d'un panel de New York Comic Con en avril 2008, les créateurs de la série ont confirmé avoir été systématiquement soumis aux directives du service Broadcast Standards and Practices qui les interdisait de montrer des actions violentes ou d'user du mot « Hockey » par exemple alors que la série était une série d'action-aventure. Ils ont mentionné par exemple une scène où un personnage était tombé sur les fesses et s'était ensuite frotté le derrière avait été refusée car jugée trop suggestive et osée par le service Broadcast Standards and Practices de ABC ou encore un épisode parodiant Mad Max, qui avait refusé sans justification par le service BS&P de ABC. Pour contourner la censure du BS&P de ABC, l'équipe créative de la série a profité du fait que le BS&P de ABC n'ait aucun contrôle sur le contenu extérieur aux épisodes eux-mêmes pour insérer des images suggestives pour montrer des armes à feu ou mentionner le hockey ou même oser se moquer des membres du BS&P d'ABC. La chaîne a annoncé l'annulation de la série après sa deuxième saison suite à son rachat par The Walt Disney Company, ce qui permettrait de diffuser exclusivement des séries produites par Disney. Les scénaristes ont alors écrit des épisodes parodiant le service de censure d'ABC, notamment en insérant des grossièretés de manière imperceptible au sein d'un flux de nombres binaires. Mégabogues a ensuite produit une autre saison à succès et deux téléfilms sur d'autres chaînes dont les services de diffusion et les normes de contenu étaient moins stricts. L'épisode 97 de la série animée Les Tortues Ninja n'a été diffusé aux États-Unis qu'en 2015 en raison des pressions exercées par le service Broadcast & Standards de Fox Network (bien que 4Kids Entertainment avait acquis les droits de diffusion auprès de la chaîne pour son programme FoxBox et diffusait la série, celle-ci devait tout de même respecter les normes de diffusion de Fox). Sur le site officiel des Tortues Ninja, Lloyd Goldfine avait déclaré que la version finale, montée et mixée, du fameux épisode « Insane in the Membrane » a été jugée impropre à la diffusion par le service Broadcast Standards and Practices de Fox. Même si le service Broadcast Standards ans Practices de Fox ont approuvé l'écriture, le storyboard, l'animation et le montage de l'épisode. Entre l'écriture, le storyboard, l'animation et le montage de l'épisode et le mixage final, un changement total de personnel a eu lieu au sein du service, et aucune des personnes ayant donné leur approbation initiale ne travaillait encore chez Fox. Après avoir visionné l'épisode, les membres du service BS&P de Fox ont refusé que l'épisode soit diffusé.
L'épisode a finalement été diffusé aux États-Unis le 2 août 2015 sur Nicktoons après que Paramount ait acquis les droits de la franchise Tortues Ninja.
Les chaînes sœurs, Cartoon Network et Adult Swim ont connu plusieurs cas de non-respect des normes et pratiques qui ont été rendus publics :
Les trois derniers épisodes de la première saison de ont été censurés à plusieurs reprises par le service de Standards & Practices, car jugés trop sombres et d'une vulgarité sexuelle extrême, même pour Adult Swim, malgré la classification TV-MA habituelle de la chaîne. Un autre épisode, intitulé « God's Chef », a été retardé de plusieurs mois avant d'être diffusé sur Adult Swim. Il est depuis sorti en version non censurée, ainsi que le reste de la saison 1 et une partie de la saison 2, en DVD. Kim Manning, directrice de la programmation d'Adult Swim, a révélé sur les forums en ligne (désormais fermés) de la chaîne que Adult Swim avait demandé l'autorisation de diffuser Elfen Lied en avril 2006, mais que sa demande avait été rejetée par le service des normes et pratiques en raison de la présence de scènes de violence et de nudité explicites. Le service n'a accepté la diffusion que sous réserve d'un montage important, ce qui a conduit la chaîne à renoncer à la diffuser, préférant altérer l'œuvre originale à ce point. Dans le même message, Manning a précisé que le même sort avait été réservé à Gantz. En 2014, selon Rebecca Sugar, la créatrice de Steven Universe, le service des normes et pratiques de Cartoon Network l'a informée que Ruby et Sapphire, qui ont fusionné pour former Grenat, ne pouvaient pas s'embrasser sur la bouche. Bien qu'après la diffusion de l'épisode « Fusion-surprise » en mars 2015, les fans aient remarqué la relation entre Ruby et Sapphire, ainsi que l'amour de Pearl pour Rose Quartz, l'équipe de la série n'était pas autorisée à confirmer ces relations. Sugar a indiqué que, lorsqu'elle a présenté l'épisode qui allait devenir « Réunis » en 2015, on lui a fait savoir que le département des normes et pratiques internationales de Cartoon Network pourrait s'opposer au langage utilisé concernant Grenat, et elle a insisté après la demande en mariage d'Ian Jones-Quartey . Sugar a également noté qu'une carte de dédicaces qu'elle devait distribuer au San Diego Comic-Con en 2015 a été jugée « trop romantique », car certains chez Cartoon Network pourraient être contrariés par la direction prise par la série. Elle a également noté qu'après la publication en septembre 2016 de The Answer, une adaptation en livre pour enfants de l'épisode « La réponse », elle a été convoquée à une réunion et « invitée à s'expliquer », précisant que lors de réunions de ce type, elle tenait à défendre les histoires de la série et son « public de jeunes queer ». En 2022, pour les dix ans de la première diffusion de la série Souvenirs de Gravity Falls, son créateur, Alex Hirsch, a offert à ses abonnés Twitter un aperçu inédit des coulisses de la collaboration entre la série et le BS&P de Disney. Hirsch a publié deux vidéos dans lesquelles les notes échangées entre le showrunner et le BS&P sont lues de manière théâtrale avec la Sonate pour piano no 14 de Beethoven comme musique de fond. Hirsch lit ses réponses dans les vidéos et a fait appel à Eric Bauza, comédien de doublage qui prête sa voix à plusieurs personnages dans Souvenirs de Gravity Falls et dans Métro, complots, dodo, une série produite par Hirsch, pour lire les réponses au nom de S&P. Le S&P s'est opposé à l'usage de certains mots et onomatopées (« Hoo-ha » ou « Chub » car jugés comme des mots ayant une connotation sexuelle; « Lucifer » car c'est le nom du diable). Dans l'épisode d'Halloween d'été, s'il est marqué « Not S&P Approved » sur les invitations à la fête, c'est parce qu'initialement il était marqué « bottles will be spun »; le service S&P de Disney l'a rejetée à plusieurs reprises car il estimait que cela laissait suggérer que les adolescents allaient faire un jeu de la bouteille et donc que la fête serait une « make-out party », au point que Hirsch a envoyé une nouvelle version avec la mention « Not S&P Approved ». Voulant au départ refuser la proposition, S&P a finalement approuvé la modification (.
En juin 2021, Abbey White, du magazine Insider a fait valoir que l'une des raisons pour lesquelles les séries d'animation pour enfants ont peiné à être authentiquement inclusives pendant des décennies était due aux services de Broadcast Standards and Practices. Ces services interprétaient les directives de la Commission fédérale des communications sur la classification et la définition de la grossièreté, de l'indécence et de l'obscénité afin d'orienter leurs instructions aux équipes travaillant sur les différentes séries animées. Katie Krentz, une ancienne cadre de Cartoon Network citée dans l'article, a déclaré à la publication que ces services disposaient de « directives de contenu très complètes » qui réglementaient quasiment tout, « de l'utilisation des technologies par les personnages à leur alimentation ». White a souligné que ces services, tout comme les dirigeants des studios, décidaient si des mots tels que « fierté » ou « gay », ou d'autres termes LGBTQ+, pouvaient apparaître à l'écran ou être prononcés par un personnage. Selon White, cela incluait une série de Cartoon Network (dont le nom n'est pas précisé) du milieu des années 2010, où les scénaristes devaient désigner les parents de même sexe d'un personnage par le seul terme « Maman », et non par « Mamans ». L'article précise toutefois que, bien que ces services aient une influence considérable, la levée de boucliers des personnes conservatrices à l'égard de certaines émissions ont conduit à la suppression de contenus, et que les dirigeants ont le pouvoir d'apporter des changements pour favoriser une plus grande inclusion. Bien que les plateformes de streaming ne disposent pas de tels services, Krentz a fait valoir que, par conséquent, les décisions concernant la représentation LGBTQ+ dans une série reposent sur les convictions et le vécu d'une seule personne, ce qui exerce une pression sur les responsables créatifs.
Incidents dans les jeux télévisés Suite aux , les jeux télévisés font l'objet d'une surveillance étroite de la part des services Broadcast Standards and Practices des chaînes de télévision afin de détecter toute irrégularité éventuelle. Depuis ces scandales, les producteurs de chaque émission élaborent un document détaillé qui définit précisément les règles du jeu. Ce document, dénommé la « bible », fait office de référence absolue en matière de déroulement du jeu. Le formulaire de décharge de responsabilité, signé par tous les candidats, stipule que les décisions du producteur sont sans appel.