Baiser des meufs trans (, ) est un zine écrit par . Un unique numéro de , numéroté « #0 », est publié en , puis republié en sous le titre ; d'autres numéros étaient prévus, mais aucun n'est publié. Les articles de Mira Bellwether explorent diverses pratiques sexuelles impliquant des femmes trans.

Baiser des meufs trans est la première publication notable consacrée à la sexualité des femmes trans, et se distingue par son approche novatrice centrée sur le point de vue des femmes trans elles-mêmes, ainsi que par l'inclusion d'instructions pour de nombreux actes sexuels décrits . "Fucking Trans Women (Issue #0) broke ground by centering trans women's perspectives and experiences around sex and sexuality—including instructional guides on actual sexual practices." . "Originally published as a zine FTW was the first book (or at least the first I can find that gained wide recognition) to address the sex lives of trans women." . "Fucking Trans Women [is] widely considered to be the first and most in-depth guide to having sex with pre- and non-op trans femme bodies." . "When Bellwether first published [Fucking Trans Women], there were virtually no sources of sex education devoted to trans women's unique needs and experiences.". En mettant l'accent sur les pratiques sexuelles possibles avec un pénis flaccide ou ne faisant pas intervenir le pénis du tout, le zine invente le terme pour désigner la stimulation des canaux inguinaux, une pratique qu'il contribue à populariser. Le zine fait l'objet d'une attention tant populaire qu'universitaire et est décrit dans comme « un guide complet de la sexualité des femmes trans ». Dans , il est « largement considéré » comme le « guide le plus approfondi sur les rapports sexuels avec des corps trans féminins n'ayant pas eu, ou pas encore eu, recours à la chirurgie ».

Il est traduit en français en 2019 par Mirza-Hélène Deneuve et le collectif Transgrrrls.

Contexte , qui se décrit elle-même comme une « gouine trans » qui vit alors dans l'Iowa, crée le zine sur une période d'« environ un an ». Elle s'inspire en partie du magazine , publié entre les années 1970 et 1980, et de ce qu'elle décrit comme « un esprit de sororité et de coopération entre drag queens, transsexuelles et travestis, qui se manifeste dans des articles évoquant nos points communs et nos expériences partagées, ainsi que nos luttes politiques communes à travers les différentes communautés ». Elle a d'abord l'intention de publier un zine réunissant des contributions d'autres personnes, mais juge le matériel reçu insuffisant ; elle choisit donc d'en faire un projet en solo et de le numéroter « #0 », laissant ainsi la place à un futur « #1 » rassemblant les contributions d'autres autrices. Dans un entretien accordé à Kennedy Nadler pour en 2013, elle écrit avoir « voulu aborder des aspects de notre sexualité auxquels les médias n'accordent presque jamais d'attention : celles d'entre nous qui aiment avoir des rapports sexuels avec d'autres femmes, trans ou non, ainsi que certaines des difficultés (mais aussi des plaisirs particuliers) que rencontrent les femmes trans lorsqu'elles ont des rapports sexuels avec des femmes cis ».

est publié en ligne en , présenté comme un « géant de 80 pages ». Mira Bellwether le republie en version imprimée via CreateSpace en sans la mention « #0 » et avec le sous-titre , faisant référence à ..

Conception graphique

La couverture du zine représente une femme en justaucorps (avec un renflement à l'entrejambe bien visible) et veste ouverte, tenant un fouet. À ses pieds, des silhouettes indistinctes courent en cercle.

Rachel Stevens et Megan Purdy de qualifient la conception graphique de « volontairement désordonnée ». Le zine est en blanc et noir, les articles se superposant à des images en niveaux de gris de femmes nues ou prenant des poses érotiques. Pour nombre des pratiques décrites par Bellwether, aucun schéma scientifique n'existait ; elle les illustre elle-même dans une démarche novatrice pour l'époque.

Contenu vignette|Schéma du muffing (invagination du scrotum et pénétration des canaux inguinaux), montrant les canaux et l'anneau inguinal superficiel en rouge.

Dans le zine, Bellwether se concentre sur les expériences physiques des femmes trans. "Bellwether centers bodily experience above language or narrative, insisting that it is 'Best to begin from the beautiful explosive moments of pleasure and discovery, and to let the rest come after'. Quoting .. Elle met en lumière à la fois les différences entre les corps des femmes trans et ceux des hommes cis, citant . "[J]ust because what's in my crotch looks like a penis doesn't necessarily mean that it works like a penis." Voir plus loin . et leurs similitudes avec les corps des femmes cis, par exemple entre les structures du pénis et du clitoris. "Penises are clits." Discussed further in .. Bellwether avait un pénis et se concentrait donc sur le point de vue des femmes trans n'ayant pas eu, ou pas encore eu, recours à la chirurgie génitale. Elle met l'accent sur les pratiques sexuelles possibles avec un , citing . See further . associant la dysfonction érectile induite par l' au plaisir plutôt qu'à un manque de satisfaction sexuelle. Elle critique le fait que « presque tout le discours sur les pénis » se concentre « sur les pénis en érection, durs, pénétrants », citant .. Elle explique également comment les femmes trans ayant un pénis peuvent utiliser un gode ceinture, susceptible de procurer davantage de plaisir et permettant aux femmes trans de définir elles-mêmes la signification des parties de leur corps, citant . "Dildos let me fuck someone with a cock, without using a part of my own body as a cock.".

Un autre axe majeur du zine est l'innervation du corps des femmes trans. Mira Bellwether décrit le « réseau dense » de nerfs parcourant les zones génitales des femmes trans, et présente des moyens de les solliciter pour procurer du plaisir, citant ., notamment en stimulant le périnée, citant .. Elle écrit qu'il est important que les partenaires des femmes trans abordent le contact avec leur corps avec enthousiasme, plutôt que de l'éviter par crainte de les offenser.

Bellwether invente le terme pour désigner l'acte consistant à invaginer le scrotum et à pénétrer les canaux inguinaux, une pratique dont la popularisation est attribuée à Baiser des meufs trans. "Folx have probably been muffing each other for ages, but the term was coined by Bellwether in Fucking Trans Women and popularized through her extensive guide to the practice therein." Citing .. Plusieurs variantes existent : faire entrer et sortir les testicules des canaux inguinaux, ce que Bellwether nomme l'« autopénétration » ; pousser les testicules vers l'intérieur, puis masser le testicule et l'ouverture du canal ; ou encore introduire les doigts dans les canaux sans recourir aux testicules. Cette technique de masturbation stimule les nerfs ilio-inguinal et génito-fémoral . "Dr. Curtis Crane, a urologist who specializes in gender confirmation surgeries, ... affirms that it is totally logical to finger your trans cunts. 'Anatomically, the ilioinguinal and genitofemoral nerves—which both give sensation to the genital area—are right there in that canal, so that would feel good,' he says". . De nombreuses femmes trans connaissent déjà l'insertion des testicules dans les canaux inguinaux dans le cadre du tucking, une pratique grâce à laquelle Bellwether découvre elle-même cette technique. "Bellwether herself discovered muffing almost by accident when she realized that tucking could be pleasurable for her, and she would later incorporate that pleasure into her sex life. 'I realized that hey, this feels good. It was a sex act that didn't have a name, so I called it muffing.". La chercheuse Lucie Fielding écrit que Bellwether n'était probablement pas la première à avoir eu cette idée. cite l' (1918) de Jennie June comme une description ancienne de cette même pratique.

Mira Bellwether insiste sur la nécessité, pour les femmes trans, d'apprendre comment fonctionne leur propre corps, décrivant une démarche de « science folle et sexy (blouses blanches et gants de cuir facultatifs) » consistant à partir des données pour aboutir à des conclusions, et s'adressant à ses lectrices comme à ses « consœurs cartographes génitales ». Elle refuse que l'on attribue une signification plus profonde aux organes génitaux des personnes trans, écrivant : « ce que j'ai entre les jambes n'est ni une métaphore ni une analogie, mais quelque chose de nouveau et de merveilleux », citant . et « Mon corps est un corps de femme et il comprend mon pénis, un pénis de femme. », citant . Emphase originale.. Dans le contexte du muffing, elle désigne ses canaux inguinaux par le terme , une appellation que Lucie Fielding, dans , relie à un phénomène plus large : , quoting . "Many of us may create our own names for our body parts. For example, some of us born with a vagina may prefer to call it a front hole because this term is less gendered. ... Others may use terms such as cock, clitoris, or vagina to refer to parts of our bodies that we use or think about in these ways.". Bellwether désigne « le tube de chair sensible, traversé de nerfs et de vaisseaux sanguins » sous le terme de pénis, par souci de clarté, sans pour autant prétendre qu'il s'agisse là d'un terme objectivement correct.

Réception et postérité Baiser des meufs trans est mis en avant par Greta R. Bauer et Rebecca Hammond dans le comme une ressource pour la santé sexuelle des personnes trans et est décrit par Shoshanna Rosenberg et ses coautrices dans comme « un guide complet de la sexualité des femmes trans ». Le en particulier suscite l'attention de plusieurs médias grand public, dont , , et . Il est également mis en avant par la chercheuse Lucie Fielding dans la tenue par Stoya pour . Tobi Hill-Meyer, dans Autostraddle, écrit que « le fait d'avoir déjà une certaine familiarité avec cette zone grâce au tucking a conduit certaines femmes trans et personnes transféminines à l'explorer, et pour celles qui souffrent de dysphorie génitale, être pénétrée par l'avant peut revêtir un sens profond ». Katelyn Burns, dans Playboy, insistant elle aussi sur le fait que le muffing est moins susceptible de provoquer une dysphorie, affirme que Baiser des meufs trans est « largement considéré comme le premier et le plus approfondi des guides sur les rapports sexuels avec des corps trans féminins n'ayant pas eu, ou pas encore eu, recours à la chirurgie » ; Carla Pfeffer, dans le Journal of Homosexuality, et Constance Augusta Zaber, dans Book Riot, le qualifient également de précurseur en la matière.

Dans , Fielding décrit un processus de « démystification » consistant à dépasser la « réalité habituelle » de son propre corps et identifie comme « fondatrice » de ce processus la déclaration suivante de Bellwether dans Baiser des meufs trans : « La forme du corps de quelqu'un ne détermine pas nécessairement ce que ce corps signifie, comment il fonctionne, ou ce qu'il peut faire », quoting . ; elle cite encore cette phrase pour réfuter l'idée selon laquelle toutes les femmes trans ayant eu recours à la chirurgie souhaiteraient nécessairement avoir des rapports impliquant une pénétration vaginale. Ana Valens, dans , salue en particulier la critique du phallocentrisme portée par Bellwether. Rédigeant elle-même des guides sexuels pour ce média ainsi que pour , elle cite Bellwether lorsqu'elle aborde l'innervation des zones génitales des femmes trans, par opposition à une approche centrée uniquement sur le pénis. Dans un article de 2022 paru dans , Valens qualifie Baiser des meufs trans d'« étalon-or en matière de sexualité et de masturbation transféminines », et écrit que, 12 ans après sa première publication, l'ouvrage demeurait « l'une des meilleures ressources pour les personnes transféminines ayant un pénis ».