Les combats de Vaison-la-Romaine sont l’ensemble des affrontements, exactions et exécutions du 10 juin 1944 commises dans cette ville française du Vaucluse, peu de temps après le débarquement allié en Normandie. À la suite de l'occupation temporaire de la ville par les résistants du « maquis Vasio » le 9 juin, une contre-attaque est menée par l'occupant allemand entraînant des combats qui touchent particulièrement les communes de Séguret, Crestet et Vaison-la-Romaine.
Au cours des affrontements et des représailles qui suivent, près de 11 résistants, 2 otages et 5 civils sont tués lors des combats et bombardements ou exécutés sommairement par les forces allemandes composées d'unités de la Panzer Division et de troupes de sécurité. Les combats du 10 juin 1944 constituent l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire de la Résistance dans le Vaucluse avec le massacre de Valréas limitrophe deux jours plus tard12 juin 1944, 53 fusillés à Valréas, Récits et témoignages, Association cantonale des familles de fusillés, des déportés et internés, résistants et patriotes de l'enclave de Valréas, 2001, , 172 pages.
Contexte La ville de Vaison et le quartier Sainte-Croix à Saint-Romain-en-Viennois ont déjà eu a souffrir les exactions allemandes lors des combats du 25 mars 1944, au cours desquels sept résistants FTP furent tués par l'occupant.
À la suite du débarquement de Normandie du 6 juin 1944, les messages radiodiffusés depuis Londres appellent les groupes de la Résistance intérieure française au soulèvement général afin de désorganiser les renforts allemands partant vers le front de NormandieCharles de Gaulle, « Discours radiodiffusé, Londres, 6 juin 1944 archive » (discours radiodiffusé), sur La Fondation Charles de Gaulle. Dans le secteur de Vaison-la-Romaine, le groupe du « maquis Vasio » commandé par Lucien Grangeon dit « Antoine », multiplie les barrages routiers et les opérations de harcèlement afin de ralentir les mouvements allemands dans la vallée du Rhône. Ce groupe, rattaché à l’Armée secrète (AS), est organisé comme le Bataillon de la Compagnie des FFI du VaucluseAimé Autrand, Le département de Vaucluse de la défaite à la Libération (mai 1940-25 août 1944), Avignon, Éd. Aubanel, 1965.. gauche|vignette|Un groupe de maquisards FTPF à Chateauneuf-de-Bordette, près de Nyons, au printemps ou à l'été 1944. Dès le 8 juin 1944, les résistants vauclusiens et drômois prennent le contrôle de plusieurs communes du Haut-Vaucluse et des Baronnies, notamment Buis-les-Baronnies, Séderon, Montbrun-les-Bains, Nyons, Bourdeaux et Die. À Malaucène et Beaumes-de-Venise, 70 maquisards rejoints par les gendarmes mettent en place des barrages et affrontent les troupes motorisées allemandes guidées par des miliciens qui laissent sur le terrain neuf morts et huit blessés graves. Au même moment, une opération comparable est menée dans l’Enclave des papes où les résistants de l'enclave, de Nyons et du « maquis de la Lance » prennent le contrôle de Valréas et de plusieurs villages voisins dans le cadre d’un soulèvement coordonné. Puis le 9 juin 1944, c'est au tour d'environ 250 résistants de la Compagnie « maquis Vasio » d'investir la ville de Vaison-la-Romaine et les communes limitrophes comme le Crestet.
La réaction de l’état-major allemand de la « XIX. Armeekorps » ( Armée allemande) stationné à Avignon ne se fait pas attendre et un « Kampfgruppe » (groupe de combat) est assemblé pour intervenir et mettre fin au soulèvement. Le 10 juin 1944, une importante colonne motorisée allemande de plusieurs centaines d'hommes venue de Malaucène progresse vers Vaison-la-Romaine. Elle est composée d’éléments de la « Panzerdivision 9. » ( division blindée) et du bataillon du « Sicherungs-Regiment 194. » ( régiment de sécurité) basé à Mondragon. Vétérans du front de l'Est, les unités de panzergrenadiers et de reconnaissances de la division blindée sont aguerries au combat et disposent de véhicules blindés, ce qui n'est pas le cas des hommes du régiment de sécurité qui restent des troupes de second ordre mal équipées.
Déroulement
Combats du Crestet Le 10 juin 1944 vers 15 heures, la colonne allemande se heurte à un barrage tenu par la compagnie du « maquis Vasio » au lieu-dit du Taraïn, sur la commune du Crestet, près du carrefour des actuelles D938 et D977. Les résistants sont renforcés par des gendarmes de Beaumes-de-Venise acquis à leur cause et qui ont déjà affronté les Allemands le 8 juin.
Après trois heures de combat, les maquisards et gendarmes, moins nombreux et ne disposant pas d'armes lourdes, décrochent en direction de Propiac. Une partie du groupe ne parvient cependant pas à se replier : six résistants sont tués au combat et un blessé capturé est achevé sommairement dans un abri sous roche situé à proximité du barrage et de l'actuel monument commémoratif.
Deux prisonniers français — un résistant et un inconnu extraits le jour même de la prison Sainte-Anne d’Avignon par les Allemands pour accompagner la colonne comme otages — sont également abattus au Crestet en représailles après l’affrontement qui a provoqué de lourdes pertes dans les rangs allemands. Certains témoignages issus des associations de la Résistance estiment à environ soixante le nombre d'allemands tués, un chiffre qui n'est pas vérifiable et qui semble erroné et très exagéré. Quant à Aimé Autrand, ancien fonctionnaire de Vichy, résistant déporté en 1943 et historien vauclusien, il parle plutôt de 25 tués ou blessés pour la journée du 10 juin dans son ouvrage dédié au Vaucluse pendant la guerre.
Victimes au Crestet On compte sept Résistants tués ou exécutés lors des combats du Crestet: Marius Bardey, âgé de 29 ans: originaire de Larians-Munans, maquisard Armée secrète (AS), blessé puis achevé d’une balle sous le menton après sa capture; Louis Baudin, âgé de 16 ans : originaire de Buis-les-Baronnies, maquisard AS, tué au combat; Robert Bendinelli, âgé de 20 ans : originaire de Vaison, maquisard AS, tué au combat; Olivier Gariup, âgé de 21 ans: italien originaire d'Udine, maquisard AS, tué au combat; Laurent Gualla, âgé de 18 ans : originaire de Cairanne, maquisard AS, tué au combat; André Roulph, âgé de 23 ans : originaire de Nîmes, maquisard AS, tué au combat; René Sfolcini, âgé de 18 ans : italien originaire de Modane, maquisard AS, tué au combat; Et deux otages extraits de la prison Sainte-Anne exécutés en représailles: Pierre Benoît, âgé de 22 ans : originaire de Pont-Saint-Esprit, réfractaire du STO et maquisard AS, arrêté et incarcéré à la prison Sainte-Anne d'Avignon, il en est extrait comme otage puis abattu au Crestet en représailles aux combats; Civil non identifié: incarcéré à la prison Sainte-Anne, il en est extrait comme otage puis abattu en représailles;
Combats de Séguret Au même moment, d’autres éléments de la compagnie du « maquis Vasio » affrontent dans l'après-midi des troupes allemandes venues par l'Ouest sur le territoire de la commune de Séguret, notamment autour de la ferme Saint-Just. Là encore, les résistants en infériorité sont rapidement débordés et doivent décrocher, non sans pertes. La ferme est pillée au cours des opérations, un résistant est tué au combat et trois autres maquisards ainsi que le propriétaire de la ferme, qui aurait pris à partie les Allemands, sont capturés et exécutés. Les soldats allemands continuent alors leur progression vers Vaison, prenant la ville en tenaille.
Victimes à Séguret On compte quatre Résistants et un civil, le propriétaire de la ferme, tués ou exécutés lors des combats de Séguret: Isaïe Brun, âgé de 37 ans: originaire de Séguret, cultivateur, maquisard Armée secrète (AS), exécuté après sa capture ; Arsène Courbet, âgé de 32 ans: originaire de Sarrians, agriculteur, maquisard AS, tué au combat ; Joseph Domenech, âgé de 22 ans: originaire de Bessan, agriculteur, maquisard AS, blessé puis achevé après sa capture ; Marcel Soret, âgé de 31 ans: pupille de l'Assistance publique des Bouches-du-Rhône, ouvrier agricole, maquisard AS, exécuté après sa capture ; Charles Montjean, âgé de 59 ans: originaire de Buis-les-Baronnies, propriétaire de la ferme Saint-Just, exécuté pour avoir pris à partie les Allemands.
Combats de Vaison-la-Romaine vignette|Un Sd.Kfz. 250, semblable à ceux utilisés par les unités de reconnaissances de la Panzerdivision. En milieu d'après-midi le 10 juin, les forces allemandes mécanisées et équipées de véhicules de reconnaissance blindés encerclent progressivement Vaison-la-Romaine depuis l'ouest (Séguret) et le sud (Crestet). À partir d’environ 17h30, la ville est soumise à des tirs d’artillerie depuis l'aérodrome de Plan-de-Dieu — où sont disposés des canons de 105mm d'une portée de 30 km — ainsi qu’à de mitraillages aériens de la Luftwaffe venue en soutient depuis l'aérodrome de Caritat.
Les résistants du « maquis Vasio », en infériorité numérique et dépourvus d’armes lourdes, ne peuvent faire face et évacuent la ville vers l'est en direction de Nyons et de Propiac. Plusieurs bâtiments sont détruits ou incendiés, notamment une minoterie et quatre civils perdent la vie au cours des combats et bombardements. C'est le cas de Roger Planchat qui est blessé par un éclat d'obus alors qu’il se trouvait dans des jardins situés entre l’Ouvèze et l’ancienne voie ferrée. Rapatrié sur Vaison, il décède de ses blessures le lendemain. Les troupes allemandes reprennent la ville en soirée mais ne poussent pas plus loin. Une centaine d'habitants sont pris en otage et les maisons et fermes isolées du secteur sont méticuleusement fouillées.
Victimes à Vaison On compte quatre victimes civiles tuées lors des combats et des bombardements de Vaison: Léon Alazard, âgé de 60 ans : originaire de Coubisou, victime civile tuée lors des combats; Benjamin Peyre, âgé de 36 ans : originaire de Vaison, victime civile tuée lors des combats; Thérèse Peyre (née Gonthier), âgée de 66 ans : originaire de Vaison, victime civile tuée lors des combats. Roger Planchat, âgé de 29 ans: originaire de Vaison, victime civile blessée par un éclat d'obus lors des combats. Il décède de ses blessures le lendemain 11 juin. Il est inscrit à titre posthume comme Résistant maquisard de l'AS pour que ses deux fils obtiennent le statut de pupilles de la Nation.
Libération Malgré les affrontements du 10 juin 1944 entre résistants du « maquis Vasio » et forces allemandes, et la centaine de civils pris en otage, la ville semble échapper à des représailles massives. Cette relative retenue s’explique probablement par le caractère encore mobile des opérations allemandes dans le secteur à cette date. Le groupe de combat engagé autour de Vaison-la-Romaine poursuit en effet ses opérations vers l'Enclave des Papes où, deux jours plus tard, il participe à l’attaque de Valréas.
vignette|Une ambulance américaine progresse au milieu de carcasses de véhicules allemands détruits pendant leur retraite sur Montélimar, août 1944. À partir du débarquement de Provence du 15 août 1944, les forces allemandes amorcent un repli général depuis le sud-est de la France vers la vallée du Rhône. Dans le secteur de Vaison-la-Romaine et du Ventoux, les groupes FFI des maquis locaux multiplient alors les actions de harcèlement contre les colonnes allemandes en retraite, notamment sur les axes secondaires reliant Nyons, Vaison, le Barroux et Orange. Les résistants contrôlent progressivement plusieurs points de passage, tandis que les unités allemandes cherchent à rejoindre Montélimar afin d’échapper à l’encerclement allié.