L'agglomération antique de Portail est une agglomération secondaire active sous l'Empire romain et recouverte par l'agglomération moderne de Portbail (commune de Port-Bail-sur-Mer), située sur la côte occidentale du Cotentin, dans le département français de la Manche en région Normandie.

Toutes les recherches menées sur le terrain depuis le jusqu'aux plus récentes, datant de la fin des années 2010, tendent à démontrer l'existence d'une agglomération bipolaire d'une superficie totale estimée à une quarantaine d'hectares. Elle est composée d'une ville basse au contact d'un havre et d'une ville haute adossée à une légère pente tournée vers la mer.

L'agglomération antique, qui succède à une occupation gauloise encore mal caractérisée, est active du à la fin du et pendant cette période sa fonction portuaire est certainement importante pour tout le territoire des Unelles auquel elle est rattachée. Le site n'est cependant pas totalement abandonné par la suite ; le marqueur le plus évident d'une réappropriation spatiale, au moins partielle, est la construction d'un baptistère entre le dans le secteur le plus proche du havre.

Localisation Topographie et géologie vignette|gauche|Relief du site antique. Toutes les observations et études faites depuis le démontrent que la grande majorité des vestiges se concentre en deux pôles distincts, sous les quartiers qui bordent le havre au niveau de la mer d'une part et sur la pente d'un plateau au niveau du quartier Saint-Marc (altitude variant de ) d'autre part. Des trouvailles, en moins grand nombre toutefois, proviennent d'autres secteurs comme les Roquettes entre les deux pôles précédents ou le Gennetot vers le nord-est du site, à une altitude plus élevée.

Sur l'ensemble du site, la strate géologique affleurante, composée des schistes et calcaires à stromatolithes de Néhou, d'origine sédimentaire, date du Praguien (Dévonien inférieur) ; son épaisseur est d'au moins . Elle est localement recouverte, et notamment dans la partie septentrionale du bourg de bord de mer (quartier des Roquettes), par des sables éoliens du Pliocène.. Des dalles de schiste extraites dans la zone de l'estran à Portbail sont utilisées comme matériau dans la construction des thermes tandis que sables et galets participent à la fabrication du béton et à l'empierrement des chaussées.

Contextes géographique et historique antiques vignette|upright=0.6|alt=Carte montrant l'hypothèse de deux civitates (en rouge) chez les Unelles au Haut-Empire romain avec une première proposition au niveau de deux marais (en vert) et l'autre au niveau de deux cours d'eau (en bleu)|Les Unelles au Haut-Empire (hypothèse). Portbail, sur la côte occidentale du Cotentin, est rattachée, dans l'Antiquité, au territoire des Unelles. Ce territoire semble, sous le Haut-Empire romain, scindé en deux unités administratives ; la partie nord, gérée par Alauna, inclut Portbail. La réforme de Dioclétien paraît aboutir à la réunification de ces deux entités en une seule, administrée par Coutances.

Le havre de Portbail offre une accès facile et sûr à la Manche ; il n'est donc pas surprenant qu'un site antique se développe à cet emplacement, le seul d'ailleurs connu au sur la côte occidentale du Cotentin.

Le site de Portbail n'apparaît pas dans les sources antiques (itinéraire d'Antonin ou table de Peutinger) et sa dénomination latine n'est pas connue, son assimilation à , soutenue par Charles de Gerville, n'étant pas prouvée. Plusieurs voies antiques rayonnent cependant vers Portbail. Celle qui traverse le Cotentin d'ouest en est de Portbail à la baie des Veys en passant par Alauna est identifiée dans la traversée de Portbail dont elle dessert les deux pôles et dans la partie occidentale d'Alauna ; entre les deux son tracé, bien que repéré en plusieurs points, est plus mal connu mais son existence ne fait pas de doute... D'autres voies, plus hypothétiques, se dirigent probablement vers Coutances, Carentan et Cherbourg-Octeville.

L'importance du réseau de voies et la position particulière de la ville montrent que Portbail, permettant des liaisons maritimes à longue distance et à grande échelle, participe certainement de manière très active à l'économie du territoire des Unelles, même s'il est difficile d'être plus précis à cet égard.

Historique Chronologie du site Le site de Portbail fait peut-être l'objet d'une implantation durable à l'époque gauloise sous forme d'établissements agricoles. Sur le site de la ville haute, des traces d'occupation à l'âge du bronze puis d'une enceinte de l'âge du fer sont attestées..

C'est vers le milieu du que les premiers bâtiments « en dur » paraissent construits, aussi bien près du havre que plus en hauteur. Dès lors, les deux pôles connaissent une histoire assez similaire avec une activité prononcée jusque vers la fin du ; les autres agglomérations antiques du Cotentin, et Montaigu-la-Brisette, sont aussi à leur apogée dans cette période. C'est ensuite que le déclin s'amorce , conduisant à l'abandon du site vers le milieu du .

Dans la ville basse, la construction du baptistère entre le et le témoigne de l'installation d'une nouvelle communauté. Dans la ville haute à la même époque, les bâtiments existants sont démontés et remplacés par des constructions légères.

Mentions historiques, fouilles et études Dès les premières décennies du , des observations ponctuelles révèlent la présence de vestiges antiques à Portbail.. Au milieu de ce même siècle, Charles de Gerville, se basant sur les résultats de ses observations, soupçonne la présence de deux pôles distincts, l'un en bord de mer (ville basse) et l'autre, plus en hauteur à l'intérieur des terres (ville haute). Par contre, il assimile Portbail à , site mentionné dans la , ce que rien ne permet d'attester.

Une étape importante dans la connaissance de l'histoire ancienne de la ville est la découverte du baptistère dans la ville basse par Michel de Boüard au milieu des années 1950 mais cet événement cristallise, au moins dans un premier temps, toutes les attentions au détriment d'autres recherches.

Un premier inventaire cartographié des vestiges paraît en 1990. C'est à la fin de cette même décennie que la reprise de l'étude du baptistère révèle la présence d'un temple à proximité.

En 2001 les résultats de prospections au sol et par voie aérienne sont compilés avec l'examen de la bibliographie existante, une enquête orale et une étude des toponymes. De nouveaux plans plus précis, sont produits. À partir de 2004, des opérations archéologiques préventives sont régulièrement conduites, dont celle qui, de 2011 à 2017, aboutit à la découverte des thermes et d'un quartier résidentiel dans la ville haute.

Description La Portbail antique est organisée en deux pôles principaux, à l'image de Quimper, autre ville côtière, à la même époque. Sa superficie totale est estimée à une quarantaine d'hectares au maximum.

Une ville basse ( environ), sous les quartiers en bordure du havre de la ville moderne, semble liée à une activité portuaire importante en raison de sa localisation ; elle peut également être le siège de la vie religieuse. Une ville haute (), au niveau du quartier Saint-Marc, peut avoir une fonction plus résidentielle et concentrer les activité civiles.

Ville basse

Des thermes, qui peuvent être publics ou plus probablement privés, datant du début du au plus tôt, sont identifiés sous la nef de l'église Notre-Dame. Les structures retrouvées correspondent aux hypocaustes de deux salles et au qui les chauffe. Le mur de l'église semble s'appuyer sur les fondations de celui qui séparait ces thermes de l'habitation à laquelle ils appartenaient... vignette|Vue du baptistère depuis l'ouest. Un du , dominant le havre et le port, est localisé à une quinzaine de mètres à l'ouest du baptistère. Ses vestiges, en mauvais état et très arasés, ne sont pas conservés. mais son plan peut être restitué à défaut d'autres détails architecturaux : il s'agit d'un sanctuaire composé d'une carrée de de côté entourée d'une galerie périphérique. Ce est ensuite modifié par l'ajout d'un chœur à l'est pour servir de chapelle funéraire sous le vocable de « Saint-Michel ».

Un baptistère paléochrétien du réutilisant probablement des matériaux d'édifices plus anciens, est construit à proximité du réaménagé avec lequel il est manifestement lié. Il marque un nouveau temps d'occupation de la ville basse, après une période d'abandon total ou partiel. C'est le seul édifice antique ou alto-médiéval de Portbail dont des vestiges soient encore visibles, préservés dans un bâtiment qui en respecte le plan. La piscine hexagonale est centrée dans un bâtiment lui aussi hexagonal, dont l'entrée à l'ouest est encadrée de deux absidioles. La cuve baptismale est alimentée en eau par une canalisation et l'évacuation se fait par un canal creusé dans le substrat.

Ville haute Après un premier état marqué par la présence de fossés datant de la première moitié du et témoignant d'un plan organisé de l'utilisation de l'espace, un quartier résidentiel est construit dès le milieu du au Genestel.. Les fouilles conduites à partir de 2011 révèlent l'existence d'au moins deux séparées de plusieurs dizaines de mètres mais possédant un mur commun long de plus de , peut-être la clôture d'un espace partagé. Les deux habitations semblent dotées d'une cour péristyle et leur occupation se poursuit jusqu'à la fin du .

Des thermes sont découverts et progressivement fouillés à partir de 2017 au contact des habitations mises au jour précédemment. Une palestre jouxte le bâtiment thermal dont de nombreux équipements sont identifiés : les hypocaustes des salles chauffées par le sol et leur empilement de briques rondes ou carrées, des éléments de , les supports d'une citerne ainsi qu'une partie des dispositifs d'évacuation des eaux. La taille probable de cet établissement (au moins pour les seuls bâtiments) ainsi que l'emplacement des vestiges suggèrent qu'il s'agit de thermes à usage public ayant fonctionné de la fin du à la fin du avec plusieurs états de remaniements ou de réaménagements... vignette|gauche|Tombe à libations.

À la fin du , une petite nécropole, peut-être familiale et qui regroupe une douzaine de tombes, prend place contre les thermes abandonnés. L'une des tombes, une sépulture féminine à libations, est dotée d'une cheminée en terres cuites architecturales ; ce dispositif, partant de la surface du sol et aboutissant au niveau de la tête de la défunte, permet ainsi de faire parvenir à cette dernière des boissons lors de dîners rituels organisés au-dessus de la tombe. Le statut particulier de cette sépulture est souligné par la présence d'autres tombes plus simples qui l'entourent ainsi que par le traitement réservé au corps : linceul, chaussures, repose-tête en tuile (), offrandes monétaires, coffrage de tuiles en remploi tapissant intérieurement un coffrage en bois.

Autres localisations Des vestiges d'aqueduc sont identifiés aux Roquettes, entre les deux pôles principaux, ainsi qu'au Gennetot, sur la hauteur à au nord-est de la ville haute. En 1829-1830 déjà, Arcisse de Caumont faisait état des travaux de Charles de Gerville ; il évoquait l'existence à Porbail d'un aqueduc souterrain mais sans le localier de manière précise.. parcellaire agraire (fossés) urne funéraire (Roquettes) voie empierrée d'environ de large entre le Génestel et les Roquettes.

Notes et références Notes

Références « Les agglomérations antiques de la presqu’île du Cotentin (I siècle avant notre ère-V siècle de notre ère) », Annales de Normandie, 2022 :

ArchéoCotentin : Les origines antiques et médiévales du Cotentin à 1500, Éditions OREP, 2023 :

Autres références :

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Portbail Baptistère de Portbail Unelles Histoire de la Normandie

Liens externes

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