La persécution des bahá’ís est l’ensemble des violences, discriminations et privations visant les membres de la communauté bahá’íe dans divers pays, en particulier en Iran, où la foi bahá’íe est née au XIXᵉ siècle et où vit encore une importante population bahá’íe, depuis l’émergence du babisme et la prédication de Bahá’u’lláh jusqu’à aujourd’hui. Religion issue d’un milieu chiite persan mais se présentant comme une révélation indépendante et universelle, la foi bahá’íe affirme l’unité de l’humanité, l’égalité des femmes et des hommes et la validité progressive des grandes religions, tout en reconnaissant en Bahá’u’lláh un nouveau messager de Dieu postérieur à Mahomet, ce qui est dénoncé par une grande partie du clergé chiite comme une hérésie et une contestation du « sceau des prophètes ».
Depuis le milieu du XIXᵉ siècle, les bahá’ís et leurs prédécesseurs bábís ont été à plusieurs reprises la cible de massacres, de lynchages et de campagnes de haine, encouragés par certains dignitaires religieux et relayés par les autorités, entraînant des milliers de morts, des exécutions publiques, des expulsions et des destructions de biens en Perse puis en Iran.
Après la révolution de 1979 et l’instauration de la République islamique, la foi bahá'íenon reconnue par la Constitution qui ne protège que certaines minorités dites « religions du Livre »est devenue l’objet d’une politique d’État systématique visant à priver les bahá’ís de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, notamment par l’exclusion de l’enseignement supérieur, l’interdiction d’institutions communautaires, la confiscation de propriétés, la profanation de cimetières, les arrestations arbitraires, la torture et les exécutions.
Au tournant du XXIᵉ siècle, plusieurs instances internationales et organisations de défense des droits humains ont qualifié de plus en plus explicitement la répression contre les bahá’ís d’Iran de campagne systématique pouvant relever du crime contre l’humanité de persécution, en raison de son caractère prolongé, coordonné et fondé exclusivement sur l’appartenance religieuse. Des rapports successifs d’experts des Nations unies, d’organisations comme Human Rights Watch et d’organes étatiques spécialisés, tels que la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, documentent la poursuite de raids, d’arrestations collectives, de peines de prison lourdes, de destructions de terres agricoles, ainsi que des restrictions spécifiques visant les femmes bahá’íes, ce qui témoigne d’une intensification récente de la répression.
Si les persécutions restent particulièrement graves en Iran, où les bahá’ís constituent la plus importante minorité religieuse non reconnue, des formes de discrimination, de criminalisation et de limitation des droits civiques et religieux touchent également les communautés bahá’íes d’autres pays du Moyen-Orient et d’États à majorité musulmane, notamment en Irak, au Yémen, au Qatar, en Égypte, en Afghanistan et au Pakistan avec des variations dans l’ampleur et la violence des mesures répressives. Face à cette situation, les Nations unies, l’Union européenne, de nombreux gouvernements et des organisations non gouvernementales publient depuis plusieurs décennies résolutions et déclarations appelant les autorités concernées à mettre fin aux persécutions, à respecter la liberté de religion ou de conviction et à garantir l’égalité de traitement des bahá’ís en droit et en pratique.
Les Bahá’ís en Iran À travers toute l’histoire écrite de l’humanité, les adhérents d’une nouvelle religion qui se réclame du retour de la précédente ou de la doctrine des fins dernières et, ainsi, s’inscrit dans une perspective eschatologique, ont fait l’objet de persécutions. Il en va de même pour les bahá’ís
Avec environ 300 000 fidèles, la foi bahá’íe constitue la principale minorité religieuse non musulmane d’Iran, mais elle ne bénéficie d’aucune reconnaissance en tant que religion dans la Constitution iranienne. Les autorités considèrent cette foi comme une hérésie, à la différence des communautés chrétienne, juive et zoroastrienne, explicitement mentionnées comme minorités reconnues dans le texte constitutionnel, de sorte que les bahá’ís sont rangés dans la catégorie des « infidèles sans protection » et, en l’absence de liberté de religion garantie par la Constitution, se trouvent privés de protection juridique et de droits légaux effectifs.
Selon les estimations démographiques disponibles, environ 99,4 % de la population iranienne se réclame de l’islam, dont près de 90 à 95 % de fidèles du chiisme et entre 5 et 10 % du sunnisme. La doctrine centrale des Iraniens qui adhèrent au chiisme duodécimain repose sur l’avènement attendu d’une figure messianique connue sous le nom de Qa’im ou Imam Mahdi.
Pour une partie du clergé chiite conservateur, reconnaître la légitimité d’une communauté religieuse apparue après l’islam est théologiquement inacceptable, ce qui contribue à justifier, à leurs yeux, la mise à l’écart et la répression des bahá’ís, particulièrement marquées en République islamique d’Iran.
Des travaux historiques récents soulignent que les autorités iraniennes ont mis en œuvre, depuis l’instauration de la République islamique, une politique systématique de discrimination et de répression visant spécifiquement la communauté baha’ie, documentée par Yves Bomati et Davoud Pahlavi. Ils ont notamment souligné que l'un des exemples les plus connus de persécutions est la mort par pendaison, le , de dix femmes baha'ies à Chiraz, après avoir refusé d'abjurer leur foi. La plus jeune, âgée de dix-sept ans, Mona Mahmudnizhad, aurait été contrainte d'assister successivement à la mise à mort des autres condamnées avant d'être elle-même exécutée.
Origines et développement historique En Iran, alors Perse, en 1844, le Báb affirma être l’Imam Mahdi, ce qui, aux yeux du clergé chiite, revenait à revendiquer un statut comparable à celui de Mahomet et le pouvoir d'abroger les dispositions finales de la loi islamique, pouvoir qu'il revendiqua effectivement.
vignette|100px|droite|Nassereddine Shah (1848-1896)Dès les années 1840–1850, les premiers disciples du Báb sont la cible de violentes campagnes de répression dans l’Iran qâdjâr. Le Báb lui‑même est emprisonné à plusieurs reprises avant d’être publiquement exécuté à Tabriz en 1850, et des milliers de babis sont tués lors de soulèvements écrasés par les troupes gouvernementales, notamment lors du siège du fort de Tabarsí (1848‑1849) et des affrontements de Neyriz et de Zanjan. Après la tentative d’assassinat du chah Nassereddine Shah en par un petit groupe de babis, l'ensemble de la communauté bábie est tenu pour responsable et un vaste pogrom s'ensuit, au cours duquel des milliers de babis sont exécutés ou massacrés, leurs biens pillés et leurs quartiers détruits dans différentes régions du pays. En raison de son rôle en vue dans la cause babie, Bahá’u’lláh fut arrêté et enfermé au Síyáh-Chál de Téhéran pendant des mois.
Considérée par ses adhérents comme née en 1844 en Iran et enracinée dans l’eschatologie de l’islam chiite, la communauté bahá’íe a été la cible de persécutions depuis les débuts de cette nouvelle religion.
Bahá’u’lláh, né Mirza Husayn-‘Alí en Perse au XIXᵉ siècle, est reconnu par les bahá’ís comme le fondateur d’une religion indépendante, apparue plus de douze siècles après l’islam. En affirmant apporter une nouvelle révélation divine après le Prophète Mahomet, la foi bahá’íe se présente comme une religion « post-islamique », ce qui entre en tension avec l’interprétation majoritaire du verset coranique désignant Mahomet comme « Sceau des prophètes », compris par de nombreux théologiens comme l’affirmation de la clôture définitive de la prophétie.
Dépossédé de ses biens, Bahá’u’lláh quitta Téhéran avec sa famille en pour un voyage de trois mois jusqu’à Bagdad, marquant le début d’un exil d’environ quarante ans dans les territoires de l’Empire ottoman .
vignette|gauche|Varqá (Mírzá ʿAlí-Muḥammad), poète et notable bahá’í, et son jeune fils Rúhu’lláh, emprisonnés et enchaînés à Téhéran peu avant leur exécution en 1896 sous les Qâdjârs, en raison de leur appartenance à la foi bahá’íe Après la déclaration publique de Bahá’u’lláh en 1863 et l’émergence d’une communauté bahá’íe distincte, les persécutions se poursuivent sous les chahs qâdjârs : nouvel exil de Bahá’u’lláh hors d’Iran , exécutions de bahá’ís, pillages de maisons, confiscations de biens et attaques récurrentes contre les petites communautés locales, notamment en Mazandéran et à Yazd.
Organisation communautaire vignette|100px|gaucheAprès la mort de Bahá’u’lláh, son fils ʻAbdu'l-Bahá consolida la communauté en Iran et à l’étranger en envoyant des croyants iraniens et occidentaux en mission, en fondant des écoles, en promouvant l’égalité des femmes et en instituant des assemblées spirituelles élues, locales et nationales, chargées d’administrer la vie religieuse et sociale de la communauté et de diriger des œuvres éducatives et caritatives ouvertes à l’ensemble de la population. Ces assemblées spirituelles, qui constituent la branche élue de l’administration bahá’íe, remplissent les fonctions habituellement dévolues au clergé dans d’autres religions et existent au niveau local comme au niveau national .
vignette|150px|droite|Iran - membres de l'Assemblée spirituelle nationale qui ont disparu en août 1980. Tous sont présumés avoir été tués.Comme la foi bahá’íe ne comporte pas de clergé, ses membres élisent, au niveau local ou national, une assemblée spirituelle chargée de la gestion des affaires de la communauté. Au début des années 1980, les institutions de la République islamique ont systématiquement pris pour cible les organes dirigeants de la communauté bahá’íe, en particulier les Assemblées spirituelles locales et l’Assemblée spirituelle nationale. En 1980, les neuf membres de l’Assemblée spirituelle nationale ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique et ont disparu sans laisser de traces ; les autorités n’ont jamais reconnu l’exécution de ce groupe, ni celle de deux autres personnes arrêtées en même temps qu’eux.
D’ici 1986, plus de la moitié des bahá’ís exécutés occupaient une fonction de direction, et les autorités avaient fait disparaître ou exécuté les membres de trois Assemblées spirituelles nationales successives ainsi que la plupart des Assemblées locales des grandes villes, tout en faisant exécuter au moins 183 bahá’ís sans responsabilités administratives entre 1980 et 1985 .
vignette|150px|gauche|Les visages des Yaran au rassemblement annuel à Rio de Janeiro pour la liberté religieuse 19 juin 2011.Pendant vingt‑cinq ans, un groupe informel de bahá’ís a géré les affaires religieuses et administratives de la communauté bahá’íe en Iran, après la dissolution de l’Assemblée spirituelle nationale en 1983 ; en 2008, ce groupe se composait de sept bahá’ís, connus sous le nom de Yárán, ou « Bahá’í 7 », arrêtés à partir du et considérés comme des prisonniers d’opinion détenus uniquement en raison de leurs convictions religieuses et de leurs activités pacifiques au service de leur communauté . Parmi eux figurait Fariba Kamalabadi, plusieurs fois emprisonnée : arrêtée de nouveau le avec Mahvash Sabet et d’autres bahá’ís lors d’une vaste opération de perquisitions, elle a été condamnée le à dix ans de prison à l’issue d’un procès à huis clos d’une heure, sans avocat, marqué selon la Communauté internationale bahá’íe par les insultes du juge, puis accusée à la télévision d’espionnage et d’« infiltration » avant d’être finalement libérée par anticipation en vertu d’une directive d’« amnistie ».
Racines de l’anti‑bahá’ísme moderne
Évolutions politiques au XXᵉ siècle La Constitution iranienne de 1906 a jeté les bases de la persécution institutionnalisée des bahá'ís, selon le Centre de documentation sur les droits de l'homme en Iran .
Campagnes et violences pré‑révolutionnaires