Acajou est un opéra-comique en trois actes en prose, mêlé de vaudevilles, de Charles-Simon Favart, sur une musique de créé, le , sur le théâtre de la foire Saint-Germain.
Sujet L’œuvre allie satire sociale, fantaisie et éléments merveilleux, pour critiquer en creux les abus du pouvoir tout en célébrant la simplicité et la justice naturelle. ..
Inspiration Acajou est une parodie du conte féerique Acajou et Zirphile de Charles Pinot Duclos, composé en 1744 pour la Société du Caveau. Nombre de tragédies lyriques comme Hippolyte et Aricie, Armide, Acis et Galatée, Issé ou Castor et Pollux y sont parodiées...
Intrigue L’histoire suit Acajou, un jeune prince ingénieux, dans une série d’aventures amoureuses et burlesques ponctuée de rivalités comiques et de situations rocambolesques impliquant déguisements et stratagèmes pour conquérir le cœur de sa princesse bien-aimée, Zirphile.
Personnages Harpagine, fée. Ninette, fée. Zirphile, princesse. Podagrambo, génie. Acajou, prince. M. Mortifer, médecin. M. Metromane, géomètre. M. Stentor, avocat. M. Glapissant, huissier audiencier. M. Fausset, procureur. Troupe de nains de la cour de Ninette.
Le théâtre représente le palais d’Harpagine.
Argument Afin de préserver leur innocence, la fée Ninette a élevé le prince Acajou et la princesse Zirphile dans un isolement total, pour éviter qu’ils ne succombent prématurément aux passions. Le médecin Mortifer qui enseigne les armes et le géomètre Métromane sont leurs précepteurs. Toutes ces précautions s’avèrent inutiles lorsque les deux jeunes gens finissent par se rencontrer. Un simple baiser sur la main déclenche chez eux des sentiments inconnus et passionnés, mettant à bas les fondements de l’éducation austère qu’ils ont reçue. La mauvaise fée Harpagine, jalouse et malveillante, tente de contrecarrer leur union avec l’aide du génie Podagrambo. Elle cherche à séduire Acajou et à atteindre Zirphile par des enchantements. Après une série d’épreuves magiques et de situations comiques, l’amour sincère finit par triompher des sortilèges. La pièce se termine par le mariage des deux amants et une célébration générale.
Réception Cette comédie a connu un succès phénoménal auprès du public, et a attiré beaucoup de monde, après sa première représentation. Le Courrier des spectacles rapporte que
Historique D’abord été jouée en prose et couplets à Paris, le , sur le théâtre de la foire Saint-Germain, Acajou a été représenté, après la défense faite à l’Opéra Comique de parler, entièrement en vaudevilles à la Foire Saint-Laurent suivante, et sur le Théâtre de l’Académie Royale de Musique au mois d’octobre de la même année. Une note de la préface de l’édition de 1763 du Théâtre de Favart précise que
Le succès retentissant d’Acajou n’a pas été sans susciter l’animosité des Comédiens-Français, jaloux de cette concurrence. À l’époque, la Comédie-Française et l’Opéra-Royal jouissaient de privilèges royaux interdisant l’usage de la parole, du chant ou même de la danse à l’Opéra-Comique. Acajou a été l’élément déclencheur de la réaction de ces institutions qui, voyant que les parodies de Favart vidaient leurs propres salles en attirant tout Paris, ont décidé de riposter en portant plainte pour concurrence déloyale. Le 30 mai 1744, un décret retire à Jean Monnet, qui dirigeait l’établissement, le droit d’exploiter l’Opéra-Comique, entrainant sa fermeture jusqu’en 1751. Contraint de s’exiler, notamment pour suivre, avec sa troupe, l’armée du maréchal de Saxe, Favart est revenu, à la réouverture, en 1751, de l’Opéra-Comique, jouer un rôle central dans le rétablissement de cette institution, qui fusionnera, dix ans plus tard, avec la Comédie-Italienne pour devenir l’institution pérenne du Théâtre italien de Paris..
Analyse Acajou figure parmi les plus grands succès de Charles-Simon Favart, la préface de l'édition de 1763 de son Théâtre rappelant qu'il « a eu un succès étonnant ». Pièce emblématique de l'opéra-comique de foire du milieu du , elle mêle dialogues en prose et vaudevilles, et associe satire sociale, fantaisie merveilleuse et parodie d'opéra. Comme le relève Christelle Bahier-Porte, l'adaptation conserve les ressorts spectaculaires du merveilleux, la fée Harpagine enlevant ainsi Zirphile « dans un char tiré par un dragon volant ».
Les historiens du genre y voient une étape décisive de l'évolution de Favart, qui « a contribué à épurer le genre comique de la Foire » et chez qui Cette inflexion, sensible dans le traitement de l'amour naissant d»Acajou et de Zirphile, annonce les comédies à ariettes de sa maturité.
Le retentissement de la création a contribué à imposer l'opéra-comique, né sur les tréteaux des foires parisiennes, comme un genre lyrique autonome dont Favart fut l'un des pionniers. Paradoxalement, la fermeture de l'Opéra-Comique ordonnée le 30 mai 1744, obtenue par les Comédiens-Français « jaloux du succès d’Acajou » », n'a fait que renforcer la notoriété de la pièce, érigée en symbole de la vitalité d'un théâtre populaire capable de concurrencer les scènes privilégiées.
Notes et références
Éditions .
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