L'abbaye Notre-Dame de la Nativité de CadouinJacques Gardelles, Aquitaine gothique, Picard, Paris, 1992,, , est un ancien monastère créé en 1115 en Dordogne, sur le territoire de l'ancienne commune de Cadouin.
Historique de l'Abbaye Fondation bénédictine En 1115, l'évêque Guillaume et les chanoines de la cathédrale Saint-Front donnent à Robert d'Arbrissel une partie de la forêt de Cadouin, à la Sauvetat. L'ermite Géraud de Salles fonde, au nom de Robert d'Arbrissel, un ermitage dans un vallon à l'écart de la vallée de la Dordogne en 1115. D'autres dons vont venir enrichir le patrimoine de l'abbaye par la noblesse des environs, dont ceux par Guillaume de Biron et Maynard de BeynacHélie Bey(nac ?), prieur de Saint-Avit-Sénieur, est témoin d'un acte de confirmation d'une donation faite le 2 des ides d'octobre 1147 par Adémar de Beynac à l'abbaye de Cadouin dans Archives du Périgord : Abbé Lespine, Abbayes du diocèse de Sarlar, Saint Avit Sénieur (lire en ligne).
Sentant la fin de sa vie proche, Robert d'Arbrissel cède à son ami les deux lieux situés dans la forêt de Cadouin, le Val Seguin et la Sauvetat. Il l'abandonne à leur pouvoir et à leur volonté ainsi qu'il le manifeste devant des personnalités importantes telles que le duc Foulque V d'Anjou et l'abbesse de l'abbaye de Fontevraud, Pétronille de ChemilléRevue 303, , L'Abbaye de Fontevraud, Réédition 2008.
En 1119, Géraud de Sales transforme l'ermitage en abbaye et fait venir comme premier abbé Henri, un moine de l'abbaye de Pontigny. Le XI des calendes de sont posés les fondements du nouveau monastèreAbbé Audierne, Notice historique sur l'abbaye de Cadouin, son église et ses cloîtres, .. Entre 1120 et 1140, l'abbaye de Cadouin va essaimer et va avoir six abbayes-filles sur le territoire aquitain qui vont elles-mêmes fonder des abbayesBernadette Barrière, Moines en Limousin. L'aventure cistercienne, , Presses universitaires de Limoges, Limoges, 1998 (lire en ligne). Ainsi l'abbaye de Grandselve fondée par Géraud de Sales en 1114-1117 qui se détache de l'abbaye de Cadouin pour se rattacher à l'ordre cistercien en 1145, l'abbaye d'ArdorelHélène Morin-Sauvade, La filiation de l'abbaye de Bonnevaux, , dans Unanimité et diversité cisterciennes: filiations, réseaux, relectures du , Publications de l'université de Saint-Étienne, Saint-Étienne, 2000 (extraits) dans le diocèse de Castres fondée en 1124 par Élie, un disciple de Géraud de Sales.
L'abbatiale fut consacrée en 1154 en présence des évêques de Périgueux, d'Agen et d'Angoulême, des abbés de Moissac, de Terrasson, de Condom.
Abbaye cistercienne thumb|left|upright=1.5|Plan des bâtiments monastiques. La tradition veut que l'abbaye ait été remise à l'abbaye de Pontigny en 1119, au moment de l'arrivée de moines venant de cette abbaye, dont le premier abbé. Il semble acquis aujourd'hui que cette information soit erronée. Tout au long du des contacts ont existé entre l'ordre cistercien et l'abbaye de Cadouin, mais l'abbaye n'a rejoint l'ordre qu'entre 1199 et 1201. Un accord a été passé en 1201 entre l'abbé de Pontigny et l'abbé de Cadouin en présence de l'archevêque de Bordeaux Hélie de Malemort, de l'évêque de Périgueux Adhémar et de Raimond de La Roche, prieur de Saint-Avit-Sénieur. Cet accord cite les abbayes filles de CadouinAbbé Audierne, Notice historique sur l'abbaye de Cadouin, son église et ses cloîtres, .. L'abbaye de Cadouin est la deuxième fille de l'abbaye de Pontigny et la onzième abbaye de l'ordre cistercien. Malgré son appartenance à l'ordre de Cîteaux, l'abbaye de Cadouin a conservé ses traditions et ses usages particuliers.
Les ont été des périodes prospères pour l'abbaye. La dévotion au suaire qui aurait été rapporté de Terre SainteOn sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un faux grossier, voir l'ouvrage de au début du par Raymond, comte de Toulouse, entraîne de nombreuses donations. Dans sa notice sur l'abbaye de Cadouin, l'abbé Audierne fait arriver le suaire à Cadouin en 1112, amené de Palestine par un clerc originaire de Cadouin, en reprenant l'histoire racontée dans le manuscrit de Cadouin intitulé Recueil de textes relatifs à la querelle eucharistique, à la vie des moines ; Apophtegmes des Pères du Désert ; Liste des évêques de Jérusalem ; Itinéraires en Terre Sainte dans la marge du folio 126.. L'abbaye est protégée par les seigneurs locaux et les évêques de Périgueux. Cependant le chapitre général de Cîteaux ordonne des enquêtes pour vérifier l'administration qui semble laisser à désirer.
Les guerres du vont entraîner la décadence de l'abbaye. L'abbaye est considérée en ruines en 1357. Il ne reste plus que deux moines pour garder le suaire. La Guerre de Cent Ans va amener le transport du suaire de Cadouin à Toulouse en 1392 par l'abbé de Cadouin, Bertrand du Moulin, qui y reste jusqu'en 1462. À la fin de la guerre, en 1453, il ne reste plus que le prieur et deux moines. Ce transport du suaire à Toulouse a privé l'abbaye des dons des pèlerins.
Au Moyen Âge, cette abbaye était soutenue par les rois de France. Le redressement de l'abbaye est commencé sous l'abbatiat de Pierre de Gaing (1455-1475) et son neveu. Grâce à la protection royale, ce dernier fait reconstruire le cloître grâce à la donation annuelle de tournois au monastère faite par le roi Louis XI en 1482« De par le roy. Noz amez et feaulx, en l'onneur et reverence du Saint Suaire qui est en l'église et abbaye de Cadouyn, nous avons donne aux religieux, abbe et couvent de ladicte abbaye la somme de IIII m livres tournois de rente, ainsi que pourrez veoir par les lettres dudit don. Et pour ce singulierement desirons icellui don avoir et sortir son effect, a ce que soyons deschargez des veu et promesse que avons faiz touchant ceste matiere, nous voulons et vous mandons que, lesdictes lettres de don et admortissement d'icelluy vous seront presentees, que les vérifiez et expediez, selon leur forme et teneur, sans y faire aucun reffuz ou difficulte ; car c'est l'une des choses du monde que avons plus a cueur. Et pour ce, gardez comment que ce soit, qu'il n'y ait point de faulte. Donne a Mascon, le jour d'avril. LOYS. G.BRICONNET. A noz amez et feaulx les gens de nostre court de parlement a Paris. Recepte viij maii M° CCCC° octogesimo secundo. » (Archives nationales, X1A 9318, fol.69 ; publiée par Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome IX, , Librairie Renouard, Paris 1905). Le parlement, dans sa séance du Conseil, du 21 mai 1482, donna satisfaction à la volonté du roi par la décision suivante : « Mardi, jour de may, au Conseil, en la Grant Chambre… La court a ordonne que, sur les lettres octroiees par le roy aux religieux, abbe et couvent de Cadoyn, par lesquelles ledit sgr leur a donne quatre mil livres de rente, sera mis et escript Lecta publicata et registrata… ». (Archives nationales, Parlement, Conseil, X1A 1490, fol.107).
La Commende et la Stricte observance
Après les guerres de Religion, l'abbaye est en commende. En 1643, l'abbaye adhère à la réforme cistercienne de la stricte observance. L'évêque de Sarlat atteste de l'authenticité du suaire de Cadouin l'année suivante. Après la suppression temporaire des abbés commendataires, en 1661, l'abbé Pierre Mary (1666-1696) entreprend un renouveau spirituel et temporel. Au , le retour de la commende va entraîner une décroissance du nombre de moines et des revenus de l'abbaye. En 1768 il reste cinq moines dans l'abbaye et ses revenus annuels sont de . En 1789, il y a six moines avec l'abbé Alain de Solminihac.
L'inventaire des biens de l'abbaye est fait les 21 et . Tous les biens, en dehors de l'église abbatiale devenue bien communal, sont vendus en 1791. Le cloître et les bâtiments conventuels sont rachetés par le département en 1839 à l'initiative de l'abbé Audierne, inspecteur des monuments historiques pour la Dordogne. L'ancienne abbaye de Cadouin bénéficie de multiples protections au titre des monuments historiques : classement du cloître en 1840, classement de l'église en 1898, classement des bâtiments conventuels en 1976, inscription de la porte de l'abbaye en 1927 et inscription des bâtiments conventuels en 1984. Consulté le 27 août 2009.
Elle est inscrite en 1998 sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
Architecture et description L'église abbatiale vignette|gauche|140px|Plan de l'église.Congrès archéologique de France (1927). L'église abbatiale de Cadouin est une église romane de trois nefs avec quatre travées voûtées en berceau brisé. Elle est consacrée en 1154.
La façade occidentale est du type Art roman saintongeais, se présente comme un grand mur austère et massif, avec un porche à quatre rouleaux en son centre, trois grandes baies, en plein cintre et plusieurs arcatures aveugles. L'intérieur est marqué par la sobriété de la décoration. La croisée du transept est dominée par une superbe coupole à pendentifs. Le chœur est décoré de chapiteaux aux motifs végétaux traditionnels dans l'architecture cistercienne primitive. Les chapiteaux de la nef sont en revanche plus frustes.
L'église possède la particularité d'être percée de trois oculi (petite fenêtre ronde) alignés, un sur la façade et deux sur la coupole. À chaque équinoxe, ces oculi sont traversés par un rayon de soleil, matérialisant l'orientation symbolique de l'église vers l'Orient.
Le cloître vignette|160px|Plan du cloître.Congrès archéologique de France (1927). Le cloître, de fonds roman, est décoré du . Des colonnes richement sculptées supportent des voûtes complexes. Dans la galerie nord, on trouve un magnifique siège abbatial en pierre. Aux angles se trouvent des portes de style gothique flamboyant du et des portes de style Renaissance du . Autour du cloître se trouvent des bâtiments abbatiaux restaurés au et qui abritent aujourd'hui une auberge de jeunesse..
Filiation de dépendances Cadoin est fille de l'abbaye de Pontigny, mère de Gondon, Bonnevaux, Ardorel, La Faise et Saint-Marcel et aux origines de Granselve jusqu'en 1145.
Liste des abbés
Le suaire de Cadouin
Aucune archive ne permet de retracer les origines du Suaire de Cadouin. Pendant des siècles, l'histoire se mêle de légende et l'héritage de cette relique de la Passion par les moines de Cadouin s'inscrit dans la lignée de biens des reliques médiévales. Une pancarte affichée dans l'abbatiale depuis le Moyen Âge attestait de l'authenticité de cette relique. Ramenée de Terre sainte après la première croisade, elle était destinée à la cathédrale du Puy, celle d'Adhémar de Monteil, légat du pape dirigeant cette croisade, puisque c'est lui qui était l'heureux bénéficiaire de l'invention de cette relique pendant le siège d'Antioche. Mais les chanoines du Puy refusèrent de croire à l'histoire du prêtre périgourdin que le légat-évêque avait chargé de ramener la relique dans sa cathédrale. C'est donc naturellement dans sa paroisse de Brunet que le prêtre périgourdin décida de conserver cette relique. Voisin des moines de Cadouin qui venaient de s'installer dans le vallon du Bélingou, en contrebas de Brunet, le prêtre ne tarda pas à rejoindre la communauté monastique. Son église en bois ayant brûlé, le Saint-Suaire, miraculeusement épargné, fut récupéré en 1117 par les moines de Cadouin qui accueillirent le malheureux prêtre dans les murs de leur abbaye fondée deux ans plus tôt. Le Saint Suaire était désormais cadunien, il le resterait pour toujours, malgré quelques épisodes extérieurs à Cadouin.
Plus probablement entre 1201 et 1214 (date de la première mention du Suaire dans un acte de Simon IV de Montfort), l'abbaye entre en possession du Saint-Suaire et le conserve, durant plusieurs siècles. Cette relique vaut à l'abbaye de Cadouin de devenir un lieu de pèlerinage important, sur le chemin de Compostelle. À partir de 1214, l'histoire de l'abbaye est intimement mêlée à celle de sa relique : grandeur et décadence se succèdent jusqu'à la Révolution et au départ des derniers moines.