Hélène Büttner, ou Helene Büttner (Berlin, 1861 - Anarcs, 24 août 1943), est une peintre et pastelliste allemande spécialisée dans la peinture animalière.

Active à Paris au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1891 à 1910, elle est également connue pour son rôle d'illustratrice et sa relation de plusieurs décennies avec l'écrivaine hongroise Czóbel Minka, première représentante du symbolisme dans la littérature hongroise, avec qui elle partagea sa vie.

Biographie

Origines et formation Hélène Büttner naît à Berlin en 1861, dans une famille protestante évangélique. Son père, Adolf Büttner, est peintre décorateur, sa mère se nomme Augusta Wiedewald« Sem földi vágy. Büttner Helén és Czóbel Minka – Anarcs », Spanyolnátha.. Dans les années 1880, alors qu'elle est étudiante à l'Académie des beaux-arts, sa famille se disperse et ses parents émigrent en Amérique. Restée seule, elle décide de gagner la Hongrie avec, selon la tradition, trois cents marks en poche, et y est prise sous la protection des familles aristocratiques Andrássy et Zichy.

Elle se forme à l'Académie de Berlin auprès de Paul Meyerheim, puis à Munich auprès de Viktor Weisshaupt, et à Paris auprès de Gustave Courtois et du sculpteur animalier Emmanuel Frémiet, professeur de dessin au Muséum national d'Histoire naturelleNotice biographique, vente « Malarstwo dawne », onebid.fr..

Débuts en Hongrie Büttner devient peintre de cour pour le comte hongrois László Forgách à Mándok, où elle réalise des portraits de lévriers, de chevaux de sport et de scènes de chasseNémeth Ványi Klári, « Czóbel Minka – bogaras vénlány vagy kivételes költő? », WMN, 29 août 2016, wmn.hu.. vignette|Portrait d'Hélène Büttner en 1893

Carrière parisienne Hélène Büttner expose au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts à Paris dès 1891 et presque chaque année jusqu'en 1910 (voir ci-dessous)Catalogues du Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, Paris, 1891-1910.. En couvrant le Salon du Champ-de-Mars de 1891, Le Figaro qualifie ses « bœufs hongrois » d'œuvre d'«un artiste sincère»Czóbel Minka, « Egy festőnőről », Művészet, dir. Károly Lyka, 1902, n° 6, p. 369..

En 1909, Le Figaro la classe parmi les animaliers notables exposant au Cercle international des Arts du boulevard Raspail, aux côtés du prince Troubetzkoy, de Rembrandt Bugatti et de Steinlen, soulignant « d'excellents attelages de bœufs de Mlle Hélène Buttner »« La Vie artistique. À travers les expositions », Le Figaro, 7 avril 1909, disponible sur RetroNews (BnF)..

En janvier 1907, elle participe à la quinzième exposition annuelle de la Société des femmes artistes, où sont remarqués ses « Dindons blancs, Poules et poussins » et particulièrement ses « Buffles hongrois »« [Salon des femmes artistes] », La Liberté, 11 janvier 1907, disponible sur RetroNews (BnF)..

Hélène Büttner accompagne régulièrement Czóbel Minka lors de ses séjours parisiens, et ce jusqu'en 1909« Czóbel Minka napjai a Polignac családnál », Spanyolnátha, 2015/4, spanyolnatha.hu.. Les deux femmes louent deux pièces à Paris, dans le quartier du Montparnasse, où Büttner installe son atelier; tandis qu'elle peint dans les jardins zoologiques, Minka fréquente musées, galeries et conférences. Elle illustre par ailleurs l'édition française du recueil de Czóbel Minka, La migration de l'âme, traduit par Melchior de Polignac et publié à Paris chez Ollendorff en 1897Minka de Czóbel, La migration de l'âme, traduction de Melchior de Polignac, illustrations de H. Büttner, Paris, Paul Ollendorff, 1897..

Méthode et tempérament vignette|Étude de tête de bœuf, 1900, mine de plomb et aquarelle, signée « HB », collection particulière. Cette étude illustre la méthode décrite par Czóbel Minka : construction du dessin par un trait sûr avant l'application de la couleur.

Czóbel Minka consacre à Hélène Büttner un texte publié en 1902 dans la revue d'art Művészet dirigée par Károly Lyka. Elle y décrit une artiste exigeante qui, avant de céder à «l'ivresse des couleurs», construit toujours d'abord la structure de son dessin par un trait sûr, et qui réalise des milliers d'études dans les jardins zoologiques, sur les champs de foire, dans les abattoirs, parmi les bergers de Máramaros ou dans les campements, son domaine étant avant tout le monde animal.

Ce perfectionnisme est resté légendaire. Selon un récit rapporté à Anarcs, lorsqu'elle n'était pas satisfaite d'une toile, elle la découpait en morceaux sur-le-champ, en grommelant d'une voix grave — ce qui explique le grand nombre d'esquisses et d'études préparatoires conservées. Une autre anecdote rapporte qu'au jardin zoologique de Paris, alors que le chah de Perse achetait des œuvres aux peintres animaliers qui y travaillaient, Büttner remballa son chevalet, refusant de livrer une œuvre qu'elle jugeait inachevée.

Un pastel représentant un éléphant, daté de 1901 et dédicacé «à Monsieur Sauvinet, en souvenir agréable des heures passées au Jardin des Plantes» (collection particulière), témoigne de cette pratique du dessin sur le motif et du travail aux côtés du personnel lorsqu'elle peignait les pensionnaires de la ménagerie.

La dédicace est adressée à Ernest Sauvinet, alors directeur de la ménagerie du Jardin des plantes et membre de la société Les Amis de l'ÉléphantBruno Delmas et Diane Dosso, « La société des Amis de l'éléphant : protéger, réglementer, domestiquer (1905–1911) », Revue d'histoire des sciences, 2023, p. 78-91., qui fut lui-même malmené en 1892 par l'éléphant Saïd« La vengeance de l'éléphant », La Cocarde, 3 juin 1892, disponible sur RetroNews (BnF)., figure emblématique des lieux.

Relation avec Czóbel Minka Hélène Büttner et Czóbel Minka (1855-1947) se rencontrent à Mándok en 1889, alors que Büttner travaille pour le comte László Forgách et peint la société de chasse réunie sur le domaine. Minka la décrit d'abord comme « une petite peintre » qu'elle prend en pitié et qu'elle aime profondément ; leur correspondance débute en 1890. vignette|Minka Czóbel (Anarcs, 1855-1947, Anarcs) écrivain, poète et sa compagne, Hélène Büttner peintre (Berlin, 1861-1943, Anarcs) Leur relation, qui dure plus de cinquante ans, est documentée par plusieurs centaines de lettres en allemand conservées au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale Széchényi, dans lesquelles sont glissés des pétales de fleurs séchées et de petits croquis.

Dans l'une de ces lettres, Büttner rapporte à Minka que l'historien de l'art Dezső Malonyay évoque à Budapest leur relation en la qualifiant explicitement de « lesbische Dinge » (« choses lesbiennes »).

Le nom de Büttner, surnommée «Bob», apparaît par ailleurs dans presque chaque page des journaux intimes que Minka tient jusqu'à sa mort.

Dans la société aristocratique du comté de Szabolcs, Büttner se distingue par une apparence et des habitudes perçues comme masculines pour l'époque : cheveux coupés court, port du pantalon, usage de la pipe, et une pratique équestre qu'elle conserve jusque tard dans sa vie, surprenant les habitants de la région.

La nature exacte de leur relation reste débattue par les historiens ; elle figure aujourd'hui dans les archives Labrisz consacrées à l'histoire lesbienne en Hongrie.

Après le décès de leurs parents respectifs, les frères et sœurs de Czóbel Minka voient d'abord d'un mauvais œil la présence durable de Büttner sur le domaine familial d'Anarcs avant qu'une réconciliation n'intervienne.

À partir de 1908, Büttner s'installe définitivement à Anarcs, au manoir Czóbel, comme protégée de l'écrivaine, se convertit au catholicisme sous son influence bien qu'issue d'une famille luthérienne. Elle peint un retable pour l'église d'Ajak et effectue un pèlerinage à Máriapócs.

Mort Hélène Büttner meurt à Anarcs le 24 août 1943, à l'âge de quatre-vingt-deux ans ; sa date de décès, longtemps confondue avec celle de Czóbel Minka (1947) sur certains portails marchands, est établie par le registre d'état civil de Szabolcsbáka.

Les deux femmes sont inhumées ensemble à Anarcs, sous les platanes centenaires du domaine familial, le manoir Czóbel (aujourd'hui un musée), à l'emplacement qu'elles avaient choisi à l'avance.

Œuvre L'œuvre d'Hélène Büttner est essentiellement constituée de pastels et de dessins représentant des animaux domestiques et sauvages : bovins et chevaux de Hongrie, chiens, oiseaux, fauves, et plusieurs études d'éléphants réalisées notamment à la ménagerie du Jardin des plantes de Paris au début du .

Elle est référencée dans le répertoire des artistes du musée d'Orsay, dans la Stuttgart Database of Scientific Illustrators 1450-1950 en tant qu'illustratrice zoologique.

La Galerie nationale slovaque de Bratislava conserve cinq œuvres d'Hélène Büttner : le pastel Cour enneigée avec un cheval (1893, inv. K 11049), ainsi qu'une série de quatre études de chevaux (inv. K 18783 à K 18786)..

Une œuvre tardive, Danillo (1930), signée et datée, témoigne de la poursuite de son activité de peintre de chevaux jusque dans les années 1930Notice de vente, « Büttner Helén – "Danillo", 1930 », huile sur toile, 42 × 51 cm..

Œuvres exposées au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts AnnéeTitreMédiumLieu1892Bœufs hongroisPalais du Champ-de-Mars1893Devant l'auberge ; motif hongroispastelChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1895MaternitépastelChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1895Esquisses d'aquarellesaquarelleChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1897Étude d'un paonpastelPalais du Champ-de-Mars1897Étude de chienPalais du Champ-de-Mars1899Dans les montagnesChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1899Portrait d'un taureau hongroisChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1899Étude de chevalpastelChamp-de-Mars, palais des Beaux-Arts1901Vieux chevalpastelGrand Palais des Champs-Élysées1901Portrait d'un bull-terrierpastelGrand Palais des Champs-Élysées1901Bœufs hongroispastelGrand Palais des Champs-Élysées1903PaysageSalon, lieu non précisé1903Portrait d'un chienpastelSalon, lieu non précisé1903Boulevard de ParispastelSalon, lieu non précisé1903Tête de chevalpastelSalon, lieu non précisé1903Lions (×3, dessins)dessinSalon, lieu non précisé1905ÉléphantpastelGrand Palais des Champs-Élysées1905VachepastelGrand Palais des Champs-Élysées1907Vaches à l'étableGrand Palais des Champs-Élysées1907ÉléphantGrand Palais des Champs-Élysées1907Vache et veauGrand Palais des Champs-Élysées1910Cheval de balayeuseGrand Palais des Champs-Élysées1910BufflesGrand Palais des Champs-Élysées

Galerie

Autres œuvres connues Dindons blancs, Poules et poussins, Buffles hongrois — exposés au Salon des femmes artistes, 1907 La migration de l'âme, illustrations pour l'ouvrage de Czóbel Minka, Paris, Ollendorff, 1897 Éléphant, pastel, 1901, dédicacé « à Monsieur Sauvinet, en souvenir agréable des heures passées au Jardin des Plantes », collection particulière.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes

Czóbel Minka Peinture animalière Les Amis de l'Éléphant Saïd (éléphant) Ménagerie du Jardin des plantes

Liens externes

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