L' est une ère de l'histoire du Japon marquée par des turbulences sociales, des intrigues politiques et des conflits militaires quasi permanents, qui s'étend du milieu du à la fin du au Japon. Au sens strict, cette période débute à la fin des guerres d'Ōnin en 1477 et dure jusqu'en 1573, lorsque le seigneur de la guerre Oda Nobunaga destitue le dernier shogun Ashikaga. Elle couvre approximativement la seconde moitié de l'époque de Muromachi entendue au sens large, qui correspond au shogunat des Ashikaga et s'étend de 1336 à 1573Elle peut donc aussi être vue comme une « période de Muromachi tardive » ; cf. « Muromachi Japan: A Note on Periodization », dans ..
Les guerres d'Ōnin (1467 – 1477) plongèrent le gouvernement central du Japon dans une crise grave, réduisant à néant l'autorité politique des shoguns de la dynastie Ashikaga, et avec elle celle de l'aristocratie de la capitale Kyoto, et laissant la voie ouverte à la domination de la catégorie des guerriers. Celle-ci fut rapidement bouleversée par un ensemble de désordres, que les contemporains désignaient par le terme gekokujō, renvoyant à l'idée de renversement de l'ordre établi. En effet, ce furent en général des personnes provenant des clans des couches moyennes et inférieures de la catégorie guerrière qui renversèrent l'élite militaire traditionnelle et se rendirent indépendantes du pouvoir central, en formant dans les provinces une myriade d'entités politiques qu'elles géraient sans rendre de comptes à un suzerain : Go-Hōjō, Imagawa, Oda, Takeda, Mōri, Shimazu Ces personnages étaient désignés par le terme de daimyō, qualifiant un chef guerrier, et leur pouvoir reposait sur leurs capacités militaires et celles de leurs vassaux guerriers, qui constituaient le socle des États provinciaux de cette période. L'instabilité politique se traduisit par des affrontements guerriers entre les différents clans, et des luttes intestines au sein de clans, ou entre suzerains et vassaux, avec pour conséquence des revers de fortune, et la disparition fréquente de seigneurs de guerre, voire de clans. Bien que certaines de ces entités politiques soient parvenues à élaborer un ordre politique interne reposant sur une armée, un système juridique et l'exploitation des ressources économiques du territoire dans un but essentiellement militaire, elles tendirent à un mouvement de concentration politique dans la seconde moitié du . L'époque Azuchi Momoyama, qui succéda à la période Sengoku et s'étendit de 1573 à 1600, correspond à la dernière phase des conflits entre seigneurs de la guerre. Elle s'acheva avec l'unification du Japon sous les actions successives d'Oda Nobunaga, qui commença le premier à constituer un État hégémonique dans le Tōkai et le Kinai, de Toyotomi Hideyoshi qui mena à bien l'unification du reste du Japon, puis de Tokugawa Ieyasu qui mit en place le régime d'Edo en 1603.
La période Sengoku, et plus largement le siècle et demi allant de 1450 à 1600 correspondent à une longue phase de transition entre le Japon médiéval et le Japon moderne (ou de la « première modernité »), entre l'effondrement du shogunat des Ashikaga et la mise en place de celui des Tokugawa. Les structures politiques et sociales du Japon médiéval furent ébranlées, puis progressivement abattues durant les troubles de cet âge guerrier, qui vit sur sa fin la mise en place d'un nouvel ordre socio-politique posant les bases de la longue ère Edo (1603-1868). Cette période fut aussi caractérisée par l'établissement de structures politiques plus autonomes s'élevant dans le contexte d'affaiblissement des pouvoirs centralisateurs, à partir des communes rurales de plus en plus autonomes qui donnèrent naissance à plusieurs ligues de guerriers locaux, parfois sous les auspices de mouvements religieux. Cette époque fut également marquée par un essor économique, avant tout perceptible dans le domaine commercial, qui se traduisit aussi par un essor urbain et l'affirmation politique des communautés de bourgeois des grandes villes (Kyoto, Sakai). L'horizon du Japon s'ouvrit à la suite de l'établissement des premiers contacts avec des navires européens en 1543, puis du début de l'implantation du christianisme dans le pays. Du point de vue culturel, le Japon restait marqué par une importante influence chinoise, mais il connut des développements marquants à partir de la culture d'Higashiyama (années 1480 – 1490), contribuant à forger l'esthétique japonaise des périodes suivantes, notamment dans l'art de la cérémonie du thé, de la composition florale, de la peinture sur rouleaux et paravents, de l'organisation de l'espace intérieur
La rupture : les guerres d'Ōnin (1467-1477)
thumb|alt=Soldats à pied et à cheval combattant au milieu du brouillard|Affrontements de la guerre d'Ōnin. Shinnyo-dō engi emaki (« Rouleau illustré de l'histoire du temple Shinnyo-dō »), Shinnyo-dō (Kyoto), 1524.
Le début de la période Sengoku fut marqué par une décennie de guerres qui va de 1467 à 1477, regroupées sous la dénomination de « guerres d'Ōnin » (Ōnin no ran) ou parfois « guerres d'Ōnin et de Bunmei », Ōnin (1467 – 1469) et Bunmei (1469 – 1487) étant les ères durant lesquelles elles se déroulèrent. Ces conflits se déclenchèrent dans un contexte d'affaiblissement du shogunat des Ashikaga, en principe l'autorité politique suprême du pays, mais mis à mal par l'assassinat du shogun Yoshinori en 1441. Cet événement ouvrit la voie à une montée en puissance des grands clans dont les chefs étaient détenteurs de commandements militaires provinciaux : les shugo, en particulier dans les provinces orientales, mais aussi dans la région de Kyoto, le Kinai, où les clans Yamana et Hosokawa luttaient pour la domination de la cour du shogun. Les principaux clans du pays étaient souvent divisés par des guerres successorales, et c'est l'une d'entre elles, au sein du clan Hatakeyama, qui déclencha le conflit dans lequel furent entraînés les autres clans, dont les deux plus importants. D'un côté se trouvait Hatakeyama Masanaga, allié à Hosokawa Katsumoto, et de l'autre Hatakeyama Yoshinari, allié à Yamana Sōzen (ou Mochitoyo). À cela s'ajoutait un conflit successoral au sein du clan Shiba dont les parties prenantes cherchèrent une alliance similaire, ainsi qu'un conflit dans la famille du shogun Ashikaga Yoshimasa, entre son frère Yoshimi et son fils Yoshihisa. Quoi qu'il en soit, ces litiges furent un prétexte pour les Hosokawa et les Yamana d'en venir aux armes en 1467 : les premiers formèrent la coalition de l'Est et les seconds la coalition de l'Ouest. Les deux camps entrèrent dans une série de conflits qui provoqua, dès le démarrage des hostilités, la destruction de la majeure partie de Kyoto, en premier lieu son secteur officiel, et la dévastation des campagnes du Kinai. La mort de maladie des deux chefs des coalitions, Hosokawa Katsumoto et Yamana Sōzen, en 1473, provoqua un apaisement des conflits, qui se poursuivirent toutefois encore quelques années. Mais l'essentiel avait eu lieu : l'affaiblissement du shogunat avait été accéléré. Bien que Yoshihisa ait accédé au pouvoir à la suite de l'abdication de son père, il n'exerçait plus aucun contrôle sur les principaux chefs militaires provinciaux, qui étaient parvenus à s'émanciper encore plus après la dévastation du centre politique du Japon. Parallèlement, les révoltes paysannes déjà courantes dans la première moitié du s'étaient propagées dans le Kinai dans le courant des années 1470. La période des guerres d'Ōnin, se concluant sans vainqueur parmi les belligérants, avait fait basculer le Japon dans une nouvelle ère. . pour un déroulement détaillé des hostilités..
L'âge des seigneurs de la guerre
L'« époque des pays combattants » est, comme son nom l'indique, dominée par le fait guerrier. La figure majeure de la période est le sengoku-daimyō, seigneur de la guerre, qui domine une portion du territoire japonais où il tente de se maintenir et, s'il rencontre le succès, de s'étendre. Mais le siècle de Sengoku est émaillé d'une série de conflits, certes souvent d'ampleur limitée, mais suffisants pour empêcher la stabilisation du pouvoir des seigneurs de la guerre, qui sont nombreux à connaître des échecs condamnant leur construction territoriale et souvent même leur clan. L'ampleur des conflits et les violences qui les accompagnent vont croissantes durant le , provoquant de nombreuses destructions dans toutes les couches de la société. Cette période s'achève dans les trois dernières décennies du par l'unification progressive du Japon sous l'action d'Oda Nobunaga, puis Toyotomi Hideyoshi, qui éliminent ou soumettent progressivement les autres seigneurs et entités politiques indépendants. Ensuite Tokugawa Ieyasu fonde le shogunat Tokugawa et établit sa domination sur le pays au début du .
Les sengoku-daimyō, moteurs des bouleversements thumb|alt=Symbole du clan Mōri surmonté d'une inscription en caractères chinois.|Étendard aux armes du sengoku-daimyō Mōri Motonari. Musée du clan Mōri (préfecture de Yamaguchi).
Gekokujō : une période de renversements
La vie politique de l'époque Sengoku fut dominée par la figure du daimyō, terme ancien, qui désignait à la fin du Moyen Âge « un guerrier chef d'une lignée localement influente qui, maître d'un vaste domaine, entretenait une puissante armée formée des membres de sa famille et de ses serviteurs ».. Les daimyō les plus puissants de l'époque Sengoku sont appelés sengoku-daimyō (« daimyō de l'époque Sengoku ») par les historiens.. À l'issue de l'effondrement du pouvoir central des shoguns, acté par les années de la guerre d'Ōnin, ils se constituèrent des principautés sur lesquelles ils ne rendaient de comptes à aucun suzerain, luttant constamment pour les préserver et si possible les étendre. Ils peuvent donc être qualifiés de « seigneurs de la guerre ».
Les processus d'ascension et descension sociales, sur plusieurs générations ou en l'espace de la vie d'un seul homme, étaient plus fréquents qu'aux périodes précédentes. Cela est révélateur d'une fluidité sociale et politique plus grande durant cette ère troublée, participant de ce que les Japonais médiévaux désignaient par le terme de gekokujō, « le bas l'emporte sur le haut ». Cette expression a pour origine le Livre des Mutations, cf. Barbara Ruch, « The other side of culture in medieval Japan », dans n.63., ou « le faible renverse le fort »Julien Peltier, « Une société en pleine mutation », dans , ce qui peut être compris comme un phénomène « de renversement des hiérarchies traditionnelles et d'émergence de nouvelles valeurs » (P.-F. Souyri). De fait, si les relations sociales traditionnelles au sein des élites médiévales étaient celles liant entre eux les membres d'un même clan, en principe dirigé par un chef ayant la primauté sur les autres, et aussi les liens féodaux entre un suzerain/chef et son vassal/serviteur, la fin de l'époque médiévale regorge de cas où ceux occupant les positions inférieures tentèrent, souvent avec succès, de renverser leur supérieur pour prendre sa position.
Au-delà des seigneurs de la guerre, cette période de renversement des hiérarchies fut également marquée par la présence d'autres formes d'organisation politique, reposant sur des solidarités locales, horizontales, là où les seigneurs de la guerre n'avaient pu ou voulu étendre leur autorité, ou bien là d'où ils avaient été chassés par la force : les « ligues » rurales, regroupant des communautés de guerriers restés autonomes, les communes urbaines capables d'assurer leur propre défense.
Des origines diverses