María Remedios del Valle (vers 1768–1847), également appelée « Madre de la Patria » (Mère de la Patrie), est une soldate qui a participé à la guerre d'indépendance de l'Argentine, dans l'armée des Provinces-Unies du Río de la Plata. Elle a des origines africaines. Après avoir suivi les troupes comme civile, elle s'engage dans l'Armée du Nord et participe à plusieurs batailles. Capturée par les forces espagnoles après la bataille d'Ayohuma, elle parvient à s'échapper. Toute sa famille a péri durant la guerre. À la fin du conflit, elle retourne à Buenos Aires et mendie pour subsister. Un des généraux, sous les ordres duquel elle avait combattu, lui obtient une rente viagère qui lui sera versée durant dix ans.

Ce personnage est oublié jusqu'au début du , époque à laquelle des historiens argentins commencent à prendre en compte les afro-argentins, dans l'histoire nationale. Sa contribution dans l'indépendance de la nation est alors reconnue et son portrait figure sur le billet de 10 000 pesos mis en circulation en mai 2024.

Biographie María Remedios del Valle est née à Buenos Aires. Dans son dossier militaire, elle est signalée comme une « parda », une métisse avec des origines africaines. Un témoignage consigné dans un document du Congrès, le Diario de Sesiones de 1828, précise qu'elle avait, à cette date, « soixante ans ou plus ». Elle serait donc née aux alentours de 1768. Sa mère était une esclave.

Le 20 juin 1810, María Remedios del Valle accompagne son mari et ses deux fils et l'Armée du Nord, déployée par les Provinces-Unies du Río de la Plata pour libérer le Pérou et le Haut-Pérou (actuels Pérou et Bolivie) de l'Espagne. Lors de cette première expédition militaire, elle fait partie des , les auxiliaires civiles, recrutés parmi les paysans pauvres, qui assurent des tâches non combattantes pour le compte de l'armée (cantiniers, infirmiers, porteurs, messagers, renseignements...). Elle est sous le commandement de , un capitaine de bataillon de l'artillerie volante.

L'armée arrive à Potosí en décembre 1810. Del Valle participe comme auxiliaire aux batailles de Huaqui (20 juin 1811) et à la retraite de l'armée vers Jujuy, à l'(le 23 août 1812), aux victoires de Tucumán (24 septembre 1812) et de Salta (20 février 1813), ainsi qu'aux batailles de () et d'Ayohuma (14 novembre 1813). Avant la bataille de Tucumán, elle demande au général Manuel Belgrano l'autorisation de soigner les soldats tombés au front. L'officier refuse. Selon lui, les femmes ne sont pas aptes à servir en première ligne. Elle ignore l'ordre de rester à l'arrière. Elle sera promue plus tard capitaine par Belgrano. Lors de la bataille d'Ayohuma, del Valle est blessée par balle et faite prisonnière par l'armée espagnole Pendant sa captivité, elle aide des prisonniers à s'évader, ce qui lui vaut d'être condamnée à la flagellation publique, pendant neuf jours consécutifs. Elle finit par s'évader et rejoint l'armée pour soigner les blessés du champ de bataille, fonction qu'elle occupe jusqu'à la fin de la guerre.

On sait peu de choses sur le devenir de Maria del Valle après la fin de la guerre en 1818, jusqu'aux alentours de 1826. On sait que son mari et ses deux enfants ont été tués lors des combats, mais les circonstances exactes restent floues. Le 23 octobre 1826, elle demanda une compensation pour les services rendus par sa famille pendant la guerre d'indépendance argentine, mais sa demande fut rejetée. Sa santé fragile et son âge avancé l'empêchent de subvenir à ses besoins, et del Valle commença à mendier de la nourriture dans les couvents de la ville. Le général Juan José Viamonte la découvre dans les rues, dans un état déplorable, et intercède auprès de l'assemblée législative, afin qu'elle obtienne une pension. Il a dans cette démarche le soutien d'autres officiers, tels le général Eustaquio Díaz Vélez, qui témoigne qu'elle a combattu dans la guérilla et a également prodigué des soins aux blessés, et le colonel Hipólito Videla, qui confirme qu'elle a été blessée sur le front et a été emprisonnée à Ayohuma. Un examen du corps de del Valle confirma qu'elle portait six cicatrices témoignant de blessures par balles et par épée.

Tomás de Anchorena, membre de l'Assemblée législative, plaide également sa cause et l'Assemblée accepte d'accorder à del Valle un traitement correspondant au grade de capitaine d'infanterie. Ce traitement fut par la suite revalorisé en une compensation pour son grade de sergent-major de cavalerie. Del Valle est affectée à la réserve, et conserve le traitement complet correspondant à son grade de 1830. Elle continura de percevoir une pension jusqu'à sa mort en 1847, bien que les archives montrent qu'entre 1836 et 1847, les paiements furent effectués à Remedios Rosas. On pense qu'elle a changé de nom pour rendre hommage au gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas qui a oeuvré à l'octroi de sa pension. Une note datée du 8 novembre 1847 des archives de l'armée indique son décès.

Postérité Elle apparaît pour la première fois dans un ouvrage d'histoire argentin au début des années 1930, lorsque Carlos Ibarguren publie son histoire, et en 1944, Buenos Aires baptise une rue en son honneur. Cependant, elle tombe dans l'oubli jusqu'au début du , lorsque des Afro-Argentins, des militants et des universitaires commencent à intégrer l'histoire des personnes exclues de l'historiographie du pays. Elle est aujourd'hui largement reconnue pour sa contribution à l'indépendance du pays et de nombreuses publications retracent son histoire.

En octobre 2021, une école de la ville de Rosario, dans la province de Santa Fe, a changé son nom pour celui de María Remedios Del Valle, en hommage à la « Mère de la Patrie ». Cette décision a été prise par la communauté éducative à l'issue d'un référendum.

En mai 2022, la Monnaie argentine a émis un billet de 10 000 pesos argentins, à l’effigie de Carla del Valle aux côtés de Manuel Belgrano. Le site web du gouvernement la décrit comme « une héroïne de la guerre d’indépendance. En tant que femme afro-descendante, elle a affronté tous les préjugés de son époque… Grâce à son courage, (elle) a été nommée capitaine par Manuel Belgrano… en son honneur, la loi 26 582 a institué le 8 novembre comme Journée du peuple afro-argentin ».

Le 8 novembre 2022, un monument à la mémoire de María Remedios del Valle est inauguré sur la Plazoleta Castelão, à Buenos Aires. Ce monument comprend une statue à l'effigie de María Remedios del Valle, sculptée par Alexis Minkiewicz, en collaboration avec Gisela Kraisman et Louis Yupanki. La statue, imprimée en 3D en résine et laquée polyuréthane, mesurait de haut avec son socle et pesait 80 kilos. Le , la statue de María Remedios del Valle est incendiée, un acte de vandalisme condamné par le ministère de la Culture.

Références

Voir aussi

Articles connexes Juana Azurduy de Padilla Manuela Sáenz Maria Quitéria de Jesus

Liens

Bibliographie

Catégorie:Militaire argentin du XIXe siècle Catégorie:Femme militaire Catégorie:Guerre d'indépendance de l'Argentine Catégorie:Décès en novembre 1847 Catégorie:Date de naissance incertaine (XIXe siècle) Catégorie:Héros (titre) Catégorie:Naissance à Buenos Aires Catégorie:Décès à Buenos Aires