L'ancien château des Évêques, également appelé château des évêques de Dax et aujourd'hui connu sous le nom de domaine Array Dou Sou, est un ancien palais épiscopal situé sur la commune de Saint-Pandelon, dans le département des Landes, en région Nouvelle-Aquitaine.

Édifié à partir de 1304 comme résidence d'été des évêques de Dax, puis remanié jusqu'au , l'édifice est partiellement inscrit au titre des monuments historiques depuis 1973 ; son parc fait par ailleurs l'objet d'un classement au titre des sites. Laissé à l'abandon, le château est racheté en 2021 puis restauré, et rouvre au public en 2025.

Situation Le château est implanté à Saint-Pandelon, à quelques kilomètres au sud de Dax, sur un promontoire d'ophite dominant la vallée du Luy, à proximité de la gare de Dax, desservie par des TGV directs vers Paris et Bordeaux. Le site, occupé de longue date, conserve les traces d'un habitat fortifié antérieur à l'édifice médiéval.

Histoire Le site avant le château Le château occupe le sommet d'un promontoire d'ophite dominant la vallée du Luy, isolé du plateau par un double fossé et un double talus. Ce relief naturel, facile à défendre, a été aménagé dès la Préhistoire en camp retranché : l'enceinte primitive, du type de celles édifiées au Néolithique, développe un pourtour d'environ pour une superficie intérieure d'à peu près . Le site est signalé comme ancien camp retranché dès 1821 par Palassou, puis au sous le nom de Castera. Plusieurs objets préhistoriques en proviennent, dont une hache polie remise à la Société de Borda en 1880 et une hache en silex déposée en 1873 au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.

Au cœur du dispositif, une motte de terre artificielle, datable du milieu du , supporte les constructions ultérieures ; elle est entourée d'un fossé dont une partie, alimentée par un ruisseau, fut plus tard utilisée comme vivier à poissons.

Possession de l'abbaye de Sorde et le pont du Luy Au , le domaine de Saint-Pandelon appartient à l'abbaye Saint-Jean de Sorde. Un acte du cartulaire de SordeVoir l'histoire des Landes, situé entre 1010 et 1032 (De Sancto Pantaleone), enregistre la donation à l'abbaye de l'église et de la villa de Saint-Pandelon par le comte Sanche. Entre 1120 et 1134, le duc d'Aquitaine Guillaume confirme les donations faites à Sorde.

Le lieu doit alors son importance au franchissement du Luy : un pont y est attesté dès 1241, sur la Via Turonensis reliant Dax à Sorde et au-delà à Roncevaux, jalon du chemin de Saint-Jacques. La garde et l'entretien du pont, ainsi que la perception du péage, font l'objet de multiples actes entre le et le .

Le château fort des évêques () Selon la notice de la base Mérimée, une tour fortifiée est construite en 1304, marquant l'origine du château. À la faveur des désordres de la crise de 1294-1304, une enquête diligentée sur les usurpations des droits du roi d'Angleterre Édouard établit que cinq seigneurs de la région de Dax ont édifié des fortalicia illégales, à Poyanne, Saint-Pandelon, Hinx et Saint-Martin-de-Hinx. Celui de Saint-Pandelon, élevé près du pont, est un donjon de pierre construit par Garsias-Arnaud de CaupenneGarsie-Arnaud de Caupenne, évêque de Dax de 1305 à 1327., chanoine de Dax, qui devient évêque de Dax en 1305.

La première mention écrite du château figure dans un acte daté du 15 septembre 1318, passé « dans la chapelle de l'évêque » de Saint-Pandelon. L'édification d'une résidence fortifiée par un évêque s'explique par l'insécurité qui règne alors en Gascogne : la résidence de Garsias-Arnaud à Dax est envahie, plusieurs de ses clercs sont tués, et le pape Jean XXII écrit au roi Édouard II que « la justice était exilée de Gascogne ». À la mort de l'évêque, le 8 janvier 1327 — intestat —, le pape Jean XXII invoque le droit de dépouille (jus spolii) : c'est par cette dévolution que le château demeure la maison de campagne des évêques de Dax.

Le château fort du Le apporte une transformation profonde à la résidence : à la maison forte du s'ajoutent une enceinte fermant la grande cour et une tour d'entrée défendant l'accès, qui supposent une enceinte complète. Des armoiries à la croix pattée accompagnée de quatre besants, qui figuraient sur la tour d'entrée, sont rapprochées par Subes de l'évêque La Borde, évêque de Dax en 1444 puis en 1451, ce qui daterait l'ouvrage des années précédant la reprise de la ville. En juin 1451, après un mois de siège, les armées françaises s'emparent de Dax pour la troisième fois, sous la conduite de Gaston IV de Foix-Béarn ; le traité de capitulation garantit aux gens d'Église le maintien de leurs biens, dignités et juridictions.

L'évêque, seigneur de la paroisse Le château est le centre d'une seigneurie épiscopale. En 1367, l'évêque est le seigneur direct de Saint-Pandelon, comme le révèle un procès consécutif à un meurtre. La gestion du domaine est connue par le budget de l'évêque Jean BauffèsJean Bauffès, évêque de Dax de 1375 à 1391. en 1375 : le gardien du château (castellanus) reçoit vingt livres par mois, et l'évêque tire des revenus du vignoble de Saint-Pandelon ainsi que de nombreux fiefs de la paroisse.

De la Renaissance à la Révolution Du au , le château reste la résidence d'été des évêques de Dax et connaît plusieurs campagnes de travaux. L'évêque François de Noailles (1556-1585) y séjourne ; la maison épiscopale fait l'objet d'une description par le doyen Puydeval en 1556. Au , l'évêque Hugues de Bar (1666-1671) installe le séminaire diocésain dans le château ; l'établissement y fonctionne pendant près d'un siècle, jusque vers 1766. Au , l'évêque Charles-Auguste Le Quien de La Neufville fait rebâtir « à neuf » le palais épiscopal de Dax et le château de Saint-Pandelon ; l'aile nord est édifiée en 1774.

À la Révolution française, le château et ses dépendances, vendus comme bien national, sont acquis en 1791 par Jean-Jacques Ducros de Bellepeyre, chevalier de Saint-Louis et bourgeois de Dax. La paroisse de Saint-Pandelon est alors un temps rebaptisée Pont-de-Luy.

Aux et Le château reste dans la descendance des familles Ducros puis Darracq, qui l'habitent et le restaurent, en particulier le corps de bâtiment du , entre 1897 et 1933. Vers le milieu du , à la suite d'un incendie de l'aile orientale, des parties de l'édifice sont reconstruites ; l'orangerie est rattachée à cette campagne de travaux. De 1936 à 1939, il sert de refuge à des religieuses bénédictines espagnoles pendant la guerre d'Espagne ; de 1940 à 1945, il est occupé par des soldats allemands. Le château est acquis en 1965 par la famille Subes ; Jacques Subes (1924-2002), auteur d'une étude archéologique du monument, et Françoise Blanc-Subes (1927-2015) en sont les propriétaires durant la seconde moitié du .

Restauration et réouverture (depuis 2021) Après plusieurs années d'abandon, le château est racheté en 2021 par Jean-François et Mickaël Devena, originaires de Poitiers. Une campagne de restauration est menée jusqu'en 2025. L'édifice rouvre au public à l'été 2025, à l'occasion de deux concerts de l'Opéra des Landes les 16 juillet et août 2025, puis officiellement en octobre 2025. Il est depuis exploité, sous le nom de domaine Array Dou Sou, comme lieu d'accueil de manifestations culturelles et privées.

Architecture Matériaux et mise en œuvre Située dans une région pauvre en pierre de taille, la construction recourt surtout à l'ophite, roche locale liée par d'abondants mortiers, dont la masse assure la cohésion de murailles atteignant par endroits d'épaisseur en fondation. Les embrasures sont d'abord taillées dans un calcaire blanc tendre extrait à Pouillon, proche du calcaire d'Angoulême mais friable ; à partir du , on emploie le calcaire de Bidache, de meilleure qualité. La charpente et les fenêtres sont en chêne, le reste des aménagements en pin. La médiocrité des matériaux explique l'absence de toute salle voûtée dans la partie médiévale et les remaniements répétés du monument.

Le donjon Édifié à l'extrémité nord-ouest de la motte au début du , le donjon est une grande tour presque carrée d'environ sur , haute d'environ , aux murs épais de à . Conformément à une tradition régionale décrite par l'historien Jacques Gardelles, il est dépourvu de voûtes et son accès se faisait au premier étage, par une échelle extérieure mobile, le rez-de-chaussée n'ayant à l'origine pas de porte. La salle haute, au second étage, correspond à la chambre seigneuriale ; on y a retrouvé une cheminée entièrement encastrée dans le mur, selon un usage des . De petits percements réguliers évoquent les trous de boulin de hourds mobiles, solution adaptée à une pierre trop fragile pour des mâchicoulis en encorbellement. Fait exceptionnel dans cet ensemble, le donjon est appareillé en pierre de taille, ce qui suppose l'intervention d'ouvriers spécialisés.

Le logis ou « tinel » Au donjon est adjoint, peu après, un corps de logis spacieux désigné dans les régions méridionales sous le nom de tinel. De plan rectangulaire, il mesure sur , ses murs variant de à d'épaisseur, en appareil irrégulier où domine l'ophite. On y accédait, comme au donjon, par des portes situées à environ cinq mètres de hauteur, atteintes par une échelle mobile ; la salle basse, sans ouverture, servait de cave à provisions. Par sécurité, aucune porte ne faisait communiquer le donjon et le logis. Une tour de dimensions plus modestes flanquait le logis à son extrémité sud, opposée au donjon.

La grande salle d'apparat Au , le rez-de-chaussée du logis est doté de deux portes ogivales communiquant avec le donjon, et la grande salle basse prend l'aspect d'une salle d'apparat. Pourvue de cinq portes et de deux hautes fenêtres à croisée de meneaux larges de , ornée de traces de polychromie, elle a vraisemblablement servi de salle d'audience et de justice, témoignage du pouvoir judiciaire exercé par les évêques au temps où la juridiction ecclésiastique était importante.

L'enceinte et la tour d'entrée Au même siècle sont datées les murailles fermant la grande cour ainsi que la tour d'entrée, édifiée à l'angle sud-est de la motte, à l'opposé du donjon. De plan carré d'environ sur , sa base forme un porche que franchissait un pont mobile. Les remparts sud, épais d'environ un mètre et évasés à la base, dominaient des douves encore visibles ; le dispositif défensif, sans tour de flanquement, demeure cependant rudimentaire pour l'époque.

La question de la chapelle L'existence d'une chapelle est attestée dès 1319 par un acte daté dans la « chapelle de Saint-Pandelon », mais son emplacement n'est pas assuré : il ne peut s'agir de l'église paroissiale, située à plus de cinq cents mètres. Subes propose d'y voir un édifice indépendant établi sur la motte primitive, dont des fondations subsistent près de l'aile est, détruite par un incendie après 1860 et reconstruite.

Des armoiries à identifier Sur deux embrasures du et sur la porte gothique ouest du tinel se distinguent, gravés en graffiti, des écus chevronnés qui ne correspondent à aucun évêque de Dax ; Subes les rapproche des armes de seigneurs chargés à diverses époques de la garde du château.

Description vignette|La façade sur cour et le pont d'accès. vignette|La cour d'honneur. L'édifice présente un plan rectangulaire organisé autour d'une cour d'honneur centrale, les communs occupant la face nord. Un escalier hélicoïdal, disposé aux faces sud et est, dessert le premier étage. À l'angle des faces nord et ouest subsiste la tour médiévale, dont l'étage est aménagé en pigeonnier. L'orangerie, d'environ , a été reconvertie en salle de réception lors de la restauration.

Patrimoine artistique Décors anciens L'édifice conserve des décors intérieurs protégés au titre des monuments historiques, notamment dans la salle à manger et le salon.

Œuvres contemporaines