James Welling, né en à Hartford, est un artiste, photographe et enseignant américain.
Formé au California Institute of the Arts auprès de John Baldessari, Jack Goldstein et Wolfgang Stoerchle, il développe depuis les années 1970 une œuvre expérimentale qui étudie les propriétés matérielles, optiques et historiques de la photographie.
Associé à la Pictures Generation, Welling se distingue par l’extrême diversité de ses procédés et de ses sujets. Il pratique aussi bien la photographie documentaire et le paysage que le photogramme, l’abstraction, les filtrages colorés, l’impression numérique et la photographie sans appareil. Ses principales séries comprennent Diary/Landscape, les Gelatin Photographs, Light Sources, Flowers, Glass House et Choreograph.
Biographie
James Welling naît en à Hartford, dans le Connecticut, et grandit à Simsbury. Il s’intéresse d’abord au dessin, à la peinture, à la musique et à la danse avant de se consacrer à la photographie.
En 1969, il entre à l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburgh, où il étudie le dessin auprès du peintre Gandy Brodie. Il suit également des cours de danse moderne à l’université de Pittsburgh. En 1971, il rejoint le California Institute of the Arts, à Valencia, en Californie.
À CalArts, il étudie notamment auprès de John Baldessari, Jack Goldstein et Wolfgang Stoerchle. L’établissement constitue alors l’un des principaux centres de l’art conceptuel américain. Welling obtient un Bachelor of Fine Arts en 1972 puis un Master of Fine Arts en 1974.
Ses premières œuvres comprennent des vidéos, des performances, des dessins, des sculptures et des expérimentations sonores. La photographie n’apparaît donc pas immédiatement comme son médium exclusif. Elle devient progressivement le lieu dans lequel il peut réunir ses intérêts pour la matière, la lumière, l’histoire de l’art, la perception et les procédés techniques.
Après ses études, il s’installe à Los Angeles, puis à New York en 1978. Il commence à utiliser une chambre photographique de format 4 × 5 pouces vers 1976. Ses premiers ensembles importants associent des paysages du Connecticut, des documents familiaux, des objets ordinaires et des expériences menées directement dans la chambre noire.
Au début des années 1980, Welling est rapproché de la Pictures Generation, groupe informel d’artistes parmi lesquels figurent notamment Cindy Sherman, Richard Prince, Sherrie Levine, Robert Longo et Jack Goldstein. Ces artistes interrogent la manière dont les images sont produites, reproduites, citées et interprétées dans une culture déjà saturée de photographies.
La pratique de Welling se distingue toutefois d’une appropriation principalement fondée sur les médias ou la publicité. Il travaille souvent à partir de procédés photographiques élémentaires, de documents familiaux, de paysages, de matériaux industriels et de références à l’histoire de la peinture.
Il enseigne au Massachusetts Institute of Technology dans les années 1980, puis à la Milton Avery Graduate School of the Arts du Bard College. De 1995 à 2016, il dirige le département de photographie de l’université de Californie à Los Angeles.
En 1990, la Kunsthalle de Berne organise une première rétrospective consacrée à ses photographies de 1977 à 1990. Une nouvelle exposition d’ensemble, James Welling: Photographs 1974–1999, est présentée en 2000 au Wexner Center for the Arts, puis au Museum of Contemporary Art de Los Angeles et au Baltimore Museum of Art.
En 2013-2014, l’exposition itinérante James Welling: Monograph réunit près de quarante années de travail au Cincinnati Art Museum, au Hammer Museum de Los Angeles et au Fotomuseum Winterthur. Elle met en évidence la diversité des procédés employés par l’artiste : photographie argentique ou numérique, photogramme, sténopé, filtres colorés, impression à jet d’encre, pliage, froissement et photographie sans appareil.
Welling reçoit notamment le prix de photographie de la DG Bank en 1999 et le prix Infinity de l’International Center of Photography en 2014.
Il vit et travaille principalement à New York.
Œuvre
La photographie comme champ d’expérimentation
James Welling développe depuis les années 1970 une œuvre fondée sur l’exploration des propriétés matérielles, optiques et historiques de la photographie. Il passe constamment de l’image figurative à l’abstraction, du noir et blanc à la couleur et de la prise de vue traditionnelle aux procédés sans appareil.
Son œuvre ne possède pas un style visuel unique immédiatement identifiable. Chaque série peut reposer sur un sujet, une technique ou une apparence très différente. Cette diversité constitue précisément l’un des principes de sa démarche.
Le Hammer Museum décrit son travail comme situé dans un espace hybride entre peinture, sculpture et photographie traditionnelle. Welling examine aussi bien l’image représentative que l’abstraction, l’argentique que le numérique et les procédés photographiques utilisant ou non un appareil.
La photographie n’est donc pas envisagée comme un moyen transparent de reproduire le monde. Elle dépend d’une succession d’opérations : exposition à la lumière, cadrage, choix de l’objectif, support sensible, développement, filtrage, impression et présentation.
En modifiant ces opérations, Welling montre que l’apparence d’une photographie n’est jamais entièrement donnée par son sujet. Une même réalité peut devenir documentaire, abstraite, picturale ou presque illisible selon la manière dont elle est enregistrée et imprimée.
Entre représentation et abstraction
Une grande partie de l’œuvre de Welling se situe entre deux conceptions traditionnellement opposées de la photographie.
La première considère la photographie comme l’enregistrement d’un objet, d’une personne ou d’un lieu ayant existé devant l’appareil. La seconde met l’accent sur la surface, la lumière, la couleur et les réactions chimiques ou numériques qui produisent l’image.
Welling ne choisit pas définitivement entre ces deux positions. Ses photographies abstraites peuvent être obtenues à partir de matériaux réels placés devant l’objectif ou directement sur le papier sensible. Inversement, ses paysages et ses architectures peuvent être transformés par des filtres, des couleurs ou des superpositions qui rendent leur apparence incertaine.
Cette tension permet de considérer chaque photographie simultanément comme une représentation et comme un objet matériel. L’image montre quelque chose, mais elle montre également son propre mode de fabrication.
Le Centre Pompidou souligne ainsi la diversité des techniques et des gestes employés par Welling : photogramme, Polaroïd, tirage gélatino-argentique, procédés numériques, sténopé, pliage ou froissement.
Les premières œuvres conceptuelles
Durant ses années à CalArts, Welling réalise des œuvres relevant de la performance, de la vidéo et de l’art conceptuel. Plusieurs prennent la forme d’actions simples enregistrées ou documentées.
Second Tape (1972) appartient à cette période. Le médium vidéographique y est moins utilisé pour raconter une histoire que pour enregistrer un processus ou une durée.
L’enseignement de John Baldessari encourage alors les étudiants à interroger les conventions de l’œuvre, de l’auteur et de la représentation. Welling conserve de cette formation une attention aux systèmes et aux règles, mais développe progressivement une relation plus matérielle et sensorielle aux images.
Son passage à la photographie ne constitue donc pas un abandon de l’art conceptuel. Il déplace ses interrogations vers la lumière, le négatif, le tirage et les traditions historiques du médium.
Diary of Elizabeth and James Dixon et Connecticut Landscapes
À partir de 1977, Welling travaille avec un journal tenu en 1840 et 1841 par son arrière-grand-mère Elizabeth Dixon et le frère de celle-ci, James. Il associe des pages manuscrites, des objets familiaux et des photographies de paysages prises dans le Connecticut où sa famille avait vécu.
La série est généralement intitulée Diary of Elizabeth and James Dixon (1840–41)/Connecticut Landscapes, 1977–86.
Welling ne cherche pas à illustrer précisément chaque passage du journal. Les paysages contemporains et les fragments de texte sont rapprochés sans établir une correspondance narrative stable.
L’écriture ancienne donne aux photographies une profondeur généalogique, tandis que les paysages restent silencieux sur les événements qui s’y sont déroulés. La photographie ne permet pas de retrouver directement le passé, mais elle rend perceptible la distance qui en sépare le présent.
Les images peuvent être sombres, brumeuses ou partiellement obscures. Elles évoquent aussi bien la tradition du paysage photographique du XIX siècle que la peinture romantique et le souvenir familial.
Cette série établit plusieurs thèmes durables de son œuvre : rapport entre texte et image, histoire familiale, mémoire des lieux, influence de la peinture et incertitude du document.
Aluminum Foils
Dans la série Aluminum Foils, réalisée à la fin des années 1970, Welling froisse des feuilles de papier aluminium puis les photographie en gros plan.
La lumière réfléchie par le métal produit des zones noires, grises et blanches qui peuvent évoquer des rochers, de l’eau, des nuages ou des paysages nocturnes. La faible profondeur et la petite échelle du matériau deviennent difficiles à déterminer.
Ces photographies reposent sur une ambiguïté entre objet et représentation. Le spectateur peut reconnaître une feuille d’aluminium, mais l’image peut également être regardée comme un paysage abstrait.
Welling ne dissimule donc pas nécessairement le caractère artificiel du sujet. Il montre comment une matière banale, éclairée et cadrée d’une certaine manière, peut produire une multiplicité d’associations visuelles.
Le procédé rappelle les expérimentations photographiques modernistes, mais aussi les recherches de la peinture abstraite sur la surface, la lumière et la matière.
Drapes
À partir de 1981, Welling réalise la série Drapes, composée de photographies de tissus noirs ou sombres disposés dans son atelier.
Le drapé constitue un motif traditionnel de la peinture et de la sculpture occidentales. Il sert habituellement à représenter les vêtements, à suggérer le mouvement du corps ou à démontrer la maîtrise technique de l’artiste.
Chez Welling, le corps a disparu. Le tissu demeure seul, éclairé de façon à produire des plis, des creux et des volumes presque sculpturaux.
Les photographies sont suffisamment descriptives pour que le tissu reste reconnaissable, mais leur échelle et leur tonalité sombre les rapprochent de compositions abstraites.
Dans les versions ultérieures comme Green Drape, la couleur modifie encore la relation entre la matérialité du tissu et la surface photographique. L’Art Institute of Chicago rattache ces images aux interrogations de la Pictures Generation sur l’histoire propre de la photographie et son rôle dans l’ensemble de la représentation visuelle contemporaine.
Gelatin Photographs
Les Gelatin Photographs, commencées au début des années 1980, comptent parmi les œuvres abstraites les plus importantes de Welling.
Pour les produire, l’artiste verse de la gélatine chaude sur une surface puis la laisse refroidir, se plisser et se solidifier. Il photographie ou utilise ensuite ces formes translucides afin de produire des images en noir et blanc.
La gélatine fait directement référence à la composition matérielle du papier photographique argentique, dont l’émulsion sensible est maintenue dans une couche de gélatine.
Le sujet photographié et le support de la photographie possèdent donc une matière commune. L’image devient une réflexion sur sa propre fabrication.
Les plis, bulles et reliefs produisent des formes pouvant évoquer des tissus, des paysages, des organes, des fossiles ou des phénomènes microscopiques. Aucun de ces rapprochements ne devient pourtant définitif.