La grande mosquée des Banū Yahrāsan, également connue sous le nom de mosquée Boumiswar, Jâma` El Hachen ou Jâma` Abî Meswer, s'impose comme l'un des monuments religieux ibadites les plus importants de Djerba. Par l'étendue de son enceinte, la présence de nombreuses dépendances et la diversité de ses fonctions, elle dépasse le cadre d'un simple lieu de prière.
Localisation La mosquée se dresse dans la région de Hachene, à l'est de Mellita, non loin de la route qui relie Houmt Souk à l'aéroport.
L'édifice s'inscrit dans un paysage d'habitat épars et se situe à proximité d'un site antique. Au nord de la mosquée, à environ trente mètres de l'enceinte, se trouve un tombeau que la tradition associe à Abū ʿAmr al-Numaylī, présenté comme un martyr de l'expédition d'Al-Muizz ben Badis en 1039-1040. Vers le sud-est, un ancien cimetière d'environ accueille les sépultures de plusieurs savants ibadites, dont Ismāʿīl al-Ijṭālī, lettré du .
Dénomination Les textes ibadites attribuent plusieurs noms à ce monument. le désigne comme la grande mosquée des Banū Yahrāsan., tandis que d'autres sources emploient des appellations plus générales, telles que al-masjid ou al-masjid al-kabīr. Dans la cartographie contemporaine, le lieu apparaît aussi sous des graphies proches, notamment El K'bir, El Kebir ou El Kbir.
Le nom de grande mosquée (al-jāmiʿ al-kabīr), utilisé de nos jours, ne renvoie pas nécessairement à la prière du vendredi, puisque les ibadites de Djerba ne l'adoptent qu'à partir de 1668. Cette appellation met surtout en valeur le prestige du complexe, lié à ses dimensions, à sa vocation d'enseignement et à son attribution à Abu Miswar. L'expression demeure toutefois ambiguë, car elle peut également désigner un autre sanctuaire rattaché au même personnage dans la région de Guellala.
Histoire La tradition rattache la création de la grande mosquée à Abu Miswar, figure majeure de l'ibadisme à Djerba. Installé probablement sur l'île au début du , il contribue à consolider le wahbisme local et à structurer la communauté ibadite. Son fils Fasil poursuit ensuite les travaux et les mène à leur terme avec l'appui de savants djerbiens.
La date exacte de fondation du monument reste incertaine. Les hypothèses les plus courantes la situent toutefois dans la première moitié du siècle. En 1991, la célébration du onzième centenaire supposé de la mosquée confirme l'ancienneté que la mémoire locale lui attribue. Durant la période médiévale, l'édifice occupe une place centrale dans la vie religieuse, intellectuelle et communautaire de Djerba, tout en rayonnant vers le Sud tunisien et le djebel Nefoussa.
Les différentes étapes de transformation du complexe restent difficiles à établir avec précision. La salle de prière conserve une part importante de son organisation ancienne, tandis que les annexes, notamment les chambres de la médersa et les locaux de service, changent à plusieurs reprises. Ces adaptations répondent à l'évolution des usages, en particulier à l'accueil des étudiants, à l'enseignement et à l'entretien du monument.
Architecture Enceinte et cour
gauche|vignette|Enceinte et cour.
Le complexe religieux s'étend sur près de . Un mur relativement bas, d'environ 1 à de hauteur, délimite l'ensemble. Deux accès ouvrent sur la cour : une entrée simple au nord-est et une entrée plus élaborée à l'angle sud-est, précédée d'un passage voûté appelé skifa. L'ampleur de l'impluvium et le nombre important de citernes indiquent que le lieu accueille une fréquentation importante.
Salle de prière
vignette|Vue extérieure de la mosquée.
La salle de prière adopte un plan carré, forme souvent associée aux modèles anciens de l'architecture religieuse djerbienne. Ses côtés mesurent environ et son espace intérieur s'organise en cinq nefs et cinq travées. Le faible nombre d'ouvertures, limité principalement aux accès et à une fenêtre occidentale probablement tardive, renforce l'aspect massif de l'ensemble.
À l'angle nord-est, le minaret prend la forme d'une tour basse et compacte, surmontée d'un lanternon plein. Un escalier intérieur, accessible depuis la salle de prière, permet d'y monter. Les anciennes meurtrières, désormais obturées, évoquent une possible fonction défensive de l'édifice. Un petit minaret en escalier, formé de cinq marches, complète cette partie du monument.
Mihrab Le mihrab principal offre un décor particulièrement remarquable dans le contexte des mosquées de Djerba. Il s'inscrit dans un large encadrement rectangulaire où se combinent inscriptions coraniques, ornements végétaux et motifs géométriques. Au centre, une composition représentant trois petits mihrabs accentue la singularité de l'ensemble. Une inscription placée au-dessus rappelle que les mosquées sont fréquentées par ceux qui croient en Dieu, au Jour dernier et accomplissent la prière.
L'édifice conserve les traces de plusieurs campagnes de transformation. La reprise du mihrab, l'ajout d'éléments décoratifs probablement liés à l'époque ottomane, la restauration de l'escalier du minaret et la mise en valeur de l'entrée principale de la salle de prière par un arc mouluré témoignent de ces évolutions.
Riwaq et annexes Dans la partie sud-est de la cour se développe un vaste riwaq, composé de six nefs et de deux travées. Sa couverture associe coupoles et voûtes, tandis que son mihrab forme une niche semi-circulaire aménagée dans la banquette du fond. Certaines sources situent la reconstruction de ce portique en 1192 de l'hégire, soit 1778-1779, sur l'emplacement d'une structure plus ancienne.
Fonction de médersa
vignette|Chambres des enseignants.
Les constructions situées au nord de la cour constituent généralement les éléments d'une médersa. Elles regroupent d'anciennes latrines, plusieurs cellules, des espaces de service, une cuisine et probablement des salles destinées à l'enseignement. Dans certaines pièces, des aménagements maçonnés servent vraisemblablement de couchettes ou de surfaces de travail, ce qui suggère une présence régulière d'étudiants ou de maîtres.
Les modifications successives observées dans ces espaces montrent que le complexe s'adapte progressivement à des besoins croissants, notamment en matière d'accueil et de formation. Les salles d'eau rudimentaires et les latrines confirment que la mosquée possède aussi une dimension résidentielle et éducative, en plus de sa fonction religieuse.
Éléments remarquables Cadran solaire Un cadran solaire horizontal, appelé mizwala, prend place entre la salle de prière et les chambres de la médersa. Il date de la fin du et se compose d'une plaque de marbre blanc désormais endommagée. Son inscription mentionne le gouverneur Ahmad ibn ʿAyyād ainsi que l'année 1205 de l'hégire, correspondant à 1790-1791.
Mihrabs isolés Plusieurs mihrabs secondaires se répartissent dans la cour de la mosquée. Trois d'entre eux apparaissent comme des structures isolées, construites en maçonnerie et recouvertes de chaux. Leur présence semble liée à la forte fréquentation du sanctuaire durant le Moyen Âge. En tenant compte des niches conservées et des traces repérées, le complexe peut avoir compté jusqu'à huit mihrabs.
Importance culturelle et religieuse La grande mosquée des Banū Yahrāsan occupe une place importante dans le patrimoine religieux de Djerba grâce à son ancienneté, à son ampleur et à ses liens avec les milieux savants ibadites. Elle fonctionne comme espace de prière, lieu d'apprentissage, structure d'accueil et centre de rassemblement communautaire. Son organisation, faite de plusieurs volumes répartis dans une vaste enceinte, illustre les particularités de l'architecture djerbienne et les formes traditionnelles d'implantation sur l'île.
Références
Bibliographie . .
Voir aussi
Mosquées de Djerba Liste des monuments classés du gouvernorat de Médenine
Catégorie:Mosquée à Djerba Catégorie:Monument classé en Tunisie Catégorie:Ibadisme