Hamama () est une ville palestinienne de plus de 5000 habitants qui, comme des centaines d’autres villes et villages, a été dépeuplée au cours du nettoyage ethnique de la PalestineIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). . après avoir été habitée de façon continue depuis l’époque mamelouke (vers 1270). Elle était située à 24 kilomètres au nord de GazaMarom & Taxel (2024-10-10)..

Le site avait auparavant été habité depuis l’époque hellénistique jusqu’à l’Empire byzantin, étant alors une ville florissanteMarom & Taxel (2023-10-01).. Certains ont identifié Hamama avec l’antique cité grecque de Peleia, mais d’autres historiens situent cette cité plus près d’Ascalon. À l’époque israélienne, le site a été utilisé pour construire un quartier de la ville d’Ashkelon, après des fouilles de sauvetage.

Toponymie

Le nom le plus ancien d’Hamama peut être Peleia, remontant à l’Empire romain, ce qui se traduit par "colombe". Quand les Arabes conquièrent le Levant au , ils lui donnent le nom arabe d’Hamama, de même sensPalmer (1881), 267., dans l’hypothèse où Peleia et Hamama occupent le même site.

La colombe était l’emblème de la ville antique d’Ascalon et figurait sur ses monnaies.

Le nom arabe d’Hamama se transcrit également HamamehConder, Kitchener, SWP II, 1882, 418..

Géographie

Hamama était situé dans la plaine côtière palestinienne, à 24 kilomètres au nord-nord-est de Gaza et à deux kilomètres de la mer Méditerranée« », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 2 juin 2026..

La route principale côtière et la voie ferrée des chemins de fer de Palestine passaient à l‘est de la ville.

En 1945, la superficie totale des terres d‘Hamama était de (41,4 km²). La propriété se répartissait entre (12,8 km²) de terres publiques, (26,8 km²) de terres appartenant à des Arabes et 1693 (1,7 km²) dounams appartenant à des Juifs. Sur ce total, 6661 dounams (6,7 km²) étaient des terres incultes ou des zones bâties. Sur les de terres cultivées, 1356 dounams étaient consacrés aux plantations d’agrumes et de bananiers, 4459 dounams (446 hectares) étaient classés comme vergers ou terres irrigables et (2889 hectares) étaient consacrés aux céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi (1970), 86.

Histoire

La ville est construite sur le Tell Mishqafa, identifié avec le Peleia antique dans une source byzantine du .

Plusieurs sites archéologiques se trouvaient sur son territoire, dont Khirbat Khawr al-Bayk et Cheikh Awad.

La ville byzantine

Au , une ville byzantine prospère sur le site, qui peut éventuellement être identifié avec la ville de Peleia, bien qu’il n’y ait pas de consensus à ce sujet parmi les historiensKhalidi (1992), 97-98..

Des vestiges des cinquième et sixième siècles ont été retrouvées, dont de la céramique byzantineDauphin (1998), 869.. Un fragment d’une inscription en grec est exposé au musée du Louvre à Paris.

Croisades et période mamelouke

Le site d’Hamama est situé à proximité du lieu où la bataille d'Ascalon, entre les Croisés et les Fatimides, s’est déroulée en 1099. Il y a très peu de restes archéologiques datant de la période croisée à Hamama, et les sources de l’époque ne mentionnent pas la ville.

Pendant le Sultanat mamelouk d'Égypte, la région passe aux mains des Mamelouks.

À l’époque de la colonisation britannique (1918-1948), le village est enquêté par le qui notent la présence de deux mosquées. La mosquée de cheikh Ibrahim Abi Arqub contient alors des colonnes de marbre aux chapiteaux ornés dans l’iwan. Cette mosquée est affiliée à un descendant du troisième calife, Omar ibn al-Khattâb. L’autre mosquée, dite de cheikh Hamid, est aussi ornée de marbres. Aucune de ces deux mosquées n‘existe plusPetersen (2001), 146.. Les mêmes archéologues ont aussi localisé une dalle de marbre dans le mur occidental de la mosquée Ibrāhīm Abū ʿArqūb, portant une inscription en arabe de neuf lignes datant de 700 AH (1301 après J.-C.). Elle a disparu, son texte n‘a pas été sauvegardé.

En 1333/4 CE (734 AH), une partie des impôts du village étaient attribués à un waqf (fondation pieuse) chargé du tombeau et de la madrasa d'Aqbugha bin Abd Allah au sein du complexe de la mosquée Al-Azhar au CaireMPF, 10, 30. Cité par Petersen, 2001, 146.. En 1432, le sultan mamelouk Barsbay est réputé avoir traversé le village.

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman. Dans le premier defter (registre fiscal) de 1526/7, la population recensée est de 31 foyers musulmans et un célibataire. Hamama relève alors de la nahié de Gaza et du sandjak de Gaza. Dans le defter de 1596, la population est de 84 foyers musulmans, soit environ 460 habitants. Les villageois payaient un impôt à taux fixe sur les chèvres et les ruches, plus des taxes diverses, pour un total de 6800 akçe. Tous les revenus fiscaux étaient affectés au waqf déjà évoquéHütteroth, Abdulfattah (1977), 142. Cité par Khalidi (1992), 98.. Ses habitants avaient des origines diverses, dont le Hauran et l’ÉgypteGrossman, D. (1986). "Oscillations in the Rural Settlement of Samaria and Judaea in the Ottoman Period". in Shomron Studies. Dar, S., Safrai, S., (eds). Tel Aviv: Hakibbutz Hameuchad Publishing House. 382.. À cette époque, le village est une étape importante entre Isdud et Majdal 'Asqalan sur la route allant du Caire à DamasMarom, Roy (2026). Settled Land: The Arab Countryside in Israel/Palestine (en hébreu). Ra'anana: Lamda Scholarship, The Open University of Israel Press. 18. ..

Au , al-Nabulsi signale la tombe (qabr) de cheikh Ibrahim Abi Arqub alors que le maître soufi (1688–1748/9) visite Hamama dans la première moitié du après son départ d’al-JuraKhalidi (1992), 98..

Marom et Taxel ont montré qu’aux et siècles, la pression exercée par les nomades conduit à l’abandon de plusieurs villages autour de Majdal ‘Asqalān et dans le sud de la plaine côtière en général. La population des villages abandonnés se réfugie dans certains villages, tout en continuant à cultiver les terres des villages abandonnés. Hamama a ainsi absorbé les villages de Ṣandaḥanna et Mi‘ṣaba.

Hamama apparaît sur la carte de Pierre Jacotin, dessinée lors de la campagne d'Égypte et de Syrie du général Napoléon Bonaparte en 1799. Il commet l‘erreur d’échanger son emplacement avec celui de MajdalKarmon (1960), 173 D.H. Kellner, « Jacotin's Map of Palestine », Palestine Exploration Quarterly, janvier-avril 1944, 161..

La restructuration de l’administration locale entamée par le courant réformiste des tanzimats dans les années 1860 est mise en place au niveau des districts. La mise en place du système des quartiers — la division des terres du village entre les familles — conduit à un développement économique significatif, comme le montre l’usage des terres au début du . La fin du paiement de taxes de protection aux nomades et de leurs raids est obtenue grâce à 'Ali Abu Saqr (mort avant 1873). Le développement du village bénéficie aussi de l‘arrivée continue de migrants égyptiens, au moment de l’occupation égyptienne dans les années 1830, puis après le percement du canal de Suez puis dans les années 1920. Ils étaient principalement originaires de l’est du delta du Nil. En général, les immigrants égyptiens formèrent un groupe marginal dans les villages, se voyant refuser l‘accès à la propriété foncière et se mariant entre eux. À la fin du , les zones dunaires sont mises en culture selon la technique du mawasi : des petites dépressions sont plantées de jardins et de vergers irrigués. Les orangeraies d’Hamama sont mentionnées dès 1891.

En 1863, Victor Guérin visite Hamameh, et note une mosquée construite avec d’anciens matériaux. Les maisons sont construites en pierre ou en briques crues. Il estime sa population à au moins 800 âmesGuérin, 1869, 129–130. Il note également les jardins superbes, séparés par des haies vives d’énormes figuiers de Barbarie et plantés d’oliviers, de figuiers, de grenadiers, d’abricotiers et de mûriers, dominés par des palmiers et des sycomores.

Une liste de villages ottomane de 1870 recense 193 maisons et 635 hommmes à Hamame, ce document ne recensant pas les femmesSocin, 1879, 154.Hartmann, 1883, 131, relève 291 maisons..

Les activités artisanales représentées à Hamama comprenaient le textile et la charpente. La vente d’antiquités aux voyageurs européens étaient aussi une source de revenus.

Mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Yibna est conquise en octobre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Sous le mandat britannique, un conseil local est institué pour administrer les affaires locales. Hamama possède alors une mosquée et deux écoles primaires, une pour les filles (créée en 1946) et l’autre pour les garçons (créée en 1921). Les autorités britanniques ont planifié des quartiers autour du vieux village. Le village s’est développé le long des routes qui convergeaient vers lui, lui donnant un plan en étoile. La gare de Majdal du réseau des chemins de fer de Palestine était située entre les deux villes.

Dans les années 1940, la route est asphaltée afin de permettre d‘accéder au village en toutes saisons .

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Hamama avait une population de 2731 habitants, dont 2722 musulmans et 9 chrétiensBarron (1923), Table V, Sub-district of Gaza, 8., tous orthodoxesBarron (1923), Table XIII, 44.. Au recensement de 1931, la population augmente à 3405 habitants, dont 3401 musulmans et 4 chrétiens, dans 865 maisonsMills (1932), 3..

En 1943, le kibboutz de Nitzanim est fondé sur des terres du village.

Dans les statistiques de Village de 1945, la population d’Hamama est estimée à 5070 habitants, dont 5000 musulmans, 10 chrétiens et 60 juifs (habitants de Nitzanim)Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, 31.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi (1970), 45..

En 1946, l‘école de garçons avait 338 élèves inscrits, et celle des filles 46. Les habitants subsistaient principalement de l’agriculture et de la pêche ; ils cultivaient des céréales, des agrumes, des fruits (amandes, abricots, figues, pastèques et melons). Des arbres étaient plantés le long de la zone dunaire pour prévenir l’érosion et l’invasion par les sablesKhalidi (1992), 99.. L’élevage constituait également une source importante de revenus : en 1943, le cheptel était constitué de 405 bovins, 310 ovins et 172 chèvres de plus d’un an, 228 chameaux, 11 chevaux, 9 mules, 567 ânes, 2963 volailles et 454 pigeons. Le village comptait dix pressoirs à huile. Les villageois avaient investi des sommes importantes pour le forage d’une vingtaine de puits artésiens qui permettaient d’importantes cultures irriguées. Des habitants avaient un travail salarié dans les camps de l’armée britannique, à la compagnie de chemins de fer ou à la ville de Majdal.

Guerre de 1948

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Hamama est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..