vignette|upright=0.8|Sacs de type zabira, région d'Agadez, 2006.

La maroquinerie du Niger, héritière d'une longue tradition saharienne, est principalement maîtrisée par les peuples kel tamasheq (Touareg), haoussa et woodabe.

Chez les Kel tamasheq et les Haoussa, la maroquinerie permet la confection d'objets prestigieux qui se caractérisent par l'emploi du cuir vert de Kano (amazer en tamasheq et korno en haoussa). Les ornements sont réalisés à l'aide de techniques décoratives variées (incisées, dessinées, appliquées, estampées, etc.) témoignant d'influences culturelles mutuelles.

Chez les Kel tamasheq (Touaregs), ce sont principalement les femmes artisanes de la caste des forgerons (Enaden, en tamasheq) qui pratiquent la maroquinerie, alors que chez les Haoussa se sont généralement les hommes. Chez les Wodaabe, il n'y a pas de caste d'artisan spécifique, et ce sont ceux qui apprécient le plus cette activité qui la pratiquent.

Techniques décoratives et matériaux Technique de l'incision vignette|upright=0.8|Albalaï orné de décors excisés et décors brodés, région de Tahoua, 2006. Cette méthode qui consiste à ciseler le cuir pour y laisser des motifs ajourés, est aussi bien utilisée par les artisanes touarègues (principalement chez les Kel Gress et Kel Aïr) que par les artisans haoussa. Les incisions sont généralement réalisées sur du « cuir vert de Kano » teinté d'un vert émeraude vif grâce à un mélange d'oxyde de fer, de natron, de végétaux et de minéraux..

On retrouve la technique de l'incision sur divers objets de formes classiques (pré-coloniales) : les sacs d'apparat de type albalaï (sacoche de poitrine de forme allongée, très décorée), ettabu (sacoche de poitrine de forme carrée, très décorée), tassoufra (grand sac de voyage, pouvant être très décoré), eljebira ou zabira (sac de forme trapézoïdale, pouvant être très décoré) ; les coussins de type issitfar (coussin oblongue) ; les fourreaux d’épée et de couteau en cuir rouge et vert, qui ont la particularité d'être en plus agrémentés d'ornement en métal réalisés et placés sur le fourreau par un forgeron ; les harnachements de chevaux et de chameaux....

La technique de l’incision est aussi pratiquée chez les Woodabé en particulier au sein du lignage des Bingawa (région d’Ingall). La technique consiste à emballer une perle dans du cuir de couleur brun cousu autour, et inciser afin de faire apparaître cette décoration.

Technique à appliques vignette|Décors à appliques et incisés.|upright=0.8 Cette méthode qui repose sur la couture de pièces en « cuir vert de Kano », est aussi utilisée chez les Touaregs (Kel Gress et Kel Aïr) et chez les Haoussa. Elle est pratiquée sur les objets finement décorés tel que les sacs et les coussins d'apparat.

Les motifs des appliques prennent des formes variées soit géométriques soit plus complexes telles que des volutes et sont cousus à l'aide de fils de broderie blancs teints à l’aide de riz blanc et de petit lait, mais depuis plusieurs décennies ils proviennent plus généralement de l'industrie.

Depuis les , cette technique décorative a fortement évolué au sein de la production artisanale d'Agadez-ville. Elle s'est adaptée à un marché féminin à travers la confection de sacs à main ou de porte-monnaie ornés d'appliques aux couleurs variées (rouge, vert foncé, jaune, orange...) prenant la forme de motifs floraux cousus à l'aide de fil blanc en plastique récupérés sur les sacs de riz. Cette pratique d'ornementation a été adoptée à la suite de sessions d'apprentissage organisées dans le cadre du Programme de formation professionnelle et technique (NIGETECH)...

Technique brodée vignette|upright=0.8|Décors brodés. Cette méthode reposant sur des broderies réalisées à l'aide de fils de coton colorés, est utilisée chez les Touaregs (surtout Kel Aïr et Kel Gress) et les Haoussa. La technique brodée est généralement associée aux appliques de "cuir vert de Kano".

Le motif le plus répandu est celui de cercles concentriques, généralement au nombre de trois.

Technique dessinée vignette|upright=0.8|Coussins en cuir ornés de décors peints, 2006, région de Niamey. Cette méthode qui consiste à peindre un décor à la teinture directement sur le cuir préalablement lissé, est une spécialité des Touaregs Illoummeden Kel Attaram (région de Tillabéry), ainsi que des Kel Gress (régions de Tahoua et de Maradi).

Elle est utilisée dans ces régions pour fabriquer les issitfar (coussins d'apparat) ou adafour (cousins de tente). Les couleurs utilisées sont : le jaune généralement pour le fond de coussin, qui est obtenu à partir de fleurs et fruits de grenadier ; le rouge pour le fond de coussin qui est issu d'un mélange de riz de mil bouilli, de natron et d'eau ; le noir pour les décors ou le fond du coussin, qui est fabriqué à l'aide d'oxyde de fer ou de charbon de bois ; le vert émeraude pour les décors, qui est obtenu à l'aide d'oxyde de cuivre.

Depuis les années 2000, des maroquinières d’Agadez ont également adopté cette technique dessinée pour la production d'objets modernes comme des trousses ou des portes monnaies. Dans ce cas les couleurs sont obtenues à l'aide de teintures chimiques industrielles vendues sur les marchés.

Technique estampée (ou repoussée) vignette|Décors estampés.|upright=0.8 Cette méthode utilisée principalement par les Touaregs Kel Gress (région de Tahoua), et Kel Aïr (région d'Agadez), consiste à créer des décors en relief sur la matière à l'aide d'un poinçon laissant apparaitre les motifs. Elle servait principalement à décorer les sacoches ettabu réalisées en cuir rouge.

Au début des , cette technique a atteint un niveau de qualité exceptionnel dans la production d'objets gainés et estampés qui ont été diffusés par les maroquiniers du Centre des métiers du cuir et d'art du Niger.

Technique de la broderie de perle et de la passementerie vignette|upright=0.8|Décors à rivet et fil de laine. La broderie de perles et coquillages est principalement utilisée par les Woodabé pour orner les objets fonctionnels qui font aussi office de parure (petit sac, porte khôl, amulettes). Cette technique consiste à coudre des perles ou des cauris (petits coquillages blancs) sur le cuir, ou à les attacher au bout de lanières de cuir.

Depuis les , est apparu chez les touareg Kel Aïr et Kel Gress, le décor à rivet. Ce décor consiste à insérer des rivets dorés sur le cuir pour le décorer. On en retrouve de nombreux sur les sacs d'apparat tel que les albalaï et les eljabira.

Depuis les , chez les Kel Gress et les Ioulimmiden Kel Dinnik (zone de Tchintabaraden), les fils de laine multicolores suspendus, sont aussi utilisés dans la décoration de sacs d'apparat de type albalaï et ettabu.

Technique teintée Depuis les , d’autres techniques décoratives ont fait leur entrée dans la production moderne nigérienne. C'est le cas des décors teints qui sont réalisés notamment pour orner les sacs à main produits au sein des villages artisanaux comme celui de Tahoua ou de Maradi. Ces décors sont obtenus suivant les mêmes techniques de réserves mécaniques exécutées sur les tissus qui permettent d’obtenir différentes couleurs par rapport au fond.

Typologie des objets en cuir du Niger vignette|upright=1.0|Sac de type tassafoua, région d'Agadez, 2005.

Sacs et porte-monnaies vignette|upright=0.8|Sac de type zabira, région de Tahoua, 2005.

Sacs aux formes classiques (pré-coloniales) Les sacs en cuir font souvent l'objet d'un traitement ornementale hautement décoratifs à l'aide de franges de cuir, d'appliques en « cuir vert de Kano » et de motifs colorés réalisés à l'aide de diverses techniques décoratives.

C'est le cas : des abaoune ou tassoufra, grands sacs qui s'accrochent à la selle de chameau, et servent chez les Kel Tamasheq (touaregs) à protéger et transporter les vêtements ; des achacoua ou takabout, sacs évasés qui peuvent servir d'apparat tout en conservant les vivres ; des zabira, sacs de forme trapézoïdale, utilisés pour transporter ses effets personnels ou des cadeaux (pains de sucre, pièces d’étoffes) lors de voyage. En Aïr, il peut prendre la forme de parure de dromadaire, et dans ce cas, il est dispose d'un traitement ornemental hautement décoratif. En pays Haoussa, le zabira est souvent de plus petite taille, moins décoré et se porte en bandoulière ; des albalaï qui sont des sacoches de poitrine très décorées et portées en sautoir principalement par les Kel tamasheq (touaregs). Ils sont dotés de nombreux compartiments pour y glisser les objets du quotidien comme le tabac, la monnaie ou le miroir ; des ettabu qui sont des petits coffrets en cuir rouge autrefois réservés aux marabouts pour protéger les versets du Coran. Depuis plusieurs décennies, lettabu est devenu un sac à effets personnels très populaire chez les Kel tamasheq (Touaregs). Ils sont dans ce cas très décorés prenant la forme comme lalbalaï de véritables parures ; les gafaka qui sont les petits sacs destinés à contenir les versets du Coran en pays haoussa. Le gafaka prend la forme d’un petit sac à rabat à base arrondie, au décor brodé ; des tchoutchouki qui sont des bourses à tabac, produites à Zinder en pays Haoussa, mais aussi en Aïr et à Agadez par les maroquinières kel tamasheq ; des jikaré qui sont des petits sacs de forme carrée, portés par les Woodabé. Le jikaré sert à contenir divers ustensiles de la vie de tous les jours, il est décoré principalement de cauris et de fils de laiton.

Nouveaux type de sacs Maroquinerie moderne agadézienne vignette|upright=0.8|Sac à main de type agadézien, Quartier du Château I, Niamey, 2004. Dans les années 2000, une nouvelle production de sacs s'est développée à Agadez, initialement conçue pour répondre à des commandes étrangères. Le développement de cette production s'est accompagnée de l'apparition de nouveaux styles décoratifs. Les plus courants consistent en des appliques de cuir représentant des motifs floraux ou végétaux.

Perfectionnés lors de formations dispensées par des programmes nationaux d'appui à la formation professionnelle, les modèles de sacs à mains et de porte-monnaie ont rapidement été adoptés par la clientèle locale. Ils ont ainsi été produits en grande quantité par les artisanes locales, entraînant une production de masse qui aujourd'hui est aussi exportée dans les pays limitrophes.

Leur fabrication des sacs et porte-monnaie repose sur une peau carrée repliée sur elle-même et assemblée par des coutures en fil plastique blanc. Les maroquinières d'Agadez exercent généralement leur activité à domicile, au sein des vestibules des habitations. Elles y utilisent un outillage composé de planches de découpe, de couteaux servant également au tracé des motifs, de lames, de poinçons et de pierres rondes utilisées pour le polissage. Les colles naturelles à base de pâte de mil sont fréquemment remplacées par des adhésifs de type cyanoacrylate (super glue). Les colorants employés peuvent être d'origine naturelle mais plus couramment, chimique. La matière première provient principalement d'Agadez, sous forme de cuir brut ou déjà teinté. Les artisanes achètent parfois des peaux brutes pour réaliser elles-mêmes la teinture à l'aide de produits industriels acquis au marché de Tôles d'Agadez.

Maroquinerie moderne haoussa vignette|Sac pour tous, Niamey, 2004.|upright=0.8