Théodore Charles Balké (1875-1951) est un peintre français, actif en Tunisie avant la Première Guerre mondiale puis dans l'Yonne. Il est principalement connu pour ses scènes orientalistes tunisiennes et pour la mission artistique qu'il effectua au mont Athos en 1917-1918 à la demande du général Sarrail, dont subsiste une importante série d'aquarelles. Installé à partir de 1922 dans l'Yonne, où il s'établit définitivement à Villeneuve-sur-Yonne en 1929, il y développe une abondante production de paysages bourguignons et devient sociétaire de la Société nationale des beaux-arts. Une partie de son œuvre est aujourd'hui conservée au Musée-Galerie Carnot de Villeneuve-sur-Yonne.
Biographie
Jeunesse et formation Théodore Charles Balké naît le 29 avril 1875 à Faulquemont, en Moselle.., ce que confirme sa fiche matricule militaire, qui le décrit également comme artiste peintre résidant à Tunis.. Fils de Marguerite Gry et de Théodore Balké, militaire de carrière, il perd son père peu après sa naissance et est élevé par sa mère..
Diplômé de l'École normale de Colmar, il devient un temps instituteur de langue allemande avant de se consacrer à la peinture. Il est élève de Bonnevay et de Gustave Surand., et séjourne environ quatre ans à Florence pour y étudier les techniques picturales.
Période tunisienne (1899-1914)
Établi à Tunis au 9, rue Sidi-Zahmoul au moins entre 1911 et 1912Salon tunisien de 1911, Institut de Carthage, liste des membres de la section artistique.Salon tunisien de 1912, Institut de Carthage, liste des exposants., Balké est membre de la section artistique de l'Institut de Carthage.
Il signe et expose selon les périodes sous les noms de « Carlo Balké », « Charles Gry », « Charles Balké-Gry » et par la suite « Charles Balké » ou « T.C Balké » .
Il participe au Salon tunisien de 1911 sous le nom de « Carlo Balké ».. Il y présente notamment les œuvres Sidi-bou-Saïd, Printemps en Tunisie, Café maure et La Mort de Carthage. Rendant compte du Salon tunisien de 1911, le critique Claude Froment mentionne Balké parmi les artistes exposés et souligne la qualité de plusieurs études présentées lors de la manifestationClaude Froment, « "Comœdia" à Tunis », Comœdia, 15 mai 1911, p. 5-6..
Il expose de nouveau au Salon tunisien de 1912, cette fois sous le nom de « Charles Balké »Salon tunisien de 1912, catalogue de l'exposition., présentant notamment des vues du souk de Tunis et de Sidi Bou Saïd.
Sa participation au Salon tunisien de 1912 est également attestée par la liste des lots de la tombola organisée à l'occasion du Salon, où figure un lot attribué à « Balké »« Tombola : tirage du 7 mai 1912 », La Revue tunisienne, n° 94, juillet 1912, p. 443..
En 1912, il est nommé officier de l'ordre du Nichan Iftikhar sur proposition de l'Institut de Carthage« Nomination des officiers Nichan-Iftikhar », La Revue tunisienne, n° 91, 1912, p. 80..
Première Guerre mondiale et mission au mont Athos Réfractaire à la conscription allemande, Balké s'engage volontairement pour la durée de la guerre le 21 août 1914 à la Sous-Intendance militaire de Tunis, au titre du 4 régiment de zouaves, comme soldat de 2 classe. Il est promu caporal-mitrailleur le 20 novembre 1914, sergent le 20 janvier 1915, puis adjudant le 1 novembre 1915. Il combat notamment à Ypres, à la cote 304 et à Verdun.. Il est transféré au 1 régiment de tirailleurs algériens par décision ministérielle du 3 mars 1917. Le 18 mai 1917, il est affecté comme officier interprète à l'État-major de la 76 division, avant de passer au 8 régiment de tirailleurs le 11 juillet 1918 et d'être placé en congé illimité le 17 avril 1919.
En 1917, il est envoyé en Grèce avec le corps expéditionnaire du général Maurice Sarrail. Le 2 décembre 1917, une note de service du quartier général des armées alliées charge le sous-lieutenant Balké, alors affecté au 5 bataillon du 1 régiment de tirailleurs, de se rendre au Mont Athos afin d'y « prendre des documentations artistiques (peinture) »Note de service du Quartier général des armées alliées, n° 7723/2, 2 décembre 1917, signée du général Sarrail ; copie conservée au Musée-Galerie Carnot, Villeneuve-sur-Yonne (fonds personnel Balké).. La mission se déroule entre décembre 1917 et mars 1918. De ce séjour naît une série de 52 aquarelles, aujourd'hui en partie conservées au Musée-Galerie Carnot de Villeneuve-sur-Yonne..
Du 26 au 31 janvier 1920, six peintures à l'huile inspirées de ce séjour sont exposées à la galerie Heffers, 10 Sidney Street, à Cambridge, sous le nom de « E. Balké Gry ».. Le Cambridge Review les présente comme les œuvres de « E. Balké Gry, late Second Lieutenant of Zouaves ».. En 1920, sous le nom de « Charles Gry », il expose au Salon de la Société des artistes français, à Paris, trois œuvres inscrites sous les numéros 2211 à 2213 du catalogue officiel : Portrait de Mme X***, Caracall (Mont Athos) et Stavronikita (Mont Athos).. L'année suivante, sous le nom de « Charles Balké-Gry », il présente au Salon de la Société des artistes français un dessin aquarellé intitulé Monastère Pantocrator, Mont-Athos, inscrit sous le n° 2077 du catalogue officiel.. Les catalogues des Salons de la Société des artistes français de 1920 et 1921 le donnent domicilié au 37, rue Sarrette à Paris. Une œuvre que la presse relaie jusqu'en Extrême-Orient : Le Journal de Pékin du 29 juillet 1921 mentionne ce « dessin-aquarelle de M. Ch. Balké-Gry sur le monastère fortifié Pantocrator, au Mont-Athos »., tandis que Le Mercure de France évoque, dans son numéro du 1 juin 1921, ce même « dessin-aquarelle de M. Ch. Balké-Gry sur le monastère fortifié Pantocrator ».. En mars 1943, une petite annonce du journal Comœdia propose encore à la vente, chez le peintre à Villeneuve-sur-Yonne, une « collection unique de 50 grandes aquarelles, monastères et sujets de genre du Mont Athos », exécutées lors de cette mission.. Dès décembre 1929, Le Figaro faisait déjà état d'une offre similaire, présentant « la plus importante collection de tableaux du Mont-Athos à vendre », composée de 43 paysages et 13 sujets de genre avec portraits de hauts personnages athonites..
Démobilisé avec le grade de lieutenant au 8 régiment de tirailleurs« Le peintre des souks de Tunis, M. Charles Balké… », Le Bourguignon : journal de la démocratie radicale-socialiste, n° 131, 6 juin 1928., il est cité à l'ordre du régiment le 8 mai 1919 pour sa conduite lors des combats des 23, 24 et 29 avril 1918. La citation indique qu'après la mise hors de combat de son chef de section, il assura le commandement de celle-ci « avec énergie et autorité »Registre matricule militaire, classe 1895, n° 203 (Charles Balké), rubrique « Blessures, citations, décorations », Archives diplomatiques, BCAAM, Pau.. Cette citation lui vaut l'attribution de la Croix de guerre 1914-1918 (France) avec étoile de bronze. Le 29 avril 1925, un décret de naturalisation, pris en application de l'article 3 de la loi du 5 août 1914, lui confère la nationalité française« Décret de naturalisations d'engagés du 29 avril 1925 », Archives nationales, cote BB/34/454, document n° 120 (dossier à consulter en sous-série BB/11) ; .. Le décret le désigne comme ancien sous-lieutenant au 1 régiment de tirailleurs algériens, décoré de la Croix de guerre, et lui accorde une remise totale des droits de sceau, alors que ses parents résident alors à Duisbourg, en Allemagne.
Installation dans l'Yonne (1922-1951) Le 18 décembre 1920, il épouse à la mairie du arrondissement de Paris Annette Chevassus (née en 1882), divorcée en premières noces de Henri Émile Gravier, qu'il avait rencontrée en 1916Acte de mariage de Théodore Charles Balké et Annette Chevassus, 18 décembre 1920, Paris arrondissement, n° 3184, Archives de Paris.. En 1922, le couple s'installe dans l'Yonne, d'abord à Fontaine (Saint-Valérien), puis à Sens en 1927, avant de s'établir définitivement à Villeneuve-sur-Yonne en 1929.. En 1927, il réside 2 bis, rue de la Bertauche, à Sens. En juin 1928, il expose une collection de tableaux de fleurs, notamment des pivoines, dans les vitrines d'un commerçant de la rue de la République à Sens, tandis qu'une autre exposition de paysages et de portraits est présentée à Joigny, dans les magasins du Grand Bon Marché. Le journal salue alors sa facilité d'exécution et sa puissance de travail, notant qu'il est surtout demandé à Paris et qu'il se recommande également pour le décor d'intérieur.
Il développe alors une importante activité de peintre paysagiste dans l'Yonne, réalisant de nombreuses vues de Villeneuve-sur-Yonne et de ses environs.
En juin-juillet 1929, il expose hors concours, aux côtés de Clémence Woillot et du peintre joviniote Gaudbert, à la 3 exposition départementale de l'artisanat et des arts appliqués organisée à Joigny, où il est alors qualifié d'« artiste peintre à Villeneuve-sur-Yonne »« La 3 exposition départementale de l'artisanat et des arts appliqués », Le Bourguignon : journal de la démocratie radicale-socialiste, n° 165, 12 juillet 1929.. La même année, il expose à la Société nationale des beaux-arts, dont il devient sociétaire. Il y présente notamment un Sous-Bois, que le critique de L'Est Républicain juge « très bien traité »« Les Arts à Paris : Le Salon (VII) », L'Est Républicain, 12 juin 1929.. Du 15 au 23 juin 1935, il présente une vingtaine d'œuvres à la 10 Exposition des beaux-arts du Gâtinais, organisée à Montargis par la Société d'émulation de l'arrondissement de Montargis, parmi lesquelles Le château de Montargis, Le Déversoir, trois Intérieurs de l'église Sainte-Madeleine de Montargis, Maisons au bord de l'eau et Un village de France (Marsangis, Yonne)..
En 1930, Le Bourguignon le qualifie de « propagandiste du tourisme du département de l'Yonne », puis en 1933 de « citoyen invétéré et artiste du terroir, merveilleux coloriste ». Musicien amateur, Balké entretient des liens avec le sculpteur icaunais Émile Peynot, dont il met en musique plusieurs poèmes. En juin 1934, trois de ses compositions, Le Tonnelier, La Cloche de Val-Profonde et Le Ruisseau, sont interprétées lors d'un concert organisé à Villeneuve-sur-Yonne, parallèlement à une exposition de ses peintures florales..
En 1931, il participe à l'exposition de la Société des Amis des Arts de l'Yonne, installée à la Maison Soufflot, à AuxerreSociété des Amis des Arts de l'Yonne. Catalogue d'exposition, Auxerre, Perriquet et Rouillet, 1931, p. 9 (Bibliothèque municipale d'Auxerre, cote SZ 979).. Le critique du Bourguignon salue une Vue d'Auxerre (n° 5) « bien posée » et de « jolie tonalité », un Sous-Bois (n° 6) jugé « excellent », Les Vieux Saules (n° 7), un tableau de fleurs (n° 8) ainsi que trois autres vues de Villeneuve-sur-Yonne (n° 9 à 11), qu'il trouve « très heureuses », concluant que le reste de ses œuvres ne recueille « rien que des éloges »« L'Exposition de la Société des Amis des Arts », Le Bourguignon : journal quotidien de la démocratie radicale-socialiste, n° 141, 21 mai 1931..