Tausend-Mark-Sperre (en allemand, littéralement « blocage des mille marks ») désigne une sanction économique imposée à l'Autriche par le gouvernement du Reich allemand en mai 1933. Elle obligeait tout citoyen allemand à acquitter une taxe de 1 000 Reichsmarks au Reich avant tout voyage vers l'Autriche ou à travers son territoire, à l'exception du petit trafic frontalier. Entrée en vigueur le 1 juillet 1933, la mesure visait à affaiblir l'économie autrichienne, déjà très dépendante du tourisme, et à déstabiliser le chancelier Engelbert Dollfuss. Elle fut levée en 1936 à la suite de l'accord de juillet.

Base juridique et datation La sanction est décidée par le gouvernement du Reich le 27 mai 1933. Elle prend la forme d'une loi sur la limitation des voyages vers la République d'Autriche (Gesetz zur Beschränkung der Reisen nach der Republik Österreich) datée du 29 mai 1933, complétée par une deuxième ordonnance d'application du 31 mai 1933 qui institue la taxe de 1 000 reichsmarks, publiée au Reichsgesetzblatt du 1 juin 1933. Le dispositif entre effectivement en vigueur le 1 juillet 1933. Cette succession rapprochée d'actes explique les écarts de datation que l'on rencontre dans la littérature, certaines sources retenant le 27 mai, d'autres le 29 mai ou le 1 juin.

Contexte Au début de l'année 1933, peu après l'accession d'Adolf Hitler à la chancellerie allemande, le régime national-socialiste entreprend de déstabiliser le gouvernement autrichien et de soutenir les nationaux-socialistes d'Autriche, dans le cadre d'une agitation menée contre Vienne. Le chancelier Engelbert Dollfuss, arrivé au pouvoir en 1932, gouverne alors de manière de plus en plus autoritaire après la mise à l'écart du Parlement. C'est dans ce climat que s'inscrit la mesure douanière allemande.

Déclenchement : l'expulsion de Hans Frank Le prétexte invoqué est l'expulsion d'Autriche du ministre bavarois de la Justice Hans Frank, l'une des figures dirigeantes du national-socialisme allemand et membre de la « vieille garde » hitlérienne. Le 15 mai 1933, lors d'un discours à Graz, Frank menace d'une ingérence active du gouvernement allemand dans la politique intérieure autrichienne, au motif que l'Autriche serait un « État partiel allemand ». À la suite de son expulsion, le Reich réplique par la Tausend-Mark-Sperre, dont l'objectif réel demeurait de provoquer la chute de Dollfuss.

Modalités À partir du 1 juillet 1933, tout ressortissant allemand devait verser au Reich une taxe de 1 000 reichsmarks avant chaque voyage vers l'Autriche ou à travers son territoire, le petit trafic frontalier étant seul excepté. Le paiement était inscrit dans le passeport, ce qui le rendait aisé à contrôler. En raison de l'obligation de visa alors répandue en Europe, une entrée clandestine en Autriche par des chemins détournés pouvait de surcroît être repérée immédiatement lors du retour en Allemagne. La somme représentait un montant très élevé pour un particulier de l'époque.

Conséquences sur le tourisme autrichien L'obstacle financier se révèle efficace. La part des touristes allemands dans le tourisme autrichien avoisinait 40 % en 1932. Le nombre total de nuitées recule de 19,9 millions en 1932 à 16,5 millions l'année suivante, le point bas étant atteint en 1934 avec 15,9 millions de nuitées. Au seul Tyrol, les nuitées chutent de 4,4 millions à environ 500 000 sur la période. La mesure pèse aussi sur les universités autrichiennes : à Graz notamment, de nombreux étudiants venus du Reich, jusque-là inscrits dans l'établissement, regagnent par centaines les universités allemandes.

Réactions du gouvernement autrichien Pour contrer la baisse des nuitées, le gouvernement autrichien déploie plusieurs mesures. Il soutient une hôtellerie fragilisée, intensifie la promotion touristique dans d'autres pays d'origine, lance de vastes opérations de séjours pour enfants, propose des réductions ferroviaires pour les longs voyages et incite les fonctionnaires à passer leurs congés en Autriche. De nombreux projets locaux renforcent par ailleurs l'attractivité des destinations, à l'image de la Route alpine du Grossglockner, ouverte en 1935. Des films de promotion sont réalisés à destination des publics anglophone et francophone, dont Singende Jugend (1936), qui connaît un réel succès à l'étranger. Le tourisme intérieur, ainsi que la fréquentation venue d'autres pays, progressent notamment en 1934 et 1935.

Levée L'accord de juillet (Juliabkommen), signé le 11 juillet 1936 entre l'Autriche du chancelier Kurt von Schuschnigg et l'Allemagne, négocié par l'ambassadeur Franz von Papen, prévoit la levée de la sanction en échange de concessions autrichiennes envers les nationaux-socialistes. L'abrogation effective intervient le 31 août 1936. Dollfuss, que la mesure entendait renverser, avait entre-temps été assassiné le 25 juillet 1934 lors du putsch national-socialiste de juillet 1934, la sanction n'ayant donc été abrogée que sous son successeur.

Historiographie L'historiographie récente relativise la portée de la sanction. D'une part, les effets de la crise économique mondiale amorcée à la fin des années 1920 atteignaient leur sommet au même moment. D'autre part, la mesure aurait surtout offert un point de cristallisation rendant tangible, pour le citoyen ordinaire, le problème abstrait d'une crise économique de fond difficile à saisir concrètement. Des sources contemporaines affirmaient déjà que « l'attentat contre le tourisme autrichien » avait échoué, les recettes de 1933 ayant selon elles rejoint le niveau de 1932.

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes

Engelbert Dollfuss Austrofascisme Putsch de juillet Accord austro-allemand de juillet 1936 Anschluss Reichsmark

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