Les Prophètes de l'IA (titre complet : Les Prophètes de l'IA : pourquoi la Silicon Valley nous vend l'Apocalypse) est un essai engagé du journaliste technocritique Thibault Prévost publié en 2024. Il porte sur les discours du secteur de l'Intelligence Artificielle et les idéologies qui influencent ses acteurs.

Résumé Thibault Prévost s'intéresse avant tout à l'aspect eschatologique des discours que produit ce secteur, prophétisant soit l'apocalypse soit la résolution de tous les problèmes de l'humanité suite au développement d'une Intelligence Artificielle Générale et l'avènement de la Singularité.

Des discours qu'il qualifie de techno-religieux souvent vus comme opposés mais qu'il décrit comme , les deux contribuant à entretenir le mythe d'une toute-puissance à venir de cette technologie, dans le plus grand intérêt économique du secteur concerné (s'il ne nie pas que certains de ceux qui les émettent soient sincères). Il rappelle que ce n'est pas la première technologie à avoir été l'objet de ce genre de "hype" mêlant catastrophisme et promesses délirantes.

Sur les progrès de l'intelligence artificielle il se montre très sceptique, reprenant au sujet des grands modèles de langage l'expression de "perroquets stochastiques" issue d'un célèbre article d'Emily Bender et les décrivant même comme si perfectionné soit-il. Il ne voit pas l'intelligence humaine comme réductible au genre de processus que de telles applications peuvent automatiser.

Il distingue 4 factions parmi les grandes voix du secteur ou qui l'inspirent : les "modérés" comme Yann LeCun, dont les discours n'annonçant pas une atteinte rapide d'une intelligence générale visent surtout à rassurer et s'opposer à sa régulation ; les "illuminés" comme Sam Altman ou le philosophe transhumaniste Nick Bostrom , qui oscillent entre crainte et admiration de la technologie, n'étant constants que dans leur affirmation du potentiel sans limite de l'IA ; les "pessimistes sincères", comme Eliezer Yudowsky et d'autres "doomers", qui se sont convaincus que l'atteinte de la superintelligence entraînerait la fin de l'humanité ; et enfin les "purs optimistes" comme Larry Page ou l'investisseur Marc Andreessen qui affirment qu'il n'y a aucune raison de paniquer, l'IA étant destinée à sauver le monde.

Pour expliquer l'émergence de ces discours techno-religieux, il revient sur l'histoire des idéologies dites "TESCREAL" , en particulier le Transhumanisme, le Singularisme, l'Altruisme Efficace et le Long-Termisme et l'influence qu'elles ont eu sur de nombreux chercheurs et entrepreneurs de l'IA, ainsi que sur la création et orientation du champ de recherche (ou présentée comme tel) de la Sureté de l'IA.

Ce qu'il y a à craindre de l'IA n'a pour lui rien à voir avec les risques existentiels que les prophètes de l'IA mettent en avant : une technologie reposant sur l'exploitation et au coût écologique conséquent, qui diffuse et amplifie les biais auxquels adhèrent ses créateurs, au service de la surveillance de masse, de la manipulation algorithmique et finalement du pouvoir d'une poignée d'oligarques pratiquant un lobbying intense tout en jouant les visionnaires. conclut-il à leur sujet.

Sommaire Le livre est divisé en 6 parties elles mêmes subdivisées en chapitres.

État des Lieux La Terre Sainte du Transhumanisme Futuritarismes L'Apocalypse selon l'IA Du bon usage des prophéties Systèmes d'exploitation

Réception Si l'essai et son auteur n'ont pas droit à l'attention des grands médias audiovisuels français sa réception critique est globalement positive.

Les Prophètes de l'IA est décrit par Olivier Clarouin dans Le Monde comme . Il trouve son propos et . s'il considère aussi qu'on peut ou non se reconnaître dans le positionnement et le de l'auteur. Près d'un an plus tard, la Matinale du Monde liste également cet ouvrage parmi huit à lire pour comprendre les enjeux de l'intelligence artificielle.

Pour Nastasia Hadjadji dans Socialter, Thibault Prévost démontre et Jean-Luc Porquet dans le Canard Enchaîné qualifie son essai d'.

La Revue philosophique de France et de l'étranger (2026) dit que et le décrit comme un essai . La Cliothèque, site consacré à l'enseignement de l'histoire et géographie, le voit comme posant , tandis que le site Canadien Affaires Universitaires en parle comme d' . Pour François Saltiel qui anime le podcast Un monde connecté sur France Culture : « Les Prophètes de l’IA a le mérite de nous offrir un contrepoint salutaire face aux discours techno-enthousiastes dominant, mais il laisse le lecteur quelque peu désemparé. Si l’auteur milite pour notre "intelligence organique" qui se doit d’être "irréductible et insaisissable", à la fin de la lecture, les pistes, solutions restent, elles aussi, insaisissables… » Hors ceux centrés sur lui, on le retrouve mentionné dans divers articles sur le sujet, par exemple de Reporterre et Marianne.

L'Auteur Thibault Prévost est un journaliste indépendant formé à Strasbourg. Professionnel depuis 2013, il est spécialiste des enjeux liés aux nouvelles technologies et se définit lui même comme technocritique. Il a notamment écrit pour Slate, Numerama, Konbini et Usbek&Rica et tient une chronique régulière, "Clic gauche", pour Arrêts sur Image, dont la description revendique de .

L'expression "prophètes de l'IA" et discours similaires On retrouve l'expression "prophètes de l'IA" et/ou des critiques assez similaires des discours "techno-religieux" du secteur chez un ensemble d'auteurs (autres journalistes, essayistes, philosophes, scientifiques) , s'ils peuvent ou non faire les mêmes analyses sur ce qui les explique ou le potentiel de l'intelligence artificielle en tant que technologie que Thibault Prévost.

Par exemple, avant celui ci, le théologien américain Robert Geraci consacre un livre à l'aspect religieux des discours du secteur en 2010 et le chercheur et éthiciste français Jean-Gabriel Ganascia fait des critiques assez similaires du Mythe de la Singularité dans l'ouvrage du même nom en 2017.

Plus récemment la journaliste américaine Karen Hao autrice du best-seller Empire of AI (2024) emploie l'expression "AGI evangelist" pour évoquer ses acteurs. La philosophe Carissa Véliz, quant à elle, dans un essai lui même intitulé Prophecy, fait un parallèle entre la prédiction sur laquelle sont basées les IAs génératives et la tendance au prophétisme de leurs promoteurs. Enfin, les journalistes Olivier Tesquet et Nastasia Hadjadji auteurs de Apocalypse Nerds (2025) emploient le vocabulaire et font directement référence à l'essai de Prévost.

On retrouve enfin l'expression "prophète de l'IA" ou "AI's prophet" (parfois "...of doom") en version anglophone employée indépendamment d'une critique du techno-religieux en général au sujet de certaines voix du secteur (patrons prédisant des progrès ou alarmistes sur les risques de l'IA).

Notes et références

Catégorie:Essai paru en 2024